‹ De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe (volume 2)Chapitre 72 sur 143 · Cosmos: t. I, p · texte numérisé non relu

Cosmos: t. I, p

des coquilles marines sur la terre sèche, etc. Le grand progrès actuel de la science est d'avoir ramené tous ces phénomènes, la Jwpersion des animaux de la mer, la submersion des animaux terrestres, le déplacement des mers, le j'ow/èp'e/we/ir des montagnes, et bien d'autres encore, les tremblements de terre, les volcans, les ruptures, les dislocations immenses de la surface du globe, etc., à une seule et première cause : le/ew central.

§ 5. — Du livre même de Deluc,

Rien n'est plus intéressant que le sujet de ce livre : l'histoire du monde nouifeau que l'homme habite. Quelques-uns de ceux qui avaient déjà écrit, ou essayé d'écrire cette histoire, Burnet, Woodward, Wiston, etc., y avaient mêlé des systèmes qui lui donnaient un air de fable. Le livre de Deluc lui a rendu son vrai caractère. Ce livre devrait donc être dans toutes les bibliothèques ; et cependant il n'y est pas. Comment cela se fait-il?

C'est qu'il se compose de six énormes vo-

lûmes ^; c'est qu'à propos d'histoire naturelle et de théorie de la terre, l'auteur y parle de tout : de métaphysique, d'économie politique, de morale, etc.; c'est qu'il est bien long, et qu'un style diffus le fait paraître plus long encore. Malgré cela, le livre de Deluc sera toujours lu, et devra toujours l'être. Il y a plus : quand on l'aura lu, on voudra le relire. Les faits et les idées y abondent. Deluc était un observateur plein de sagacité, un penseur d'une pénétration d'esprit peu commune'. Avant Saussure et lui, nul homme encore n'avait

1. Je dis six , parce que le cinquième est partagé en deux. Deluc lui-même avait bien senti que son ouvrage était trop long; il en donna, en i798, un abrégé sous le le titre de Lettres sur V histoire physique de la terre y adressées à Blumenbach, etc. Mais, ici, le génie de Deluc n'a plus sa première verve, ses idées n'ont plus leur nouveauté. L'ouvrage important est l'ouvrage original, l'ouvrage que j'examine.

2. Il aime les propositions qui ont quelque chose de singulier et comme un air de paradoxe. Il se plaît à nous montrer, par exemple , les montagnes conservées « par une plante, et la plus faible des plantes, la mousse, » (T. II, p. 20). Peutrètre, en ce genre, va-t-il quelquefois trop loin ; mais, au fond , rien n'est plus curieux , souvent même rien n'est plus réel, que le résultat des recherches 6nes auxquelles ce tour d'esprit Ta porté.

aussi profondément étudié les montagnes ; il les parcourut bien des fois; il y vécut; on peut même dire, à la lettre, qu'il les eut toujours sous les yeux.

« Le cabinet où je m'occupe d'histoire natu- « relie n'est pas, dit-il, un de ceux où. l'imagi- « nation seule inspire ^.... En écrivant, j'ai les (c grands phénomènes devant moi. 11 me suffît a de lever les yeux, et, de ma fenêtre même, « je contemple deux grandes chaînes de moni( tagnes, les Alpes et le Jura, dont aucun détail « essentiel ne m'échappe.... C'est donc elles- « mêmes que je consulte *.... >;

Mais ce que je remarque surtout dans Deluc, c'est la noble idée qu'il a de la science, qui n'est point en effet la science pour s'arrêter aux choses, qui s'élève plus haut, et, pour rappeler ici la belle parole de l'orateur romain, saisit presque celui qui les modère et qui les régit : .... ipsumque ea moderantem et regentem perte prehenderit ^.

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