DEUXIÈME DIVISION
IMITATION DES OBJETS COLORÉS AVEC DES MATIÈRES COLORÉES D'UNE ÉTENDUE SENSIBLE.
Introduction.
367. On fait des imitations plus ou moins rapprochées de celles de la peinture avec des éléments colorés d'une grosseur sensible, tels sont les fils de laine, de soie et de chanvre propres à la confection des tapisseries des Gohelins et de Beauvais, les fils de laine employés exclusivement à la fabrication des tapis de la Savonnerie, les petits prismes plus ou moins réguliers des mosaïques , les verres colorés des vitraux des églises gothiques,
368. Les tapisseries des Gohelins et de Beauvais et même les tapis de la Savonnerie et certaines mosaïques très -soignées, peuvent être considérés comme des ouvrages qui tendent à s'approcher de la peinture exécutée d'après le système du clair- obscur; tandis que les vitraux des églises gothiques correspondent plus ou moins exactement à la peinture à teintes plates. Il en est encore de même de tapisseries pour meubles et de tapis qui, au Heu d'être fabriqués avec des
gammes de 16 ou 18 tons au moins, dont on fait usage dans les manufactures royales, le sont avec des gammes qui ne se composent que de trois ou quatre tons , et loin que l'on mélange les fils de diverses couleurs ou les tons d'une même gamme, dans le but d'imiter les effets du clair-obscur, les objets colorés reproduits présentent à l'oeil de petites zones monocliromes et d'un seul ton juxtaposées.
56g. Enfin, il y a des ouvrages qui reproduisent des images colorées d'après un système mixte en quelque sorte, parce que ces images sont le résultat de la juxtaposition de parties monocliromes et d'un seul ton, d'une étendue très-sensible à la vue; mais en juxtaposant ces parties, on a clierclié les elFets du clair-obscur en faisant des dégradations de gamme ou des mélanges de nuances. Telles sont les mosaïques ordinaires, des tapis, des tapisseries à l'aiguille, etc.
3-70. Les modèles ont une si grande influence sur les tapisseries et les tapis des manufactures royales, que je me suis cru obligé, d'après les nombreuses observations que j'ai eu l'occasion de faire, d'exposer quelques réflexions relatives au genre de peinture qui leur convient le jilus, espérant qu'elles pourront intéresser les artistes
qui, livrés à cette sorte d'ouvrages, veulent se rendre compte de l'objet principal de leur genre de peinture. Une fois qu'ils auront parfaitement déterminé les principaux effets qu'ils doivent s'attacher à produire, ils verront ceux de la peinture ordinaire qu'ils peuvent sacrifier, afin d'obtenir les premiers. Ils parviendront ainsi à raisonner ce qu'ils auront à faire pour perfectionner la partie spéciale de leur imitation. C'est en partant de l'état physique même des éléments colorés que le tapissier des Gobelins emploie, et de la structure de la tapisserie, que je déduis la nécessité de ne représenter dans ces sortes d'ouvrages que de grands objets bien circonscrits, et remarquables surtout par d'éclatantes couleurs- Je prouve par des raisonnements analogues que les modèles des tapisseries pour meubles doivent plutôt se recommander par l'opposition des couleurs que par un fini minutieux dans les détails. Enfin, après avoir considéré d'une manière analogue les modèles pour les tapis, je recherche par les mêmes considérations à prouver que prétendre rivaliser avec la peinture à l'aide des éléments colorés de la mosaïque, ou des vitraux colorés, c'est établir une confusion des plus fâcheuse pour le progrès d'arts absohunent distincts de la peinture par le but et leurs moyens d'exécution.
371. Les principes vraiment essentiels de ces arts d'imitation ainsi déduits de la spécialité de chacun d'eux, se trouvant fixés d'une manière incontestable, il devient facile de distinguer les tentatives dont on peut espérer de vrais perfectionnements de celles qui ne sont propres qu'à amener le résultat contraire.
PREMIÈRE SECTION