‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 119 sur 249 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la décoration générale des intérieurs d'églises.

673. Dans la section précédente j'ai traité de l'emploi des couleurs en architecture sous le point de vue le plus général, et je n'ai énoncé qu'accessoirement mon opinion particulière sur la couleur employée à la décoration intérieure des grandes églises gothiques, y avant été conduit pour ainsi dire d'une manière irrésistible par l'harmonie continue que les vitraux colorés des fenêtres établissent, autant que cela est possible, entre la décoration extérieure et la décoration intérieure. Je vais reprendre ce sujet, non plus pour le traiter relativement à une forme architectonique donnée, mais pour le considérer sous le point de vue le plus général.

Conformément au principe énoncé plus haut (570), de juger les productions de l'art suivant des règles puisées dans la nature même des matériaux que l'on emploie, je vais établir deux classes distinctes d'églises, non d'aj)rès leur forme, mais d'après une considération fondamentale qui subordonne la décoration intérieure à l'état de la lumière colorée ou incolore qui s'y répand au travers de vitraux colorés ou de verres incolores.

(363 ) A) Eglises à 'vitraux colorés.

574- D'après le mauvais effet du voisinage mutuel des verres incolores transparents et des vitraux colorés (454)? il convient que dans une église où ceux-ci sont employés, ils le soient à l'exclusion des autres, du moins dans la nef, le cliœur, en un mot dans tout l'ensemble que le spectateur peut embrasser d'un coup d'oeil; car des verres incolores transparents dans quelques chapelles des bas côtés, ne tireraient point à conséquence pour l'efFet général.

SyS. Comme je l'ai dit (565), si l'on veut des peintures près des vitraux colorés, il les faudra unies, ou présentant les sujets les plus simples possible , puisque leurs effets sont absolument sacrifiés à ceux des vitraux.

576. On peut, à la rigueur, voir des tableaux dans une grande église où la lumière est transmise par des verres colorés; mais pour que la vision soit satisfaisante, il y a un tel ensemble de conditions nécessaires à rencontrer, que l'on est fondé à dire qu'ils y seront presque toujours mal placés, ou, ce qui est la même chose, on sera hors d'état d'apprécier le mérite qu'ils pourraient avoir tfailleurs. En effet, si les tableaux ne sont pas à une certaine dislance des vitraux,

( 564 ) si les lumières colorées qui émanent de ceux-ci ne sont pas, par leur mélange mutuel, en proportion convenable pour reproduire de la lumière blanche, ou du moins une lumière trèsfaiblement colorée j enfin, si cette lumière blanche ou très -faiblement colorée est insuffisante pour éclairer l'intérieur de l'église convenablement , comme le ferait la lumière diffuse transmise au travers de verres incolores, les tableaux jierdront de leur coloris , à moins toutefois qu'ils n'aient été exécutés conformément à la nature de la lumière transmise dans un lieu donné par des vitraux de couleurs également données; mais ce cas, à ma connaissance, ne s'est jamais réalisé. C'est donc parce que les conditions précédentes ne se rencontrent pas, que je n'ai parlé, en traitant des vitraux des églises gothiques (436), que de tapisseries et non de tableaux qui peuvent en orner les murs.

B) Eglises à ^verres incolores.

677. Les églises à verres incolores reçoivent tous les ornements que l'on peut imaginer de l'emploi du bois, du marbre, du porphyre, du granité et des métaux. La mosaïque peut en paver le sol et en orner les murs de véritables tableaux , comme elle l'a fait à Saint-Pierre de Rome; enfin, la peinture à fresque, la peinture à l'huile,

la sculpture blanche et la sculpture colorée, concourent encore à en décorer l'intérieur.

578. Dans les églises de cette classe, la profusion des richesses dont le décorateur dispose, loin de le servir toujours, pourra quelquefois être une cause de difîicultés, parce que plus il y aura d'objets variés à placer, et plus il sera facile de s'éloigner du but qu'il faudrait atteindre pour ne présenter que des objets convenables au caractère du lieu qu'il s'agit d'orner. En effet, il ne suffit pas d'avoir des bois précieux, des marbres, des métaux, des peintures, il faut encore que ces objets s'harmonient de manière que l'étendue de leurs surfaces respectives soit entre elles dans des proportions convenables , et en outre que l'on passe de l'un à l'autre sans confusion dans les limites contiguës, mais pourtant sans ces chocs qui sont si désagréables à des yeux exercés.

Ainsi il faut éviter que des marbres colorés soient contigus à la pierre blanche dont les murs peuvent être construits; il faut proscrire encore l'encadrement de bas-reliefs en pierre blanche, avec des plaques ou bordures de marbre rouge ou vert.

579. La cathédrale de Cologne, pour les églises à vitraux colorés, et Saint-Pierre de Rome pour

les églises à verres incolores, sont deux types qu'il suffit (le citer lorsqu'on veut démontrer que le beau est compatible avec des systèmes différents. En effet, y a-t-il un de ces types que l'on doive préférer à l'autre ? C'est une de ces questions que je considère comme oiseuse, si on a la prétention de la résoudre d'une manière absolue, afin de n'accorder son admiration à l'un qu'à la condition de proscrire l'autre. Mais si au contraire on l'élève avec l'intention d'examiner ce qui donne des admirateurs à chacun d'eux, on parviendra ainsi à se rendre un compte satisfaisant de ces oeuvres de l'art.

58o. En partant du principe de la convenance des édifices avec leur destination, j'ai admis que l'église gothique avec ses ornements architectoniques et ses vitraux colorés, ne laisse rien à désirer au sentiment religieux , tant la lumière qu'elle présente à l'intérieur est propre au recueillement, tant les objets qu'on y rencontre, loin de distraire l'attention par quelque image terrestre, ont été bien choisis poiu' exciter l'ardem^ à élever la prière jusqu'au Ciel.

58 1. Tout en admirant les merveilles que les arts ont accumulées dans les églises où la lumière blanche pénètre librement; tout en reconnaissant

( 367 ) les efFets que certaines peintures du premier ordre sont capables de produire sur l'esprit du chrétien, cependant je ne puis m'empécher de remarquer que les églises où l'on voit ces décorations ressemblent plus à un musée d'arts qu'à un temple consacré à la prière, et que sous ce rapport elles ne me paraissent point remplir au même degré que les églises gothiques à vitraux colorés, la condition imposée par le principe de la convenance des édifices avec leur destination.

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