INTRODUCTION
A la fin du mois de décembre 1879, j'eus l'occasion d'ob- : server, dans le service de M. le professeur Richet, un ma- ; lade atteint d'une forme de lymphangite excessivement i grave :1a peau du membre inférieur se mortifia rapidement >dans une immense étendue, et malgré le traitement énerigiquequi fut mis en œuvre, cet homme ne tarda pas à ; succomber.
Depuis lors, grâce à la bienveillance de plusieurs de mes imaîtres et à l'obligeance de mes collègues, il m'a été donné fde voir d'autres cas tout à fait semblables, et je me suis cdécidé à entreprendre ce travail sur la lymphangite à forme ^gangréneuse. — Je me suis aperçu dès mes premières reccherches que cette tâche était fort délicate. En effet, il rm'était impossible de ne pas aborder certains sujets de :pathologie chirurgicale, sur lesquels la lumière est encore :bien loin d'être faite ; je veux parler des inflammations ;di verses du système tégumentaire et du tissu cellulaire -sous-cutané, considérées au point de vue des rapports qu'elles affectent les unes avec les autres, et des différences qui les séparent.
L'érysipèle, la lymphangite et le phlegmon diffus, sont ■des affections fort voisines et qui se combinent bien souvent ; de sorte que, s'il est possible d'assigner à un cas type
de chacune de ces maladies des caractères particuliers, la distinction est fort difficile, pour ne pas dire impossible, dans les cas mixtes, et ces eus sont bien loin d'être rares.
Ainsi que le disait M. le professeur Verneuil à la Société de chirurgie, dans la séance du 12 juin 1872 : « On voit des accidents que l'on diagnostique érysipèle un jour, et qui le lendemain sont une angioleucite, et réciproquement. »
L'anatomie pathologique ne vient que bien peu en aide à la clinique pour marquer la séparation. La peau et le tissu qui la double sont étroitement unis, et les maladies de l'une se propagent toujours plus ou moins jusqu'à l'autre; à plus forte raison, les éléments anatomiques qui entrent dans la constitution de ces organes ne sauraient-ils souffrir isolément et chacun pour son propre compte -, ils vivent d'une vie commune et tellement intime, que le mal qui frappe l'un d'eux, atteint presque nécessairement les autres, sinon du même coup, du moins à bref délai. Voici, par exemple, l'érysipèle ; il se traduit essentiellement par les lésions d'une dermite ; mais à coté de cette altération principale on trouve une lésion plus ou moins étendue du systèm.e lymphatique (Renaut, th. de doct., 1874). Quant à l'angioleucite, si elle a d'abord été localisée dans les réseaux et dans les troncs lymphatiques, elle ne tarde guère à réagir sur les éléments du derme, où se produisent alors les lésions mêmes de l'érysipèle. C'est là un fait sur lequel je me propose de revenir plus tard avec quelques détails.
La seule différence entre ces deux affections se réduit à une question de point de départ, et de degré dans les altérations.
La lymphangite aboutit à la dermite; mais, pendant un certain temps, la première a, sinon existé tout à fait seule, du moins notablement primé la seconde, et elle s'est traduite alors par divers symptômes qui lui sont propres.
c'est pour cela que j'ai cru devoir intituler ce travail : « De la lymphangite à forme gangreneuse. » Tous les cas que je rapporte, et dont l'analyse m'a fourni les éléments de la description qui va suivre, ont été des lymphangites types pendant une période plus ou moins longue; la gangrène de la peau s'est manifestée à la suite d'un processus assez spécial, et qui a été toujours très sensiblement le même.
Telles sont les diverses considérations qui m'ont conduit à penser que les faits dans lesquels la gangrène de la peau a été amenée par une maladie qui a d'abord manifestement siégé surtout dans les lymphatiques méritaient d'être séparés des autres inflammations gangréneuses des téguments, et d'être groupés sous une désignation particulière.
Ce travail sera divisé en deux parties : La première partie comprendra :
lo fJn c/iapitre consacré à un aperçu historique de la question ;
2° Un chapitre dans lequel, après l'exposé des principaux caractères d'une observation de lymphangite gangréneuse, sera donné un examen histologique détaillé qui permettra de rechercher les rapports de la lymphangite et de l'érysipèle.
Dans la seconde ^:)artie, j'essaierai, à l'aide des observations que j'ai pu recueillir, de tracer l'histoire de la lymphangite à forme gangreneuse.
Qu'il me soit permis, avant d'aborder mon sujet, de ; remercier ici mon excellent maître M. Richet, à qui je dois 1 l'idée première de ce travail, et MM. Delens, Duplay, IFoumier, L. Labbé, Mauriac et Verneuil, qui m'ont, avec lUne extrême bienveillance, communiqué leurs observa* t tiens et aidé de leurs savants conseils.