CHAPITRE II
De Tinjluence d'un entourage coloré sur une couleur que Von compare a une autre,
857. Puisque le contraste des couleurs qui ne sont pas analogues tend à les embellir en les épurant l'une par l'autre, il est clair que toutes les fois qu'on voudra porter un jugement exact sur la beauté des couleurs d'un tapis, d'une tapisserie, d'une peinture, etc., après les avoir comparées avec les couleurs d'objets analogues aux premiers, il faudra tenir compte du genre de peinture et de la manière dont les couleurs sont juxtaposées, si les objets comparés ne sont pas la représentation exacte d'un même sujet. En effet, toutes cboses égales d'ailleurs, les mêmes couleurs non nuancées et qui ne sont pas assez analogues pour se nuire mutuellement, disposées en zones rapprocliées, paraîtront certainement plus belles que si cbacune était vue dans un fond qu'elle constituerait exclusivement, et qui par conséquent ne produirait qu'une seule impression de couleur sur foeil. Des couleurs formant des palmes, comme celles des cliâles de l'Orient, des dessins, comme ceux des tapis de Turquie, feront beaucoup plus d'effet que si elles étaient nuancées, fondues comme elles le sont en général
dans nos peintures. Conséquemment si on voulait, par exemple, comparer une zone de couleur amarantlie d'un cliâle oriental à zones de diverses couleurs avec le fond amarantlie d'un châle français, il faudrait détruire le contraste des couleurs qui avoisinent la zone amarantlie, eu les cachant au moyen d'un papier gris ou blanc découpé qui ne laisserait voir que cette zone; bien entendu qu'un papier découpé semblable au premier serait placé sur le fond, afin que les parties comparées fussent soumises à la même influence de la part des objets environnants.
858. Le même moyen doit être employé lorsqu'il s'agit de comparer des coideurs d'anciennes tapisseries, d'anciennes peintures, etc., avec des couleurs analogues récemment teintes, récemment peintes, et voici pourquoi : le temps agit très-inégalement, non-seulement sur les diverses sortes de couleurs qui sont appliquées par le teinturier sur des étoffes, mais encore sur les tons d'une même gamme. Ainsi des tons foncés de certaines gammes, par exemple ceux de la gamme violette, s'effacent, tandis que les bleus foncés d'une gamme bleu indigo, les rouges foncés de garance, de kermès, de cochenille, résistent. En second lieu, les tons clairs d'une même gamme s'évanouissenl dans un lemps rjiii
n'a pas d'influence sensible pour en altérer les tons foncés. Dès lors les couleurs qui ont résisté davantage à l'action destructive du temps, étant plus isolées les unes des autres, plus foncées et moins fondues, paraissent par là même avoir plus d'éclat cjue si elles étaient disposées autrement. 11 y a plusieurs couleurs employées par les peintres, notamment la plupart des laques, qui sont dans le même cas que les couleurs altérables du teinturier, relativement à d'autres, telles que l'outremer, les oxides de fer, les noirs, qui sont pour ainsi dire inaltérables aux agents atmosphériques : eli bien ! l'altération des premières peut, dans beaucoup de cas, contribuer à rehausser l'éclat de couleurs m.oins altérables.