Le père Sclierlfer, en 1754, donna une
grande précision aux phénomènes qui se rapportent au contraste successif, en démontrant j^i^'ime couleur donnée produit une couleur accidentelley qui est celle que nous nommons aujourd'hui sa COMPLÉMENTAIRE. Il rectifia quelques observations de Buffon. Il ne s'en tint pas làj il clierclia à exiDliquer la cause du phénomène, ainsi que nous le verrons dans la section suivante. Il ne toucha d'ailleurs qu'en passant au contraste simultané. (Voyez son mémoire, §. i5. Journal de physique, tom. XXVI.)
124. OEpinus^ et Darwin ^ se sont aussi occupés du contraste successif.
1 25. Le contraste simultané a été pour le comte de Rumford^ un objet d'expériences et d'observations sur lesquelles je dois insister, parce que parmi les recherches que l'on a faites à ce sujet, il n'en est aucune qui ait plus de rapport avec les miennes. Le comte de Rumford , aj)rès avoir observé qu'une ombre produite dans un rayon
1 Mémoires de l'Académie de Pétersbourg, et Journal de pbjsique, année 1785, tom. XXVI, pag. agi.
2 Transactions philosophiques, tom. LXXVI, année 1785.
3 Expériences sur les ombres colorées ; conjectures sur les principes de l'harmonie des couleurs.
Philosophical papersj etc., bj Rumford. Londres, 1802, tom. I."
de lumière rouge, par exemple, étant éclairée par un rayon de lumière blanche égal au premier en intensité, paraît non pas blanche, mais teinte en vert complémentaire du rayon coloré lorsqu'elle est près d'une ombre égale produite dans le rayon blanc , cette dernière ombre étant éclairée par le rayon rouge et paraissant de cette couleur, démontra :
1 ° Que le résultat est le même lorsqu'on remplace le rayon de lumière colorée, soit par la lumière transmise par un verre ou tout autre milieu coloré, soit par la lumière colorée réfléchie au moyen d'un corps opaque coloré.
2." Que si dans un cercle de papier blanc, placé sur une grande feuille de papier noir, laquelle est posée sur le parquet d'une chambre, on juxtapose deux bandes de papier de six lignes de largeur et de deux pouces de longueur, dont une soit couverte d'une poudre de couleur ^j tandis que l'autre le soit d'une poudre grise, composée de céruse et de noir de fumée, eu 1 telle proportion que la lumière qu'elle réfléchit \ égale en intensité la lumière colorée de ^^ il arrivera , en regardant les deux bandes d'un oeil 1 à travers la main , que celle qui est recouverte de poudre grise paraîtra teinte de la couleur complémentaire de y4^ et que cette complémentaire ' sera aussi brillante que y/.
126. L'auteur dit que, pour réussir dans cette expérience, il faut prendre beaucoup de précautions, tant pour se garantir de la lumière renvoyée par les objets environnants, que pour parvenir à se procurer un gris qui réllécliisse une lumière égale en intensité à la lumière colorée. Il remarque que les difficultés sont extrêmes lorsqu'on prend des couleurs l>royées à l'iiuile , par la raison que Tliuile les rembrunit, et qu'elles n'ont jamais le degré de pureté des couleurs du spectre.
127. S'il est vrai que les expériences de Rumford correspondent à celles où j'ai mis des couleurs en rapport avec le lilanc, le noir et le gris, et qu'elles sont un cas particulier de la loi du contraste simultané telle que je l'ai établie, il ne l'est pas moins qu'on ne pouvait en déduire cette loi sans faire la série des recliercbes auxquelles je me suis livré; car les expériences de Rumford montrant le maximum du phénomène, on ne pouvait affirmer que dans les circonstances ordinaires il y aurait non-seulement modification du blanc, du noir et du gris par des couleurs juxtaposées, mais encore modification mutuelle de ces dernières. En effet, nous avons vu que les couleurs se foncent par le voisinage du blanc, tandis qu'elles s'affaiblissent par le voisinage du
noir, le contraste tel que je l'ai établi portant à la fois sur la composition optique de la couleur et sur la hauteur (Je son ton.
128. Rumforcl, frappé de voir dans ses expériences un rayon coloré développer sa complémentaire, établit en principe, comme condition de l'harmonie de deux couleurs, quelles présentent toutes les deux les proportions respectives de lumières colorées nécessaires pour former du blanc, et c'est d'après cela qu'il conseille d'assortir les ri^bans destinés à la toilette des dames et les couleurs des ameublements. Il pense aussi que c'est une règle dont les peintres peuvent tirer un grand parti; mais il est clair que le principe de l'harmonie des couleurs de Rumford n'est qu'une vue ingénieuse de son esprit, et que tel que l'auteur l'a posé, il est bien difficile qu'il puisse jeter quelque lumière sur la pratique de la peinture. Au reste, je reviendrai sur ce point en traitant des applications de mon travail. Mais il m'importait de faire remarquer que Rumford n'a pas fait une expérience propre à démontrer l'influence de deux couleurs juxtaposées, ou plus généralement de deux couleurs vues simultanément; qu'il ne s'est pas douté de la généralité du phénomène dont il a observé un cas, et que, s'il est vrai qu'il y a harmonie entre deux couleurs
(64) complémentaires l'une de l'autre, cette proposition serait tout à fait inexacte , si avec le comte de Rumford on n'admettait 9.'liarmonie de couleurs que dans ce seul cas de juxtaposition; au reste je reviendrai sur ce sujet (174 et suiv.).
129. Enfin, le dernier auteur qui ait traité des couleurs accidentelles comme observateur, est M. Prieur de la Côte-d'Or ^ : il s'est occupé , sous le nom àeconti^aste^ des phénomènes qui se rapportent exclusivement au contraste simultané; par exemple, une petite bande de papier oyangé mise sur un fond jaune parait rouge, tandis qu'elle paraît jaune sur un fond rouge : d'après le principe posé par l'auteur, la couleur accidentelle de la petite bande doit être celle qui résulte de la sienne propre, moins celle du fond. Il semble 3 dit-il, qu'une certaine fatigue de l'œil, soit instantanément par le rapport d'intensité de la lumière, soit plus tardivement par une vision prolongée, concoure à produire les apparences dont il s'agit. Mais il reconnaît qu'une fatigue excessive de l'organe amènerait une dégénération des couleurs appartenant à un autre mode. Il ajoute enfin que les couleurs nommées par Buffon accidentelles, et sur lesquelles Scherffer a donné
1 Annales de chimie, tom. LIV, pag. 5.
un intéressant mémoire ^ appartiennent à la classe des contrastes , ou du moins suivent constamment la même loi. Il est visible que M. Prieur n'a pas fait la distinction des classes de contrastes que j'ai établie dans le chapitre précédent.
i3o. Haiïy, dans son Traité de physique, a présenté un résumé des observations de BufFon, de Sclierffer, de Rumford et de M, Prieur j mais malgré la clarté du style de l'illustre fondateur de la cristallographie, il y a une obscurité qui tient à ce qu'il n'a pas fait la distinction précédente, et cette obscurité est surtout évidente lorsqu'il rapporte les explications que l'on a données de ces phénomènes , ainsi que je le démontrerai dans la section suivante.
1 5 1 . D'après ce qui précède , on voit î
1.° Que les auteurs qui ont traité du contraste des couleurs, ont décrit deux classes de phénomènes, sans les distinguer l'une de l'autre j
2.° Que le père ScherlFer a donné la loi du contraste successif;
3.° Que le comte de Rumford a donné la loi de la modification qu'une bande grise placée contre une bande colorée éprouve dans une circonstance particulière ;