‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 26 sur 249 · DÉFINITION DES MOTS TONS, GAMMES ET NUANCES · texte numérisé non relu

DÉFINITION DES MOTS TONS, GAMMES ET NUANCES

1 46. Les mots tons et nuances reviennent continuellement dans la langue usuelle et dans celle des artistes, toutes les fois qu'il s'agit de couleurs j cependant ils ne sont point définis d'une telle manière, qu'en prononçant l'un de ces mots on soit certain d être parfaitement compris de ceux qui l'entendent prononcer. Le Dictionnaire de l'Académie les considère implicitement comme synonymes dans certains cas. ^

i/y'j. Sentant le besoin de distinguer le cas où une couleur, le bleu^ par exemple, est dégradé avec du blanc ou monté avec du noir,, de celui où cette même couleur est modifiée par une autre, par exemple, où le bleu l'est par du jaune ou du

I Voici comment ce Dictionnaire, édition de l'an i835, définit le mot Nuance : « Degrés différents par lesquels peut « passer une couleur en conservant le nom qui la distingue « des autres. La dégradation d'une seule couleur produit un « nombre infini de nuances. Le mélange de plusieurs couleurs « produit des nuances variées à l'infini. ....

(^ Nuance se dit aussi du mélange et de l'assortiment de pluf^ sieurs couleurs qui vont bien ou mal ensemble. »

II définit ainsi le mot Ton de coui.Eua, « se dit des teintes « suivant leur différente nature et leur différent degré de ^^ force ou d'éclat. Tons obscurs, ions clairs.. . . h ton de cou- « leur de ce tableau tire sur le rouge, sur le jaune , etc.»

(84) rouge, qui s'y ajoute en si petite quantité que le Lieu, en restant toujours couleur bleue, diffère cependant de ce qu'il était avant le mélange par un oeil verdâtre ou violâtre, je préviens que, dans le cours de l'ouvrage, je n'appliquerai jamais les mots de tons et de nuances indifïeremment à ces deux genres de modifications. En conséquence,

1 48. Le mot tons d'une couleur sera exclusivement emj)loyé pour désigner les diverses modifications que cette couleur, prise à son maximum d'intensité, est susceptible de recevoir de la part du blanc, qui en abaisse le ton, ou du noir, qui le rehausse.

1 49. Le mot gamme s'appliquera à l'ensemble des tons d'une même couleur ainsi modifiée. La couleur pure est le ton normal de la gamme, si le ton normal n'appartient pas à une gamme rompue ou rabattue, c'est-à-dire à une gamme dont tous les tons sont ternis par du noir (i65).

1 50. Le mot nuances d'une couleur sera exclusivement appliqué aux modifications que cette couleur reçoit de l'addition d'une petite quantité d'une autre.

Nous dirons, par exemple, les tons de la gamme bleue, les tons de la gamme rouge, les tons de la gamme jaune, les tons de la gamme violette, les

ions de la gamme verte, les tons de la gamme orangée.

Nous dirons les nuances du bleu, pour désigner toutes les gammes dont la couleur restant toujours le bleu, diffèrent cependant du bleu pur; or, chaque nuance comprendra elle-même des tons qui constitueront une gamme plus ou moins voisine de la gamme bleue.

Nous dirons, dans le même sens, les nuances du jaune, les nuances du rouge, les nuances du violet, les nuances du vert, les nuances de l'orangé.

i5i. J'ai défini les tons d'une couleur les diverses modifications que cette couleur, prise à son maximum cV intensité ^ est susceptible de recevoir du blanc ou du noir; il faut remarquer que la condition de la couleur prise à son maximum d'intensité pow^ j^eceçoii^ du noir, est absolument essentielle à cette définition; car, si du noir s'ajoutait à un ton qui fut au-dessous du maximum, on passerait alors dans une autre gamme, et c'est maintenant le lieu de faire remarquer que les artistes distinguent des couleurs franches et des couleurs rabattues , rompues , grises ou ternes.

iSs. Les couleurs franches comprennent les couleurs qu'ils appellent simples ^ le rouge, le jaune, le bleu, et celles qui résultent de leurs mélanges binaires, l'orangé, le vert, le violet et leurs nuances.

i53. Les couleurs rabattues comprennent les couleurs franclies mêlées de noir, depuis le ton le plus clair jusqu'au plus foncé.

D'après ces définitions, il est évident que dans toutes les gammes des coideurs simples et des couleurs binaires, les tons qui sont au-dessus de la couleur pure sont des tons rabattus.

i54. Les artistes, et particulièrement les peintres et les teinturiers, admettent que tout mélange ternaire de leurs trois couleurs primitives donne, dans une certaine proportion, du noir; de là il semble résulter que toutes les fois qu'on mêlera ces trois couleurs de manière que deux soient prédominantes, il en résultera du noir, lequel sera formé de la totalité de la couleur qui est en petite quantité et de proportions convenables des deux prédominantes : par exemple, si du bleu est mêlé en faible proportion à du rouge et à du jaune, il en résultera un peu de noir, qui rabattra l'orangé.

1 55. Il ne faut pas perdre de vue que, toutes les fois qu'il s'agit du mélange des couleurs primitives des peintres, il ne s'agit pas du mélange des couleui^s du spectre solaire, mais des matières que les peintres et les teinturiers emploient comme couleur rouge, couleur jaune et couleur bleue.

REMARQUES SUR QUELQUES CONSTRUCTIONS GRAPHI- QUES PROPOSÉES POUR SE REPRÉSENTER ET DÉFINIR LES COULEURS ET LEURS MODIFICATIONS.

1 56. On a proposé plusieurs constructions graphiques sous la dénomination de tables :, ô!échelleSj de cercles des couleurs^ ou de chromatomètres^ afin de représenter et de définir, soit par des nombres, soit par une nomenclature rationnelle, les couleurs et leurs diverses modifications. On est parti assez généralement de ces trois propositions :

1.° Il y a trois couleurs primitives, le rouge, le jaune et le bleu.

2.° Parties égales de deux de ces couleurs mélangées donnent une couleur binaire franche.

3.° Parties égales des trois couleurs primitives mélangées donnent le noir.

iSy. Il est aisé de démontrer que les deux dernières propositions sont de pures hypothèses, puisqu aucune expérience ne les démontre; en effet:

1 .° On ne connaît aucune matière qui présente une couleur primitive, c'est-à-dire, qui ne réflé-

cliisse qu'une sorte de rayons colorés, soit le rouge pur, soit le jaune pur, ou le bleu pur. (7)

Si un auteur prend l'outremer pour le bleu le plus pur, un autre, avec raison, admet qu'il ne l'est pas, puisqu'il réfléchit des rayons rouges ou violets avec les rayons bleus.

2.° Dès qu'il y a impossibilité de se procurer des matières de couleurs pures, comment peut-on avancer que l'orangé, le vert et le violet se composent de deux couleurs simples mêlées à parties égales? comment peut-on avancer que le noir se compose des trois couleurs simples mêlées à parties égales?

Et ce qu'il y a de remarquable encore, c'est que les constructeurs de tableaux cliromatométriques , lorsqu'ils en viennent à l'application, n'indiquent que des mélanges qui, de leur propre aveu, ne reproduisent pas les résultats qui se déduisent immédiatement de leurs prétendus principes.

i58. Quoi qu'il en soit, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la plupart des matières colorées en bleu, en rouge ou en jaune, que nous connaissons , ne donnent par leurs mélanges binaires que des violets, des verts et des orangés inférieurs en éclat aux matières colorées, qui sont naturellement d'un beau violet, d'un beau vert et

(89) d'un bel orangéj résultat qui s'expliquerait, si l'on admettait avec nous que les matières colorées qu'on mêle deux à deux, réfléchissent chacune au moins deux sortes de rayons colorés, et si l'on admet avec les peintres et les teinturiers que, dès qu'il y a mélange de matières qui réfléchissent séparément du rouge, du jaune et du bleu, il y a production d'une certaine quantité de noir, qui ternit l'éclat des matières mélangées. Enfin, il est encore certain, cortformément à cette manière de voir, que les violets, les verts et les orangés qui résultent d'un mélange de matières colorées, sont d'autant phis brillants qvie les matières mélangées étaient plus rapprochées l'une de l'autre parleurs couleurs respectives. Par exemple, que le bleu et le rouge mélangés tiraient davantage chacun sur le violet, que le bleu et le jaune mélangés tiraient davantage chacun sur le vert, enfin, que le rouge et le jaune mélangés tiraient davantage chacun sur l'orangé.

iSq. Pour se représenter toutes les modifications que j'ai appelées toiis et nuances des couleurs, ainsi que les relations qui existent entre celles qui sont complémentaires l'une de l'autre, j'ai imaginé la construction suivante, qui me semble remarquable par sa simplicité.

D'un centre c je décris deux circonférences j/'^

(go)

fig. 1 3 ; je divise chacune d'elles , au moyen de trois rayons, c a^ c b^c d, en trois arcs de 120 degrés.

Je partage la portion de chaque rayon comprise entre les deux circonférences j-j^ en vingt parties, qui me représentent autant de tons des couleiu*s rouge, jaune et bleue.

1 60. Dans chacune des gammes de ces trois couleurs il y a un ton qui prés^te à l'état de pureté la couleur de la gamme à laquelle il se rapporte; c'est poiu^quoi je le nomme le ton normal de cette gamme. Si nous nous représentons une unité de surface Sj couverte entièrement par la matière qui nous réfléchit la couleur normale, et si nous supposons que cette matière colorée soit sur cette surface en une quantité égale à 1 , nous nous représenterons les tons supérieurs au ton normal par l'unité de surface couverte de 1 de la couleur normale, plus de quantités de noir croissantes avec le numéro des tons, et nous nous représenterons les tons inférieurs par l'unité de surface couverte d'une fraction de la quantité i , constituant le ton normal, mêlée de quantités de blanc d'autant plus grandes, que le ton a un numéro moins élevé.

Si le ton i5 de la gamme rouge est le ton normal , le ton normal de la gamme jaune aura

(9' ) vm numéro inférieur, tandis que le ton normal de la gamme bleue aura un numéro supérieur. Cela tient à ce que les couleurs sont différemment claires ou brillantes.

161. Si je divise cliaque arc de 120 degrés en deux de 60 degrés, si je fais passer des rayons par ces points et que je les divise, comme les rayons précédents, à partir dej^ en vingt parties, je représenterai vingt tons des gammes de l'orangé, du vert et du violet, et je ferai remarquer que les couleurs qui sont à l'extrémité de chaque diamètre sont complémentaires l'une de l'autre.

On conçoit que je pourrai diviser cbaque arc de 60 degrés en arcs de 5o degrés et avoir ainsi des rayons sur lesquels je représenterai vingt tons de gammes, que je nommerai rouge-orangé, orangé-jaune, jaune-vert, vert-bleu, bleu-violet, violet-rouge.

En divisant chaque arc en cinq, par exemple, en tirant cinq rayons que je diviserai en vingt parties chacun, en partant de la circonférence j', j'aurai soixante nouvelles gammes.

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