Ibid
§ 3. — Système de Deluc sur la retraite
des mers.
Je ne dirai qu'un mot de ce système; car ce qu'il faut chercher, ce sont les idées neuves, les idées justes ; et le système de Deluc n'est ni neuf ni juste.
Leibnitz avait imaginé ' de grandes cavernes, dont les voûtes, en s' affaissant, ouvrirent de vastes bassins, qui furent les bassins des mers circonscrites. Deluc emploie ces cavernes.
Le fait à expliquer est celui-ci : tandis que nos continents étaient couverts par la mer, il y avait d'autres continents. Ces continents an-
i. « Nihil propius videtur quam ut credamus, fracto ce telluris fornice, ubi infîrmioribu& fulcris sustentabatur, « ingentem massam nudatis cacuminibus in subjectam a anteaque inciusum mare procubiiisse. Ita aquas antris tf expressas supra montes exundasse, donec reperto novo « in Tartara aditu , perfractisque repagulis claustur» in- « terioris adhuc terrœ , quidquid nunc siccum cernitur « denuo deseruere. » Protogxa, etc., pag. 42.— « D'an-
a ciens continents se sont enfoncés; la mer, en cou-
« lent dans cet espace enfoncé, a laissé à sec son ancien « lit y qui forme nos continents. i> T. V, p. 4b7. — a Lorsque quelque voûte se rompait et que la mer se « jetait dans ces cavernes » /6i6., p. 481.
liques sont devenus les mers actuelles ; les mers d'alors sont devenues les continents d'aujourd'hui. Gomment ce changement s'est-il opéré?
Deluc ne voit pas le mécanisme réel^ qui est le soulèi^ement des montagnes; il s'arrête au mécanisme apparent^ qui est X affaissement des plaines. Il combat^ dans BufTon ^, l'idée des feux intérieurs du globe, celte grande idée sur laquelle repose toute la géologie de nos jours. Singulier contraste ! c'est Buffon, c'est l'homme qui nas^ait pas vu les montagnes^ ^ qui , sur leur formation , touche à l'idée vraie, et c'est Deluc , c'est l'homme qui avait passé sa vie à parcourir, à explorer, à pratiquer^ si je puis ainsi dire^ les montagnes, qui la repousse.
§ 4. — Du vrai mécanisme de la formation des montagnes et du déplacement des mers.
Les mers se sont déplacées : les coquilles marines^ répandues partout sur la terre sèche,
4. Voyez, T. V, p. 517 et suiv., son Examen du système cosmologique de Buffon,
2. Pallas lui en a fait le reproche formel : « Buffon ^ semble n'avoir jugé des montagnes en général que par K celles de la France... » — Voyez mon Histoire des travaux et des idées de Buffon,
prouvent le déplacement des mers ; le déplacement des mers prouve la formation des montagnes par soulèvement; le soulèvement des montagnes prouve \efeu centraL
de feu intérieur^ reste concentré du feu primitif qui embrasait le globe entier, tend saris cesse à réagir contre Yécorce du globe, à la soulever, à la rompre sur quelques points. « Si u l'on pouvait avoir, dit très-bien M. de Hum- « boldt, des nouvelles de Tétat journalier de la « surface terrestre tout entière, on serait bientôt (i convaincu que cette surface est toujours agitée w par des secousses en quelques-uns de ses i< points , et qu'elle est incessamment soumise a à la réaction de la masse intérieure ^. »
C'est cette réaction incessante^ cet effort constant de la masse intérieure contre la surface du globe, qui produit Xesoulèvement des montagnes ; c'est le soulèvement des montagnes qui produit le déplacement des mers; c'est le déplacement des mers qui produit la dispersion