CHAPITRE IV
De la décoration des musées,
582. On donne aujourd'hui le nom de musées à des édifices destinés à contenir, pour les offrir aux regards, des produits de l'art, tels que des tableaux, des statues, des médailles, etc., et des produits de la natiu'e, tels que des minéraux, des animaux préparés, etc.
585. La condition essentielle que ces édifices doivent remplir, est que la lumière qui s'y répand soit la plus blanche et la plus vive possible; mais toujours diffuse et toujours répartie également sur tous les objets exposés au spectateur de la manière la plus convenable, pour qu'ils soient vus sans fatigue et distinctement dans toutes leurs parties.
Musée de tableaux.
584- On est généralement disposé à prodiguer les ornements et les dorures dans les musées de tableaux; sans prétendre qu'il faut absolument en proscrire tout ce qui est décoration, cependant je crois qu'il y a moins d'inconvénient à pécher par défaut que par excès; car en définitive les objets précieux so.nt les tableaux, et c'est
( 569 ) sur eux qu'il faut attirer et fixer la vue , au lieu de cliercher à la distraire par des objets variés et plus ou moins Ijrillants, tels que des ornements qui nuisent par leur éclat même, aux ornements que le peintre a pu représenter dans son oeuvre. Ajoutons qu'une des choses les plus nuisibles à l'effet des tableaux, est leur accumulation, leur ' entassement dans un même lieu- la position qu'ils ont alors, si différente de celle que les peintres leur destinaient, ôte une partie de l'illusion que cliacun d'eux produirait s'il était à sa véritable place. Il n'y a guère que le connaisseur et l'amateur instruit qui éprouvent à la vue d'un tableau exposé dans un musée, toute l'impression que l'artiste a voulu jiroduire, parce queux seuls savent trouver le meilleur point de vue, et que, leur attention se fixant sur l'oeuvre qu'ils regardent, ils finissent par ne plus voir les tableaux environnants, ni même le cadre de celui qu'ils contemplent. Si , pour isoler une peinture des objets étrangers qui l'entourent, un encadrement est nécessaire, cependant on ne peut s'empêcher de reconnaître que la contiguïté du cadre avec le tableau est excessivement nuisible à l'illusion de la perspective , et c'est ce qui explique la différence qu'on remarque entre l'effet d'un tableau encadré, et l'effet de ce même tableau qu'on regarde par une ouverture qui ne permet point
( 370 ) d'en apercevoir ni l'encadrement ni la limite; l'illusion produite alors rappelle tout à fait celle du diorama.
Musée de statues.
585. Les statues de marbre blanc ou de pierre blanclie, ainsi que les plâtres, se détachent convenablement d'une galerie dont les parois sont de couleur gris de perle, et si l'on voulait augmenter encore la blancheur de ces statues en neutralisant l'oeil roux que le marbre, la pierre et même le plâtre pourraient avoir, il conviendrait de peindre les parois en couleur chamois ou orangé gris.
Si, au contraire, on préférait donner aux statues une couleur ardente que plusieurs statuaires estiment beaucoup , elles devraient être d'un bleu grisâtre.
Enfin, peintes en verdâtre, elles donneraient aux statues une teinte rosée qui n'est point désagréable.
Quant au ton de leur couleur, il doit être d'autant moins élevé, que l'on veut plus de clarté, toutes choses égales d'ailleurs.
586. Lorsqu'il s'agit de bronzes, la couleur des parois de la galerie est déterminée par celle que l'on veut faire prédominer dans les statues;
(57i) parce qu'en effet tout le monde sait que l'alliage métallique dont elles sont formées, est susceptible de présenter deux teintes très-différentes; la teinte verdâtre qu'il acquiert par son exposition aux injures de l'air, et la teinte dorée particulière qui lui est essentielle quand il n'est point oxidé. Eli bien! s'il s'agit d exalter la teinte verdâtre, la couleur des parois de la galerie sera rougeâtre , tandis qu'il la faudra bleuâtre, si l'on veut faire ressortir l'éclat du bronze métallique qui n'a point éprouvé l'action des agents atmosphériques.
587. On ne doit pas perdre de vue que nous considérons des parois de galeries qui donnent lieu à des effets de contraste et non de reilet.
Musée des produits de la nature.
588. S'il est permis de donner aux murs des galeries des musées une couleur sensible, pour rendre plus agréable l'aspect des statues qu'on y a réunies, il y aurait un grand inconvénient à le faire, quand il s'agit de galeries destinées à recevoir des produits de la nature; car ceux-ci doivent apparaître aux yeux du naturaliste qui les contemple pour en étudier les propriétés pbyslques avec la couleur propre à chacun d eux en particulier; par conséquent les intérieurs des
armoires, des cadres vitrés, des tiroirs qui les renferment, seront nécessairement blancs ou d'un gins normal très-léger de ton; car il faut que les objets se voient de la manière la j)lus distincte possible, et tout ce qui tendrait à affaiblir féclat de la lumière, serait contraire au but qu'il faut atteindre.
58g. Je me reprocberais, en parlant des intérieurs des musées destinés aux collections d'bistoire naturelle, de ne pas ajouter à ce qui précède, une considération qui, quoique étrangère à celle de la couleur, se rattache cependant à mon sujet, parce qu'elle a trait au contraste de la vue simultanée d'objets qui diffèrent beaucoup sous le rapport de la grandeur ou du volume.
On ne pourrait placer des objets d'histoire naturelle à une hauteur trop considérable, parce que dans cette position il ne serait pas possible de les voir commodément d'une manière distincte. La condition de les voir convenablement remplie, il est évident qu'il ne faut pas qu'il y ait un trop grand intervalle entre la limite supérieure des meubles qui renferment les objets et le plafond ou la voûte de l'édifice j car, sans insister sur l'inconvénient de fespace perdu , une étendue trop grande au-dessus des meubles , aurait le double inconvénient de faire paraître les
objets trop petits, et de donner à penser qu'ils ne sont là que dans un lieu de dépôt, parce qu'on ne pourrait croire que c'est de préméditation qu'on a établi cette disproportion entre les objets que l'on veut offrir aux regards, et l'édifice propre à les recevoir.
Les inconvénients dont je parle seraient encore augmentés par de grands objets arcbitectoniques , tels que piliers, pilastres, colonnes, qui, par leur forme régulière, leur position symétrique, viendraient attirer l'oeil, distraire la vue de la collection, et amoindrir enfin les objets qu'elle renferme; car dès que les yeux se dirigeraient sur ces objets, ils amèneraient inévitablement l'esprit à en comparer le volume à celui de ces grands piliers, de ces grands pilastres, de ces grandes colonnes qui s'emparent si aisément de l'esprit, d'ajjrès les principes de la vue distincte , du njolume^ de la f orme régulière et ornée ^ de la disposition symétrique et de la répétition, au moyen desquels l'architecture agit sur nous par l'inter" médiaire de la vue.