CHAPITRE QUATRIÈME
Analyse des Premiers AD^jtiqties.
LITRE FREMIEIt.
L'objet de l'Analytique dans son ensemWe est, comme le dit Aristote au début même des Premiers Analytiques , la démonsFration et la science ' démoDstratiTe (ôroiSeiÇiî xat éitiç^ft-n àiw^Ea-rucrf, pag. a4» ^f '°)- Mais comme la démonstration n'est qu'un long syllogisme , il convient de traiter du syllogisme d'abord, et ensuite de la démonstration, moins générale quehiifpag. a5, b, 39), Ainsi, c'est Aristote lui-même, comme on Ta, du reste, suffisamment prouvé ( ch. 12, i""^ partie), (Jui prescrit l'ordre des Premiers et des Derniers Analytiques.
Le sujet des Premiers Analytiques est donc ta théorie complète du syllogisme, dans sa nature et ses modifications. Dans le premier livre, que les commentateurs ont partagé avec raison en trois parties (voir plus haut, pag. 109), Aristote établit les règles générales du syllogisme Simple et modifié, puis celles de la recherche du moyen syllogistique ; et enfin, il étudie la manière de ramener les syllogismes à leurs éléments matériels de propositions et de termes, et à leurs éléments
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INALISE DES PBEM. ANALTT. — LIV. I. CHaP. IV. -SM
formels, d'après la théorie précédemment exposée. Le second livre, dont la divisiop varie, selon les commentateurs, de deux à trois parties, t^nferme h théorie des propriétés du syllogisme, relatlvemait àlanatuteet au mode de sa conclusi(m,leA vices du syllogisme qui peuvent être de plusieurs genres ; et pour terminer, dans une sorte d'appendice,lephilosophe donne une exposition desfonnes de raisonnements moins pures que le syllogisme, mais qui tontes s'y rapportent nécessairement.
Ch. I, a4) a» ï3' Avant d'aborder le syllogisme lui-même, Aristote explique différentes expressions dont il se servira dans tout le cours de son ouvrage : proposition, terme, syllogisme complet et incomplet; et de plus, les expressions qui concernent l'attribution, et qui sont ainsi formulées : être ou n'être pas dans tout, être attribué à tout, n'être attribué à aucun (ti itp^«ç,Tt'îpoî, xai t£ viiKhr^tajiAi , [aetà Si taOtoc tî tô èv Skif tltx\ h jt-yt clvon
umrfopttirdat). On verra , un peu plus bas , qu' Aristote confond év 3Xw elvai h [i-Jl «tvai et tmtx Tcovriç h
La proposition, relativement à sa forme, peut être affirmative ou négative, universelle ou particulière, ou indéterminée; c'est toujours, comme on le voit, la théorie de Yif^ivtux. Relativement à sa nature, elle peut être démonstrative ou dialectique. La démonstrative se partage en syltogistique simple («uX^oyi^tx^ âTclfit), afBrmant ou niant
212* OBUXlblB PARnE. — S8CII0N I.
une chose d'une autre , et en proposition démons* trative, proprement dite, qui conclut le vrai, d'après les données primitives ($ià tùv àÇ ^px^ï ^ict^éeim). La proposition dialectique est un des membres de la contradiction , accordé comme vrai, par suite d'une interrogation (if^maii ôvnf «aeu);), ainsi qu'on Ta dit dans les Topiques.
Cette citation des Topiques , peut sembler assez singulière , placée comme elle l'est ici; car elle renvoie à une discussion moins complète; cependant elle est exacte, et peut s'appliquer au liv. I, ch. I. p. loo, a, 29.
Du reste , que la proposition soit démonstrative ou simplement dialectique , peu importe pour la formation même du syllogisme (oùJiv èh iwtuet xfôç Ta ffiio^m tht èîtaTépou mt^in^vi).
Âristote poursuit ses définitions , et de la proposition il passe au terme (cl'pof ), et au syllogisme complet et incomplet. Il est inutile de faire remarquer toute l'importance de la définition du syllogisme; elle est célèbre; la voici telle que la donne Aristote :
Ch. I, p. 24, b, 16. H J'appelle terme, dit-il, « ce en quoi se résout la proposition , c'est-à-dire, « l'attribut , et le sujet auquel il est attribué , soit « qu'on les unisse , soit qu'on les sépare par les M idées d'être ou de non-être ( d'affirmation ou de
V négation ). Le syllogisme est une énonciation a dans laquelle, certaines assertions étant posées ,
V par cela seul qu'elles le sont, il eu résulte né-
AIlAITn DKS ?UH. AHALR.— UT. I. CHIP. tT. 215
m cessairement une autre assertion , différente «des premières. Par cela seul qu'elles sont, veut « dire que c'est [Mir ces assertions que l'autre « est produite ; et être produite ainsi , signifie qu'il M n'est besoin, pour que le nécessaire en résulte, K d'aucun autre terme étranger. J'appelle donc « syllogisme complet, celui dans lequel il ne £tut « rien de plus que les données , pour que le néce»- « saire apparaisse, et incomplet, celui qui a besoin, « au contraire , d'une ou plusieurs données qu'on « ajoute, lesquelles sont bien aussi nécessaires, « d'après les termes supposés , mais qui , toutefois, c ne sont pas énoncées dans les premières pro- « positions. »
Voici comment Aristote s'exprime sur les pro> positions universelles, affirmatives et négatives :
a Qu'une chose soit en entier à une autre, ou que « l'une soit attribuée à l'autre totalement, ce sont « là des expressions-identiques. J'entends par être a attribué à tout, qu'il ne soit pas possible de « prendre l'une des parties du sujet, dont l'autre « ne puisse être dite ; et de même, pour n'être attri- « bue à rien. »
On serait peut-être plus clair en adoptant, pour exposer les idées d' Aristote, les formules créées long-temps après lui, et notamment, les quatre lettres qui désignent les propositions des principales espèces : A., £, l, O; mais ici, comme plus haut, on croirait manquer à la fidélité de cette analyse, si l'on employait des notations qui
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S44 DEuxitau PAKTii. — nciu» 1.
ne sont pas à l'usa^ du Stagjrite; on aurait tort de les mêler à sa théorie, quand il s'agit de la conn^tre en elle-niéme, indépendamment des secours naatének don t elle a é^ enlCHirée par d'au très mains.
Aristote vient déparier de syllogismes complets et incomplets; il est évident qu'il faudra ramener les derniers aux premiers , c'est^-dire les rendre parfaits; autrement, l'évidence manquerait att syllogisme. Le principal moyen de ramener la seconde espèce de syllogismes à la première , c'est la conversion des propositions (ôvrirpofTi). Aristote, sans parler de cette utilité de U conversion, en établit les règles dans deux chapitres, avant de donner la théorie spéciale du syllogisme et de ses figures.
Ch. a, 25 j a, I. — Ch. 3, a5, a, 37. D'abord, il traite de la conversion des propositions simples , et rasuite de la conversion des propositions modales ; ici , se retrouve , comme l'on voit , la grande- division admise dans ripjjnfvsut. Aristote trace les règles des unes et des autres, et il étaUit que la proposition universelle négative (t^ fiiv h TM ÔTrrfpj^eiv jwtSoJjw ^epTiTHi^v ) se convertit dans ses propres term^ , c'est-à-dire , simplement , pour parler le tangage de la Scholastique ( loû; Sçmç tmirfiftw). Ainsi, la proposition universelle négative : Aucun plaisir n'est un bien , se convertit en cette autre proposition universelle négative : Aucun bien n'est un plaisir. En continuant cet eiamen , Aris-
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ANAiTaiDju ram. àifàuit.—uv. i, chap. iv. 2J5 tottreccoin^t que la proposition uniTereelle afBi^mative (a5, a, 7; div wcrfiyoputTiv ) se convertit en use 4>r«position particulière (xorà [Ji^poc); que la particulière affirmative se convertit simplement» comme on l'a dit plus haut pour FuniTerselle négative; et enfin, que la particulière négative n'a pas de conversion nécessaire (oùx ccv«piatov). Aristote donne ici des exemples de ces quatre esptèces de conversion; %t au lied d'exemples coDcretST il se sert de simples lettres, à la ma* nière des géomètres.
Cb. 3, a5, a, 37. Les règles de la conversion des modales sont à peu prèa auâsi simples; seulement la conversion n'affecte pas le mode, mais bien, ce qui lui sert de sujet, le dictum. Il faut remarquer, en outre , que la conversion des propositions contingentes s'écarte de celle des autres modales, en ce que contingent (èvS()^<>(uv(») ayant trois significations, comme on l'a vu dans l'ip ^ivtuif (KV(ryxaï(np,TÔ ftii mcrpuikft, xoî tu Sman^y), il faut distinguer avec soin ces trois significations diverses, les deux premières admettant la conversion ordinaire, mais la troisième ne permettant pas à l'universelle négative de se convertir (35, b, 17), CMnme on Fa vu plus haut pour les propositions simples. Aristote renvoie , du reste , ici à sa théorie ultérieure sur le contingent , et il a certainement en vue les règles, qu'il exposera plus, loin, pour le sy]l(^isme, dont l'unedes propositions, ou les deux
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Ha DEDxttiiB pAaTu, — Bscncw I.
même, sont contingeotes (aîrvÂï^d[uv«TCpoTiit(Ktc).
(Voir un peu plus loin l'analyse du cb. 8).
Ch. 4i ^5, b, a6. Ceci posé, AristoFe passe au ^llogisme, et en fiait une étude spéciale dans ce qu'il appelle ses diverses figures {irj[rijiM). Le syllogisme se compose de trois termes, dont un doit être attribué à un autre dans la conclusion ; le troisième terme, sans y entrer, doit servira montrer, comment le premier et le second peuvent être entre eux dans le rapport de sujet et d'attribut. Ce troisième terme, qui, dans les deux: propositions, sera réuni tantôt à l'un, tantôt à l'autre des deux termes qui forment la conclusion, est ce qu'on appelle le moyen ([i^sov). Dans la pensée, le moyen est donc toujours entre les deux autres termes, qu'on appelle les extrêmes (-cà àxpoc); mais , dans la forme matérielle du siyllogisnie, il se peut que ce terme moyen n'oecupe point sa place propre^ et soit posé ou après, ou avaut les deux extrêmes. C'est là ce qui constitue la différence des figures du syllogisme. Te laisse Aristote exprimer lui-même comment se présentent à lui ces figures du syllogisme; les voici toutes les trois : «(ch. 4,p-a5,b, 3a) î.4>rsque tt les trois termes sont disposés de telle sorte, les « uns relativement aux autres , que le dernier est < dans le moyen tout entier, et que le moyen est 1 dans le premier tout entier, soit affirmativement, « soit négativement, il faut nécessairement qu'il
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A5ALm DM'FUM. AMALtT.*— UT. I. CBAP. IT. 2(7
<.y ait syllogisme des extrêmes. Tappelle moyen (ce qui est soi-même dans un autre «terme, et
■ dans quoi est aussi un autre terme , et qui, par « cette position même , devient moyen entre les «deux, hes extrêmes sont égalem^at ce qui est
■ dans .Tin autre terme, et ce dans quoi estausai
«un autre tenne Telle est ce que j'appelle
«la première figure (26, b, 33).
I Cfa. 5, p. a6, b, 34- Quand une même chose ' est à toute une chosç, et n'est aucunement à une « autre chose , ou qu'elle est totalement à chacune *de8 deux, ou n'est à aucune des deux, cette f figure est celle que j'appelle la seconde. Tap- I pelle alors moyen l'attribut des deux proposi- I tiCHis; les extrêmes sont ce à quoi ce moyen est t attribué; le grand extrême est ce qui est placé à
■ càté du moyen, le petit extrême est ce qui en est < le plus éloigné. Le moyen est alorsplacé en dehors • des extrêmes , et , par position , il est le premier.
■ Cb. 6,p. a8, a, 10. Si à une même chose, une «anlre chose est attribuée totalement, et qu'une
■ seconde ne lui soit attribuée aucunement , ou
■ bien que ces deux dernières ^^ la fois soient iMtribuées à toute la chose, ou ne soient attri-
sà aucune partie de la chose, cette figure