livre , et il est difficile de douter que déjà , en com
X. Brandis, DisserUtion sur FOrganon, p. 356. 1, Brandis , Dissertation snr FOrganon , p. a54. 3. Topiqaes, liv. i , cU. i , p. lox > a, 97 et 3o.
DI L'AUTHEZfTIGITé DB L^ORGANON. — CHAP. XI. iK
posant le premier livre , Aristote n'eût dans la pensée le sujet du huitième. La rédaction aurait pu, il est vrai , en être ajournée ; mais on ne connaît aucun fait à l'appui de cette dernière hypothèse.
Une remarque qui paraît avoir, en général, échappé aux érudits , c'est que tous les livres des Topiques sont enchaînés Tun à l'autre par des rapports grammaticaux 9 par la conjonction ^è. Cette preuve de connexion serait fort légère si elle était réduite à elle seule; mais elle acquiert du poids, si on la rapproche de la connexion des idées ' qui est fort étroite, et qu'il était impossible d'indiquer plus clairement que par des liens mêmes de grammaire.
On a déjà remarqué ' que c'était de la même AUnière que les Réfutations des sophistes tenaient MX Topiques; mais ici il n'y a même point matière i discussion : la liaison de ces deux traités est de toute évidence, et il serait inutile de s'y arrêter plus long-temps.
Oo voit donc, d'après ce qui précède, que les Analytiques, les Topiques et les Réfutations des sophîstes/or meraient une série d'ouvrages conçus par Aristote et composés dans cet ordre. Ceci est attesté de la manière la plus positivepar deux passages des flleyj^oi çoçiç-txoi. Dans le premier qui se trouve au
!• BidiW , édh. d'Arift. , tom. 3 , p. 5o5. — SodimI Pcdt , OhêmwtLt, , p. 1^3.
424 PREMIÈRB PÀRTI£.
chapitre second ' , Fauteur récapitule les genres divers de discussion qui sont au nombre de quatre, selon qu'ils ont pour but d'instruire j de discuter, d'essayer les forces de l'interlocuteur, ou de disputer : &i^a(7xa>.ixol , ^loXexTtxol, ^Eipaçucol, iptçtxol y et il ajoute a qu'il a déjà parlé dans les Âna- « ly tiques du genre démonstratif, qu'il a traité « ailleurs du dialectique et de l'exercitif, et qu'il « ne lui reste plus à parler que du dernier genre, « celui de la dispute. » Le mot ailleurs signifie évidemment les Topiques dont l'objet est précisément celui qui est indiqué ici. Il est impossible de résumer plus nettement le sujet et l'ordre des traités qui précèdent les Réfutations des sophistes.
Le second passage est moins formel que celui* là ; mais il le confirme de point en point. C'est le passage si connu qui termine les Réfutations des sophistes', et où Aristote résume sa logique, avant de montrer quelles difficultés il a rencontrées dans une carrière que personne ne lui avait ouverte.
On peut se demander à quelle époque de sa vie Aristote a composé l'Organon et ses diverses parties; mais cette question est fort difficile à résoudre avec quelque exactitude. Rien de formd
X. Réfotadoiu des sophistes , ch. a , p. i65 , b « 8. irtf t («iv oSv tm dbiro^ttxTÎxflbvtiv tocç ÀvocXunxbîç ttpirrai , «rtpî ^k rm ^loXixnxàv xal ir»-
%, Eéfautioiu des sophistes , ch. 33 1 p. x 83 » « , 3> ^ el b , x3. .
DS L*AUTHBNTiaTÉ DE L^ORGANON. — CBAP. XI. 425
n'indique dans l'ouvrage lui-même le moment précis où le Stagirite y travaillait. Il nous apprend bien, à la fin de sa Logique % qu'elle lui a coûté de longs et pénibles travaux : Tptê^ ^riToGvTe; ttoXùv xP^^'ov 2irovtti[uv, et l'ouvrage seul suffirait à l'attester; mais, quand ont commencé ces travaux? quand ont-ils fini? Rien ne nous l'apprend. Les éditeurs d'àij^tote les plus laborieux ^ , n'ont pu recueillir sur ce sujet que de bien vagues renseignements ; et pour rOrganon en particulier j quoi qu'on puisse, sans crainte d'erreur, le regarder comme Ton des derniers ouvrages d'Aristote , le champ des conjectures est encore fort vaste.
Deux indications seulement pourraient fournir (pelques données sur Tépoque de la composition des Topiques et des Réfutations des sophistes. Bans l'un et dans l'autre de ces deux passages , il s'agit des Indiens, a Nous devrions souhaiter , «dit Aristote^, pour le bien seul de la chose, «que nos amis fussent doués de justice , «quand bien même nous n'y serions pas per- « sonnellement intéresses, quand bien même ils « seraient dans les Indes. » Et ailleurs ^ : « Un «Indien, dit-il, peut être noir de tout le corps , et « avoir cependant les dents blanches ; il sera donc
I» Réfutations des sophûtes , ch. 33 , p. 184 , b , 9.
s. Voir Bohle , tom. !«■' de Tédit. d'Aristote , Vie d'Arist.
3. Topiques 9 Uv. 3, p. 116, a, 38. Voir plus loin , Top., Ut. 3.
4. Bifatations des. sophistes , ch. 5 , p. 167 , a , 8, ct^ non i63 , rindiijae M. Heydemann, p. 33.
4M PREinÊRE PARTIE.
ce à la fois blanc et non blanc. » Ces deux passages, mais le premier surtout, semblent indiquer que les Topiques et les Réfutations des sophistes ont été composés pendant qu'Alexandre pénétrait dans Finde (vers 3a6), et que les nouvelles de sa prodigieuse expédition venaient de temps à autre arracher aux Athéniens ces applaudissements que lë conquérant mettait à si haut prix. On potyprait même ajouter que cette semi-erreur, où tombe Aristote, dans le second passage, en croyant les Indiens noirs comme les Éthiopiens dont il parle quelques lignes plus bas , implique la possibilité d'un récit peu exact, et sans doute populaire, sur la couleur des peuples conquis par le fils de Philippe.
De ce que dans deux passages des Topiques ' , Aristote nomme Xénocrate , sans l'attaquer, M. Brandis ^ a conclu que la composition de ce traité remontait à une époque où le Stagirite n'était point encore brouillé avec le successeur de Speusippe , c'est-à-dire à l'époque de leur voyage coiqmiin à Atarnée, vers 347. Ceci serait en contradiction avec les conséquences tirées plus haut du premier des deux passages où il est question de rinde; et la conjecture de M. Brandis paraît ici moins plausible que Tautre.
I. Topiques , Ut. 2 , ch. 6, p. lia ^ a, 37, Ut. 6, ch. 3, p. Hx f a , 6 , et Ht. 7 , ch. i , p. 148 , a , 7 et 27. a. Brandis, Dissertation sur TOrganon , p. a 52
», et liT. 7, en. T 9 p. I4<>« a , 7 et 27. Brandis , Dissertation sur TOrganon , p. a 55.
DK l'authenticité DB L'ORGANON. — CHAP. XI. 427
Une conséquence évidente de ce qu'on a dit précédemment sur les liens grammaticaux qui unissent les huit livres des Topiques , c'est qu'Alîstote n'a point divisé lui-même son ouvrage de cette manière. On en peut dire autant du second livre des Premiers Analytiques , et méme,des deux Kvres des Derniers. Il est probable que cette diviâoQ par livres remonte , pour l'Organon comme pour toutes les grandes compositions aristotébques, à Ândronicus de Rhodes , et peut-être à ses prédécesseurs alexandrins.
Bien du reste n'indique dans l'Organon de doubles emplois, comme on en trouve dans la Moraleetla Métaphysique, et dans quelques autres ouvrages de lAoindre importance. La théorie se développe sans interruption , comme sans redites , si ce n'est celles qui sont absolument nécessaires. Ceci, du reste 9 sera plus évidemment prouvé par Tanalyse de l'Organon.
On a déjà dit antérieurement ' que la composi«> ^Q des Catégories semblait s'éloigner de la manière habituelle d'Aristote ^ , et qu'elles étaient SUIS doute un ouvrage inachevé. Les philologues
!• Voir plot haut , p. 76.
2, Un paisage même des Catégories semble confirmer ceci. Après ivoir euayé de sabstitaer une définition nonveUe à Tancienne défini- ^ àf% relatifs , Aristote ajoute : « On ne pourrait du reste se pronon. *" ^ iioa y sToir regardé k pins d'one reprise , froXXoucK itrsoxtfifuvov , * Btkkcr , Gatég. , ch. 7, p. 8 , b , a3.
s'accordent en général à les regarder comme l'une des dernières compositions du Stagirite^ et tout semble confirmer cette conjecture.
Cette discussion n'a point, comme l'on voit, expliqué quelle est l'origine de ces titres si nombreux que fournit le catalogue de Diogène. On a proposé plusieurs hypothèses pour en rendre compte; et l'une des plus habituelles, c'est de supposer qu'il a suivi , dans son travail j le catalogue de k bibliothèque qui servait à ses recherches, ou peut-être le catalogue de la bibliothèque d'Alexandrie. Cette dernière conjecture, que rien n'appuie, est la moins soutenable de toutes, et il est tout-à-fait improbable que les critiques d'Alexandrie eussent pu se satisfaire de la confusion déplorable qui règne dans la nomenclature du biographe.
Il semble aussi très peu vraisemblable que le compilateur eût tous les ouvrages dont il fait mention : il ne les citait que de seconde ou troi* sième main. Plusieurs de ces titres se rapportent incontestablement à un seul et même ouvrage ; ce sont les copistes qui les changeaient à leur gré ; nous avons vu que les philosophes eux-mêmes ne se faisaient pas scrupule de ces modifications ; elles se seront étendues d'âge en âge , et auront enfin forme, pour des esprits peu attentifs et peu éclairés, cette masse incohérente qu'énumère Diogène. D'autre part, il est possible que les rédactions écrites par les disciples d'Aristote aient multi*
DB l'authenticité DE l'oRGANON. — CHAP. XI. A29
plié les copies fautives des ouvrages du maître. On sait en outre que, vers le temps où les rois d'Egypte , et ensuite ceux de Pergame , formèrent leurs bibliothèques , il s'établit un commerce régulier de livres apocryphes ; le mal s'accrut encore plus tard par la diffusion même des lumières dans l'empire romain. Enfin, une cause générale, et qui est analogue à toutes celles-là, mais dont on n'a {)eut-étre pas toujours tenu assez de compte, c'est la nature des procédés que les anciens étaient forcés d'adopter pour fixer leurs pensées par écrit. Les leçons pouvaient varier au caprice de chaque copiste: de plus, à one époque où les livres étaient rares et chers , on conçoit sans peine que des ouvrages considérables aient été divisés en plus ou moins de parties distinctes , selon la nature des sujets qu'elles traitaient; par là ces ouvrages étaient plus aisément répandus par les libraires et acquis par les lecteurs; mais par là aussi les titres devenaient beaucoup plus nombreux.
Toutes ces causes réunies , et quelques autres encore qu'il serait facile de supposer, peuvent rendre en partie raison de tous les titres du catalogue de Diogène, compilateur peu scrupuleux, et qui a d'ailleurs ici contre lui la grave autorité de toute l'école péripatéticienne. Cette hypothèse ne s'appliquerait peut-être pas aussi bien à plusieurs autres compositions du Stagirite. Hais pour TOrganon, elle n'a contre elle aucun
témoignage de quelque importance. On la présente donc ici, mais toutefois avec la réserve qu'on doit s'imposer en pareilles matières.