‹ De la logique d'AristoteChapitre 163 sur 244 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

D'Epicure et des Stoïciens.

Chronologiquement, il conviendrait de traiter ici des successeurs directs d'j^ristote, Théophraste, Eudème , etc. ; mais cette partie de l'histoire de h Logique , se lie mieux à celle des commentateurs dont les élèves du Stagirite furent les premiers modèles. Ce n'est pas que Théophraste et Eudème n'aient dût quelques additions à la doctrine da maître; mais ils la suivirent religieusement, et en cela ils ont été les précurseurs d'Alexandre d'Aplirodise, et des commentateurs suivants. Épicure et les Stoïciens ont donc plus d'originalité, l'un en cherchant à substituer une méthode fort courte et contenue dans quelques règles, aux méthodes longues et pénibles suivies dans les écoles de son temps; les autres, en développant lesjs* tème përipatéticien , et en créant la seule Logique qui ait eu quelque renom dans l'antiquité , après celle du Stagirite.

Épicure fut contemporain de Zenon, Taustère fondateur du Portique, et tous deux florissaient moins d'un quart de siècle après Aristote; mais comme le Stoïcisme, entre les mains de Zenon, paraît avoir fait peu de progrès , surtout en Logique, il convient de s'occuper d'Épicureet de

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sa doctrine , avant la doctrine stoïcienne. Un mérite commun à toutes les deux, c'est que, par des moyens tout- à-fait différents , elles essayèrent de fonder le dogmatisme, et de combattre ainsi le scepticisme qui , avec l'Académie et avec Pyrrhon , commençait à s'attaquer de toutes parts au cœur delà société grecque. Ce qui sépare profondément Épicure des Stoïciens, c'est qu'Épicure,par haine des règles qu'il méprisait, ainsi que la science, ne voulut se fier qu'à un bon sens vulgaire, et peu élevé , sur les principes de la connaissance , tandis que les autres, au co;i traire, acceptant toute la théorie péripatéticienne, cherchèrent à construire, sur cette base, un second monument plus complet que le premier. Le système d'Épicure, original en Physique, et nouveau tout au moins en Morale , avorta complètement en Logique , et ne servit même pas à signaler, par son impuissance , un écueil où plus tard d'autres philosophes vinrent se briser comme lui.

D'abord Épicure abaissa la Logique de la haute position oii la plaçait la théorie péripatéticienne, et il en fit en quelque sorte l'instrument de la Physique, qui n'était elle-même que l'instrument de la Morale. Par suite de ses principes sur cette partie suprême de la philosophie, la sensibilité lui servit toute seule de point de départ, pour là théorie de la connaissance. L'élément supérieur d'Aristote se trouvait donc sacrifié à l'élément inférieur, le seul que conservât Épicure. A la sensi-

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bilitéy Épicure ajoutait, il est vrai, la mémoire; mais la mémoire n'était encore à ses yeux que la sensation transformée. Toute sensation pour lui , est vraie en elle-même, comme l'avait déjà établi Aristote ; et il ajouta que les représentations données à rame par la sensation , sont aussi vraies que la sensation elle-même. Du reste, il ne s'occupa nullement de Tactivité spontanée de l'esprit, qu'il ne parut même pas soupçonner; et dans ses recherches proprement logiques , donnant aux mots l'importance de primitifs indémontrables, il arriva sans peine k nier la possibilité de la défini* tion et la valeur du principe de contradiction , si formellement établies par Platon et son disciple. La sensation était donc pour Épicure le principe unique de la pensée , et les deux degrés qu'il y reconnaissait, après la sensation , n'étaient encate que la sensation modifiée {izài^in , 'n^okn^iç , &d^.)

Cette logique d' Epicure, réduite à dix règles fort simples , mais fort étroites, et dont la meilleure était la recommandation expresse de la clarté dans l'expression, comme Aristote l'avait déjà prescrit, cette logique a fait peu de progrès. Il ue fallait rien moins que la résurrection du sensualisme, au dix*huitième siècle , pour lui rendre l'importaDoe que, jusque-là, l'histoire de la philosophie n'avait jamais pu lui donner. Tout ce qu'on peut dire id à la louange d'un pareil système, c'est qu'il est oonaéquent , et que reconnaître le sens pour critiériuiB unique de la vérité et source de la pensée^cat qb

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principe parfaitement d'accord avec la théorie ]ai ne promet à l'âme que le néant après «cette vie. Plu3 de vérité j plus d'existence éterùelle ; la pensée et Tétre sont tous deux destinés à la moit.

Zenon s'occupa peu de Logique , bien qu'il eût été long-temps élève de Stilpon ^ et qu'il doive êlre 9 à cause de ces relations , considéré comme le opntinuateur de l'école mégarique^ que le Stow cif me absorba. Mais Zenon , réformateur austère des mœurs et de l'esprit grec , dut s'attacher sur« tout à la Morale , et tous ses efforts furent dirigés de ce .coté. Cléanthe, son disciple et son luccesseur y resta fidèle è cette direction; et ce n'est guère que Cbrysippe qui fixe, d'une manière définitive, la logique propre à l'école stoïcienne. Malheureuse*ment , on sait en général très peu de chose des doctrines stoïques ; et^ sous le rapport qui nous occupe, la tradition est surtout défectueuse. Trois points, cependant, sont ici de toute certitude.

I^es Stoïciens ne donnèrent pas à la Logique Fioiportance suprême que Platon accordait à la Pîalectique , et Aristote à l'Analytique; mais ils a/doptèrent, dans toute son étendue, la doctrine syllogistique, et ils s'efforcèrent de la compléter, en y ajoutant la théorie du syllogisme hypoihé* tique. Cette théorie, du reste, ne parait pas leur ajppartenir en propre , puisque Théophraste l'avait tfiilée avant eux; et l'on sait qu'à cet égard, ils poussèrent leurs recherches jusqu'à une subtilité qui eit derenue proverbiale.

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Sans refuser complètement à rintelligence Tacti* vite spontanée, dont Aristote avait {ait la hase do son système, comme Platon avait pris les Idées pour fondement du sien, ils insistèrent surtout sur le rôle de la sensibilité ; et leur doctrine vint enfin aboutir à ce fameux axiome, trop souvent attribué à l'école péripatéticienne : Il n'y a rien dans l'intelligence qui ne vienne des sens. Toutefois , les Stoïciens accordaient à la pensée une faculté d'assentiment ( ouyxaTaÔEGiç ) , qui paraît contraire à cette doctrine fondamentale; mais les renseignements qui sont parvenus jusqu'à nous sont si peu certains et si confus, qu'il serait difficile de les mettre tous d'accord. On ne peut nier, cependant, que cette importance suprême n'ait été attribuée })ar les Stoïciens à la sensation , et en cela, ils ne faisaient qu'exagérer les principes péripatéticiens sur le rôle de la sensibilité.

Enfin, les Stoïciens tentèrent une réduction des. catégories, qu'ils admettaient par conséquent, tout en prétendant les réduire à une forme plus scientifique. Simplicius nous apprend , dans $Km Commentaire sur les Catégories d' Ai*istote , que celles des stoïciens étaient au nombre de quatre; substance, qualité, absolu, relatif (ei^ àiro9cu|ava| TTOtx, irûç l}r ovTa, xal içfoç ri Tstaç £}^ovTtt.). On 00^ nous apprend pas comment ils étaient arriva à M résultat, et par quels arguments ils soutinrent cette division nouvelle.

Comme on le voit , c'est encore id le mouve-

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ment péripatéticien qui domine , bien qu'on ne l^voue pas ; et la doctrine logique d'Epicure, quoi que plus grossière, a certainement plus d'indé*' pèndance et d'originalité.

A côté de ces deux écoles principales, d'Épicure et de Zenon , en existent encore deux autres , qui ont de ' l'analogie , sans toutefois être identiques » mais, qui, toutes deux , firent peu pour la Logique; c'est le Scepticisme et l'Académie. Sous la direction d'Arcésilas, et plus tard, de Garnéade, qui n'ont laissé ni l'un ni l'autre aucun ouvrage, l'Académie arriva bientôt au doute; elle n'en sortit, plus tard, que quand l'inspiration chrétienne fut venue donner un modèle, et indiquer la voie au Néoplatonisme, qui, dans cette imitation, restait encore fidèle à la doctrine de son maître.

A l'époque de Garnéade , et déjà même avant lui , les recherches logiques aboutissent à la rhétorique. Les Stoïciens mêmes étaient entrés dans cette carrière , et quand la philosophie grecque essaya de s'introduire dans la République romaine^ oefut cette tendance toute pratique, qui lui assura une entrée et des succès , qu'elle n'aurait point obtàitis autrement.

Ainisi donc, le mouvement des études logiques, après Aristote ' , fiit peu fécond dans les écofest Voisines; "mais , c'est que, dès cette époque,

X. Il faut remarquer cependant que les Stoîeieni , et Chrynppe rartont , irent de iioiiibretix ourrages de Logique. A en juger par lei titres

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le génie grec est en pleine décadence ; et, si la Logique vit encore quelque peu dans Técole stoïcienne, c'est au péripatétisme seul qu'elle le doit. Du reste, les successeurs directs d'Aristote , si l'on excepte Théophraste, semblent avoir partagé Tallanguissement général. Ils n'étudient même pilules ouvrages du maître , et s'inquiètent fort peu de faire prévaloir son dogmatisme scientifiquei contre les incertitudes et les lacunes des doctrines dont il est entouré.

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