‹ De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe (volume 2)Chapitre 41 sur 143 · LUCR · texte numérisé non relu

LUCR

Tout dépend ici du point de vue auquel on se place. Si je considère les individus, je ne vois que destruction et reproduction successives; si je considère l'espèce, je ne vois que continuité et perpétuité.

a Mettons un moment , dit Buffon , l'espèce « à la place de l'individu;.... imaginons quelle « serait la vue de la nature pour un être qui « représenterait l'espèce humaine entière;... c( les idées de renouvellement et de destruction, « ou plutôt ces images de la mort et de la vie, a quelque grandes , quelque générales qu'elles (c nous paraissent , ne sont qu'individuelles et « particulières : l'homme, comme individu, u juge ainsi la nature ; l'être , que nous avons ce mis à la place de l'espèce, la juge plus (c grandement , plus généralement. 11 ne voit c( dans cette destruction , dans ce renouvellea ment, dans toutes ces successions, que perce manence et durée ; la saison d'une année « est, pour lui , la même que telle de l'année « précédente , la même que celle de tous les <c siècles; le millième animal, dans l'ordre des ce générations, est pour lui le même que le

« premier animal.... Dans le torrent des temps a qui amène , entraîne , absorbe tous les indice vidus de l'univers , il trouve les espèces con- « stantes , la nature invariable : la relation des « choses étant toujours la même , Tordre des « temps lui parait nul ; les lois du renouvelle- (c ment ne font que compenser, à ses yeux, « celles de la permanence. Une succession con- (c tinuelle d'êtres ^ tous semblables entre eux^ « n'équivaut, en effet, qu'à l'existence perpé- <c tuelle d'un seul de ces êtres ' . »

De ces abstractions élevées , passons aux faits.

La vie de chaque espèce est comme une chaîne dont tous les anneaux viennent^ et, si je puis ainsi dire , sortent les uns des autres. Qu'un anneau manque , et l'espèce est perdue.

Je prends tout de suite un exemple ; et l'espèce du pigeon m'en fournit un très-commode.

Chaque couvée de pigeons donne deux petits : un mâle et une femelle. Le premier couple en donne un second , le second un troisième,

le troisième un quatrième , le quatrième un cinquième, .... le dix-neuvième un. vingtième. Supprimez ce vingtième (car je ne tiens pas compte ici des tiges collatérales), et l'espèce du pigeon est perdue.

Je viens de dire que chaque couvée de pigeons donne deux petits ; un mâle et une femelle. Ajoutez que, des deux ceufs pondus, c'est presque toujours le premier qui donne le mâle.

«Ordinairement, dit Aristote, le pigeon (c produit, d'une même couvée, un mâle et une « femelle , et ordinairement encore Tœuf qui « renferme le mâle est pondu le premier; enc( suite la mère laisse passer communément un « jour, après quoi elle pond l'autre œuf ^...»

J'ai voulu répéter une expérience qui avait été faite par Aristote.

Onze couvées successives d'un même couple de pigeons m\)nt donné dix fois de suite deux petits, un mâle et une fenaelle, ej toujours le mâle est venu du premier œuf pondu. A la on-

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