VIII AVANT-PROPOS
notre conduite à la leur, ce que vaut la générosité du soldat français après la victoire.
Nous dédions ce livre aux instituteurs de France dont le patriotisme nous est connu. C'est en leurs mains que se prépare l'avenir; c'est à eux qu'est dévolu le soin d'entretenir dans le cœur des enfants le souvenir de ce que notre pays a souffert, et d'inspirer à la génération dont l'éducation leur est confiée la haine de la barbarie, la haine du joug étranger, — cette haine qui est à la fois une force et une vertu.
Gustave Fautras.
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L'ARRESTATION
La déclaration de guerre avait été notifiée à Berlin le 19 juillet.
Après le succès insignifiant de Sarrebrùck, qui ouvrit les hostilités et nous berça pendant vingt-quatre heures d'une douce illusion, les opérations militaires avaient aussitôt tourné contre nous et les événements s'étaient précipités. A quelques jours d'intervalle, le général Douay avait été défait à Wissembourg, Mac-Mahon à Reichshoffen, Frossard à Forbach; l'Alsace et la Lorraine étaient envahies et Strasbourg assiégé.
Les premières victoires des armées allemandes avaient fait naître dans les cœurs français des sentiments de douleur profonde, de stupéfaction et de colère. Bien que des esprits prévoyants et patriotes eussent signalé l'insuffisance de nos forces et de notre préparation, on se refusait à croire que la France ne fût plus la nation invincible et que l'ère des glorieuses destinées fût close pour elle.
Et cependant les revers s'accumulaient. Après Rezonville et Gravelotle, Bazaine se laissait enfermer dans Metz et n'essayait plus d'en sortir. L'armée de Chàlons était livrée à
dO DE LA LOIRE A L ODER.
l'ennemi par l'empereur lui-même qui capitulait à Sedan et, la cigarette aux lèvres, remettait de gaieté de cœur son épée dans les mains du roi de Prusse.
Deux mois après la déclaration de guerre, le 18 septembre, Paris était investi et les Allemands étendaient leur occupation en province.
L'Orléanais ne tarda pas à devenir le siège de leurs opérations, car la Loire offrait au sud une ligne de défense qu'il leur importait de posséder.
Mais le Gouvernement de la Défense nationale avait surexcité le patriotisme; de nouvelles armées, comme par enchantement, étaient sorties des entrailles du sol et se préparaient à une lutte héroïque, quoique disproportionnée. Partout s'organisait la résistance sous l'active impulsion de Gambetta et de ses auxiliaires.
C'est ici que se place l'épisode que nous nous proposons de raconter.
La journée du 10 octobre, encore une fois, avait été funeste à nos armes. Après une lutte acharnée, qui s'était prolongée de huit heures du matin à quatre heures du soir, nos soldats se retiraient sur Orléans; malgré des prodiges de valeur, la supériorité du nombre, comme toujours, l'emportait sur la bravoure, et le combat d'Artenay était perdu pour nous.
Cette nouvelle avait jeté l'émoi dans les localités environnantes, et particulièrement dans le petit village de Bricy — à 16 kilomètres nord-ouest d'Orléans, — que devait traverser l'armée ennemie se dirigeant à la fois vers la cité de Jeanne d'Arc par les routes de Paris et de Châteaudun.
Ce n'était pas que les habitants fussent en proie aux étreintes de la peur. L'écho de nos défaites successives n'avait fait qu'aviver leur ardeur patriotique; mais l'idée de se trouver le lendemain en présence du vainqueur leur causait une douleur intense et les agitait fiévreusement.
Bien peu dormirent cette nuit-là. Attentifs au moindre bruit, explorant de l'œil les profondeurs de la plaine, il leur
L'ARRESTATION
semblait à toute minute entendre au loin le retentissement sourd de la cavalerie prussienne ou voir briller sur les ter-