‹ De la Loire à l'OderChapitre 27 sur 35 · VON · texte numérisé non relu

VON

— (Aux guerriers de (813-44-15.) —

Elle est surmontée d'une croix où sont gravés à la base le millésime de 1813, et au sommet les armes de Prusse avec ces deux lettres : F. W. (Friedrich Wilhelm).

Dans la dernière semaine de février, le froid terrible qui avait persisté jusque-là perdit enfin de son intensité; une température plus clémente fit fondre la neige et transforma la plaine en un vaste lac. Mais en même temps les vents d'ouest, alternant avec une pluie abondante, commencèrent à souffler en bourrasques violentes. Le papier goudronné qui couvrait les baraques des prisonniers avait été presque partout enlevé, et l'eau ruisselant à travers les planches inondait les chambres mal closes. La nuit, il fallait rester debout pour ne pas grelotter sous ces douches continues. La quantité de charbon du service quotidien, déjà si minime, avait été réduite avec l'adoucissement atmosphérique, et pour entretenir plus longtemps le feu qui les séchait, les soldats ramassaient les plus petites brindilles, les débris de planches, les herbes encore couvertes de neige; ils brûlaient même la paille sur laquelle ils couchaient.

Ce fut dans ces conditions que s'acheva péniblement le mois.

Cependant on parlait de paix depuis l'armistice : prison-

A KREKOW. lui

niers et Prussiens ne la désiraient pas moins. Les lettres venant de France laissaient entrevoir la fin de la lutte. Elles apportaient des nouvelles navrantes, mais donnaient l'espoir d'un prochain retour. Sans qu'aucun avertissement le leur fit prévoir, les civils touchaient du reste au terme de la captivité. Le 27 février, l'instituteur s'était rendu, avec un sous-officier du 8e dragons, au pied du monument élevé à la mémoire des. guerriers de 1813. De là, on emhrassait de l'œil la ville entière de Stettin, où flottaient au-dessus des maisons d'innombrables drapeaux. Les deux captifs cherchaient à savoir quel événement nouveau provoquait ce déploiement d'aigles et d'étendards, quand un groupe de Prussiens s'approchant du monticule vinrent le leur révéler. — « Der Krieg istfertig! » criaient les sujets de Guillaume, « la guerre est finie! » Et leur joie délirante s'exhalait en vivats et en acclamations de triomphe. Ils tenaient tous à la main un papier rose glacé sur lequel était imprimée, encadrée dans un filet de fleurs, la dépèche officielle annonçant au peuple allemand la signature des préliminaires de paix et la rançon de la France : cinq milliards et deux provinces....

Il n'y avait plus à douter : le canon s'était lu, la paix était signée, et la revanche de 1806 devenait un fait accompli.

Le sous-officier et l'instituteur reprirent le chemin du camp, oppressés sous le poids de l'affreuse réalité et les yeux pleins de larmes

RETOUR

Le 28 février, à huit heures du matin, un sergent prussien, au nom du commandant de la compagnie, vint donner l'ordre aux prisonniers civils de rendre immédiatement les objets mis à leur disposition, couvertures et gamelles, et de se préparer à partir pour la France. On s'imagine la surprise que leur causa cette nouvelle. Ils crurent d'abord à une plaisanterie du Teuton et restèrent quelques instants sans obéir à son injonction. Mais lorsqu'il répéta les instructions de son chef, en les accompagnant d'un tout de suite qui ne laissait aucun doute, les pauvres gens furent pris d'un accès de joie difficile à exprimer.

Ils partaient, en effet, deux heures plus tard de Krekow et arrivaient à onze heures à Stettin. Conduits d'abord à Yhùlel de Prusse, on les amena ensuite devant l'hôtel du bataillon, à la porte duquel ils se morfondirent dans une longue attente, exposés à la curiosité, aux railleries et aux menaces d'une foule de badauds qui les traitaient de « garibaldiens » et de « brigands ». Cette population qui, après la signature de la paix, outrageait encore les vaincus, était-ce bien celle dont M. de Bismarck exaltait l'urbanité et qui, pendant toute la durée de la guerre, « n'avait jamais manqué, même par des paroles blessantes, au respect que le malheur trouve chez les peuples civilisés » ?

Le cri « voriciirts! » retentit enfin. Mais quelle ne fut

pas la déception des captifs en s'apercevant qu'on les faisait rétrograder vers Krekow : l'ordre émanant du bataillon avait été interprété d'une façon erronée à la 27e compagnie, et le départ ne devait avoir lieu que le lendemain. Ils se conso-

BERLIN. — LA PORTE DE B R AN DEBO T R f,. (D'après un dessin de Bcrleaull

lèrent de ce contretemps et firent, tant bien que mal, sécher leurs vêtements trempés par la pluie. Étendus ensuite sur le peu de paille qui garnissait encore le plancher, ils conversèrent longuement, mais ne dormirent guère en cette dernière nuit passée sous la baraque de Krekow.

Le 1er mars, à sept heures, ils reprenaient le chemin de Stettin. Le froid était piquant, la terre avait été durcie par une forte gelée. La scène de la veille se renouvela devant l'hôtel du bataillon. L'instituteur put s'y soustraire en se

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réfugiant dans une librairie où il acheta quelques ouvrais allemands, entre autres les Œuvres complètes de Schiller et une Histoire de la guerre franco-allemande, par Winterfeld parue le jour même. Un officier prussien, qui devait accom-

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