‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 174 sur 249 · DE LA DISTRIBUTION ET DE LA PLANTATION DES VÉGE'TAUX DANS DES MASSIFS · texte numérisé non relu

DE LA DISTRIBUTION ET DE LA PLANTATION DES VÉGE'TAUX DANS DES MASSIFS

Introduction,

768. L'objet principal que je me propose dans les deux chapitres suivants, est de combler une lacune des ouvrages de jardinique relative à la manière de distribuer et de planter des végétaux conformément à des règles précises, dans des massifs dont les contours ont été tracés d'avance. En effet, les auteurs se taisent sur ce sujet, et les embarras du propriétaire qui veut planter un terrain préalablement dessiné, sont encore accrus par cette circonstance, que dans la plupart des cas l'auteur du plan du jardin projeté, après avoir arrêté les lignes des plantations, indiqué les places oii doivent être des arbres isolés, désigné des essences d'arbres qui constitueront des groupes, et celles qui entreront dans la formation des massifs avec des arbrisseaux et des arbustes que généralement il ne désigne pas, laisse le soin et tous les détails des plantations à de simples jardiniers. Cependant la distribution des arbustes et des arbrisseaux, quelque facile qu'elle paraisse, dans un terrain parfaitement dessiné d'ailleurs, contribue plus qu'on ne le pense communément, à l'agrément

d'un jardin-paysage, et présente aussi plus de difficultés qu'on ne le croit pour être faite d'une manière satisfaisante, lorsqu'on s'abandonne pour ainsi dire au hasard , comme cela arrive presque toujours. En effet si, au bout de quelques années, on observe la plupart des massifs plantés comme on le fait si fréquemment, on sera frappé de défauts qui n'avaient pas choqué d'abord, parce que l'on était encore sous l'impression du plaisir que toujours l'on éprouve à voir se développer des plantes que l'on a confiées à un sol préparé avec soin , et qu'en outre il y a des défauts qui ne s'aperçoivent qu'après un certain temps; tels sont, par exemple,

1 ° Cehii qui résulte de ce que des plantes ont été placées trop près les unes des autres. Il peut arriver que l'une, se développant plus rapidement que l'autre, finisse par tuer celle-ci, ou que toutes se développent à la fois, mais mal, parce qu'elles se nuisent réciproquement.

2.° Celui qui provient de ce qu'on a mis au premier rang des touffes qui s'élèvent trop ou qui se dégarnissent du pied. Tels sont les sureaux et le sumac {rhus coriaria).

76g. C'est après plusieurs années de jouissances perdues, pour avoir planté sans règle fixe des massifs bien dessinés d'ailleurs dans leurs con-

tours, que j'ai été conduit à clierclier, par ma propre expérience, le moyen d'éviter à l'avenir de pareilles fautes. Les règles que je vais exposer ne sont pas le résultat de la réflexion seule, elles ont été mises en pratique pendant plusieurs années, et je me trompe fort si ceux qui les observeront ne trouvent pas de grandes facilités dans leur application et n'éprouvent une vive satisfaction , lorsqu'ils compareront les effets des plantations entreprises conformément à leurs prescriptions, aux effets des plantations faites pour ainsi dire au hasard. Je justifierai plus tard ces règles d'après les principes puisés dans les facultés mêmes qui nous mettent en rapport avec les objets de la natiu*e et de l'art , lorsque nous y cherchons des jouissances de couleur, de forme et d'arrangement.

770. Je vais définir plusieurs expressions usitées, pour désigner les différentes associations de végétaux qui peuvent faire partie d'un jardinpaysage.

Une association d'arbres et d'arbrisseaux occupant une vaste étendue , est ce qu'on nomme une forêt. Eh bien ! dans un jardin-paysage une pareille association, ou, ce qui revient au même, celle qui a été disposée pour présenter l'apparence d'une vaste étendue, s'appelle hois, si l'association

(5i5) est formée d'arbres et de taillis j et futaie', si elle l'est d'arbres seulement.

Une association d'arbres, d'arbrisseaux, d'arbustes , de sous-arbustes et même de plantes herbacées à Jleurs, occupant une étendue moyenne ou petite, s'appelle massif.

Un massif est -il formé d'arbres et de taillis, c'est un bosquet : ne renferme-t-il que des arbres, c'est un groupe d'arbres.

Il y a des massifs d'arbrisseaux, d'arbustes, de sous-arbustes et de plantes herbacées à fleurs.

Il y a des massifs formés d'une seule espèce de plantes, et des massifs formés de plusieurs espèces. Les premiers sont dits homogènes et les seconds hétérogènes ou variés.

Il y a des massifs isolés et des massifs subordonnés entre eux.

Un petit massif de fleurs ou de sous -arbustes isolé et de forme circulaire ou elliptique, est appelé corbeille.

Le tableau suivant représente les rapports mutuels de toutes les expressions que je viens de définir.

1 Plusieurs auteurs de jardinique emploient le mot de bocage au lieu de celui àt futaie. Dans la langue usuelle, bocage ëlanl svnonjme de bosquet, ei futaie ajant le sens que je lui attribue, j'ai cru devoir l'adopter à l'exclusion de l'autre.

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