‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 231 sur 249 · SUR LE CONTRASTE · texte numérisé non relu

SUR LE CONTRASTE

958. Je ne puis me résoudre à terminer l'aperçu historique des recherclies qui composent cet ouvrage, sans ajouter quelques considérations relatives à l'extension dont elles me paraissent susceptibles. Ces considérations portent sur quatre points différents.

Le premier concerne l'observation de plusieurs phénomènes de la nature;

Le second se rapporte au contraste que présentent deux objets rapprochés, différant beaucoup de grandeur ;

Le troisième est relatif à la question de savoir si les autres sens que la vue sont soumis à la loi des contrastes;

Enfin, le quatrième a trait au jour que, suivant moi, fétude des contrastes est susceptible de répandre sur plusieurs phénomènes de l'enlendement.

DU CONTILVSTE CONSIDÉRÉ SOUS LE RAPPORT DE l'observation DE PLUSIEURS PHÉNOMÈNES DE lA NATURI^;.

939. On rencontre dans la contemplation des objets naturels beaucoup d'occasions d'appliquer la loi du contraste simultané à certains phénomènes qu'ils présentent.

960. Ainsi, partout où une surface réfléchit uniformément une vive lumière sur un fond obscur, les bords de la première paraissent plus brillants que le centre, comme les parties du fond contiguës à ces bords paraissent plus obscures que le reste du fond; dès lors le contraste tend à donner du relief à des surfaces unies.

961. Lorsque le soleil est à l'horizon et qu'il frappe des corps opaques de sa lumière orangée , les ombres que ces corps projettent, éclairées par la lumière qui vient des parties supérieures de l'atmosphère, paraissent bleues. Cette coloration n'est point due à la couleur du ciel, comme tant de personnes l'ont cru; car si les corps, au lieu d'être frappés par la lumière orangée du soleil à l'horizon, l'étaient par de la lumière rouge, jaune, verte, violette, les ombres paraîtraient

vertes, violettes, rouges, jaunes. L'explication de ces pliénomènes rentre dans celle que j'ai donnée des couleurs qui apparaissent sur des figures blanches de plâtre, éclairées simultanément par des rayons colorés et par la lumière du jour (697 et suiv.)-

962. Le sentier grisâtre qui coupe un gazon, une pelouse, paraît rougeâtre à cause de la juxtaposition de la couleur verte de l'herbe.

965. Toutes les fois qu'on observe deux corps colorés simultanément pour en apprécier les couleurs respectives, il est nécessaire, surtout si ces couleurs sont mutuellement complémentaires et que l'une soit plus faible que l'autre, de les voir séparément 5 autrement il pourrait arriver que la couleur la plus faible n'apparût que par la juxtaposition de la couleur la plus forte. Ainsi on ne peut affirmer que deux corps voisins qui paraissent l'un vert et l'autre rouge, le soient réellement, qu'après avoir constaté qu'ils paraissent l'un et l'autre de ces couleurs lorsqu'on les voit séparément.

964. Il n'est pas douteux que les couleurs de l'arc-en-ciel ne soient modifiées par leur juxtaposition, de sorte qu'isolées elles apparaîtraient autrement nuancées que nous les voyons.

DU COMRASTE COiNSIDÉRÉ SOUS LE RAPPORT DE LA GRANDEUR DE DEUX OBJETS CONTIGUS DE GRAN- DEUR INÉGALE.

965. On ne peut se refuser d'admettre qu'il existe un contraste pour la grandeur, comme il en existe un pour deux couleurs d'une même gamme prise à des tons différents. Je ne me fonde pas seulement sur des observations que l'on peut faire journellement relativement à la diminution de grandeur qu'éprouve en ajiparence un objet que fou a vu d'abord isolément et qu'on voit ensuite à côté d'un très-grand, mais encore sur vine expérience positive analogue à celle qui rend si claire la démonstration des contrastes de ton et de couleur. Que l'on dispose sur un fond noir indéfini deux lanières de papier blanc de o'",i6o de longueur et o",oo5 de largeur, et deux lanières de ce même papier de o",076 de longueur et de o°',oo5 de largeur, comme le représente la figure ci-dessous :

et o o paraîtra plus petit que oo ', tandis que pp paraîtra plus grand que /?'/?'. Un moins c'est ce que j'ai observé, ainsi que plusieurs personnes, parmi lesquelles se trouvaient deux constructeurs de machines de précision qui n'étaient pas prévenus de répreuve à laquelle je les soumettais.

966. Si du contraste de grandeur on déduit, d'après la loi de continuité, qu'un ohjet qui serait visible isolément, pourrait cesser de l'être s'il était placé à côté d'un objet plus grand, et si on explique de cette manière comment il arrive que des corps vus distinctement et sans peine au microscope , deviennent extrêmement difficiles à apercevoir dès qu'ils se trouvent placés près de corps plus grands, fait que M. Donné m'a dit avoir souvent observé, cependant je ferai remarquer qu'il y a entre ce phénomène et celui du contraste simultané, tel que je l'ai déjà décrit, cette différence, que dans celui-ci deux objets sont vus à la fois très-distinctement, ce qui n'a pas lieu dans le premier, où un seul objet est visible. En effet, sans recourir au contraste, et conformément à ce que j'ai dit plus haut (74^)> que l'œil ne voit, durant un même temps, qu'un nombre très -limité de rapports dans les objets qui le frappent, on pourrait admettre qu'il arrive que, si un objet placé près d'un autre se

(684) présente bien plus favorablement à la vision distincte que le second, l'organe se fixera involontairement sur le premier, et le second ne sera pas vu; ou, s'il devient perceptible, ce ne sera que lorsque, à force d'attention, pour ainsi dire, on sera parvenu à recevoir cette impression en faisant abstraction de l'image du premier.

LES SENS DE l'ouÏE, DU GOUT ET DE l'oDORAT, SONT-ILS SOUMIS AU CONTRASTE?

Distinction du contraste d'antagonisme et du contraste de simple différence.

967. S'il est philosophique de rechercher ce que les organes des sens ont de commun dans leur structure et leurs fonctions, il ne l'est pas moins de constater les différences spéciales qui les distinguent. C'est sous ce double rapport que je vais examiner, relativement au sens de la vue, les sens de fouie, du goût et de l'odorat dans quelques-uns de leurs actes, après avoir distingué le plus clairement possible la différence qui naît de l'antagonisme de deux choses ^ de la différence qui naît entre deux choses du plus ou du moins de grandeur ou d'intensité dans une de leurs propriétés.

g68. Nous disons qu'il y a antagonisme entre deux propriétés ou entre deux choses qui possèdent chacune une de ces propriétés , lorsqu'en vertu d'une action mutuelle ces j^i'opriétés viennent à disparaître. Exemples :

1." Deux disques de verre frottés l'un contre l'autre , puis séparés , manifestent les propriétés électriques 5 mais l'un a l'électricité positive et l'autre l'électricité négative. Ces propriétés disparaissant dès qu'on réunit les disques, on dit qu'elles se neutralisent mutuellement et qu'elles sont par conséquent antagonistes.

2.^ Même résultat pour deux aiguilles plates de même force magnétique; en les appliquant l'une contre l'autre de manière que les pôles différents se touchent , il y a neutralisation des propriétés magnétiques. D'après cela on dit qu'il y a deux magnétisnies antagoiiistes.

3.^ L'acide sulfurique rougit la teinture de violette, la potasse la verdit. Voilà deux actions différentes par le résultat. Eh hien! en mêlant l'acide sulfurique à la potasse en proportion convenahîe, on ohtient un composé qui ne change pas la couleur des violettes. D'après cela , on dit que l'acidité de l'acide sulfurique et l'alcalinité de la potasse sont deux forces ou propriétés antagonistes dont l'une ne peut dominer qu'aux dépens de l'autre.

4-^ Conformément à cette manière d'envisager l'acidité et l'alcalinité dans l'exemple précédent, je considère deux lumières colorées qui produisent de la lumière incolore ou blanche par leur mélange mutuel comme étant antagonistes; ainsi, par exemple,

Isolez les rayons rouges d'un rayon de lumière blanche, les rayons restants nous affecteront de la couleur verte légèrement bleuâtre; réunissez les rayons rouges et les rayons verts tirant au bleuâtre, vous reformerez de la lumière blanche.

Eh bien ! je dis que dans ce cas il y a antagonisme, parce que deux choses qui nous affectent différemment comme couleur, les rayons rouges et les rayons d'un vert bleuâtre, ne nous affectent plus comme telle, mais comme blancheur, lorsqu'ils sont réunis.

Les matières colorées en vert et en rouge , en jaune et en violet, en bleu et en orangé, etc., qui, par leur mélange, donnent du noir ou du gris, présentent encore un exemple d'antagonisme, parce qu'il y a disparition de couleur.

969. En définitive, je dis qu'il y a antagonisme toutes les fois que deux activités , ou, en d'autres termes, deux causes d'effets différents étant opposées l'une à Vautre, se font mutuellement équilibre, de manière que les effets quelles pro-

(G87) didsaient à l'état isolé ?ie se manifestent plus après leur réaction.

C'est en cela que deux choses antagonistes diffèrent de deux choses que l'on compare sous le rapport de la grandeur ou de l'intensité d'une propriété, comparaison qui donne pour résultat, quand il n'y a j)as égalité, une différence dans la grandevir ou l'intensité de cette propriété.

970. D'après la distinction que nous venons de faire, le contraste de couleur, considéré sous le point de vue le plus général, c'est-à-dire, comme présentant le contraste de ton et le contraste de couleur proprement dit (8), se compose de deux contrastes :

1.° D'un contraste de simple différence; c'est celui du ton. En effet, l'objet le j)lus clair augmente de clarté comme le plus foncé perd de la sienne.

2.° D'un contraste d'antagonisme. En effet, la modification de deux couleurs juxtaposées, provenant de l'addition de la complémentaire de l'une à la couleur de l'autre, est bien ce qui peut rendre les deux couleurs les plus différentes, puisque cette addition revient, suivant l'observation que nous en avons faite, à retrancher de l'une ce qu'elle peut contenir de l'aulrc (8).

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