Elles se nuisent mutuellement
847. Plus il y a d'éloignement entre les couleurs, plus la juxtaposition sera favorable à leur contraste mutuel, et conséquemment plus elles ont d'analogie et plus il y a de cbances pour que la juxtaposition nuise à leur beauté.
1.° Deux couleurs non complémentaires s'embellissent par la juxtaposition.
( 59- ) ■ 848. Le jaune et le bleu sont si difTérents, que leur contraste est toujours assez grand pour que la juxtaposition leur soit favorable, quoique les couleurs juxtaposées appartiennent à des gammes différentes de jaune et de bleu.
2° Une couleur Juxtaposée avec une autre qui nest pas sa complémentaire ^ s'embellit et nuit à celle-ci.
849- Un bleu qui s'embellit avec un jaune, étant m^is à côté d'un violet qui est bleuâtre plutôt que rougeâtre, peut jierdre de sa beauté en devenant verdâtre , tandis que l'orangé qu'il ajoute au violet, neutralisant l'excès du bleu de ce dernier, l'embellit plutôt qu'il ne lui nuit.
5.° Deux couleurs non complémentaires se nuir sent rrmtuellement.
85 0. Un violet et un bleu se nuisent réciproquement, lorsque le premier verdit le second et que celui-ci neutralise assez de bleu dans le violet pour le faire paraître passé.
85 1. Il pourrait encore arriver que, quoiqu'il y eût des modiQcations dans les couleurs juxtaposées , toutes les deux ne gagnassent ni ne perdissent pas de leur beauté j que Tune gagnât sans que l'autre perdît; enfin, que l'une ne gagnât ni ne perdît rien, et que l'autre perdît.
852. Dans V association de deux couleurs d'égal ton, la hauteur du ton peut avoir de linjiuence sur la beauté de l'association.
Par exemple, un hleii foncé indigo et un rouge également foncé, pourront gagner par la juxtaposition; le premier, en perdant du violet, deviendra d'un bleu franc; le second, en prenant de l'orangé, deviendra plus vif. Eh bien! si l'on prend les tons clairs de ces mêmes gammes, il pourra arriver que le bleu deviendra trop verdâtre pour être beau comme bleu, et que le rose, prenant de l'orangé, sera trop jaune pour être d'un rose franc.
853. Dans l'association de deux objets colorés de tons très-éloignés l'un de l'autre, appartenant à la même gamme ou à des gammes plus ou moins rapprochées, le contraste de ton peut avoir une heureuse injluence sur la beauté du ton clair, parce qu'en effet si celui-ci n'est pas d'une couleur franche, sa juxtaposition avec le ton foncé, tout en l'éclaircissant, épiu'era la couleur du gris qu'elle peut avoir.
854» Il est bien nécessaire pour la rectitude des jugements que l'on portera d'après les principes que je pose sur des associations binaires de couleurs, de ne pas perdre de vue que tout ce qui précède depuis l'alinéa 846 inclusivement,
(593) concerne des couleurs mates ou dépourvues de brillant, et que leur association est considérée, abstraction faite de la forme de l'objet qui nous les présenté, par la double raison que le brillant des surfaces colorées et la forme des corps que ces surfaces limitent dans l'espace , sont deux circonstances capables de modifier l'effet de deux couleurs associées; conséquemment l'analyse que je fais des effets optiques des couleurs serait incomplète, si je ne parlais pas maintenant de l'influence possible de ces causes.
Influence du brillant pris en considération dans l'effet du contraste de deux couleurs.
855. Un des résultats auxquels l'observation du contraste des couleurs mates conduit, est d'expliquer comment l'association de telle couleur avec telle autre est favorable ou nuisible à l'ensemble ou seulement à l'une d'elles, en faisant saisir aux yeux que dans le cas le plus favorable possible , le produit optique de la juxtaposition se compose de deux effets : i .° de l'effet provenant de ce que les couleurs juxtaposées, recevant chacune la complémentaire de la couleur qui lui est contiguë, est renforcée ou nuancée agréablement par cette addition, indépendamment de toute augmentation de brillant; 2.° de l'effet provenant d'une augmentation de brillant dans les deux
( 594 ) couleurs juxtaposées. Rappeler ces résultats, c'est prévenir l'objection qu'on aurait pu m'adresser, savoir, que des associations que je n'ai pas prescrites, telles que celles du rouge avec le violet, du bleu avec le violet, par exemple, sont d'un bel effet sur le plumage de certains oiseaux et sur les ailes de certains papillons; car il est évident, conséquemment à la distinction précédente, que dans ces associations de la nature, l'effet provenant de l'addition des complémentaires à chacune des deux couleui-s qui nuirait à des coulem^s mates, est tout à fait insensible pour nuire à des couleurs qui acquièrent de la structure organique des plumes et des écailles, où elles se trouvent, le brillant métallique. J'ajouterai, enfin, qu'il faudrait, avant d'élever l'objection, avoir~ démontré que le même rouge associé au vert, le même violet associé au jaune, et enfin le même bleu associé à l'orangé pareillement brillants, seraient d'un moins bel effet que les assortiments naturels que je viens de prendre pour exemples.
Injluence de la forme prise en considération dans l'effet du contraste de deux couleurs.
• ^^6. Si le brillant a tant d'influence sur les effets du contraste de deux couleurs juxtaposées, la forme des parties colorées qui les présentent en a une incontestable : ainsi l'élégance de la
forme, l'arrangement des parties, leur symétrie, les effets du clair et de l'ombre sur les surfaces indépendamment de toute couleur, enfin, l'association d'idées qui peut lier cette forme à un souvenir agréable, empêclieront d'apercevoir le mauvais effet de deux couleurs associées qui ne sont point brillantes : c'est ainsi, par exemple, que des fleurs nous présentent des associations qui ne nous clioquent pas, et qui cependant ne seraient point d'un bel effet si nous les voyions sur deux surfaces planes dépourvues de brillant. Nous citerons de nouveau pour exemple la fleur du pois de senteur, qui présente l'alliance du rouge et du violet. Il n'est pas douteux que le rouge et le violet de cette fleur, étant juxtaposés, le rouge à du vert et le violet à du jaune, ne produisissent un plus bel effet que celui qui résulte de leur association dans la fleur dont je parle.
857. Les rapports des faits précédents avec la critique sont faciles à apercevoir, lorsqu'il s'agit de juger l'association de deux couleurs en ellesmêmes ou de comparer ensemble diverses associations binaires.
Dans le premier cas on peut se demander si l'association qu'un artiste a faite de deux couleurs a atteint le but qu'il se proposait, celui de les embellir toutes les deux, ou celui d'embellir l'une en sacrifiant l'autre.
Dans le second cas on peut comparer ensemlile les elFets d'une couleur de la même sorte, par exemple des rouges, faisant partie chacun d'une association binaire, on peut comparer ensemble les effets des associations binaires de couleurs différentes, toujours sous le point de vue optique, et dans l'intention, si ces associations sont le produit de l'art, de juger l'artiste qui les a faites. Eli bien! alors le critique doit être dirigé par les considérations que nous résumons ici :
1.° Le genre d'association : plus les couleurs sont différentes, plus elles s'embellissent mutuellement, et inversement, moins elles sont éloignées, plus elles sont prêtes à Se nuire (845 — 85i);