CHAPITRE IL
De rassortiment des cadres aux tableaux ^ gj^avureSy lithographies ^ qu'ils doivent circonscrire»
564- Si un cadre est nécessaire à un tableau, à une gravure, à un dessin, pour les isoler, quand ils occuperont la place qu'on leur destine, des divers objets qui se trouveront dans leur voisinage, il est toujours plus ou moins nuisible à l'illusion que le peintre ou le dessinateur a voulu produire; c'est un fait dont je parlerai plus bas (584) : je ne me propose dans ce chapitre que d'examiner le rapport de couleur qui doit exister entre le cadre et l'objet qu'il circonscrit.
565. Les cadres dorés vont bien avec les grands sujets peints à l'iiuile, lorsque ceux-ci ne représentent pas de dorures, du moins assez près du cadre, '^ouv qu'il soit facile à l'œil de comparer l'or peint à l'or métallique.
Je citerai comme un mauvais effet de ce voisinage, une tapisserie des Gobelins d'après Laurent, représentant un génie armé d'un flambeau, auprès duquel est un autel chargé de dorures, exécutées en laine et en soie jaunes, lesquelles sont absolument éclipsées par l'éclat métallique
( 555 ) de hron^s dorés ^ répandus avec profusion sur le bois d'acajou de l'écran qui encadre la tapisserie. C'est un des exemples les plus propres à convaincre que la richesse d'un encadrement peut être non-seulement une faute contre l'art, mais même contre le simple bon sens.
566. Les cadres bronzés qui n'ont que peu de jaune brillant, ne nuisent point à l'effet d'un tableau à l'huile, représentant une scène éclairée par une lumière artificielle, telle que celle des bougies, des flambeaux, des torclies, d'un incendie.
567. Lorsque les cadres noirs, les cadres de bois de palixandre, tranchent suffisamment sur la peinture à l'huile , ils sont favorables aux grands sujets; mais toutes les fois qu'on en fait usage, il est bien essentiel de voir si les bruns de la peinture ou du dessin qui y sont contigus, ne perdent pas trop de leur vigueur.
568. Un cadre gris est favorable à beaucoup de scènes de paysages peints à l'huile, surtout lorsque, le tableau ayant une couleur dominante, on prend un gris nuancé légèrement de la complémentaire de cette couleur.
569. Les cadres dorés vont parfaitement avec les gravures noires, les portrails lithographies,
lorsqu'on a le soin de laisser une certaine étendue de papier blanc autour du sujet,
570. Les cadres de bois jaune ou de la couleur appelée hois , vont assez bien avec les paysages litbograpbiés; il est possible de modifier beaucoup l'aspect du dessin, en l'entourant dans le cadre d'un papier de couleur, lorsqu'on ne voudra pas avoir l'effet d'un entourage blanc.
571. Les observations suivantes, faciles à répéter, sont très-propres à démontrer l'influence que peuvent avoir dans ce cas des encadrements de couleur. J'ai pris neuf épreuves, aussi semblables que possible, d'un même sujet litbograpbié, ayant une surface de o'",2 70 de liauteur sur o'^jDSS de longueur : c'était une vue du lac de Zuricb; elles ont été collées sur des cartons égaux, puis on a introduit cbacune d'elles dans la coulisse d'un cadre de saj)in , dont le bois avait o™,o55 de largeur 5 on a introduit dans la coulisse, entre la litbograpliie et le bois, un encadrement de carton de couleur, de o"',o55 de largeur, de sorte que les liuit épreuves encadrées étaient de toutes parts isolées du bois par une bande colorée j je comparais cbacune d'elles à la neuvième, qui se trouvait dans un cadre, isolée de toutes parts du bois par une bande blancbe de o",o55 de largeur.
Encadrement noir.
A une lumière diffuse, vive surtout, il a une grande influence pour changer les tons du tableau : il les affaiblit, et on doit comprendre que les tons clairs perdent plus que les demi-teintes, et que les bruns à plus forte raison. Enfin, des bruns, qui sont éloignés de l'encadrement, paraissent plus noirs que dans l'encadrement blanc, par suite de l'affaiblissement du ton des clairs et des demi-teintes voisines de l'encadrement noir.
Si le noir n'exalte pas le roux de l'encre lithographique, il ne l'affaiblit certainement pas.
Encadrement gris.
S'il n'affaiblit pas les clairs et les demi-teintes comme le fait le noir, d'un autre côté il ne les rehausse pas, comme le fait le blanc; il leur donne du roux. Mais un effet remarquable qu'il présente, est une harmonie de perspective, si je puis m'exprimer ainsi , qui n'a lieu ni avec le noir ni avec le blanc : l'effet dont je parle, provient en partie de l'analogie de l'entourage gris avec la couleur de la lithographie; il est évident que cet encadrement détruit en partie le mauvais effet du cadre que je signalerai plus bas (584)-
Encadrement rouge.
Les bruns, voisins de l'encadrement, parais-
sent plus clairs, et les bruns qui en sont éloignés paraissent plus foncés que les bruns correspondants de l'encadrement blanc : les blancs ont plus de blanclieur; l'ensemble du paysage est moins roux ou plus verdàtre dans l'encadrement rouge.
Eîicadrement orangé.
Il produit un effet contraire à celui du gi'is, relativement à l'barmonie d'analogue de perspective. En effet, le bleu que l'orangé donne à la litbograpbie, n'affaiblit ni les bruns ni les demiteintes , mais il afiaililit beaucoup les clairs et donne en même temps plus de vivacité aux blancs en détruisant du roux, ou plus exactement l'orangé contenu dans ce roux (car le roux n'est que du jaune -h du rouge ou de l'orangé -h du
noir).
Encadrement jaune.
Tous les bruns et les demi -teintes prennent plus de ton que dans l'encadrement blanc. Les blancs prennent un peu de vivacité en perdant du jaune, et un effet remarquable est le rapprocbement de la perspective du spectateui-, contrairement à l'effet de l'encadrement gris , si la clarté du jour est intense; car dans le cas contraire, les blancs s'obscurcissent en devenant lilas.
On conçoit que la teinte violette provenant du contraste du jaune, neutralise du jaune dans
( 359 ) ^es clairs, en même temps qu'elle reliausse le noir des bruns par la même raison j c'est ainsi qu'elle rapproche la perspective : mais comme l'efFet de contraste est plus sensible à une faible clarté qu'à une vive lumière, les blancs du tableau, pour paraître plus vifs dans l'encadrement jaune que dans l'encadrement blanc, exigent que la clarté du jour soit assez forte pour qu'ils ne paraissent pas teints de violet.
Encadrement vert.
Il affaiblit les bruns; il rose les demi-teintes, les clairs et les blancs, mais plus faiblement ces derniers; les blancs, dans l'encadrement vert, sont moins clairs que dans l'encadrement blanc.
Comme avec le jaune, la teinte complémentaire de l'encadrement est d'autant plus sensible que le iour est moins vif.
L'effet du vert est agréable.
Encadrement bleu.
L'effet de cet encadrement est le plus prononcé et certainement le plus remarquable de tous ceux qu'on peut obtenir par la juxtaposition d'une bande de couleur et d'une lithographie. La nuance orangée à laquelle il donne lieu, s'étendant sur l'ensemble dn paysage, produit Iharmonie d'une couleur dominante ( i q^j) et cbange l'aspect de
( 36o ) la litliograpliie entourée de blanc en celui d'un dessin bistre ou à la sépia sur papier de Cliine. Nul doute que la teinte rousse de l'encre litbograpliicjue ne concoure avec la complémentaire orangée, provenant de la juxtaposition du bleu, à l'effet remarquable dont nous parlons (70.'"').
Toutes les personnes qui préfèrent la sépia sur 2^apier de Chine à la litliograpliie sur papier blanc, pourront clianger celle-ci en la première au moyen d'un simple encadrement bleu.
Encadrement violet.
Les bruns voisins de l'encadrement perdent beaucoup de leur tonj les demi-teintes sont plus verdâtres; les clairs et les lumières sont plus jaunes que dans l'encadrement blanc.
672. En résumé, la règle à suivre pour assortir un cadre au tableau qu'il doit circonscrire, est que la coideur, le brillant et les ornements même qu'il peut avoir, ne nuisent ni aux couleurs, ni aux ombres, ni aux clairs de la peinture, ni aux ornements qu'elle peut représenter.
En résumé, lorsqu'il s'agit d'interposer un encadrement entre le cadre et un dessin noir ou colorié, il faut prendre en considération,
1 .° L'effet de la hauteur du ton de cet encadrement sur les différents tons du dessin j
2.° L'effet de la complémentaire de la couleur de l'encadrement sur la couleur du dessin;
5° L'intensité de la lumière diffuse qu'on regarde comme la plus propre à éclairer le dessin, pour un encadrement donné, par la raison que les rapports mutuels des bruns , des demi-teintes , des clairs et des blancs cliangent avec l'intensité de la lumière du jour, et qu'ils cliangent plus pour une composition donnée avec certains encadrements qu'avec d'autres.
Il y a telle composition peinte de petite ou même de moyenne dimension pour laquelle l'artiste fera bien de choisir lui-même fencadrement le plus propre à la faire valoir, et d'y subordonner les parties de son tableau qui y seront contigués.