‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 80 sur 249 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Qualités que doivent cwoir les modèles des tapisseries des Gohelins.

389. Pour bien comprendre quelles sont les qualités que doivent avoir les tableaux -modèles pour la tapisserie des Gobelins, il est indispensable de fixer ce qu'il y a de s^Decial dans l'imitation propre à ce genre de travail.

590. Le tapissier imite les objets avec des fils colorés d'un diamètre sensible. Ces fils sont appliqués autour des fils de la cliaîne. La surface qu'ils offrent aux regards n'est point unie, mais creusée de sillons, dont les uns, parallèles aux fils de la cliaîne, sont plus profonds que les autres qui Y sont perpendiculaires : l'effet de ces sillons est le même que celui que produirait sur un tableau un système de lignes parallèles obscures, qui serait coupé à angle droit par un autre système de lignes parallèles plus fines, moins obscures que les précédentes. H y a donc cette différence entre une tapisserie et un tableau :

1.° Que celle-là ne présente jamais ces couleurs fondues que le peintre obtient si aisément, en mélangeant ou divisant ses couleurs à l'infini, au moyen d'un excipient-liquide plus ou moins visqueux ;

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2.** Que la symétrie et runiformité des sillons de la tapisserie s'opposent à ce que les lumières soient aussi vives et les ombres aussi vigoureuses quelles le sont dans un tableau; car si les sillons obscurcissent les clairs , les parties saillantes des fils qui sont dans les ombres, ont l'inconvénient d'affaiblir celles-ci par la lumière qu'elles réfléchissent ;

5.** Que les lignes qui circonscrivent les différents objets dans un tableau, peuvent être, quoique droites ou courbes en toutes sortes de sens, d'une finesse extrême , sans cesser d'être parfaitement distinctes, tandis que les fils de la cliaîne et de la trame, qui se croisent toujours à angle droit, sont un obstacle à un pareil résultat, toutes les fois que les lignes du dessin ne coïncident pas exactement avec ces fils.

4-° Ajoutons que le peintre a encore des ressources pour augmenter la vivacité des lumières et la vigueur des ombres qui manquent tout à fait au tapissier. Par exemple, il oppose des couleurs empâtées opaques à des couleurs glacées j il modifie un objet d'une seule couleur en faisant varier l'épaisseur de la couche de peinture qu'il met sur la toile; il peut même, jusqu'à un certain point, produire des modifications, en changeant la direction des coups de pinceau.

Sgi- t)e cet état de choses je conclus que, pour élever autant que possible les effets de la tapisserie près de ceux de la peinture , il faut :

1.° Quelle représente des objets d'une telle grandeur, que le point où le spectateur doit être placé pour les bien voir, ne permette pas de distinguer les éléments colorés les uns des autres, ainsi que les sillons qui les séparent, de telle sorte que non -seulement les fils de deux gammes mélangées (Syy), et les hachures de diverses gammes plus ou moins éloignées, qui sont intercalées ensemble (578), se confondent en une couleur homogène à l'oeil, malgré la dimension finie des éléments diversement colorés qui constituent cette couleur, mais encore que les cavités et les parties saillantes se présentent comme une surface unie;

2° Que les couleurs soient les plus vives et les plus contrastées possibles, afin que les lignes qui circonscrivent les différents objets soient plus distinctes, et que les lumières et les ombres soient plus différentes.

092. Il est clair maintenant que des modèles de tajiisserie ne devront pas seulement se recommander par un dessin correct, des formes élégantes, mais qu'ils devront présenter aux regards de grands objets, des figures plutôt drapées que

nues, des vêtements chargés d'ornements plutôt que simples et unis 5 enfin, des couleurs variées et aussi contrastées que possible ; que par conséquent tout ce qui rappelle la mignature par la petitesse ou par le fini des détails, s'éloigne du but spécial de la tapisserie.

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