CHAPITRE SIXIEME
De Théophraste et des GommeDtatfiars greos.
Théophraste avait écrit presque autant que son maître sur la Logique. L'on peut voir dans Diogène I^è'rce la longue nomenclature de ses ouvrages, qui portent tous à peu près les mêmes titres que ceux d'Aristote, et ne faisaient sans ' doute que reproduire sa doctrine. A ce titre Tfaéniphraste pourrait passer chronologiquement pour
de CCI deraiersy tels que IcednoBeDiogcDe Lamct Kv. 7, f igo el wir.t il cit évident que la doctrine d'Aristote est loul-à-fait donininte tel réeole stoicirnne. Cest celte moltitude d*oavreges qui Tilut ans doale k Cbrynppe sa prodigieuse réputation de logicien. « S*il y a¥ait «c « logique pimi les dieux , « diseit-OD, » ee lerfûl celle de Ckfjéf^fft ■ Diego Kv. 7t S <8o.
DE THÉOPH. ET DES COMHEKT. GHECB. — - CBAP. VI. 459
le premier des commentateurs. Mais ce qui l'en dis* lingue, c'est qu'il ne se contenta pas, comme eux, de suivre 6dèlement les traces du maître; il développa le système , et y fit d'importantes additions. C'est ainsi qu'aux quatre modes de la pre« mtère figure ' reconnus par Ari^tote, il ajouta cinq modes indirects ; plus tard , ils formèrent la qua* trième figure , que , sur le témoignage d'AverroëSy cm attribue généralement à Galien. De plus, il s'oo* cupa des syllogibmes hypothétiques ' , mais il ne fit qu'effleurer ce sujet, au rapport de Boéce. Ce travail fut continué par Ëudème , disciple d'Aristote, qui, sans faire une théorie complète , la poussa cependant assez loin , et prépara ainsi la voie à celle des Stoïciens.
Malheureusement aucun des ouvrages logiques de Théophraste et d'Eudème n'est parvenu jusqu'à nous, bien que Boéce au sixième siècle, les pos* sédât encore très probablement. On doit croire que cette extension donnée par des disciples à la doctrine de leur maître, ne leur appartient pas en propre , et on peut la rapporter, sans exagération, au philosophe lui*niéme. C'est, en outre, ce qui semble résulter du passage d'Alexandre d'Aphrodise, où il parle des travaux de Théophraste surles cinq modes indirects de la première figure.
Ainsi, l'on peut dire avec certitude que les deux
t. Akz. d^Aphrod. , Comni. sur les Aneni. Anolyt. , p. 4t« %. B«4oep p. 60$, dt SyUof . bjpoCbet.
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reproches si souvent adressés au Stagirite, d'avoir omis les jugements hypothétiques ^ et de n'avoir pas connu la quatrième figure ^ sont tout»à-&it injustes. Et en effet il était peu croyable que Tioventeur si sagace et si profond de la théorie du syllogisme, neFeiif pas conçue dans toute sa portée et tout son développement. Aristote a négligé les cinq modes indirects , et le syllogisme hypothé* tique 9 par la même raison ; c'est qu'ils étaient de peu d'importance, comparés aux modes directs et au syllogisme catégorique. Il laissa ce soin à ses élèves y qui s'en acquittèrent d'après ses inspirations.
Outre les travaux originaux dont on vient de parler, il paraît qu'Eudème écrivit encore sur les Catégories , le Traité du langage , et les Analytiques , ainsi que Phanias d'Eresse , autre disciple d'Aristote. Mais il serait difficile de juger sur les vagues indications que fournit Ammonius (Catég., P i3, a), s'il s'agit de commentaires véritables. Ce qui est évident c'est qu'Eudème et Phanias ne pou\aient , en traitant de pareils sujets, s'écarter du système d'Aristote, ni prétendre à l'indépendance. Si donc ces ouvrages étaient plus que des commentaires , ils ne pouvaient être toutefois que des paraphrases; et c'est toujours la pensée du Stagirite reproduite et exposée , de quelque façon que ce soit.
On cite aussi quelquefois, à côté d'Eadèmey son frère Pasiclès de Rhodes , qui commenta les Ga-
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tégories. Stratpn, successeur de Théophraste, écrivit quelques t^ités qui paraissent se rapporter à divers points de la logique péripatéticienne : De l'accident, de la priorité , de la définition, etc. (Diog. Laërce, liv. 5, sections 69, 60). Avec Straton , tout rapproché qu'il est encore de l'origine, le mouvement créé par Aristote semble déjà épuisé dans ce qu'il avait d'original ; et , à partir de cette époque, commence le règne du •commentaire, ^eul enfantement dont le génie grec soit désormais capable en Logique.
On a vu (T. i, p. 4?) que, sans aucun doute, les divers ouvrages qui composent l'Organon se trouvaient dans la bibliothèque d'Alexandrie , et que des discussions élevées sur l'authenticité des Catégories et dts Analytiques, avaient été tranchées par la décision suprême des Interprètes attiques. De ceci on peut tirer cette conséquence, que les philosophes d'Athènes, comme ceux d'Alexandriei commençaient dès lors à donner une haute importance à l'étude de la logique d'Aristote. Cependant on ne trouve, durant près de deux siècles, aucune mention de commentateur; et le premier, dont la date paraisse certaine, est Andronicus de Rhodes , célèbre aussi à des titres différents. D'autre part , on ne saurait croire que l'étude de la Logique ait pu être néghgée complètement, parles grammairiens d'Alexandrie. Le Traité du langage rattachait directement l'Organon à toutes les recherches dont ils s'occupaient avec tant d'ardeur^
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et bien que, parmi eux, ce soit surtout Fétude des mots qui paraisse avoir prévaly, ils ne pouvaient point cependant repousser des théories philosophiques si voisines de ces investigations. Mais OQ peut penser que , pour la Logique, coaune pour tant d'autres branches de la connaissance ^ la travaux des Alexandrins ont péri , sans qu'il en soit même resté le souvenir. Il faut, du reste, ajouter que les doctrines d'Aristote , bien qu'elles fussent toujours cultivées, n'étafent point encorO' arrivées à ce degré d'importance qu'elles prirent plus tard. Dans les efforts où se perdait à cette époque , la pensée grecque , aux approches du christianisme, elle n'en était point encore arrivée à s'en prendre uniquement au passé, coaime à un indispensable appui. •
Andronicus , au temps de Sylla et de Cicéron, commenta les Catégories ; mais il ne s'était pas borné, à ce qu'il paraît, à une servile paraphrase; il avait aussi discuté les questions (Simplicius ad Categ., f^ 6, b, et i5, 6), et il avait tenté une réduction des catégories, partagées par lui en deux classes seulement : l'absolu et le relatif. On sait en outre que, discutant l'authenticité de TOi^anon, il rejetait THypo théorie, dans les Catégories, et tout le Traité du langage. On a essayé de prouver plus haut, d'après les témoignages de l'antiquité, qu' Andronicus s'était trompé, et qu'il était im* possible d'exclure de l'Organon ces deux parties indispensables. (.Voir tom. i , pag. 49» 53. )
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C'est avec Andronicus qu'on peut faire commencer râ^e des commentateurs; mais, d'Ândroiiîcus à Alexandre d*Aphrodise , leurs ouvrages ne nous sont pas parvenus. Le rôle des commentateurs fut d'éclaircir, pour les écoles, les obscurités d6 la doctrine, et d'aplanir aux élèves les difficultés de Tétude. Ce fut un grand service, mais un «lervice tout négatif. La Logique, dès lors, n'eiccita même plus les discussions et les luttes qui avaient animé, quelques instants, la vie du Portique et de FAcadémie; elle fut une lettre morte, un code, auquel on se soumit servilement, et dont on perdit bientôt le sens. Peu à peu, les règles même du commentaire furent tracées, étroites et infranchissables; les questions étaient posées, les solutions connues à l'avance et données par les maîtres. Le moule (ut le même pour toutes les intelligences; et la régularité fut poussée à ce point, que tous les commentateurs arrivèrent, de la meilleure foi du monde, à s'imiter mutuellement, et ne furent plus que des plagiaires ; l'on pourrait presque dire, de simples copistes. On a beaucoup critiqué cette méthode, et il serait, en effet, bien difficile de la défendre, mais il faut dire que les siècles qui l'adoptèrent, étaient incapables d'en supporter une autre. D'une part, la nature même de la Logique, achevée par le fondateur lui-même, poussait à ce servilisme ; et d'un autre côté , l'épuisement delà penséegrecque eût été bien plus com* plet encore, si ces études, toutes stériles qu'elles
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étaient, eussent été abandonnées. Sans justifier la déplorable faiblesse des commentateurs , on peut du moins l'expliquer, et voir les causes invindbki qui ramenaient , avec la ruine générale da pagftnisme.
Si même l'étude de la Logique dura si longtemps, c'est qu'elle se trouvait liée intimement à une autre étude plus vivante, et d'une applicatioD plus directe, celle de la Rhétorique. On sait qudle importance acquirent, sous la décadence de l'Elu* pire romain , les rhéteurs et les sophistes. Cétait de leurs rangs que sortaient la plupart des magistrats et des hauts fonctionnaires de l'État. Dans h vie politique des Romains , la parole menait à tous les honneurs, à toutes les dignités; et de là, Fioiportance capitale qu'on attachait à tous les arts, à toutes les sciences , qui avaient pour but de h rendre plus facile et plus parfaite. Les règles de la discussion durent tenir alors une place considérable; et le mélange de rhétorique qu'Âriaiote avait admis dans l'Organon , blâmable au point de vue d'une science sévère et bien déterminée, devint ainsi un avantage, dont profitèrent les études logiques. C'est par les Topiques que l'Organon fut d'abord connu des Romains ; et c'est k seule partie à laquelle Cicéron semble s'être arrêté.
Parmi les disciples d'Andronicus, Boëtliufde Sidon est le plus connu. U avait ccMnmenté les Catégories, et, de plus , il avait, dans un oavnge
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original , soutenu la théorie du relatif selon Aris- ,tote, contre la doctrine stoïcienne. Strabon % contemporain de Boëthus j en a parlé y et ses travaux paraissent avoir été connus jusqu'au vi^ siècle , puisque Âmmonius ^ et David rArménien ^, les citent encore à cette époque. Dans le même temps que Boëthus^, on peut mentionner Ariston Julietes de Céos qui commenta les Catégories ^ et un peu l^us tard, Athénodore de Tarse, précepteur d'Auguste, stoïcien assez célèbre, qui prit la défense des Gal^ories réduites par son école, contre les Catégories péripatéticiennes ^. Un Romain , nommé Gornutus ^ , attaqua les deux théories , mais on ne sait pas précisément quelle était celle qu'il prétendait y substituer. Cette polémique, du reste, mérite qu'on la remarque, d'abord, parce qu'il n'y en eut que de bien rares exemples, et ensuite, parce qu'elle prouve que la Logique , à cette époque , excitait encore un intérêt assez vif parmi les esprits éclairés.
On peut placer dans le premier siècle Eudore 7