X. Simplidiu proleg. ad categ., folio 4* B. lia
il. AmnioDiaff in Isagogen , folio x3 verso. Venise, x546.
20 PREMIÈRE PARTJE.
cussion purement philosophique , il reçut plus tard une acception particulière, toute conforme à la solution péripatéticienne sur le rôle de la logique en philosophie.
L'usage du root Organon étant ainsi rapporté à sa source, il reste à savoir quelle valeur précise il convient d'y attacher, ôpyavov en grec ne signifie absolument qu'instrument : mais qu'entendirent par là les interprètes grecs en général , et à leur suite les commentateurs latins? D'après les passages cités plus haut d'Alexandre d'Aphrodise, d' Ammonius , de Simplicius , de David , de Philopon j il ressort évidemment que la logique a été considérée par eux comme l'instrument spécial de la philosophie y c'est-à-dire comme l'art de parvenir méthodiquement à la science et à la vérité '• David l'Arménien se sert même , pour rendre cette pensée , d'une assez belle comparaison. Après avoir dit que la philosophie repose sur cinq bases fondamentales, la logique, la morale, la physique, les mathématiques et la théologie , il ajoute : <c La « philosophie d'Aristote représente ce temple sacré « dans toute son étendue, et la logique, comme un « mur inexpugnable, garde les saintes spéculations « qu'il renferme. » Ailleurs , pour prouver qu'il convient de commencer l'étude * d'Aristote par la logique , il compare le syllogisme à un van qui repousserait le mal et conserverait le bien, c'est-à-
I. Prolég. aox catég.. ch. 5. Minnicr. igSg. 3. David, ch. 3. ibid.
DE L'AUTHZNTICITé DB L^ORGANON. — CHAP. II. 24
dire qui, dans l'ordre intellectuel, nous garantirait des pensées fausses , et dans la pratique, des actions mauvaises. Cette opinion de David, qui assigne à la logique un but tout pratique, a été généralement partagée par les commentateurs ; et cette fausse direction a certainement eu une grande et fâcheuse influence sur les développements de la science.
Au seizième siècle , Tenthousiasme des péripatéticiens, accru sans doute par les attaques même dont leur maître était l'objet, alla si loin qu'il les amena à soutenir que non-seulement le syllogisme était la forme de la science, mais qu'il en était même le moyen unique. Il est difficile de se faire une idée juste de toutes les louanges folles dont l'Organon ainsi considéré fut l'objet. La préface que le vieux traducteur français Canaye, sieur des Fresnes, a mise en tête de son ouvrage, est fort curieuse à cet égard, a L'Organe ', comme il « l'appelle en s'excusant toutefois d'employer des a mots inusités et semi-barbares ; l'Organe est pour «( lui le premier d^ livres humains , parce que « c'est le seul instrument par lequel nous appro- « chons , dès cette vie, au plus près , de ce divin « degré de cognoissance parfaite dont nous joui- « rons en la vie éternelle.» Ailleurs, l'Organe « est « un glaive devant lequel nulle fausseté ne peut
I. L'Organe,* ou riaitminent da diaconn , précisé de TOrgane d*Ariitote, par Canaye, near dea Fretnea, Paria x589, in-folio, et réimprimé iLanaanne, 16x7. ^
22 PREtflÈEE PARTIE.
« subsister. C'est avec cet instrument qu'on dis- « cerne le vrai et le faux en toutes choses. »
Cet éloge oulré de FOrganon était répété de mille manières dans les écoles, dans les commenttaires, dans les logiques. Aussi, lorsque Bacon et Gassendi , et surtout Locke, repoussèrent cet emploi du syllogisme comme une absurdité , avaientils parfaitement raison; mais ils eurent tort de supposer que réellement on en eût fait jamais un pareil usage ; la chose était impossible , et les logiciens mêmes, qui le préconisaient avec tant d'ardeur, ne l'avaient jamais adopté et appliqué. Il suffisait de jeter les yeux sur les œuvres du Stagirite pour se convaincre que cette prétendue méthode n'était qu'un rêve de quelques esprits faux de l'École, qui ne méritaient certainement pas qu'on les prît au sérieux. Mais cette importance attribuée à l'Organon , qui en avait une toute différente , eut des suites funestes : c'est certainement elle qui a fait si long-temps regarder la logique comme un art d'application ; éjt tel était alors le préjugé général, que les réformateurs et les adversaires les plus sagaces du péripatétisme durent le subir; Campanella ', par exemple, appelle toujours la logique l'instrument du sage, Tart qui le dirige dans les opérations de son âme.
Cette question, du reste, est de la plus grande importance puisqu'elle touche à la nature même