‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 230 sur 249 · CONCLUSION FINALE DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

CONCLUSION FINALE DE L'OUVRAGE

gSg. La première occasion que j'eus d'observer l'influence du contraste dans la juxtaposition des couleurs, me fut offerte en 182 5 par l'Administration des Gobelins. Comme je l'ai dit ailleurs (page viij de l'avant-propos), elle me demandait pourquoi les noirs teints dans l'atelier des manufactures royales étaient sans vigueur quand on les employait à faire des ombres dans des draperies bleues ou violettes : je trouvai la cause de cet eflet dans le contraste; car ayant comparé ensemble deux écliantillons identiques de noir, dont l'un était placé sur un fond blanc et l'autre sur un fond bleu, j'observai que celui-ci perdait beaucoup de son intensité. Ce fut après cette expérience que je me rappelai avoir cru voir plusieurs fois des différences entre les deux moitiés d'un même écbeveau, suivant que l'une était contiguë à ime couleur différente de celle qui touchait à l'autre moitié. Ayant été, aussitôt que ce souvenir me revint à l'esprit, au mai*asin des laines teintes des

Gobelins, je constatai le fait sur des éclieveaux rouges, oranges, jaunes, verts, bleus, indigo et violets, et j'appréciai bientôt après l'influence du blanc et du noir sur les mêmes couleurs,

940. Les modifications que la juxtaposition faisait éprouver aux couleurs précédentes prises deux à deux, une fois définies, je clierchai l'explication du pliénomène dans les livres de physique. Parmi les ouvrages récents pul^liés en France sur cette matière, le traité seul de Halïy parlait du contraste, sous le titre de couleurs accidentelles. Non-seulement je lus l'article consacré à ce sujet, mais je remontai aux sources où il avait été puisé; je fis des extraits de ce que Buffon, le père Scberffer, Rumford , Prieiu^ de la Côte-d'Or, etc. , avaient écrit à ce sujet. Mais tant que je m'elTorçai de lier ensemble les phénomènes que j'avais observés, de manière à les faire entrer dans une expression générale conforme aux écrits que j'avais consultés, je perdis mon temps; et cependant j'étais incessamment excité à atteindre ce but par mon ami, M. Ampère, qui, au courant de mes recherches, me répétait toutes les fois que je lui parlais du contraste : tant que vos observations ne seront pas résumées en une loiy elles n'auront aucune valeur pour moi.

D'un côté la difficulté de trouver une loi qui

régît des phénomènes auxquels je n'avais jamais pensé, et que probablement je n'aurais jamais étudiés sans la circonstance dont j'ai parlé plus haut; d'un autre côté la préoccupation où j étais du grand nombre de recherches chimiques qu'il fallait entreprendre pour donner des bases fixes à la teinture, me firent perdre de vue les phénomènes du contraste et oublier les détails que j'avais lus à leur sujet. C'est après avoir été plusieurs mois dans cette situation d'esprit, qu'un joiu*, assistant à une séance littéraire, les phénomènes du contraste simultané des couleurs que j'avais observés me revinrent à la mémoire, pendant une lecture qui était loin d'exciter mon attention; je me les représentai si clairement que j'en aperçus la dépendance mutuelle, et qu'aussitôt j'en fis part à M. Ampère, à côté duquel je me trouvais, toutefois avec la réserve que je ne croirais absolument à la vérité de la conséquence à laquelle j'étais arrivé, qu'après avoir acquis la certitude par la lecture de mes observations écrites, que ma mémoire ne m'avait pas trompé sur l'exactitude des faits que je venais de coordonner; c'est précisément ce que je reconnus avec satisfaction, en revoyant mes notes, tous les faits qu'elles me présentèrent étaient conformes à l'expression générale qui leur donnait cette coordination.

(664) 94 1- La conviction de l'exactitude de la loi de ces phénomènes une fois acquise, je relus ce qu'on avait écrit sur les couleurs accidentelles; j'aperçus clairement alors que l'obscurité de ce sujet tenait au grand nombre de faits qu'on avait confondus sous une dénomination générale, sans établir la distinction fondamentale des deux genres de contrastes que j'ai faite sous les dénominations de contraste simultaiié et de contraste successif des couleurs. Effectivement, c'est faute d'avoir trouvé cette distinction dans les auteurs, que, tant que j'eus sous les yeux ou jjrésents à la mémoire leurs écrits sur les couleurs accidentelles, il me fut impossible d'apercevoir aucun lien commun entre les observations qu'ils renferment, et les miennes, qu'à cette époque je regardais comme une simple extension des premières. Ce ne fut donc qu'après avoir perdu de vue ce qui avait été fait avant moi , qu'il me fut possible de généraliser mes résultats, apprécier à la fois la fréquence des cas où ils se montrent et le caractère qui les distinguait des observations antérieures; enfin, qu'il me fut possible de soumettre celles-ci à une coordination propre à me faire apjirécier toute la valeur du travail du père Sclierffer, concernant spécialement le contraste successif, une fois que je fus parvenu à le dégager de travaux entrepris postérieurement sur le contraste simultané, qu'on

y avait associés comme se rapportant aux couleurs accidentelles. J'attribue à cette association la cause de l'obscurité de l'article du traité de pliysique de Haiiy sur ce sujet, et l'explication qu'on y lit d'un pliénomène de contraste simultané si peu digne de la célébrité du nom sous lequel elle est donnée.

942. Si je suis entré dans les détails précédents, ce n'est pas par le motif qu'ils me touchent particulièrement, mais parce qu'ils offrent un exemple frappant à celui qui consulte l'histoire des sciences d'observation avec l'intention de suivre la progression de l'esprit humain dans la recherche de la vérité, de l'inconvénient produit par l'accumulation de faits qui , incomplètement vus, quoique exacts au fond, manquent de coordination. Non -seulement l'inconvénient que je veux signaler peut être un obstacle réel aux travaux à venir, mais il peut aller jusqu'à faire méconnaître, pendant un certain temps, la valeur d'un travail ancien auquel les contemporains n'avaient point accordé l'attention qu'il méritait dès son origine. La conclusion que je tire d'un tel fait est fort simple : le nombre des journaux qui rendent compte des matières scientifiques croissant avec le nombre des sociétés savantes et celui des travailleurs, d'un autre côté rem[)res-

sèment à publier étant si grand que l'on préfère donner à des recherches variées le temps qu'il faudrait consacrer à une seule recherche approfondie, il s'ensuit que pour peu que les premières conduisent à des résultats contestables, elles excitent des critiques qui, souvent aussi légères que les travaux qu'elles concernent, ne font qu'entretenir le doute dans des esprits capables d'apprécier l'insuffisance des unes et des autres. Enfin, on est fondé à dire, que souvent celui qui tire de quelques expériences une conclusion à laquelle il donne le nom de loi, se serait bien gardé d'établir une généralité, s'il eût fait une expérience de plus, convenablement instituée, pour contrôler cette conclusion.

g45. Dès le commencement de mes recherches sur le contraste, j'acquis la conviction de l'exactitude de mes observations par le mode même d'expérimenter que je suivis, et qui, à ma connaissance, n'avait jamais été employé. Effectivement, en plaçant quatre échantillons, dont deux sont identiques, comme le représente la figure i/°, on constate parfaitement le phénomène; et comme il est visible avec des feuilles de papier de 0^,5 de largeur et davantage, on voit qu'à partir de la ligne où les feuilles juxtaposées se touchent, il est beaucoup plus étenrlu, eu égard

( 667 ) aux surfaces colorées, qu'on ne pouvait le croire d'après les expériences antérieures, où l'on ne mettait qu'un très -petit morceau de papier ou d'étoffe sur un fond d'une autre couleur que la sienne, et d'une étendue indéfinie.

g44- On voit dans mon expérience :

Que l'effet est rayonnant, à partir de la ligne de juxtaposition;

Qu'il est réciproque entre les deux surfaces égales juxtaposées;

Que l'effet du contraste a lieu encore, lorsque ces deux surfaces sont à distance l'une de l'autre, seulement il est moins sensible que dans le cas de contiguité;

Enfin, que l'effet a lieu sans qu'on soit en droit de l'attribuer à une fatigue de l'oeil.

g45. Assurément, si le contraste simultané des couleurs eût été vu dans les circonstances où je l'ai observé, l'universalité du phénomène n'aurait pas été méconnue de ceux même qui en ont parlé; dès lors on se serait abstenu d'employer le nom de couleurs accidentelles pour le désigner, ou, ce qui revient au même, si on l'eût employé, on eût fait remarquer que toute couleur vue simultanément avec une autre, apparaît avec la modification d'une couleur accidentelle j et les choses amenées à ce point, il serait

devenu impossible de ne pas réserver dans les. traités de physique une place à l'exposition d'un phénomène aussi fréquent que celui dont nous parlons, lequel se résume en une loi simple et facile à vérifier. D'un autre côté , si les phénomènes du contraste simultané eussent été constatés comme ils le sont aujourd'hui, les physiciens qui ont attaché le plus d'importance à le connaître sous le raj)port de l'application, auraient été conduits à des points de vue moins bornés que ceux auxquels ils se sont arrêtés, et ils n'auraient pas prouvé par là que le phénomène n'avait jamais été pour eux l'objet d'observations générales ni précises. En lisant par exemple ce que le comte de Rumford a écrit sur l'harmonie des couleurs, on voit combien il est circonspect lorsqu'il s'agit d'étendre les observations qu'il a faites au moyen de rayons colorés de la lumière émanés directement du soleil, aux matières colorées éléments de la peinture; combien il prend de précautions pour rendre sensibles les phénomènes qu'il décrit; combien l'application de son idée d harmonie à l'assortiment des couleurs est bornée, puisqu'elle ne consiste que dans l'association complémentaire; enfin, combien elle est vague, quand il veut retrouver dans les ouvrages des grands maîtres des couleurs nées de cette harmonie, qui n'ont pas d'existence réelle.

( 669 ) et qu'on pourrait nommer, dit- il, la magie Je la peinture, parce qu'on les chercherait vainement sur la toile, et pourtant elles apparaissent, suivant lui, dans des circonstances favorables de lumière, et lorsqu'on est placé à une distance convenable des tableaux.

Les nombreuses exj)ériences rapportées dans la première partie de cet ouvrage, démontrent surabondamment que la magie dont parle le comte de Rumford, se retrouve dans les teintes plates du peintre en bâtiment à un degré plus marqué en général que dans les tableaux des plus grands coloristes, parce que ceux-ci, dans beaucoup de cas, adoucissent la séparation de deux couleurs en les fondant l'une dans l'autre. Je me suis étendu sur ce sujet dans l'intention de faire sentir l'extrême différence qu'il y a entre la manière dont le comte de Rumford a envisagé l'harmonie des couleurs et le point de vue où je me suis placé pour appliquer des connaissances positives, déduites de faits constatés, définis et généralisés, indépendamment de toute hypothèse, à la peinture et aux arts qui font des assortiments de couleurs.

946. Ce n'est qu'après avoir donné la loi du contraste simultané des couleurs, avoir démontré combien ce phénomène dilïère du coulrasle successif, et enfin , après avoir défini ce que j'entends

par l'expression de contraste mixte, que j'ai exposé les nombreuses applications qui se déduisent de la loi du contraste simultané.

947. J'ai commencé l'étude de ces applications par définir des expressions qui ne m'auraient pas permis de donner de la précision à l'énoncé de ma pensée , si elles avaient conservé le sens vague qu'elles ont dans le langage vulgaire.

g48. Je me suis efforcé de présenter les résultats d'un grand nombre d'expériences et d'observations sous la forme de règles, propres à servir de guide à ceux qui , après avoir répété mes expériences principales , se seront assurés de l'exactitude avec laquelle j'ai résumé les généralités auxquelles elles conduisent.

949. Toutes les observations qui ne m'ont pas paru avoir un caractère de précision incontestable, ont été présentées avec la réserve convenable, comme l'expression particulière de ma manière de voir.

gSo. Je crois que les règles que j'ai données sur Xart de voir le modèle que la peinture doit reproduire, détruiront cette opinion de beaucoup de personnes, qu'il y a une grande différence dans la manière dont les mêmes couleurs sont vues par

(671 ) des yeux d'une organisation moyenne, qu'en conséquence on n'alléguera plus en preuve de celte opinion la diversité qu'on remarque dans la couleur de copies faites par des élèves auxquels on n'a donné aucune notion précise sur la manière de composer des couleurs mixtes avec les matières qu'ils emploient sous le nom de bleu de Prusse, outremer, cendre bleue, cbromate de plomb, ni sur les modifications des couleurs locales de leur modèle dans les diverses circonstances où ils doivent les reproduire sur la toile j enfin, à des élèves que Ton n'a point soumis à des épreuves analogues à celles que je fais subir aux teinturiers que j'examine pour savoir s'ils ont l'œil bien conformé 3 épreuves fort simples, puisqu'elles consistent à leur présenter des objets colorés juxtaposés , comme le représente la figure 1 /^, et de s'assurer s'ils aperçoivent les modifications données par la loi du contraste simultané.

Enfin, on n'alléguera plus, en faveur de l'opinion que je combats, que la couleur dominante des tableaux d'un tel peintre étant le violet, tandis que celle des tableaux de tel autre est le bleu, il faut nécessairement que le premier voie violet et le second bleu. Certes , ce n'est pas la possibilité du fait que je conteste, c'est la conséquence générale qu'on lire d'un fait particulier; en etfet, si la difierence entre la manière dont divers

individus voient une même couleur était aussi grande et aussi générale qu'on le prétend , on ne s'entendrait plus sur les couleurs, et s'il y avait un public qui verrait un tableau trop violet ou trop bleu, en le comparant au modèle, il v aurait un autre public certainement qui le verrait comme on prétend que le peintre a dû voir son modèle ; dès lors , pour ce public , on ne serait pas fondé à dire que le tableau est trop violet ou trop bleu. En résumé, comme il n'en est point ainsi , je conclus que le raisonnement précédent n'est pas fondé, et que le jugement général du public, en signalant très-bien dans une peinture une couleur dominante qui n'est pas dans le modèle, prouve que les individus qui composent ce public voient, sinon d'une manière identique, du moins d'une manière analogue.

931. C'est en prenant pour guide la méthode expérimentale, qu'après avoir déterminé par l'observation les modifications que la lumière éprouve de la part des corps colorés, j'ai été conduit à conclure que dans un objet monochrome ou dans une partie monochrome d'un objet polychrome, toutes les modifications, excepté celles qui peiis^ent résulter de rayons colorés reflétés sur cet objet ou sur cette partie monochrome, sont susceptibles d'être imitées fidèlement avec la matière colorée

correspondante à la couleur du modèle ^ les gammes 'voisines de cette couleur y le gris normal et le blanc. Cette conclusion simplifie extrêmement l'art de peindre, et donne en même temps une base solide au critique qui veut juger de la vérité du coloris d'une peinture quelconque.

gSa. A ma conviction que les règles données dans cet ouvrage épargneront beaucoup de temps aux jeunes peintres qui les observeront, se joint l'espérance qu'ils n'en profiteront pas pour multiplier leurs tableaux, mais bien les études préalables que toute exécution définitive exige toujours. Je me suis sufîisamment expliqué pour qu'on ne m'attribue pas la pensée de réduire la peinture uniquement à la reproduction fidèle de l'image de cliaque objet en particulier qui entre dans un tableau; non -seulement j'ai insisté sur l'arrangement, la coordination des objets principaux, la subordination de ceux qui ne sont que secondaires, et sur les barmonies de couleur nécessaires à les lier de manière à n'en composer qu'un seul tout, mais en parlant de l'expression des ligures, j'ai exposé nettement mon opinion sur les qualités que l'on apprend du maître et sur celles qu'on ne trouve qu'en soi, et qui, perfectionnées par l'étude, sont les seules qui marquent une œuvre au coin du génie.

955. J'ai appliqué la conclusion à laquelle j'ai été conduit pour la reproduction du modèle en peintiu'e, aux imitations de modèles peints que l'on fait en tapisseries et en tapis. J'ai démontré que la représentation exacte des modifications de couleur de ces modèles exige plus impérieusement encore la connaissance du contraste que ne l'exige la peinture proprement dite.

L'expérience m'a conduit à établir des règles fort simples, propres à faire obtenir les plus beaux verts, les plus beaux orangés, les plus beaux violets, par le mélange de fils bleus, jaunes et rouges, et à démontrer que le tapissier produit du noir ou du gris, lorsqu'il mélange en certaines proportions ces trois couleurs ensemble ou deux couleurs mutuellement complémentaires.

J'ai fait voir conséquemment à ces règles, combien on peut se tromper, si, dans l'intention d'harmonier deux couleurs appartenant à des parties différentes d'un même objet, on ne distingue pas le cas où ces couleurs sont complémentaires , de celui où elles ne le sont pas. Qu'il s'agisse par exemple d'une rose entourée de ses feuilles et d'une tige de pervencbe, garnie de fleurs bleues et de feuilles: eli bien! si pour harmonier les couleurs locales on les mêle dans certaines parties de la fleur et des feuilles, on ob-

(675) tient dn gris par le mélange du rouge avec le vert, tandis que pour la pervenclie, en mêlant les couleurs locales de la fleur et de ses feuilles, on fait du bleu verdâtre et du vert bleuâtre : c'est donc dans ce cas et non dans le premier que les couleurs des deux parties se rajiproclient l'une de l'autre.

L'expérience m'a encore conduit à trouver le m.oyen de faire en tapisserie sur des fonds de couleur, des dessins blancs ombrés qui ne paraissent pas de la couleur complémentaire de ces fonds.

954. En établissant la grande différence qui existe entre les ouvrages de la peinture et ceux que l'on exécute avec des matériaux d'une étendue sensible, en insistant sur la nécessité de recourir pour ceux-ci à des couleurs plus franclies et moins fondues que celles de la peinture, en insistant sur la nécessité de faire prédominer les liarmonies de contraste sur les barmonies d'analogue, je crois avoir parlé dans l'intérêt du peintre cbargé d'exécuter les modèles, et dans l'intérêt de l'artiste appelé à les copier : en indiquant les qualités que doivent avoir ces modèles, en signalant les écueils naissant d'une prétention à vouloir faire de la peinture avec des matériaux d'une grosseur sensible, j'ai indiqué les moyens de rendre l'emploi

de ces matériaux moins serviîe, et de donner conséquemment plus d'originalité aux ouvrages du tapissier. ^

955. J'ai subordonné à l'observation et à l'expérience, et non à aucune vue liypotbétique, tout ce qui concerne la décoration des intérieurs des édifices j j'ai insisté d'une manière particulière sur la nécessité de subordonner toute chose à sa destination.

956. Enfin, en appliquant la méthode expérimentale à l'arrangement des fleurs dans les jardins , conformément à la loi du contraste simultané des couleurs, j'ai eu tant d'occasions de remarquer combien, dans ces arrangements, il y avait d'analogie entre les couleurs et les formes, relativement aux effets spéciaux que l'on obtient des unes et des autres sous le point de vue de la diversité, de la symétrie, de l'harmonie générale, etc., que j'ai été conduit à une généralisation que je n'avais point en vue en commençant mon travail 5 mais toutes les généralités auxquelles je suis arrivé sont bien la conséquence de l'observation immédiate , comme le prescrit la méthode expérimentale, et ce n'est que longtemps après avoir vu beaucoup de produits des arts qui font usage de matières colorées, que j'ai acquis la conviction

(^77) que cette méthode, à laquelle les sciences physiques et naturelles doivent leurs progrès , poiu^rait s'appliquer dans heaucoup de cas à la pratique aussi bien qu'à la théorie des beaux-arts, et que cette extension devait nécessairement donner des connaissances précises sur les facultés qui mettent l'homme en rapport avec les oeuvres de la nature et les oeuvres de l'art.

957. En définitive, j'ai cherché autant que possible, les règles dans la nature des choses qu'elles concernent; mais en les prescrivant, loin d'être exclusif, j'ai évité au contraire de présenter un seul type du beau : c'est dans cet esprit que j'ai parlé des effets généraux des harmonies d'analogue et des harmonies de contraste, laissant à celui qui les emploie, soit en peinture, soit pour l'assortiment d'objets colorés quelconques, toute la latitude que ces règles comportent sans nuire à la beauté des objets assortis; c'est dans le même esprit que j'ai parlé des ouvrages de l'architecture grecque et de ceux de l'architecture gothique, du jardin français et du jardin- paysage, et au lieu de faire dépendre ces ouvrages de princif)es opposés ou de considérer les uns comme dérivant de principes ; tandis que les autres sont le produit du caprice de l'artiste, j'ai cherché leurs rapports communs, et les principes auxquels se

rattachent réellement les différences qui les distinguent.

La critique faite sous ce point de vue d'un ouvrage qui, quoique très-incorrect, a cependant captivé l'attention d'une réunion d'hommes quelconques, me parait utile, sinon à l'auteur, du moins à la théorie de l'art et à la connaissance de notre propre. nature, parce que, sous ce double rapport, il est toujours intéressant de remonter à la cause qui attire l'attention des hommes, de ceux même qui sont les moins éclairés ou qui manquent de la première éducation.

Enfin, c'est encore conformément à cette manière de voir, qu'il me semble que lorsqu'un peuple a laissé trace de lui dans l'histoire par des annales, des ouvrages littéraires, des monuments, loin qu'on doive dédaigner les produits de son génie littéraire et ceux de ses arts, il faut au contraire rechercher soigneusement ce qui avait pu porter ce peuple à adopter la forme qu'il a donnée à ses ouvrages, et voir s'il est possible de remonter à la source de l'admiration qu'il avait pour eux.

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