‹ De la logique d'Aristote (volume 5)Chapitre 69 sur 83 · DB0X1ËME PARTIE. — SECTION I · texte numérisé non relu

DB0X1ËME PARTIE. — SECTION I

jet doive, par Ips lois mêmes de la nature, avoir ou n'avoir pas cette qualité dont il est f)rivé, ou qu'il possède; il faut, en outre, que la privation et la possession soient considérées dans le temps même où la nature les place loutes deux. Ainsi, l'on ne dit pas d'un être qu'il est édenté, par cela seul qu'il n'a pas de dents, ou qu'il est aveugle, par cela seul qu'il n'a pas ta vue; il faut encore que ce soit un sujet qui doive naturelleineut avoir-ou des dents ou lavue; il faut, enfin, que ce soit dans le temps marqué par la nature ; certains animaux , en eflet, au moment de leur naissance, n'ont ni dents, ni vue, et pourtant l'on ne saurait dire qu'ils sont édentés et aveugles.

Il faut-distinguer, au reste, avec soin, élre privé et posséder, de privation et possession ; ces deux premières expressions sont opposées comme les deux secondes, mais ne leur sont cependant pas identiques. C'est ainsi que ce qui est placé sous la négation et l'afBrmation n'est cependant pas affirmation et négation. (12, b, 6.) Ainsi, sous ces deux expressions afûrmatives et négatives : il est assis , il n'est pas assis , i) y a ces deux autres : être assis , n'être pas assis , qui ne sont pas cependant de la négation et de l'afBrmation.

Aristote, sans le dire formellement, veut sans doute distinguer ici les termes abstraits: vue, aveuglement, des termes concrets: voir, être aveugle.

Il ajoute encore deux observations sur les op-

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AHAtTSE DÇS CATÉQOKU^. — CUIT. II, iTtj

posés par privation et possession : d'abord ces opposés ne le sont pas comme relatiis , car l'ui^ n'est pas dit par rapport à son opposé, et il n'y a point d'attribution réciproque (où icfof àvnçf^^vT^ >iy£Tai). On ne saurait dire, en effet, que l'aveuglement est l'aveuglement de la vue; on dit qu'il es^ la privation de la vue. La vue n'est pas davantage la vue de l'aveuglement. En second lieu , les opposés par possession et privation, ne le sont pas comme les contraires. ( la , b, ^6.) Ils n'ont point, en effet, ce caractère de nécessité qui fait que, dans les contraires naturels sans intermédiaires , l'un des deux est au sujet qui les peut recevoir (tô Âextixov), Us ne sont pas non plus entre eux comme les contraires médiats, à intermédiaires: car il faut que l'un des deux, privation ou possession, soit nécessairemeot, dans un certain temps, au sujet qui les reçoit, l!un ou l'autre indifféremment ( ôiroTSfOT s-ruy^ev ) , et non point l'un plutôt que l'autre, d'une manière déterminée(a!p(i>fi(TjAév(Dï). Or, ceci n'a point lieu dans les contraires médiats. Enfin les contraires, ( 1 3, a, i8), sauf le cas de nécessité naturelle, peiAent se changer l'un dans l'autre (st; âw-nka- (UTaêoXriv ytvEaâai); mais jamais la privation ne se change en possession, bien que la possession puisse se changer quelquefois en privation.

i3, a, 3^. Reste le quatrième mode d'opposition: l'affirmation et la négation, tout différent des modes qui précèdent. C'est en effet le seul qui

ils DEDSlfiME PARTIE. — SECTION I.

porte le caractère de vérité , c'est-à-dire , où il faille que l'un des deux membres soil vrai, et l'autre faux. C'est que, dans'Ies autres modes d'oppositien, il n'y a pas combiDaison des mots (kveu cu^- TC^mc^O- ïl f'*"* ajouter qu'ici, ce caractère de vérité est immuable {àà) , tandis que, même dans les contraires où l'on Tait une simple combinaison de mots , les deux membres de l'opposition peuvent être faux à la fois. Ainsi, dans ces deux coniraires: Socrate est malade, Socrate est bien portant,où les mots sont cependant combinés, l'un comme l'autre peut être faux, si, par exemple, Socrate n'existe pas. Mais dans les opposés par négation et par affirmalioii : Socrate est malade, Socrate n'est pas malade, l'un des deux est toujours vrai, l'autre toujours faux, que Socrate d'ailleurs existe ou qu'il n'existe pas.

Cette théorie des oppositions joue un grand rôle dans le système d'Arislote; et la dernière partie, surtout celle qui regarde l'affirmation et la négation , va recevoir bientôt une application directe dans le Traité du I^angage, dans rép[ti^v£ut, qui se fonde complètement sur elle.

Cb. Il , i3, b, 36. Aristote revient ici sur quelques propriétés généralesdps contraires, qui sembleraient mieux placées dans le chapitre précédent, à la secticm où il examinait l'oppûsition par contraires. Quoi qu'il en soit , il donne quatre nouveaux caractères des contraires : i° le mal est nécessairement le contraire du bien ; on peut s'en

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ANAtrSE DES CATlKOniES. — CHAP. H. 477

convaincre par l'induction; le contraire d'un mal peut être, tantôt un bien , et tantôt un mal ; le milieu (lî [tEu^ç), le terme moyen, est contr£re aux deux extrêmes,' et il est un bien (oSua àr{ai6i). On reconnaît ici la théorie des vertus, a" Entre les contraires, il n'y a pas réciprocité d'existence : l'un peut être, sans que l'autre soit nécessairement; 3° les contraires ne s'appliquent évidemment qu'à des choses de même espèce ou de même genre (TtwTtw îi EÏfîsti Y^^"); lâ justice et l'injustice sont toutes deux dans le cœur de l'homme; 4° enfin, les contraires doivent de toute nécessité, ou bien être dans le même genre, ou dans des genres contraires , ou bien constituer eux-mêmes un genre : ainsi, blanc et noir sont dans le même genre; justice et injustice, dans des genres contraires; la vertu et le vice, bien et mal, sont des genres contraires. i4, a, aS. Après l'idée d'opposition, Aristote passe à l'idée de priorité ; il en reconnaît cinq espèces diverses, bien que d'abord il n'en annonce que quatre. La première et la principale, s'applique au temps (xuftéxxTx xari ;^povov). Laieeconde a lieu pour celle des deux choses qui ne rend pas à l'autre la réciprocité d'existence successive ((i.-^ àvTiçpiipoy TUtxx t^v toù sîvcti àitoî.ou6»ifftv); ainsi, un est antérieur à deux, parce que de deux suit aussitôt l'existence de un , tandis que de un , ne suit pas nécessairement deux. La chose donc qui ne rend pas la succession d'existence, paraît antérieure. En troisième lieu, antérieur et postérieur peuvent

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178 DIDXtkMI PAKIIB. -

«'entendre d'un certain ordre, comme dans les

sciences de démonstration, dans la géométrie, les. éle'menls précèdent en ordre les tracés des figures; comme dans la grammaire, les lettres précèdent les syllabes y et dans la rhétorique , Texorde précède la narration. Premier, antérieur, peuvent se rapporter encore à la supériorité, à la considération (-ci péy-nov, -ri TifwiÛTîpov ). Tfb sont les quatre principaux modes de priorité : on pourfait toutefois en ajouter un cinquième; et dans les choses qui se rendent réciproquement l'existence, considérer comme antérieure celle. qui, d'une façon quelconque, est cause d'existence pour l'autre. Mais je laisse parler Aristote , dont la théorie touche ici un point de haute importance, puisque c'est le rapport même de la pensée à l'être, du langage aux rhoses : « Outre ces quatre « modes de priorité indiqués plus haut, on pour- « rait en distinguer encore un cinquième. Dans les « choses, en effet, qui se rendent la réciprocité ■t d'existence, celle qui d'une Façon quelconque se- 0 rait cause d'existence pour l'autre , semblerait , à «juste titre, pouvoir être naturellement appelée « antérieure. On peut voir sans peine qu'il y a « des choses qui sont dans ce cas. Par exemple, 1^ quand on dit : l'homme existe , il y a rapport ré- « ciproque entre l'existence de l'homme, et le ju- « gement vrai qu'on porle sur cette existence. En « effet, si l'homme existe, le jugement par lequel « nous déclarons qu'il existe, est vrai; et récipro*

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AltÛTIE DBS CAnGOftieS. — COiT. u. 479

««juement, si ce jugement, par lequel nous décla- « ronsquerhomme existe, est vrai, l'homme existe <t aussi réfllemeiit. Mais un jugement, quelque « vrai qu'il puisse élre , n*est pas cause qu'une « cliosesoitjc'estia chose qui semble, au contraire, « élre en quelque sorte la cause de la vénié du « jugement , puisque, en effet , c'est selon que la ■ chose est ou n'est pas, que le jugement est faux • ou vrai. »

i4i b, 34> A l'idée de priorité succède, pour Aristote , celle de simultanéité. Il en distingue deux es|iècps : l'une est supérieure et absolue dans le temps (sv t^ «ùt^ 7.?^""?) i l'autre est de nature (l[ta Tv| fitsti), et s'applique aux choses qui se rendent la succession d'existence , sans que l'une pourtant soit cause de l'autre; ainsi, le double et la moitié, dont il a déjà traité dans la catégorie des relatif, sont des simultanés de nature.' On peut dire encore, que les divisions analogues d'un même genre ont cette simultanéité (tb tx. to5 etyroC y^<wç(évTiJiiip>i{iiv5ta'>.>.iîXoiî). Ainsi, terrestre, aquatique , volittile, sont des divisions analogues, relativement à un même genre, qui est celui d'animal, et ^ sont simultanées de nature. Du reste, on pourrait, dans les divisions, faire des subdivisions, qui jouiraient de la même propriété. Mais les genres restent toujours antérieurs aux espèces; car, du moment qu'il y a terrestre, aquatique, i! y a nécessairement animal ; mais il peut fort bien y avoir anitaal, sans qu'il y ait du tout terrestre, aqui-

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-180 DECXIËHI I>ÀItTIE. — SECTION I.

tique, etc. En résumé, et d'une manière absolue, la simultanéité s'applique aux choses dout la naissance , la production, a lieu dans le même moment

iS, a, 1 3. Le mouvement f e partage en six espèces , opposées deux à deux : ta naissance ou production, la destruction; l'accroissement, la diminution ; l'altération et le déplacement (-j^vEtriç tfOopa, a3Çrf]ci( [j,eiwiTi;, aX'Xoi'&iffiî -f, /ji-vt. totcqv jiETotëoivf). Il est facile de voir la différence de toutes ces espèces de mouvement. La seule qui pourrait offrir quelque difficulté, et qui semblerait se confondre avec les autres, c'est l'altération : en y regardant de près, cependant, on se Convaincra que ce mouvement n'est pas moins' distinct; car bien des choses subissent une altération, sans avoir aucun à&& autres mouvements, et. -vice versa.

Ces mouvements, en outre, sont contraires les uns aux autres en particulier, comme le repos est en général contraire au mouvement : mais pour le déplacement, son contraire est le déplacement dans un lieu contraire: de bas en haut, de droite à gauche, etc.; et pour l'altération, c'est le chan- ' gement en la quaUfé contraire : du blanc au noir, par exemple.

Aristote termine cet appendice des Catégories , par quelques remarques sur les différentes significations du verbe E^ELv. (i5, b, 17.) Ceci encore semblerait devoir être déplacé, et reporté plus haut, chapitre IX, à la catégorie spéciale d'î^sw.

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-IMUTSE DES CATXGiHUES. — CBAP. II. ^81

Gest ce qu'ont fait quelqyefoisles commentateurs, et Zabarella entre autres. Ils n'ont peut-être pas eu tort; mais il convient aussi de faire observer qae, dans ce dernier chapitre , I^eiv est toujours prisdâDs le sens -actif, tandis que plus haut i) était pris dans le sens réfléchi. Quoi qu'il en soit, Aristote distingue huit signiBcatioos principales d'i-^uv : avoir une qualité, avoir une quantité, avoir autour du corps, comme UD manteau, une tunique : ce sens rentre davantage dans celui de la catégorie d'îjç^eivî avoir dans une partie de son corps, comme un anneau au doigt, avoir comme partie de son corps : pied ou mttin , avoir dans Je sens de contenir: le tonneau a du vin {t/in û; èv iryyutr)), avoir dans le sens de posséder : avoir une maison (q«iy i>ç XTÎfMt). Enfin, le sens le plus éloigné, est celui dans lequel on dit qu'une femme a un mari, et un mari une femme.

Telle est l'analyse fidèle des Catégories, un peu longue peut-être, mais qui peut servir à faire mieux comprendre l'importance fondamentale du traité qui ouvre la logique d'Aristote, Il est évident que, là, sont jetées les bases généniles de toute la doctrine qui va suivre , et que, sans les Catécories,e]le serait iucomplète; et, comme le disent les commentateurs, elle serait ôxÉçaioî, sans tête.

Voyons, en efifet, ce qui vient d'y être exposé : d'abord, les rapporis divers des choses entre cites, comme sujets et comme attributs; puis ensuite ,

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it% ueuXÙia FARTU. — SICTK» 1.

Texamen des mots qui représentent les choses , letir classification en dix ordres généraux , et par cela même, la classification des choses, en tant qu'elles sont par elles-mêmes, et qu'elles se produisent à la pensée; viennent ensuite, l'analyse profonde et com- [Jète des quatre ordres principaux, et, en particulier, de celui de substance , qui sert de base et de point de départ à tous les autres; l'énumération des propriétés spéciales et communes de ces dilfêrents genres; et enfin , pour compléter cette revue, l'explication dequelquestermes peu usitésqiii y ont été employés, et qui doivent se reproduire constamment dans la suite, termes qui représentent eux-mêmes des idées indispensables à tout le reste de la méthode.

En métaphysique, les catégories sont les dix genres de l'Être, et c'est ainsi seulement quePlotiu les a considérées. La catégorie de la substance s'applique à l'Être en soi; c'est elle qui en donne l'essence, et qui l'éludie dans ce qui proprement le constitue , indépendamment de tontes relations extérieures; les autres catégories sont les accidents de l'Ëire, fortuits, passagei^, qui l'affectent de diverses manières , mais ne le font pas étte ce qu'il est, dans l'essence propre qui le détermine;

£u logique, les catégories descendent de cette hauteur suprême , pour devenir les éléments possibles d'une définition complète.

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AMAlTie Dl l'Bauatnu. — eau. m. -ISS

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