AU VILLAGE
La captivité avait pris fin, mais le temps des épreuves n'était point encore passé pour les habitants de Bricy. De bien mauvais jours suivirent le retour au pays, et plus d'une famille vit la misère envahir le seuil du foyer. La santé du mari, affaiblie par des privations inouïes, traîna languissante, et la femme eut grand'peine à subvenir aux besoins des enfants. Plusieurs même ne purent survivre aux souffrances endurées sur la terre étrangère : ils succombèrent du moins avec cette pensée consolatrice de reposer à l'ombre de leur clocher.
Mais jetons un voile sur ces tableaux affligeants, et disons que la charité vint en aide aux rapatriés : le Comité départemental de secours aux blessés assista de ses libéralités les plus nécessiteux, et l'Etat lui-même leur alloua plus tard une légère indemnité. Sympathies touchantes, auxquelles furent sensibles les anciens captifs, mais qui ne pouvaient effacer de l'histoire de leur malheureux village la page sanglante qu'y avait inscrite l'invasion prussienne!
Un an après l'arrestation, le 26 octobre 4871, une foule nombreuse, associée au deuil de toute la commune, emplissait le cimetière de Bricy, où l'on inaugurait un modeste monument élevé à la mémoire des victimes de Stettin. Une simple pierre surmontée d'une croix repose verticalement
sur un piédestal de granit et porte, gravée sur marbre, l'inscription suivante :