‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 85 sur 249 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Du principe du mélange des couleurs dans ses rappoj^ts a{>ec lafahncation des tapis de la Savonnerie.

4o4- Le mélange des couleurs dans la fabrication des tapis de la Savonnerie s'exécute toujours par le mélange de fils diversement colorés, ainsi qu'il a été dit plus liaut(4oi)j consécjuemment on ne fait pas , comme dans la tapisserie des Gobelins, de mélange par hachure (578) : on conçoit sans peine que l'on dégrade une couleur en juxtaposant des fîls de cette couleur de plus en plus clairs, à mesure qu'on s'éloigne du ton le plus élevé; enfin, on conçoit pareillement que l'on passe d'une couleur dans une autre, en juxtaposant des fîls complexes dans lesquels la proportion de la première couleur va en diminuant avec d'autres fils complexes dans lesquels la seconde couleur ya. en augmentant.

4o5. Le mélange par fîls est la chose qui importe le plus à la beauté et à l'éclat des couleurs ; mais s'il est vrai que, pour le faire avec succès, il suffit d'observer les règles que j'ai exposées plus haut (38o) en parlant des tapisseries des Gobelins, et que sous ce rapport il doive paraître superflu de revenir sur ce sujet, cependant, par la

raison que l'artiste en tapis fait usage de fils composes de cinq ou six fils qui peuvent être diversement colorés (4oi)^ il se trouve par là même Lien plus exposé à commettre des fautes que ne l'est le tapissier des Gobelins, lorsqu'il s'agit de mélanger des fils auxquels il faudra conserver l'éclat des couleurs. Tel est donc le motif qui me détermine à considérer de nouveau l'art de mélanger des fils colorés pour en faire des tapis de la Savonnerie.

I. Règle concernant le mélange des fils rouges et jaunes , des fils rouges et bleus , des fils jaunes et bleus.

Toutes les fois que le tapissier veut faire, par le mélange, de l'orangé vif, du violet vif, du vert vif, il ne doit mêler que des fils dont la réunion ne présentera que deux couleurs. En conséquence le fil complexe ne devra contenir que des fils appartenant à deux gammes élémentaires ou à leurs nuances intermédiaires; dans le cas où il voudrait modifier le ton d'une des couleurs ou de toutes les deux , il pourrait mélanger divers tons d'une même gamme. Mais il n'est pas inutile de remarquer que le mélange de trois fils des tons 3,4^*^^ d'une même gamme bien dégradée, donnent le même résultat que si l'on eut pris trois iîls du ton 4-

IL Règle concernant le mélange complémentaire des fils rouges et verts , des fils orangés et bleus, des fils jaunes et violets.

Ces mélanges donnant lieu à du gris , le tapissier ne peut y ajouter des couleurs brillantes sans que celles-ci ne soient ternies ou rabattues par les premiers, précisément comme elles le seraient si on les eût alliées avec du gris. Une conséquence de cette règle est donc de ne jamais faire entrer de couleurs complémentaires dans les mélanges destinés à composer des couleurs brillantes.

m. Règle concernant le mélange de fils présentant les couleurs complémentaires , mais en proportion où elles ne se neutralisent pas complètement.

Le tapissier ne doit recourir aux mélanges qui rentrent dans la troisième règle , que lorsqu'il a l'intention de rabattre ou de ternir des couleurs ; et il est évident que moins il restera d'une couleur en excès sur les quantités de celles qui sont mutuellement complémentaires, et plus cet excès de la première se trouvera rabattu par le mélange des secondes.

On voit donc qu'on peut rabattre les couleurs sans recourir à des tons rabattus, et que si l'on

veut passer d'une couleur à l'autre sans tomber dans le gris, on doit éviter toute juxtaposition de couleurs qui, en se confondant dans l'oeil, produiraient l'effet des couleurs complémentaires mélangées (3 80).

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