T. II, p
Ce qu'il y a de singulier, c'est que Buffon , qui donne ici sérieusement ce système , parce qu'il le donne comme de lui , s'en était moqué dans Woodward, de qui il le tire.
« Quand on demande à cet auteur, dit Buffle fon , comment toute la terre a pu être dissoute, (c il répond qu'il n'y a qu'à imaginer que dans a le temps du déluge la force de la gravité et de a la cohérence de la matière a cessé tout à a coup... Mais, hii dit-on, si la force qui tient ce unies les parties de la matière a cessé, poura quoi les coquilles n'ont-elles pas été dissoutes a comme tout le reste?... Il n'y a, répond-il, « qu'à supposer que la force de la gravité et de « la cohérence n^a pas cessé entièrement, mais a seulement qu'elle a diminué assez pour désu- (c nir toutes les parties des minéraux, mais pas « assez pour désunir celles des animaux'... »
Vers le milieu du dernier siècle, au moment où l'on jouissait le plus doucement de tous les bienfaits de la vie civilisée, on se prit d'enthousiasme pour la vie sauvage.
Jean-Jacques Rousseau s'écria qu il fallait arracher les pieux ^ combler les fossés^ et revenir bien vite à la condition des bêtes , qui ne craignent que la douleur et la faim ^. Diderot et Jean-Jacques Rousseau en dirent bien d'autres. On peut du moins citer ce que disait Buffon :
(c Un sauvage absolument, sauvage ^ tel que « Tenfant élevé avec les ours dont parle Connor, <9c le jeune homme trouvé dans les forêts de c Hanovre, etc., seraient un spectacle curieux « pour un philosophe : il pourrait , en obsera vaut son sauvage, évaluer au juste la force « des appétits de la nature; il y verrait l'âme à (C découvert, il en distinguerait tous les mouvec( ments naturels, et peut-être y reconnaîtrait-il ce plus de douceur, de tranquillité et de calme a que dans la sienne, peut-êlrç verrait-il claire- « ment que la vertu appartient à l'homme sauce vage plus qu'à l'homme civilisé , et que le « vice n'a pris naissance que dans la so- « ciété ^? »
\ . Duc. sur Vinégalité^ etc.