PRONOSTIC
Lé pronostic est toujours grave, lorsque la gangrène apparaît rapidement, envahit de larges surfaces, et s'accompagne de symptômes généraux très intenses; si I on n'intervient pas promptement et avec une extrême énergie, le malade est voué à une mort certaine. Lorsque les accidents revêtent le type des lièvres ataxo-adynamiques, lorsque la diarrhée devient fétide et la langue noire et grillée, il faut craindre une mort prochaine ; cette termi- Jalaguier, 7
naison sera rendue plus probable encore si la lymphangite se transforme en phlegmon diffus gangréneux.
Une exacte appréciation de l'état local et de l'état général commande donc le pronostic.
Lorsque la gangrène ne se produit qu'au boutde quelques jours, et qu'elle est limitée à de petites surfaces; lorsque la chute de la température coïncide avec la mortification, et que la défervescence se maintient, on peut espérer une terminaison favorable.
Mais il ne faut pas négliger, même dans les cas les plus simples en apparence, de faire entrer en ligne de compte l'état général du malade. Car, ainsi que nous l'avons vu plus haut, les sujets sur lesquels la lymphangite se termine par gangrène sont en général porteurs d'un état constitutionnel mauvais.
La maladie d'ailleurs, est fort grave par elle-même, elle dure longtemps, et pour peu que les lésions soient étendues, les frais de la réparation seront considérables, et le malade entrera en convalescence exténué, misérable, dans un état de véritable misère physiologique ; il se trouvera, pour cette raison, placé dans d'excellentes conditions de réceptivité pour les maladies les plus diverses. C'est ainsi que nous avons vu mourir deux de nos malades que nous nous croyions en droit de considérer comme guéris ; ils ont été emportés par des maladies intercurrentes fort simples en elles-mêmes.
Enfin, à supposer que la maladie évolue favorablement, il faudra tenir compte du siège du sphacèle, de son étendue et de la cicatrice qui succédera à l'ulcération. Il est bien évident, en effet, que la fonction sera à peine gênée par une cicatrice, même large, placée sur le milieu de la jambe ou de la cuisse ; les résultats seront tout autres, si
la peau de la face dorsale du pied et du cou-de-pied a été détruite ; ou bien encore celle de la région du jarret.
Le malade qui fait le sujet de l'observation 11 et qui guérit après avoir perdu un bon quart de la peau de la jambe, pouvait, au moment de sa sortie de l'hôpital, marcher sans trop de gêne.
Avant d'aller plus loin, il ne me paraît pas inutile de résumer les principaux points de cette longue exposition clinique, dans un tableau où se trouvent analysées et rapprochées les douze observations inédites que l'on trouvera tout au long à la fin de ce travail.