MODIFICATION
Deux parties contiguës d'un même objet "vues simultanément , lorsqu'elles sont inégalement éclairées par la même lumière diffuse, '^^ff^~ rent l'une de Vautre non-seulement quant à la hauteur du ton , mais encore quant à la composition optique de la couleur.
27g. Quoique cette modification ne soit point essentiellement différente de la précédente, cependant je crois utile, vu la disposition où l'on a été jusqu'ici de la négliger, de dire comment on peut l'observer, et répéter dans quel sens sont
les modifications pour le rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu et le violet.
On place (fig. 66) une demi -feuille de papier de couleur sur la paroi b d'une chambre, recevant la lumière diffuse du jour par la fenétrey} on place l'autre demi-feuille sur la paroi a, de manière que celle-ci se trouve éclairée directement par la lumière diffuse, tandis que l'autre ne Test guère qu'indirectement par la lumière diffuse que réfléchissent les mui'S , le plancher et le plafond qui sont en rapport avec elle, bien entendu que la lumière ditfuse ainsi réfléchie ne doit être que de la lumière blanche; puis on se place en c^, de manière à voir les deux demifeuilles en même temps. Je désignerai celle qui est sur la paroi a et la plus éclairée par ^, et l'autre qui est sur la paroi b et la moins éclairée par Bj, lettres qui indiquent dans la figure la position respective des demi-feuilles.
Effets.
Couleur rouge.
La demi-feuille -5 est plus foncée et d'un rouge plus amaranthe ou moins jaune que la demifeuille A.
Couleur orangée^
La demi-feuille B est plus foncée et d'un orangé plus rouge ou moins jaune que la demi-feuillet.
Couleur jaune.
La demi -feuille B est plus terne, d'un jaune plus verdâtre que la demi-feuille À.
Couleur verte.
La demi-feuille B est plus foncée et d'un vert moins jaune ou plus bleu que la demi-feuille yi.
Couleur bleue.
La demi-feuille ^est plus foncée et d'un bleu je ne dirai pas plus violet, mais moins verdâtre que la demi-feuille ^.
Couleur violette.
La demi-feuille B est plus foncée et d'un violet moins rouge ou plus bleu que la demi- feuille ^.
280. La conséquence de ces observations, est que la couleur 4'uii même corps varie non-seulement d'intensité ou de ton, mais encore de îuiance y suivant qu'il est éclairé par la lumière directe du soleil, la lumière difTuse directe, et enfin la lumière diffuse réllécliie. Cette conséquence ne doit point être oubliée toutes les fois qu'il s'agit de définir les couleurs des objets matériels.
Modifications produites par la lumière diffuse du jour, réfléchie par une surface dont toutes les parties ne sont pas dans la même position relativemejit à l'œil du spectateur.
281. Les corps à distance ne nous sont rendus sensibles par l'organe de la vue, qu'autant qu'ils rayonnent, ou réfléchissent, ou transmettent de la lumière qui agit sur la rétine.
D'après les lois de la réflexion (car il est inutile pour le but que je me propose, de traiter du cas où la lumière qui pénètre dans l'oeil a été réfi-actée), il arrive que les parties de la surface d'un corps qui sont en relief ou en creux, doivent réfléchir la lumière de façon que l'œil d'un spectateur, dans une position donnée, verra ces parties très-diversement éclairées, quant à l'intensité de la lumière réfléchie, de telle sorte que les parties de cette surface seront, relativement à l'œil , dans la condition des parties homogènes d'une sui'face plane, qui sont éclairées par des lumières inégalement intenses.
Il pourra y avoir cette différence cependant, que les parties de la surface d'un corps qui nous apparaît en creux et surtout en relief, étant variées, mais faiblement, pour le plus grand nombre des parties contiguès, il y aura en général
(i<3. ) une diminution graduée dans les effets que nous a présentés la circonstance où nous avons étudié les modifications qui apparaissent lorsque deux surfaces planes homogènes sont éclairées par des lumières diffuses inégalement intenses. La sphère offre un exemple remarquahle de la manière dont la lumière est distribuée sur une surface convexe à l'oeil d'un observateur qui la contemple d'une position donnée. ^
282. Je ne m'occupe point de cette dégradation de la lumière blanche des parties éclairées aux parties qui ne paraissent pas l'être. Je n'envisage que les modifications principales, et je prends pour exemples les cas où elles sont le plus sensibles possible. Ces modifications peuvent se réduire aux quatre suivantes.
1." Modification, produite parle maximum de lumière hlcuiche que la surface colorée d'un corps est capable de réfléchir.
283. Toutes choses égales d'ailleurs, plus la surface d'un corps coloré est polie, plus elle réfléchit de lumière blanche et de lumière colorée : c'est ainsi qu'un bâton de cire à cacheter rouge, que l'on casse, présente, dans la partie mise à découvert, une surface plus terne et moins
1 Premicv cahier de l'école polytechnique.
foncée en couleur que la surface unie du cylindre. D'un autre coté, si l'on regarde cette même surface cylindrique convenablement placée, on apercevra une zone blanche parallçle à l'axe du cylindre, produite par une si grande quantité de lumière incolore réfléchie, que la lumière rouge réfléchie par cette même zone, est insensible à l'oeil qui la regarde. La lumière blanche renvoyée par un corps coloré, peut donc être assez intense pour rendre insensible la couleur de ce corps dans quelques-unes de ses parties.
2.^ Modification, produite par des parties d'une surface colorée , qui reni^oient à l'œil proportionnellement à la lumière colorée , moins de lumière blanche que d'autres parties différemment éclairées ou différemment placées par rapport au spectateur.
284- Lorsque l'oeil voit certaines parties de la surface d'un objet coloré plus ou moins poli ou plus ou moins uni s'il n'est pas poli, qui lui envoient proportionnellement à la lumière colorée moins de lumière blanche que d'autres parties différemment éclairées ou différemment placées par rapport au spectateur, les premières parties paraissent, dans la plupart des cas, d'un ton de couleur plus intense que les secondes ; citons des exemples.
1." Exemple. Un cylindre de cire à cacheter rouge présente, à partir de la zone blanche dont nous avons parlé précédemment, une couleur rouge d'autant plus foncée, qu'il y a moins de lumière Manche qui arrive à l'oeil. Ainsi, dans une certaine position oii la zone blanche apparaît au milieu du cylindre, la partie la plus éclairée qui paraît colorée, réfléchit un rouge tirant sur l'écarlate, tandis que celle qui l'est le moins, réfléchit un rouge tirant sur l'amaranthe.
2.^ Exemple. Si la vue plonge dans un vase d'or d'une profondeur suffisante , l'or paraît non plus jaune comme à la surface extérieure, mais d'un orangé rougeâtre , parce qu'il arrive à l'oeil proportionnellement à la lumière colorée, moins de lumière blanche dans le premier cas que dans le second. C'est pour cette raison que les parties concaves des ornements d'or paraissent d'une couleur plus rouge que les parties convexes.
3/ Exemple. Le sillon spiral d'une torsade de soie ou d'une torsade de laine, tenue perpendiculairement devant l'œil, celui-ci la regardant dans une direction opposée à celle de la lumière inci- . dente, paraît d'une couleur bien plus prononcée que le reste de la surface.
4-* Exemple. Les plis des draperies brillantes présentent la même modification à un œil convenablement placé; re0ët est surtout remarquable
(i64) tlans ]es étoffes de soie de couleur jaune, de couleur bleu de ciel 3 car on conçoit aisément qu'il est peu marqué lorsque les étoffes sont peu brillantes et de couleurs obscures.
5.^ Exemple. Il y a des étoffes qulftsemblent être de deux tons de couleur d'une même gamme, et quelquefois même de deux tons de deux gammes voisines, quoique la trame et la cliaîne de ces étoffes soient d'un même ton, d'une même couleur. La cause de cette apparence est trèssimple : les fils qui forment le dessin , parallèles entre eux, sont dans une direction différente de celle des fils qui constituent le fond de l'étoffe. Dès lors, quelle que soit la position du spectateur à l'égard de l'étoffe, les fils du dessin réflécbiront toujours la lumière colorée et la lumière blanclie dans une proportion différente de celle réflécliie par les fils du fondj et, suivant la position du spectateur, tantôt le dessin semblera plus clair que le fond, et tantôt il paraîtra plus foncé.
3." Modification, produite lorsqu'une partie de la surface d'un objet coloré ou non coloré , ne reui'oie pas ou presque pas de lumière, à l'œil du spectateur.
285. Lorsqu'une partie de la surface d'un corps qui est dans le cliamp de la vision d'un spectateur, n'envoie pas ou presque pas de lumière à
ses yeux, soit parce que cette partie n'est pas éclairée immédiatement, soit parce que la lumière qu'elle réfléchit ne l'est pas dans une direction convenable, alors elle paraît noire ou plus ou moins obscure.
4.^ Modification. Couleur complémentaire de celle d'un objet coloré , développée dans une de ses parties par suite du contraste simultané.
286. Une conséquence naturelle de la loi du contraste simultané en général , et de l'effet d'une couleur sur le gris et le noir en particulier, est que, puisqu'un mém.e objet présente des parties plus ou moins obscures, contiguës à des parties qu'on voit de la couleur propre à l'objet, les premières parties doivent paraître teintes de la complémentaire de cette couleur ; mais pour que cet effet s'observe, il faut que la partie grise renvoie à l'oeil de la lumière blanche, et pas ou presque pas de la lumière colorée que l'objet réfléchit naturellement.
a) 4.^ Modification , dans une étoffe monochrome.
287. Par exemple, si l'oeil est dirigé du fond d'une chambre vers une fenêtre d'où vient le jour, et que quelqu'un vêtu d'un habit bleu, neuf, teint soit à l'indigo, soit au bleu de Prusse, regarde par cette fenêtre' les objets qui sont au
dehors (fîg. 67), l'œil verra la partie b de l'habit autrement que la partie a, par la raison que les poils du drap sont disposés en sens contraire en b et en a; a paraîtra d'un beau bleu, tandis que b sera d'un gris orangé par l'effet du contraste de la partie bleue avec une partie qui ne renvoie à l'oeil que très -peu de lumière blanche, sans ou presque sans lumière l)leue.
A mesure que les poils perdent leur position régulière, qu'ils s'usent, le drap devient mat et terne , la lumière colorée est réfléchie de tous les points irrégidièrement , et si l'effet n'est pas absolument détruit, il est du moins très-affaibli.
Si l'habit est d'un vert foncé, la j>artie grise paraîtra rougeâtrej s'il était d'un violet marron, nuance à la mode en i855, la partie grise paraîtrait jaunâtre.
nB)^. La complémentaire ne se développe que sur des draps de couleur foncée et obscure; ainsi des habits rouges, écarlates, orangés, jaunes, d'un bleu clair, etc., ne la présentent pas, parce qu'il y a toujours trop de la couleur essentielle qui est réfléchie; la modification est bornée à celle où l'une des parties est éclairée plus vivement que l'autre par la lumière diffuse (279).
289. Il est peut-être superflu de faire remarquer que dans une draperie dont les poils sont tous dans la même direction, mais qui présente
(i67) (les plis, ceux-ci, en faisant varier la position des poils, peuvent déterminer la modification que présentent les habits d'un bleu et d'un vert foncés, ainsi que ceux d'un violet marron.
290. Il est encore une circonstance où la quatrième modification apparaît d'une manière sensible; c'est lorquon regarde une série de tons clairs , bleus , rosés , etc. , appartenant à une même gamme d'éclieveaux de soie et même de laine, placés sur un chevalet, de manière qu'une moitié du même éclieveau présente à l'oeil les fils disposés en sens contraire des fils de l'autre moitié. La moitié de l'écheveau qui ne renvoie pas à l'oeil de lumière colorée, paraît teinte de la complémentaire de la moitié qui en renvoie.
b) 4-*^ Modification j dans une étoffe présentant un ton foncé et un ton cluir , appartenant à une même gamme.
291. Si l'on juxtapose lui ton foncé et un ton clair d'une même gamme convenablement choisis, le ton clair pourra paraître de la couleur complémentaire de la gamme à laquelle il appartient. Cette modification est trop importante dans l'explication de certains phénomènes que présenJent souvent les produits de l'art de l'indienneur, pour que je ne cite pas plusieurs exemples de ce fait.
292. Lorsqu'on regarde pendant quelques secondes des toiles peintes à fond de couleur et à dessins qu'on a voulu faire blancs, mais qui, par l'imperfection des procédés employés ont pris une légère teinte de la couleur du fond, les dessins paraissent de la complémentaire de cette dernière. Ainsi ils paraissent violâtres sur un fond de chroma te de plomb jaune, bleuâtres sur un fond de chroma te de plomb orangé, rosés sur un fond vert, etc.: il suffit, pour dissiper l'illusion et reconnaître la vraie teinte du dessin, de couvrir le fond avec un papier découpé, qui alors laisse voir exclusivement ce dessin de la couleur de ce fond. L'influence du ton foncé sur la couleur du ton faible est donc telle, que nonseulement celle-ci est neutralisée, mais encore que la place qu'elle occupe sur la toile apparaît teinte de sa couleur complémentaire.
293. On peut déduire de l'observation précédente qu'il y aura telle toile peinte dont le dessin, quoique coloré, paraîtra blanc à la plupart des yeux, et non de la complémentaire du fond. Pour les yeux qui le verront ainsi, la perception du phénomène du contraste viendra corriger l'imperfection de l'art du fabricant de toiles peintes.
294. Dans les leçons que j'ai professées en i836 aux Gobelins sur le contraste, j'ai fait observer
('69) qu'en appliquant un papier découpe" sur des clairs d'une draperie bleue, appartenant à la Vierge, dans une tapisserie représentant la sainte famille d'après Raphaël , on les voyait d'un bleu clair, tandis qu'ils paraissaient légèrement orangés lorsqu'ils étaient vus entourés de tons bleus plus foncés.
2g5. En définitive, la quatrième modification s'observe :
1.° Toutes les fois qu'un objet monochrome, de couleur foncée et peu vive, est vu de manière qu'une portion renvoie* à l'oeil la couleur qui lui est propre, tandis que l'autre portion ne renvoie qu'une faible lumière à peine colorée;
2."^ Toutes les fois qu'une étoffe présente deux tons d'une même couleur convenablement distants l'un de l'autre.
296. On conçoit sans peine que si la modification ne se manifeste pas avec des objets monochromes de couleurs vives, comme le jaune, l'écarlate, etc., c'est que la partie de la surface de ces objets, qui renvoie le moins de lumière à l'œil, renvoie cependant toujours assez de la couleur qui lui est propre pour neutraliser la complémentaire que la lumière colorée de la partie éclairée tend à développer. Si je ne me suis pas
fait illusion, j'ai cru voir que cet eflet tendait à affaiblir la lumière colorée de la jDartie ombrée.
297, Quoique je ne me sois pas proposé de traiter dans ce cbapitre des modifications que présentent des étoffes de couleur à dessins blancs, cependant il est un cas tellement lié aux développements dans lesquels je suis entré, que je ne puis m'empêclier de le mentionner ici. Si l'on regarde une étoffe de soie bleu de ciel clair à fleurs blanclies , dont la trame est dans une direction opposée à la trame du fond bleu, on verra les fleurs blanclies, si on est placé de la manière la plus favorable à recevoir la lumière bJanclie réfléchie par elles; tandis que dans la position contraire on verra ces fleurs absolument oi^angées. H y a bien encore de la lumière blanche réfléchie, mais elle n'est pas assez vive pour neutraliser le développement de la complémentaire de fond.
298. On distingue, eu peinture, deux sortes de perspectives, la perspective linéaire et \3i perspective aérienne.
La première est l'art de reproduire sur une surface unie ordinairement plane, les linéaments ou contours des objets et des diverses parties de chacun d'eux, dans les rapports de position et de grandeur où l'oeil les aperçoit.
La seconde est l'art de distribuer, dans une imitation peinte, la lumière et l'ombre, comme l'œil du peintre les aperçoit dans des objets placés sur des plans différents et dans chaque objet en particulier qu'il veut imiter sur une surface.
Il est évident que la perspective aérienne comprend l'observation et la reproduction des modifications principales des couleurs que je viens d'examiner successivement, et que le coloris vrai ou absolu en peinture ne peut être que cette reproduction aussi fidèle qu'il est possible.