Règne animal^ 1. 1, p
If.
dance quelconque à se transmuer, à se transformer, à passer de l'une à Tautre, le temps, qui , en chaque chose^ amène toujours tout ce qui peut être , n'a-t-il pas fini par révéler, par trahir celte tendance, par l'accuser?
Mais le temps, me dira-t-on peut-être, le temps a manqué. Il n'a point manqué»
Voici deux mille ans qu écrivait Aristote, et nous reconnaissons aujourd'hui tous les animaux qu'il a décrits ; et nous les reconnaissons aux caractères qu'il leur assigne : nous reconnaissons son hippélaphe dans notre cerf à crinière^ son mulet sauuage dans notre hé' mione^ etc., etc.; M. Guvier a pu écrire cette phrase, si remarquable au point de vue qui m'occupe ; a L'histoire de l'éléphant est plus « exacte dans Aristote que dans Buffon. »
On nous a rapporté, on nous rapporte cha« que jour d'Egypte les restes d'animaux qui vivaient il y a deux et trois mille ans: àé bœufs^ de crocodiles^ SUbis^ etc., etc.; les bœufs ^ les crocodiles^ les ibis actuels ne diffèrent en rien de ceux-là. Nous avons sous les yeux des momies humaines : le squelette dé
rhomrae d^aujourd'bui est le inême, absolument le même que le squelette de l'homme de l'antique Egypte,
Ainsi donc, depuis deux ou trois mille ans, depuis les observations d'Aristote , depuis les momies conservées d'Egypte, aucune espèce n'a changé. Une expérience qui dure depuis deux ou trois mille ans n'est plus une expérience à faire; c'est une expérience faite: les espèces ne changent point.
A force de combinaisons, d^évaluations , d^études, les naturalistes ont réussi à ramener toute la variété, presque infinie, des formes des animaux à un petit nombre de formesi dominantes et principales. En venir là a été l'objet, le grand objet de tous les naturalistes qui se sont occupés de classification, de méthode^ depuis Aristote jusqu'à Cuvier^ et de ces deuxlà particulièrement*
Aristote ramenait toutes les formes des aniicnaux à neuf, principales: les oiseaux^ les poissons f les cétacés^ les quadrupèdes vivi' pareSyles quadrupèdes Oi^ipa^es^les tesiacésy les crustacés j les mollusques^ et léd insectes^
De CCS nciîf formes générales et principales, qu'a vues Aristole, aucune n'a changé. Les oiseaux^ les quadrupèdes ^\e% poissons ^ les insectes^ etc., d'aujourd'hui sont comme les oiseaux^ comme les quadrupèdes^ comme les insectes du temps d'Aristote.
Je \iens de citer la classification d'Aristote '; et je remarque, en passant, combien cette classiGcation est supérieure à celle même de Linné, laquelle pourtant n*a guère plus d'un siècle de date.
Linné divisait le règne animal en six clas*
<♦ Voici Tensemble de cette classification. — Aristote partage d'abord le règne animal entier en deux grandes divisions : celle des anionaux qui ont du sang , et celle des animaux qui n'en ont pas, c'est-à-dire la division des animaux à sang rouge et la division des animaux à sang blanc. — (Aristote savait très-bien qu'aucun animal ne manque de sang : « Il faut remarquer, dit-il, que tous les c animaux sans exception ont un fluide dont la privation, « soit naturelle, soit accidentelle , les fait périr; » et il appelle , d'un terme très-juste , le fluide des animaux à sang blanc une sorte de lymphe. ) — Il sous-divise ensuite les animaux à sang rouge en cinq classes : les quadrupèdes vivipares^ les cétacés^ les oiseaux^ les quadrupèdes ovipares et les poissons ; et les animaux à sang blanc en quatre : les mollusques^ les testacés^ les crustacés et les insectes.
ses : celle des mammifères,^ celle des oi^ seauXy celle des reptiles ^ celle des poissons^ celle des insectes^ et celle des vers.
Il nomme excellemment mammifères : les quadrupèdes vwipares^ car les mammifères n'ont pas fous quatre pieds^ par exemple, les cétacés^ €jii\\ n'en ont que deux, les ^«Vz^e^, qui ont quatre mains et n'ont point de pieds, etc.; il nooime excellemment reptiles : les quadrupèdes oinpares^qai tous rampent et qui n'ont pas tous quatre membres, par exemple, les ^erpenlSf qui n*en ont point du tout', etc., etc.; mais il mêle les cétacés aux poissons ^ la cAoui^e-souris aux oiseaux ; et, dans sa classe des vers, il jette et confond ensemble les crus^ lacés^ les testacés^ les friollusques j etc., etc.
Aristote n'avait commis aucune de ces fautes. Il savait très- bien que les cétacés ne sont point des poissons ^ qu'ils sont vivipares, qu'ils
4. Ce qui n*a pas trompé Aristote : « Les serpents, dit- « il, peuvent être mis à côté du lézard. Ils lui reste semblent presque en tout, en supposant au lé/ard plus « de longueur, et en lui retranchant les pieds. » [Hist» des anim.)
ont des mamelles % quMls allaitent leurs petits, qu'ils sont couverts de poil, qu'ils ont des poumons', etc.; il ne prenait pas la chauvesouris pour un oiseauj et ne confondait pas ensemble les mollusques^ les crustacés^ les testacéSj etc.'
Pour tirer de la classification d'Aristote la réduction supérieure du règne animal en quatre grands types, M. Cuvier n'a eu qu'à réunir les mammifères^ les oiseaux^ les reptiles et
1 . « Le dauphin , la baleine et les autres cétacés sont a vraiment vipares. » [Hist. des anim.) — « Tout animal (( qui a du lait l'a dans les mamelles , et les mamelles « appartiennent à tout animal vivipare, à ceux, par « exemple, qui ont des poils, comme l'homme, le cheval, « les cétacés.» (Ibid.)
2. a Tous les animaux terrestres ont un poumon , et (r même plusieurs aquatiques, comme la baleine, le dau- « phin, etc. » (Traité des parties.)
3. « Voici les principaux genres sous lesquels diffé- (c rentes espèces d'animaux sont comprises... Les espèces « molles, comme la seiche, le calmar, etc., sont réunies
(( sous le nom de mollusques ensuite le genre de
« ceux qui sont couverts d'une enveloppe dure, et qu'on
« appelle coquillages ou testacés Quant à ceux dont
« l'enveloppe est moins dure, telle que l'ont les lance goustes, les cancres, les écrevisses, etc., c'est-à-dire les « crustacés... » {Hist. des anim.)
les poissons en un seul groupe, celui des ver^ tébrés ; à réunir les testacés et les mollus-^ ques en un autre, celui des mollusques; les crustacés et les insectes ^ en un troisième, celui des articulés^ et qu'à ajouter un qua* trième groupe, celui des zoophytes; et encore l'indication de celui-ci se trou\e-t-elle dans Aristote : « Les orties de mer, dit Arislote, ne (f sont point du genre des testacés, et sont plu- « tôt hors des genres que nous avons définis, a Ce sont des êtres dont la nature est équivoque cr entre la plante et l'animal ^ »
On voit combien la classification de Guvier et celle d' Aristote se rapprochent l'une de l'autre : se rapprocheraient-elles ainsi, si le règne animal avait varié, si les espèces avaient changé, si le règne animal, étudié de nos jours par Guvier, n'était pas le même, absolument le même que le règne animal qu'étudiait, il y a deux raille ans, Aristote?
2° Des causes violentes et brusques.
J'entends par causer violentes les causes
4 . Hist. des anim, — On ne pouvait mieux indiquer la nature zoo-pkyte.