FIXITE DBS FORMES DE LA. VIE OU DES ESPÈCES
On a YUy dans le précédent chapitre, qu'une foule d'espèces ont déjà disparu de la surface du globe. Les espèces disparaissent, cela est certain; mais ce qui n'est pas moins certain, c'est que , tant qu'elles subsistent , elles subsistent les mêmes. Les espèces sont immuables.
Il y a donc deux faits. Les espèces disparaissent, et les espèces sont fixes.
Je sais bien qu'il s'est trouvé dans tous les temps des naturalistes et des écrivains qui ont soutenu que les espèces changeaient. Mais quelqu'un d'entre eux a-t-il jamais vu une espèce changer? Depuis deux ou trois mille ans qu'il y a des hommes qui observent et qui écrivent, une espèce quelconque, une seule a-t-elle changé? une seule s'est-elle transformée en une autre? Non sans doute.
Comme je traite mon sujet très-sérieusement, je ne citerai point Maillet, qui prétend que nous ayons tous commencé par être des poissons^ ce qui fit beaucoup rire Voltaire ; je ne citerai pas Robinet , qui prend à la lettre ce joli mot de Pline : « Que le liseron est Tapprentissage de a la nature qui s'essaie à faire un lis : Com^olce çulus tirocinium nalurm liliutn formare « discentis; » je ne citerai pas même M. de Lamarck, le respectable M. de Lamarck, qui veut que tout les animaux aient commencé par être des polypes ou des. monades.
J'entre tout de suite en matière; et, pour mettre de Tordre dans la discussion , je sépare, dès l'abord , ce qui regarde les espèces de ce que j'aurai à dire des races.
§ \, — D€s espèces»
Je ne vois, au changement des espèces, que trois ordres de causes : ou des causes lentes ^ ou des causes violentes et brusques , ou le croisement des espèces.
1" Des causes lentes, J'appelle causes
lentes celles qui agissent à chaque instant, sans interruption, sans relâche, et qui, ajoutant chaque jour un petit changement à un autre petit changement , finissent par amener, à la longue , des résultats notables et de grands effets.
Cest par un pareil progrès insensible que se font tous les changements physiques du progrès des âges : la continuité du mouvement en dérobe la marche ; on ne voit point , on ne prend point sur le fait l'accroissement des parties, et cependant elles croissent; on ne voit point, on ne prend point sur le fait le changement de leurs proportions relatives, et cependant au bout de quelques années, ces proportions ont changé, et tellement changé que, dans plus d'un cas, il nous est difficile de reconnaître Vindwidu , et même V espèce.
Il a fallu toute la sagacité, la sagacité si exercée de Cuvier, pour reconnaître dans le jeune orang-outang X orang-outang adulte, l'énorme pongo; on a fait jusqu'à ces derniers temps deux espèces du mandrill et du choras^ c'est-à-dire du jeune mandrill et du mandrill
adulte ; Biiffon faisait trois espèces du pithèque, du petit cynocéphale et du magot; le pi^ thèque est le jeune magot; le petit cynocé'phale^ le magot de moyen âge; et le magot est le magot adulte, etc., etc.
On connaît les métamorphoses des insectes.
Qui, si le phénomène ne nous était aussi fami*lier, qui reconnaîtrait la mouche dans le ver de la viande , et ce même ver dans la chrysalide? Personne assurément.
<c Personne ne devinerait, dit très-bien Cua vier, s'il ne l'avait observé ou appris, qu'une « chenille dût devenir un papillon '. »
La grenouille jeune a une queue, n'a pas de pattes et respire par des branchies; la grenouille adulte a des pattes, n'a pas de queue et respire par des poumons. De telles différences feraient, de deux animaux ordinaires, des animaux différents, non-seulement d! espèce ^ mais de genre ^ de famille^ d' ordre ^ et même de classe.
Comment donc si les espèces ont une ten-