AI7ALYSE DES TOPIQUES. — LIV. VUI. CIIAP. VI. 4H
les exercîceis et les études relatives aux discussions dialectiques (yu[i.vaGtav xal (xe'Xsr/iv twv Toio'JT(dv>.^Y<!>v). Les conseils que donne ici Aristote sont au nombre de huit :
I** Prendre l'habitude de faire des conversions de syllogismes. Ceci, comme on voit^se rapporte à la doctrine des Premiers Analytiques, livre2,ch. 8, 9 et lo. Cette habitude donnera le moyen de tirer beaucoup d'argumentations d'un petit nombre de données. Convertir, c'est, au moyen de la conclusion, et de quelques unes des questions, réfuter une de ces questions. On retrouve ici, non pas la conversion des propositions exposée dans les Premiers Analytiques livre i®^ ch. a et 3, mais bien Mobifersion proprement dite, pour laquelle Aristote n'a pas créé un mot nouveau, quoique la chose soit fort distincte : il n'aurait pas dû conserver le mot 4 âvTtrpoçTf. (Voir plus haut, page 26a.)
2^11 faut s'habituera reconnaître, dans toute opinion , le pour et le contre : et cette étude peut se faire, même sans discussion, et sans adversaire, en se prenant soi-même comme interlocuteur (irpoç auTouç). L'on peut ajouter que, pour la connaissance de la vérité , pour la connaissance * philosophique, cette habitude ne sera pas un instrument peu utile (où (xixpov opyavov) (Voir plus haut, page i5 et suivantes, la discussion sur le mot opyavov ). Du reste , il faut toujoure savoir embrasser le vrai , et fuir le faux.
i63, b, 17. 3^ Il faut faire provision d'argu-
422 DEUXiÈlfS PARTIE. — SECTION I*
ments sur lès questions les plus ordinaires. 4® On doit aussi se préparer à l'avance des définitions : c'est une sorte de mnémonique ((jivYi[jLovi3C(«)) qu'il faut cultiver avec soin. Ces ar^ments et ces définitions doivent surtout s'appliquer aux idées les plus habituelles.
i63, b, 34. 5** il faut s'exercer à savoii*, d'ufae seule assertion, en faire naître plusieurs; 6^ 1 faire des récapitulations fréquentes et générales de ses propres pensées, en évitant les syllogismes universels , le plus qu'on peut.
7^ Les esprits peu familiarisés avec cette étiide (véov) doivent surtout s'adonner aux inductions, lès esprits déjà savants, aux isyllogismes (IfXTTfitpov). Aussi, est-ce des premiers qu'il faut emprunter les comparaisons , et des seconds les propositions qu'on emploie. C'est surtout aux propositions et aux objections qu'il faut s'habituer : car 6n petit dire, d'une tnanière générale, que ce sont là les deîix ressources fondamentales de la Dialectique.
8*^ Enfin , il ne fitut pas se commettre avec tous lès adversaires : il en est avec lesquels on ne peut , faire que de ihauvais raisonnements ((pauXouç toî>ç Xoyouç, irov7)po>.oytav). 11 ne faut donc pas céder trop facilement (eO^^epcoç) à cet entraînement, qu'ont d'ordihàire les gens exercés à la Dialectique (oî YU(jiva^op.evoi).
Ici se termine la Topique ; et l'on voit que la pensée qui là finit préparé fort bieh le traité des
ASALYSË DES TOPIQUES^ — LIT. Vril. CHAP. TI. 42S
Réfutations des Sopiiistes , qui va siiivre. il faut remarquer en outre, comme on Fa dëià dit pltis haut, que ce dernier traité débuté par la conjonction ^è. Elle annonce^saiisaiicuh doute, un raisonnement déjà commencé, qui se poursuit ici. En6n Fori à J3u observer que, dans le coiirs du 8* livré, Aristote parle assez fréquemment des discussions éristiques, agonistiques , qui toutes appartiennent au sophiste , et non pas au vrai dialecticien. On péuc donc croire îque le traité des Réfutation^ des Sophistes est le complément de la l'opique , et né forihe qu'un seiil tout avec elle.
CHAPtTRE SEPTIÈME.
Analyse dés Réfatations des Sophistes.
Le traité des Réfutations des Sophistes petit ie diviser en deux parties très distinctes, d'égale étendue à peii près ; l'une expose les lieux sophistiques ; l'autre enseigne les moyens de les combattre; ou, podt mieux dire, elle enseigne comment, au lieu de donner poiîr ces Heiix des sdltitibns sophistiques, on pourrait donner des st)liiti6ris vt*aies et loyales.
Le itàité s'ouvre par iih préahibiile, qui retnplit Id prëtnier cha|)itre , et dans lequel Aristote iiidiqlië rôbjét ^ëciài dont H Vi i'bccijpèri ta
424 DEUXifcia PARTI!. -^ SECTION X.
seconde partie est suivie d'un épilogue, qu'on peut appliquer à la Logique entière, à TOrganon dans son ensemble, et où le philosophe revendique, pour ses travaux, la prioriété qui leur appartient en effet bien réellement. Cet épilogue des Réfutations des Sophistes est célèbre: et déjà on a essayé de Élire voir quelles en étaient l'importance et l'authenticité. (Voir ci-dessus, page 840
Ch. I, i64«a, 20. L'objet dont l'auteur doit traiter , est la réfutation sophistique , c'est-à-dire, celle qui parait être une réfutation réelle, mais qui ne l'est pas, et n'est qu'un paralogisme.
C'est qu'en effet il faut distinguer, parmi les syllogismes, ceux qui le sont en réalité, et ceux qui n'en ont que 1 apparence. Il existe entre les syllogismes, une différence an&logue à celle qu'on remarque entre les hommes qui sont beaux de leur beauté naturelle ( scaWi ^là xocX^oç ) , et ceux qui ne le sont qu'à force d'art et de soin (fuXeTixû^). Comme on se trompe à l'or et à l'argent faux et imités, de même on se trompe, par ignorance, aux syllogismes. Le syllogisme vrai est celui qui, partant de certaines données, en tire quelque chose de nécessaire, différent de ces données. La Réfutation au contraire ( 1 65, a, 3) est le syllogisme qui donne la contradiction de la conclusion (j«T avTtçàffscoç ToG cujjLîrepaffjxaToç );^ mais souvent cette réfutation n'a pas réellement lieu : elle a seulement l'apparence d'être exacte. Les moyens les
▲NAtTSI DBS RÉFIIT* DES SOPH. — CHAP. TH. 4S5
piqç faciles d'obtenir ainsi la réfutation, ce sont les erreurs 'de mots. En effet , comme dans les discussions, on ne peut apporter les choses en nature (aÙToc Ta irpàyiJLaTa), il faut se borner aux mots, et l'on a le tort de croire qu'il en est des choses comme il en est des mots. Ce qui multiplie les erreurs à cet égard , c'est qu'il y a bien des gens qui s'attachent plutôt à paraître habiles et sages qu'à l'être réellement. Ces gens-là cultivent surtout le genre de raisonnements faux et apparents, dont on vient de parler; car la sophistique est une sagesse apparente et non réelle; et le sophiste est celui qui cherche à tirer un lucre de cette prétendue sagesse (xp>i(^aTtrYft aTro faivojx^vifiç
On dira dans ce traité, combien il y a d'espèces de raisonnements sophistiques, quel est le nombre auquel les eftbrts des sophistes ( $uva[iiiç auTTi) les ont portés, et enfin Ton exposera tout ce qui peut servir à faire connaître cet art dangereux.
Ch. â, i65, a, 38. On peut partager les raisonne* ments en quatre classes. Les uns ont pour but d'instruire (^t^adxaXixoij; les autres n'ont pour objet que la discussion même, loyale, régulière, mais sans prétendre à trouver la vérité scientifique : ce sont flc les discours dialectiques (^la^exTixoi); d'autres ont flc pourbutd'essayer les forces de l'adversaire (iretpa- « rucot); d'autres enfin, de disputer et de chicaner « les interlocuteurs («pirixoQ. Dans les premiers, on
4M DBnxilaa paetib. — > skction v
c part des principes propres de chaque. science; et oc l'on raisonne, sans s'occuper en rien de l'opinion oc de celui qui apprend : car la première condition « pour apprendre , c'est d avoir foi aux paroles a du maître (mcre^eiv). Dans les dialectiques, on ce admet la contradiction , en partant de principes ff probables. Dans les piras tiques, on admet aussi « les opinions de celui qui répond , opinions que ff doit nécessairement connaître celui qui feint « d'en savoir plus que lui; et l'on a dit ailleurs <c comment il fallait procéder dans ce cas (èv ixéçoiç) . «Enfin, les éristiques sont des raisonnements, « réguliers ou irréguliers,qui procèdent de prin- « cipes probables à l'apparence, mais qui ne le sont «r pas réellement. Quant aux raisonnements déce monstratifs, on en a parlé dans les Analytiques; a pour les dialectiques et les pirastiques , il en a ce été question dans d'autres traités (ev Toii; oXXoiç). c Ici l'on ^'occupera des raisonnements de chicane « et de dispute ( âyœvtrwtwv xal èpiçucôv). »
Cette citation des Analytiques est exacte, mais elle est bien vague, puisqu'elle s'applique aux Derniers Analytiques tout entiers. Quant aux deux autres ouvrages dont parle Aristote , l'un , où il â traité de la Dialectique , est sans nul doute la Topique ; pour le troisième , oti il avait exposé les règles de la Pirastique , cW-à-dire , de l'art dé tenter les forces de son adversaire , nous ne 1 dvons plus , à moins qu'on ne prétende retrouver sous
' ANÀLT88 DES tuSPITT. Hâ SOPÉ. — ChIp. TU. Hil
ce îiom , le huitième livré aes Topiques. Le Clàfâ-» logue de Diogène Laêrce ne nous foiit*Dit sût* ce point aucun reiiseignemeht.
Ch. 3, i65, b, iî2. Les objets qu'on se pKipôsé dans la dispute ((pi^^oveMcouvreç), peuvent être ad nombire de cihîq : d'abord de réfuter riiiteriocutfeiir /^i^cyxoç)» P^^^ ^^ l'induire en erreur (^eu^oç),' de lui faire faire des paradoxes (luàpi^ôÇov ), de lut faire flaire des solécisbies, et enfin de rameiiët à dire des choses vides de sens ( A^oltayiVitsài ) ^ oii à se répéter inutilement.
Cb. 4i i65, b, 23. Là réfutation peut être de- Aenx sbrtes : ou elle s'attacfie aut mots , bu elle se jiliice en dehors des mots (wapà t?1v WÇiv, l^to t^ç A^fca>ç). Pour les mots, les moyens sont : Thomoriyniie, rathphibologie, là composition, la division, lés faatesd'accentetde prosodie, et enfin la forme même du mot.
Aristbte cite des exemples de l'emploi que les Sophistes peiivent faire de ces diverses ressources (i66, a, I , i66, b, lo); il est inutile de les rapportef; les idées sont assez claires par elles-mêmes. Ce qu'il ehtetid par la forme du mot («r/^^p-a t^c Xl^ecoç) est obscur; en voici l'explication : quelques mots ont ehtre eux lih rapport de formé dont lés Sdphistéis profitent pour les identifier à certaitis égards; ainsi, ûyioctvetv se rapporte pour la forme à Té[jLV8iv, à otxo^o[A£rv ; mùis cependant) il expritne uhecertaitié disposition et appartient à la qualité, tandis qile lès aUti*ès appartièhnent à Fëlbtion. H
4S8 9nxàaa partis. — section i.
peut donc arriver q&e l'on confonde ainsi la qualité et la quantité, la quantité et la qualité, l'action et la souffrance, etc., a selon les divisions, dit cAristote, qui en ont été faites antérieurement (C (wç ^tvfpv}Tai irpoTepov), »
Ceci se rapporte évidemment aux Catégories; mais ce passage pourrait encore désigner celui des Topiques, où Aristote a fait une énumération complète des dix Catégories. La première de ces deux indications est cependant la plus probable, (Voir plus haut, pag. 147.)
166, a, ai. Les paralogismes, en dehors des mots, sont au nombt^ de sept, et se rapportent à l'accident, à l'absolu ou non-absolu, à l'ignorance de la réfutation , à la conséquence , à la pétition de principe , à la cause qui n'est pas réellement cause, et enfin à la réunion de plusieurs questions en une seule.
Ch. 5, 166, b,2 5. Aristote donné ici, comme il l'a fait plus haut , des exemples de ces paralogismes.
1° L'accident. Si Ton dit que Coriscus est autre queSocrate, et qu'on ajoute que Socrate est homme, les Sophistes prétendront qu'on avoue , par cela même, que Coriscus est autre chose qu'un homme; car être homme est un accident de l'être, relativement auquel on a dit que Coriscus était autre.
166, b, 37. a** Absolu et non-absolu. Si l'on accorde une chose limitativement, les Sophistes la prendront à l'absolu , ou réciproquement: si l'on
▲HALTSÈ^DES AÉFIJT. DES SOPH. — CHAP. YH. 429
dit, par exemple 9 qu'un Indien qui est noir dans tout son corps, a les dents blanches, ils en concluront qu'on admet que l'Indien est à la fois blanc et non-blanc.
167, a, 221. 3^ Ignorance de la Réfutation. Elle se rapproché des paralogismes de mots , et consiste à croire faussement qu'on réfute, en ne prenant qu'une partie de l'assertion. Ainsi, le Sophiste prétendra qu'une seule et même chose peut être double et non-double à la fois. Deux, en effet, est le double de un, mais n'est pas le double de trois. Le Sophiste profite ici, comme on le voit, d'un simple défaut de langage (e>Xebi{;tv toû ioyou) ; il croit réfuter, et il montre par là qu'il ignore ce que sont précisément le syllogisme et la réfutation.
4^ La pétition de principe n'a pas besoin d'expU* cation.
1 67, b, 1 . 5^ Le paralogisme à la conséquenCe,c*est de penser que la consécution de deux choses est réciproque quand elle ne l'est pas (âvTtçp^çeiv t^ cbcoXouOTictv) : par exemple, comme la terre est mouillée quand il a plu, on suppose, si elle est mouillée, qu'il a plu ; mais il n'y a rien là de néc^saire. Ce paralogisme se présente souvent , et dans les discours de rhétorique , où l'on ne fait les démonstrations que sur de simples indices (xanoL t& (n)|Aelbv imitiltiç) , et dans les discours syllogistiques (ey ToTç (TuXXoYiçucoîç) , où le raisonnement devrait cependant être plus fermement assis.
it
1669 b. 9 ai. 6^ Cause non-can$e. Ps^r f 3f çmpl^ ^ 8^ Ton cro^t avpir prouvé que l'âme e^ la vip spnÇ ui^ç seule et uiéme chose , parce qu'on aura établi que la mort est une destruction contraire à la vie; fO£^js cette secppde çbose n'est pas d^ tout cause d^ la première.
166, b, 37. 7^ Réunir plusieurs questions çn u^^ spule. Par exemple » si , ^e plusieurs choses bpnne^ et iiiauvaiçe$, o^ demande, en |e§ réunissant: Spnt-çlles bonnes, ou ^e}e sont-elles pas ? De quelque façon qu'on réponde , on paraîtra se troippeiç pu se réfuter soi-inéme sur l'ensemble ; c'est là ^^ des pièges famihers aux Sophistes, r Çh. 6, 1.689 a, 1 7. Tous ces paralogismes pe^ven| S? ^amener à celqi q^'pn a non^mé l'ignor^Dce d^ la^ Réfutation (ayvoia êXeyj^ou), soit d'ailleurs qu'ils s «^p-r pUc^uent aux mpts, ou qu'ils soient placés ei^ dehors du mot. C'est toujours parce qu'on ignore la nature y^aie du syllogisme et de la réfutation, qu'qp se laisse trompçr à ces paralogi3iqes , qui u'p^^t pour eux qiie l'apparence d'^ine réfptatioA.
Çh. 7i i6q, a, a2. On peut aiséo^ent \p^ éviter pu le? con^battre, en ^'^ppliquant ^ çpnuaître ay^ ewçtitude la nature dç |a pvopQsit^pi^ et ^u^ iyjiogisme,
Çh. 8, 169, b, i8. Tous les lieux dont on vient 4e parler, et qui ne peuvent forpi^r.que des syl* ]j9{Çipipe^ apparents , servent aussi £\ux Sophistes àj fpr^çf leurs sjllpgismes ^t leur^ préteudues réfutations. Ce qui SHrtout dis^ngue ce^ i*éf(^{£(tioni^
AMALT8B DBi liFUT. DBi 80PH. — CHAP. TU. 4S4
(170, a, ia)y c'est qu'elles n'ont rien d'absolu en elles-niénies (oi^ obAwç)> et qu'elles n'ont de valeur que relativement à tel interlocuteur (xpo^ '^^'^^)f qui, par impéritiey accorde ce qu'il ne devrait pas kcèorder,
Gh. 9, 170, a, !]io.^On sent, du reste, qu'il y a des réfutations vraies comme il y en a de fausses, et que les unes et les autres iseraient infinies, . comme les sciences spéciales auxquelles elles se rapportent. Il ne faut donc pas essayer de les parcourir toutes sans exception ; il faut se borner à celles qui , sans appartenir à aucune science particulière , leur appac^ennent en commun (xb(v£>v x«i uito {jLTfiiejxiav 'réjfVTjvj^ct sont, par cela même , du . domaine de la Dialectique (tôSv ^la^exrtxâv).
€h. 10, 170, b, la. II faut aussi se garder de croire, sans restriction, à cette différence profonde qu'on a cherché à établir (Wyouai Tiveç) entre les raisonnements de mots et les raisonnements dé pt^nsée (wpoç To3vo(i.a Xoyouç xal irpôç vh Jiàvotav). Il serait absurde de croire que les tins et les autres tie sont pas les mêmes (tou^ o&totSc): La pensée est antérieure aux mots? qui ne sont rien sans elle , et wilà pourquoi on a dû parler du syllogisme avant Aé tnaiter delà Réfutation (171, a, i). Lors même que le mot a plusieurs sens, comment pourra-t-oû dide qu'on a discuté la pensée (171, a, 5), si l'on né s'est aperçu dé ces di>^erses significations, et si Ton n'en a pas tenu conipte ^
Ch, If, 171^, b, 3» Quand on recherché la, vé-
rite et la démoDstration , on u'attache pas autant de valeur aux mots , et Ton ne va pas jusqu'à croire qu'on peut affirmer ou nier tout. Cette opi* nion convient uniquement à celui qui ne veut qu'essayer les forces de son adversaire (iretpav la[iiêavovToç ). L'objet spécial du Sophiste, sera surtout de paraître habile et sage^ et c'est là aussi où tendront les syllogismes dont il se servira. Le syllogisme éristiquea toujours pour but de montrer la prétendue victoire de celui qui l'emploie (vuoiç çaivo(iiv7)c). La Pirastique , aussi bien que la Dialectique , n'a point de sujet déterminé ( oû^evoç 6pi(;|4.evovy 172^ a, 28). Elle^pplique indifféremr ment à tous les sujets.
Toutes les considérations qui précèdent concernent les réfutations sophistiques , et il importe au dialecticien de les bien connaître ; car la méthode complète des propositions embrasse aussi cette étude {^ yàp irepiTo^ ^rporaceiç (x^do^o; aira^flcv vft% xal Taïknv ty}v 6ea>piav). Il serait difficile de dire ce qu'Aristote entend ici précisément par \di, méthode des propositions. Il paraîtrait, d'après le contexte, qu'il la restreint à la Dialectique (^laXexTixou) ; mais cependant ceci n'est pas assez formel, pour qu'on ne puisse point entendre cette pensée dans un sens plus large , et croire qu'elle comprend la logique entière. On verra, du reste, plus loin , une exprès* sion analogue à celle-ci, et dont le sens parait moins vague. (Voir dans ce traité, ch. 33.)
Ch. la, 172, b, 9. Ici commencé l'étude des
autres objets que se proposent les soplnsfesu Oft a dit plus haut (page 4^7) , qœ c'était Âidne Faéyersaire eu erreur, et de fiare Toîr qa'il s'âait
trompé (^euio|A£votf ti ià^ luà rà» luip» as iiitipi
ayocyerv ). Pour arriver à œ but, il fuA aiMacr la discussion sur le terraîa oà Ton a le pins if acpiments tout préparés.
l'jra^ b, 86. Quant ao trcNsième objet da sophiste, qui est de £ûre dire a Fadrenaire des paradoxes, il Fattrindra Êicileiiieot, en s'atta» chant à distinguer les opinions que chacim arooe et montre (fâcyepûv^o^ùW), de celles qail cache et garde dans son coeur*: il prendra pour Ttaics tantôt les unes, tantôt les autres, sekmroccorrence* C'est ici surtout qu'il pourra se senrir zwee fruit des distinctions et des oppositions prétendues entre la nature et la loi (173, a, 8). CalBclés, dan^ le Gorgias , en donne un bel exemple; et Ton pent voir que cette opposition de la loi et de la nature est identique à cette autre opposition, du vulgaire et des sages (173, a, 28) :1e irulgaire se borne à la loi ; les sages au contraire ne prennent poor guide que la nature et la vérité*
Ch. i3, 173, a, 3f. Le quatrième objet du sophiste, c'est de Êdre bavarder son advenatre ( a$oXs<JX£v\^ )• Il l'amène à des expressions vides *de sens, surtout en substituant Texplication du mot au mot lui-même, et en ayant Faîr de croire que c'est une seule et même chose* Ainsi, à double , il substitue : double de la moitié , qui I. a8
434 DBOXIEIIB PARTIS. -^ 8BCTI0N 1.
«st rexplication de double; de sorte que, si on Yient à adopter double de la moitié , on aura le double de la moitié de la moitié; et ceci pourrait aller plus loin, en substituant encore à double, double de la moitié , de sorte qu'on aurait ttois répétitions : double de la tnoitié de la moitié de la moitié. Cette ruse sophistique peut surtout s'appliquer aux relatifs, qu'on fait suivre de leur rejatif réciproque. Mais ici Koterlocuteur a tonjourà tort d'accorder au sophiste que la définition , et le nom même du défini , puissent être employés l'un pour l'autre,
€h. i4, i73,b, i9. 5^ Soloecisme (Voir plus haut page 4^7). Pour le Solœcisme, il faut prendre garde qu'il peut être vrai ou simplement apparent. PV'Otàgore prétend«iit bien que (x^viç était du masculin, et qu'Homère avait fait un solœcisme en disant oilojievtiv. C'était un solœcisme aux yeux de Protagore, mais non aux yeux des autres. Le lieu commun où les Sophistes puisent le solœcisme, c'est \è genre neutre , pour les objets qui ne sont toi mascufins ni féminins.
D importe de remarquer pour tout ce qui précède que , cothme dans là dialectique ( Iv ^?; Jia- ÏjnttfXfXç ) j Tordre dans lequel les questions sont posées a une grande influence (^laç^pei iï ou (£upàv ^
Or doit faire ici deux remarques : c'est que, de ce passage qui se rapporte au huitième livre des Topiques ( Voir plus haut page 4^9 ) ? il résulte
ANALYSEE DZS RKFUT. DBS 80PH. — CHAP. VU. 453
d*abord que le huitième livre c(es Topiques est compris dans la dialectique, c'est-à-dire, dans la Topique, et qu'il n'en a probablement été jamais séparé, ainsi qu'on Ta cru souvent; en second lieu , qu^Aristote isole le traité des Réfutations dés Sophistes, du traité qui précède et abquel il semble*si étroitement uni , comme on l'a remarqué ci-dessus ( Voir page 4^* i )•
Âristote va donc s'occuper de la marche qu'il faut donner aux discussions sophistiques; et ici il serait difficile quelquefois de décider , à la manière dont les choses sont présentées par lui, si ce sont des conseils qu'il donne aux Sophistes, ou à ceux qui veulent éviter leurs ruses. Tout ce qui prédède prouve, au reste, que c'est en ce dernier &ens qu'il faut entendre la pensée du philosophe^ Ceci est d^ailleurs la seconde portion du traité ( Voir plus haut , page 4^4 )•
Ch. i5, 174, a, 17. Pour réfuter sophistiqueinent , il faiit donner une certaine longueur à la discussion, parce qu'il est plus difficile de saisir un long ensemble de raisonnements (a[Aa içoXkk ouvopav ). Il faut lui donner une certaine vitesse ,, car, si on la ralentit, on peut voir mieux quels en seront les résultats. Il faut encore exciter la colère ou la bile de l'adversaire, parce que la passion aveugle l'esprit.
174, a, 3o. Quand l'adversaire refuse ce qu'il croit utile à la discussion de son antagoniste , il faut interroger négativement pour ne pas laisser
456 nsuxiÈiiE partie. — section i.
voir nettement sa pensée. Dans les inductions, lorsque quelques cas ont été accordés particulièrement , il faut prendre l'universel comme accordé par cela même, et sans qu'il soit besoin de le demander. Parfois , il faut prévenir soi-même les réponses, et les faire sans les attendre ( 1 74» b, 9). Une des ruses les plus habituelles^ des Sophistes (<juxoçavT7i(iLa (/.oeXirot aoçtçixov ), c'est, sans avoir fait de syllogismes réels, de s'abstenir de la question qui devrait mettre fin à la discussion, et de procéder ensuite par conclusion, comme si le syllogisme avait été complet ( dujiLTrcpavTixûç ).
Ch. 16, Ï75, a, I. Telles sont les règles de l'interrogation. Quant à celles de la réponse, on va les tracer-, mais il convient, auparavant, de voir à quoi ces recherches peuvent être utiles: Elles le sont à la philosophie de deux manières : d'abord, en faisant mieux connaître les significations diverses des mots; en second lieu, elles mettent en garde contre les paralogismes qu'on peut se faire à soi-même dans ses études personnelles ( xaô' a'jTov ÇTOTTffffitç), en montrant comment on peut être trompé par les autres; enfin, ces recherches peuvent servir à la réputation de ceux qui y sont habiles, en montrant qu'ils s'y sont bien exercés, et qu'ils ne sont ignorants sur quoi que ce soit. En effet , si l'on blâmait une discussion sans pouvoir en indiquer les défauts , on paraîtrait la blâmer seulement par ignorance , et non point par amour de la vérité. •
ANALTSfi DES BÉFUT. DES SOPH. — CHAP. VU. 457
Cette portion du chapitre i6 ne tient pas fort étroitement, comme on le voit , à ce qui précède, ni à ce qui va suivre , et Ton pourrait soupçonner ici quelque déplacement.
Aristote revient ensuite aux règles de la réponse, et il se contente de se référer à celles de l'interrogation , qui peuvent être également utiles, dans l'un et l'autre cas. Il recommande surtout de s'exercer à ces réponses, pour savoir dans l'occasion les fournir avec assurance et rapidité , quand il s'agit de résoudre les sophismes que l'adversaire oppose.
Ch. 17, 175, a, 3i. De même qu'on a vu qu'il valait mieux quelquefois se borner au probable que de pousser jusqu'à la vérité , dans l'emploi du sjllogisme, de même aussi quelquefois il vaut mieux paraître résoudre les sophismes que les résoudre véritablement. Comme les arguments des Sophistes ne sont jamais qu'apparents, il faut les combattre ( (lAj^eT&ov ) , avec des armes aussi £siusses que les leurs.
176, a, ai. Il ne faut pas du reste se méprendre soi-même à ces vices des solutions qu'on donne, et l'on doit faire en sorte de ne pas prêter à une contre-réfutation (irape^r^oç). Aussi, dans ce cas , quand on est forcé d^avancer quelque chose <»>ntre sa propre opinion (irapa^o^ov), faut-il avoir bien le soin d'ajouter que Ton croit, que l'on suppose ( ^ox£tv ). Si l'adversaire a pris l'universel, non par le mot propre qui l'exprime, mais par
4S8 DEUZlkMS PAETIS. -^ SBCTION 1.
une comparaison (oùx M\uiti oX^ ir«pa6oX^), il faut dire qu'on ne l'accepte pas sous cette forme ( 176, a, 3a); car Tuniversel, ainsi donné, est une occasion fréquente de réfutation.
Il ne faut jamais accorder d'une manière abso* lue (176, by j) une question dont on ne comprend pas toute la portée (âdaf eç to TrpOTeivofuvov). Aristote donne pour ce lieu un exemple fort clair en grec, mais qu'il est difficile de rendre en français , parce que la langue ne se prèle pas à ce jeu grammatical. Ce qui est i^aim^ est-i| la propriété des Âthé» niens? oui, certes. Mais l'homme est-il tûv ^bi^M? oui, certes: donc Tbomme est la propriété des £|ni-
maux.
1769 b| a6. Quand on prévoit une question insidieuse, il faut aller au-devant, et la prévenir en la posant soi-même.
Ch. 18, 176, b, a9. Du reste, le syllogisme peut être vicieux dans la matière , ot^ vicieux dans la forme. La vraie solution consiste à en montrer nettement le défaut ( ri op9Y) Xueri; ifjif ov^cic ^^eu&ouç <rulXQyia|Aoii). II fw^ reg£(rder à la forme ( yj a\f^ù6' yiç-av i aeruXXoyiroç), et ensuite à la conclusion, s\ elle est vraie ou fausse.
Cb. (9, 1779 a, 9. Dans les conclusions à plusieurs sens, il faut sur*le-cbamp distinguer le seqs vrai qu'elle doit avoir, et prouver par-là que le Sophiste attaque non pas la chose elle-même , mais seulement le mpt amphibologique qui l'exprime.
Ch. ao, 177, a, 3i3. Ilf^ut tç^ujours, dans ]g çon-
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440 ^DtVXAMB PARTIE. —SECTION U
on répond, la qualité, le relatif, la quantité «t les autres choses de même ordre.
Ch. a3, 179, a, II. En général, dans toutes les discussions relatives à des mots (irapà ttiv XéÇiv) , on obtiendra la solution vraie du sophisme , en prenant le contrepied de la thèse soutenue par 1 adversaire (t4 flcvTwcetfuvov) : s'il réunit les choses, il faut les diviser, et vice versa. En prosodie , s'il prend la longue, il faut prendre la brève; en homonymie , l'opposé , etc. , etc.
Ch. a^j 1 79, a, a6. Pour les sophismes relatifs à l'accident (xapà to oii(i.êe€»xà<)i^ le moyen de les combattre , c'est de nier que tout ce qui va à l'accident aille aussi au sujet, et réciproquement. C'est qu'en effet il n'est pas nécessaire que tout ce qui est vrai de l'un le soit aujfâi de l'autre. L'identité parfaite des accidents ne convielit qu'aux sujets qui n'ont pas de différence essentielle {xaxk rnv oùotœv â^iaf opoïc 179, a, 38), et qui ne font qu'un tout. On a proposé diverses autres façons de résoudre ces sophismes; mais , en général, elles sont insuffisantes.
Ce passage , et plusieurs autres du même genre, répandues dans ce traité, et dans lesquels Âristote rappelle les opinions de quelques philosophes, prouvent que ces matières avaient été traitées avant lui; ainsi, Tépilogue qui termine les Réfutations des Sophistes, loin de se rapporter, comme on l'a prétendu souvent, à ce seul ouvrage, con-
àXALYa DB lÉVCT. ]>SS SOPB. — CBAP* TD. 444
cerne aa contraire Tensemble de la Logique. Âristofe aiFait des prédécesseurs, comme il Tavoue hn-méme, dans l'étude des sopfaismes; il n'en avait pas pour la théorie du syllogisme et de la démonstration ( Voir l'analyse de l'Herméneia pag. aoa et plus loin , page 447)-
Ch. 25, i8o, a, 23. Les sophismesqui reposent sur la confusion du relatif et de l'absolu , se peuvent Êicilement résoudre en distinguant Tun et l'autre, et le moyen le plus simple de le faire , c'est de prendre la contradiction de la conclusion (icfoç To <ni{x.ir8pa^(jLa ty)v âvrifaciv). Tous cessophismes se réduisent à cette formule générale (tout l^ovraç): le non-étre peut-il être? Oui, le nou-étre est k l'état de non-être; et de même Têtre n est pas ^ car il y a des êtres qui cessent d'être , etc. , etc.
Ch. a6, 27, 28, 29, 3o, 1 8 1 , a, I . Aristote indique ensuite fort brièvement les moyens de combattre les sophismes dont il a exposé plus haut la nature, et qui tous reposent sur l'ignorance de la réfutation, sur la pétition de principe, sur la consécution réciproqueet mal comprise des choses, sur une addition secrète qui est faite aux données primitives, sur la réunion de plusieurs questions en une seule, etc.
Ch. 32, i3i, b, 25. Quant an sophisme qui con^ duit à la tautologie (tocitt^ tto^Xocxiç eiiceiv), on s'^i défendra surtout en n'accordant, pas que les catégories séparées (xaO' aÙToç xkç xaTTiyopiaç) aient, par elles seules, un sens complet; par exemple, le re^ latif sans son relatif. Il ne faut pas accord non
449 niuzitafs paetis. — sscnim i.
plus que Tespèce et le genre , le propre uo\é ou réuQi au sujet ^ etc. , etc., aient le même sens.
Gh, Sa, i8a. a^ 7. Enfin , on résout ai$ément lea sophisme» de solœdsme^en distinguant avec soin le genre et le cas.
Ch. 33, i8a, b, 6. Le chapitre 33, qui teripine ce traitéi renferme deux parties fort distinctes , et, pour ce motif 9 les éditeurs de Berlin auraient eu raison de le diviser en deux, et d'admettre un 34* chapitre, comme plusieurs de leurs prédécesseurs. Quoi qu'il en soit, la première partie est un ré« sumé de ce qui précède sur la solution des sophîsmes ; la seconde est un résumé beaucoup plus important de FOrganon tout entier.
. Artstote établit donc d'abord que , parmi les aophismes, les uns sont difBciles à saisir; d'autres, au contraire, sont aperçus sans peine, et ne sont alors que ridicules (yeXotoi) ; tels sont surtout ceux qui ne s'attaquent qu'à la forme des mots (irapi Ti^ >6&v|, i83, a, ai.). Du reste, on peut à la fois, dans la solution du sophisme comme dans le rai-* sonnement lui-même, s'en prendre, soit à l'objet même de la discussion , soit à la persomiQ de l'in* terlocuteur , ou enfin en laissant Tun et l'autre, se rejeter sur le temps qui ne permet pas d'approfondir la discussion entamée.
Ici commence l'épilogue qui a servi si souvent de texte aux attaques des antipéripatéticiens, et particùlièroent à celles de Ramus. Le point le plus impoiiknlà écbnpcîr, c'est de savoir si ce résumé
ANALYSB BSS BIÊFUT. WS SOPH* --- COAP. VU. 44S
qpi clpt le traité des Réfutations des Sophistes ^ sç rapporte à TOrganon tout entier, ou seulement à la Topique et à ce qui la suit. Malgré quelques incertitude^^ je ine prononce pour le premier parti. Ici Aristote a voulu reconnaître rensemble de ses travaux sur le raisoniienient (tyjç (acOo^qv xwt Xcrycov). (l8^fb, i3)« Il a traité de tout ce qui le concerne (^è^^-O^iàxon 8l 3cal Tçtfl T(5v SXkm ), comme il le dit lui-même, et ceci peut s^appliquer aux Catégories, ^^^erméneia9 puisqu'il vient de parler de sa théo* rie du syllogisme , de sa dialectique et de son traité des sophismes. J'avoue qu*ici les expressions de Tauteur auraient pu être plus nettes , ses pen* sées mieux classées : mais la remarque que j'ai f^ite plus Ijput ( page 44^) i ^^ semble tout-à-fait déci^ive^JQinte aux preuves que le texte fournit en cet endroit.
Voici donc comment Aristote termine sa logique, et fait un modeste et légitime appel à la reconnaissance de la postérité (Voir plus haut page 84)*
ic De combien de manières et de quelles manières « se produisent les paralogimes; quels sont les «ç moyens de montrer que l'interlocuteur se nf trompe et de l'amener à fairedes paradoxes; com* a ment, en outre, se forme le syllogisme; comment « il f^ut interroger dans \e^ discussions, et quel est « l'ordre à cuivre dans les interrogations; quelle est « l'utilité de toutes ces recherches; quelles sont les « règles générales de toute réponse, et comment on « peutré^pudre lesobjet? de h di^cuwipn et^es ^yl-
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« logismes; toutes ces questions doivent être suffice samment éclaircies par ce qui précède. Il ne reste c( plus pour compléter le projet que nous nous « étions d*abord proposé , que de nous résumer « et de mettre fin à ce traité.
« Notre but était donc de découvrir une méte thode sylIo;{istique^ qu'on pût appliquer au « sujet donné en partant des principes les plus <r probables. C'est là en effet l'objet de la dialec- « tique , proprement dite, et de celle qui n'a en vue tf qu'un simple essai des forces de l'adversaire. a Mais on a , contre cette dernière, certaines préce ventions, à cause de sa ressemblance avec la so- « phistique. L'on peut en effet essayer les forces de te son adversaire, non seulement pour la discussion « dialectique, mais aussi dans un tout autre but; ce et c'est pourquoi nous avons voulu dans ce et traité fournir les moyens, d'abord, de poser soi- «c même les questions , et en outre , quand on les et reçoit, de se défendre également contre la thèse « donnée, en partant des opinions les plus gênéa ralement admises. Nous avons dit nos motifs, et « ces motifs sont ceux qui portent Socrate à tou- «f jours interroger sans jamais répondre, attendu ce qu'il convient de son ignorance. Nous avons « expliqué plus haut à quoi toute cette science « s'applique, quelle en est l'origine et com- « ment nous pouvons l'acquérir. Nous avons aussi a tracé les règles de toute interrogation, l'ordre « qu'on y doit suivre , et celles des réponses et de
la solatkMi des jjBngiif f Huas aross de plus exposé UmtetqÊdstroffCfrteàcetÊtmémeéùide des discours .isa, t^ç lârn^ fdki^n 'sim yiffm scpiy Nous a^oos ea ootir traité de» oaralooiaMay
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« cipeS) ne leur ont hàt faire qae bien peu de « prdgrèft } mais ceox , atijonrd'hui, qui s'y sont «rcnduf célèbres , ont amené ces sciences au « point où nous les voyons , parce que de ùotn-a breux devanciers, dont ils les ont reçues, tf avaient peu à peu augmenté cet héritage. Ainsi , c Tisias , après les premiei^ inventeurs , Thrasy- « maque après Tisias, Théodore après Thrasy* « maque, et tant d'antres qui ont cultivé les
# diverses parties de la Rhétorique; Il n'y a donô « pas lieu de s'étonner que cette science en soit c arrivée à ce point de perfection. Quant àTétudé m dont nons nmis occupons ici (tœtrttic ^è tfic a itfetffUfniatç), on ne peut pas dire que telle partie « eût été travaillée et que telle autre ne Feôt pas « été; il n'y avait absolument point ici de travauit « antérieurs. Les gens, en effet, qui pour de Yâr* fc gent montraient l'art de la dispute, n'avaient m qu'un enseignement pareil à la méthode de te Goi^as. Ils donnaient à apprendre, les uns, des € discours de Ahétorique, les autres, des séries ce de questions, qui renfermaient^ à leur aris, là « plupart des sujets à soutenir dams les deuie sens;
* Avee ^tiss, on apprenait c^rtaineinent fort tfte, c mais on apprenait mal et san^ art €e n'étadt pas « l'art proprement dit qu'ils s'attachaient & tâda* c trer, c'étaient pkitèt les résultats de l'art l\ii « étaient comme un boni(ine^ qui, prétendant clé^ te montrer sci^itifiquement à n'avoir pas mtal âtix « pieds, n^enseîgnerait pas la manière de feîre kÈ
K chaussures et de s'en procurer de bonnes , mais « qui exposerait seulement quels sont les divers « genres de souliers. €e serait certainement là d*et^ <K celients renseignements pour F usage habituel; « mais ce né serait point du tout Un art. Ain^idi^nc, « pour la Bhétdriqiie^ ôU s'en était occupédè^ longle temps et Ton avait produit beaucoup de tk'àvatix. « Pour la science du RAisoNNeMteNT, au contrai*^, « (TTEpl èè ttO m>X>oyt^g<r6at), nous n'avions rien d'anté- «rieur à nos pix^reS recherches , qui bous ont « coûté tant de peine^ et un temps si long. Si rom « reconnaissez que cette science , où tout était « ainsi à faire dès la base^ n'est pas demeurée trop If en arrière deà autres sciences , accrues pîir éé « iuoeessili labeurs , il ne vous reste à vous toUsr, n ainsi qu'à tous céuis: qui Viendront à connaître « ce traité y qu'à montrer de i'indtilgehcé pour lea ir lacunes de ce travail , et de la reconnaissance « potir toutes tes découvertes qui y ont été faites. ^
Avec l'analyse en traité deâ Rëfiltâtiôns finit l'analyse de l'Organon. On l'a présentée avec un développement qui semblera peut-être trop étendu; mais il a paru que la meilleure façon de faire comprendre ce prodigieux mmiffmeut, c'était d'en détruire , le moins possible , l'échafaudage et la construction. Le soin qui surtout m'a préoccupé, c'était de porter la clarté dans les diverses parties de ce travail. En abrégeant Aristote, comme l'ont fait, en général, tous ceux qui ont essayé
44S PRBIf • PART. -- 8BGT. I. — AHâLTSE » BTC.
d'exposer TOrganon y on aurait certainement pu donner des notions plus saisissables y moins pénibles à suivre ; mais, je ne crains pas de le dire, toutes les analyses de ce genre, à commencer par celle de Reid, ne donnent point une idée vraie du système aristotélique. Pour moi, je n'ai pas cru pouvoir me substituer aussi complètement à l'auteur que j'avais mission d'analyser; je l'ai partout suivi pas à pas, mettant sa pensée sous forme qui pût convenir à la plupart des esprits , la mutilant le moins que j'ai pu, lui conservant ses allures particulières, respectant toutes ses nuances , signalant ses rares écarts, qui ne sont même, sans doute, que des déplacements attribuables à l'injure des siècles et à la légèreté des premiers éditeurs; enfin , ne me permettant jamais, qu'avec la plus extrême réserve, de blâmer des théories dont peut-être le sens m'échappait, et qui avaient contre mon sentiment personnel , le témoignage du Stagirite , et celui des vingt-deux siècles qui ont passé sur sa doctrine sans la re£ûre ni même l'ébranler.
FUI DIT PREBIIEll VOLVME.