X . Campanella , Philosophia rationalis^RBS, in-4.t P
Vg l'authenticité de L ORGAMON. — CHAP. II. 25
delà logique, on y reviendra plus tard; ici seulemeDty il convenait de l'indiquer pour faire voir quelle influence cette signification, donnée vulgairement au mot organon , avait exercée.
Il est vrai que, dès le seizième siècle, des esprits moins prévenus et plus justes avaient fort bien compris Terreur commise par FÉcole; et le jugement exquis de Vives ' l'avait porté à soutenir formellement que la logique d'Aristote n'était point, comme on l'avait si souvent répété, un instrument pour les autres sciences. Mais ces protestations étaient rares, et en général on ne songeait point à en profiter. La logique d'Aristote était toujours opyavov ôpyovcdv xal jj^elp vHç çi^Offoçiaç.
Mais en reprenant l'expresion d'Aristote, dans le 3o^ livre des Prpblèmes, question 5, et en l'examinant de plus près, on peut trouver au mot opyavov un sens tout autre, et qui paraît à la fois beaucoup plus juste et beaucoup plus profond. Ce n'est pas un instrument qu'Aristote a prétendu donner à la philosophie : il a seulement voulu traiter dans ses ouvrages logiques , dans la (Aedo ^oç Tûv Xoycdv, de l'instrument de toute philosophie, du voGfç quiyComme il le dit lui-même, est l'instrument
de l'âme , <rco{ji.aTi [liv x^^P^5 ^^^ ^^ ^^^^ ' ^^^ T^P ^ ^^^^ Tûv (pu<rei cv lipv â^Trcp opyavov ûirap^cov ^. Pris dans
ce sens, le mot organon est parfaitement vrai. La
1. Vives , openi , x565 , in-folio. Oe Gaasii cormpt. art. , p. 375. 9. Édit. Bckk«r, p. gSS, b, %5.
24 PRBIUÈRE PARTIE.
logique s'occupe bien réellement de Finstrument de toute connaissance, puisqu'elle s'occupe de la science de la pensée et de la forme sous laquelle la pensée se produit, le raisonnement. On peut donc fort bien admettre cette signification nouvelle du mot opyavov ; il est vrai qu'alors les interprètes grecs auraient dû intituler la logique entière, pour s'exprimer correctement : irepl ôpyavou ; mais ils ont fait , sans s'en apercevoir, une métonymie, et il ne serait peut-être pas difficile de prouver que c'est par suite d'un trope de rhétorique, dont on ne s'est pas rendu compte , qu'une si longue et si complète erreur s'est accréditée sur la véritable nature de la logique.
Ce n'est pas, du reste, que cette erreur n'ait été dès long-temps entrevue^ si elle n'a point été directement réfutée. Saint Thomas , qui toutefois semble pencher à croire, comtne la plupart de ses devanciers , que la logique est un art d'application pratique, dit pourtant dans ses commentaires sur les Derniers Analytiques ' : « Ratio de suo actu
« rationari potest et haec est ars logica , id est
« rationalis scientia, quae non solùm rationalis est c( ex hoc quod est secundum rationem , quod est «omnibus artibus commune, sed etiam in hoc « quod est circà ipsimi artem rationis sicut circà « propriam materiam. » Il est impossible de montrer plus nettement l'objet de la logique.
Thonu, operm, êdit. d*AnTen, tSii , in-folio, t. x , p. 39«
DE l'authenticité DB L*0RGAN0N. — CHAP. u. 25
Néanmoins, il faut bien convenir que ce n'est pas là le sens où l'on a pris généralement le mot opyovov , bien qu'on pût le dériver sans peine des expressions mêmes du maître. Si on a proposé ici cette explication nouvelle , c'est pour rappeler ce que doit aujourd'hui signifier pour nous le mot Organon ; c'est pour faire en sorte qu'il soit comme un symbole qui donne à la fois la dénomination usuelle de la logique d'Aristote, et la valeur que son fondateur aurait pu attacher à cette dénomination s'il l'avait créée lui-même.