Discours sur les révolutions de la surjace du globe
§ 1. — De Deluc et de la date récente du dernier déluge.
Entre toutes les révolutions qui ont successivement bouleversé la surface du globe, il en est une qui touche à l'histoire même de Thomme.
Pour les autres, nous n'avons de témoins que les monuments de la nature: ici, aux monuments de la nature se joint la tradition des peuples. Le dernier déluge est le grand souvenir que les hommes se sont transmis.
Et, quoiqu'il paraisse fort ancien, quand on le compare à ce que nous appelons ancien dans nos chroniques ordinaires, il l'est néanmoins fort peu. C'est là ce que Deluc a bien vu : il a bien vu la date récente du dernier déluge, grand fait vainement révoqué en doute, et le rapport étonnant de tout ce que nous présente la surface du globe avec tout ce que nous dit le récit de
Moïse. Son livre % plein d'intérêt, malgré bien des longueurs, bien des disgressions, bien des complications inutiles, a mérité le beau titre de Commentaire de la Genèse.
Deluc partage, dès l'abord, l'histoire de la terre en deux histoires distinctes ; l'une est l'histoire de ce qui a précédé le déluge, l'autre est l'histoire de ce qui l'a suivi; l'une est Y histoire primordiale y V histoire ancienne y l'autre est V histoire moderne, V histoire actuelle.
Buffon , le premier des hommes qui ait osé marquer des époques fixes dans l'histoire de la nature, avait osé marquer aussi la durée de cha» cune d'elles. La première dura vingt-cinq mille ans ; la seconde en dura dix mille; la troisième, quinze mille; la quatrième, dix mille. La terre avait soixante mille ans, .tout juste (si l'on en croit Buffon), quand « la nature, dans son « premier moment de repos , donna ses pro- « ductions les plus nobles, etc., etc. ^ »
Deluc n'a pas cette hardiesse. Plus sage que
^ . Lettres physiques et morales sur l'histoire de la terre et de rhomme ,etc., 4779.