‹ De la maladie experimentale comparée a la maladie spontanéeChapitre 10 sur 12 · V. Felt z . Des embolies capillaires, Paris · texte numérisé non relu

V. Felt z . Des embolies capillaires, Paris

soit le système de la circulation pulmonaire, soit le système de la circulation générale ; dans ces deux cas, on les rencontre soit dans des troncs artériels plus ou moins volumineux, soit dans les ramifications les plus fines de l'arbre artériel, soit même dans les capillaires. Ces différentes formes de l'embolie ont toutes été reproduites par l'expérimentation physiologique. Nous allons examiner les résultats comparés de l'observation pathologique et de Texpérimentation , dans les différents viscères ; nous aurons ensuite à examiner l'influence de la nature de l'embolas, lorsqu'il est accompagné de matières sep tiques ou irritantes.

Embolie pulmo7iaire. — Dans le poumon, il peut se produire des oblitérations, soit des artères bronchiques, soit de l'artère pulmonaire. Les oblitérations des artères bronchiques sont trop peu connues pour que nous nous en occupions ici. Les oblitérations de l'artère pulmonaire se manifestent, lorsqu'elles sont suffisamment étendues,par des phénomènes asphyxiques et par une mort rapide. Lorsque l'oblitération occupe seulement une des ramifications de l'artère pulmonaire, il peut se produire un infarctus du poumon, présentant une grande analogie avec ceux des autres organes, quoique l'artère pulmonaire ne fournisse pas le sang destiné à la nutrition du parenchyme pulmonaire.

Il se produit quelque chose d'analogue à ce que nous verrons plus loin dans les infarctus de la veine porte hépatique. Cependant, dans certains cas, la nutrition du poumon ne paraît pas sensiblement altérée ; il se produit seulement un coUapsus en rapport avec la suppression partielle de la petite circulation.

L'embohe pulmonaire attira tout d'abord l'attention des observateurs. Yirchow en démontra expérimentale-

ment la possibilité, en faisant pénétrer par les veines jugulaires des corps solides. Les phénomènes d'asphyxie rapide qu'on a constatés chez l'homme ont été reproduits sur les animaux par un grand nombre de physiologistes (Panum et Feltz). Lorsque les animaux survivaient quelque temps, on n'a observé de suppuration ou de gangrène pulmonaire que dans les cas où les corps étrangers introduits agissaient par leurs propriétés septiques (matières putrides) ou chimiques (mercure).

Embolie cérébrale. — L'oblitération des vaisseaux qui pénètrent dans les centres nerveux se manifeste chez l'homme par la production d'infarctus, et quelquefois par une mort rapide, lorsque les troubles circulatoires sont suffisamment étendus. On a pu produire des phénomènes analogues chez les animaux. Flourens et M. Yulpian, ayant injecté dans le système artériel de l'eau tenant en suspension de la poudre de lycopode, ont vu les animaux pousser des gémissements, être pris de convulsions et succomber rapidement, présenter, en un mot, des phénomènes tout à fait semblables à ceux qui ont été observés à la suite de la pénétration dans le torrent circulatoire soit de la matière contenue dans des athéromes ulcérés de l'aorte, soit du contenu de kystes fibrineux du cœur. Par l'injection de corps plus volumineux que des graines de lycopode, et par celle de graines de tabac, dont le volume est tel qu'elles peuvent pénétrer dans les artères cérébrales et les oblitérer, M. Vulpian et ses élèves ont pu reproduire d'une manière plus parfaite encore qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les phénomènes de l'infarctus cérébral. Au point de vue anatomo-pathologique, on a pu retrouver chez le chien presque toutes les particularités du ramollissement cérébral humain. Signalons

d'abord la fréquence de Tembolie dans Tartère cérébrale moyenne, qui en est en quelque sorte le siège de prédileclion, que ce soient les graines de tabac ou de véritables embolus qui soient apportés par le torrent sanguin. Consécutivement à l'oblitération artérielle, on voit se produire chez le chien, comme chez l'homme, une hypérémie accompagnée d'un certain degré de tuméfaction et d'un pointillé rouge analogue à l'apoplexie capillaire. Au microscope, on a trouvé des ectasies capillaires, et lorsque la mort datait de quelques jours, on observait des corps granuleux et des granulations tout à fait semblables à ceux qu'on observe chez l'homme. MM. Prévost et Cotard, après avoir injecté quelques graines de tabac dans le bout central de la carotide chez un chien, ont été assez heureux pour conserver l'animal vivant après cette opération. L^animal fut sacrifié après cinq semaines, et ces expérimentateurs trouvèrent, le long de la scissure de Sylvius, une plaque rétractée d'un jaune ocreux et correspondant à une oblitération de l'artère sylvienne par quelques graines de tabac. Cette oblitération, analogue de tous points aux 'plaques jaunes des circonvolutions^ présentait à l'examen microscopique une grande quantité de corps granuleux, des granulations graisseuses et des grains d'hématosine.

Il y a donc identité entre les lésions anatomo-pathologiques qui accompagnent les oblitérations des artères du cerveau chez l'homme et chez les animaux. Dans quelques cas cependant, on a observé, à la suite de l'injection de corps étrangers dans les carotides, la production d'abcès du cerveau, fait sans exemple chez l'homme; mais dans ces cas, l'injection avait été poussée vers la périphérie et avait pu produire une irritation qui était venue s'ajouter à l'oblitération artérielle. Rien de pareil ne s'est produit lorsque les corps étrangers, lancés vers le cœur.

ont été charriés vers le cerveau par le courant sanguin, comme de véritables embolus. Il est naturel de penser, en effet, que les phénomènes de la nutrition des éléments anatomiques et le rôle du sang sont tout à fait analogues chez l'homme et chez les animaux supérieurs. Les fonctions de la vie animale présentant, au contraire, un développement exceptionnel chez l'homme, on ne doit pas s'étonner de voir les mêmes lésions cérébrales ne pas produire chez les animaux tous les symptômes que Ton observe chez l'homme. C'est ainsi que chez les chiens l'embolie cérébrale, à moins qu'elle ne soit extrêmement généralisée, ne s'accompagne pas de phénomènes apoplectiques bien caractérisés : Tanimal pousse seulement un cri et reste plus ou moins abattu. Il est également fort rare de constater une hémiplégie bien caractérisée, commeM.Vulpianl'a fait remarquer dans son cours; mais ce que l'on rencontre fréquemment, ce sont des mouvements de manège accompagnés d'une déviation de la tête et des yeux, tournés du côté de la lésion cérébrale, phénomène qui s'observe non moins constamment chez l'homme et qui a été bien étudié par MM. Yulpian et Prévost. Ajoutons que le chien chez lequel MM. Prévost et Cotard ont pu produire une plaque jaune était resté triste ; on ne pouvait le faire sortir de son chenil, quoique sa plaie fut cicatrisée, et son état présentait peut-être quelque analogie avec celui de la démence.

M. Hayem a appelé l'attention sur des cas de mort rapidecoïncidantavecroblitérationdutroncbasilaire(Arc/i. de physiologie, 1868). A ce sujet, M. Vulpian a rapporté une observation d'injection de graines de tabac chez un chien, injection qui fut suivie également de mort rapide, ce qui établit encore une analogie entre les embolies expérimentales et les oblitérations artérielles spontanées.

Le même expérimentateur est parvenu à produire le ramollissement hémorrhagique de la moelle épinière, par l'injection de poudre de lycopode dans les artères spinales.

Embolies de la rate et du rein, — Ces organes sont trèsfréquemment le siège d'infarctus chez l'homme ; lorsqu'on introduit des corps étrangers dans le système artériel chez les animaux, c'est également dans ces organes que se produisent le plus souvent des oblitérations artérielles. A la suite de ces oblitérations, se produit successivement de l'hypérémie (Lefeuvre), puis une dégénération granuleuse et une prolifération du tissu conjonctif, qui, en se rétractant, donne à l'infarctus l'aspect d'une cicatrice, et enfin le dépôt de matières calcaires. Quelquefois on a vu se produire de la suppuration à la suite des oblitérations spléniques chez l'homme, mais particulièrement, comme nous le verrons plus tard, dans les cas d'embolies sep ♦ tiques. Chez les animaux, ces différents phénomènes ont été exactement reproduits; l'hypérémie du début, la dégénérescence graisseuse des éléments anatomiques, la calcification (Prévost et Cotard), la suppuration, ont été trouvées identiques à ce que l'on observe chez l'homme. On a signalé comme symptômes des infarctus rénaux chez l'homme l'albuminurie et l'hématurie, et ces derniers phénomènes ont été obtenus expérimentalement par Panum.

Infarctus du foie. — Les infarctus du foie peuvent se produire, soit par des oblitérations de l'artère hépatique, soit par des oblitérations de la veine porte. Les oblitérations de l'artère hépatique ont été vues assez rarement, soit chez l'homme, soit dans les expériences sur les animaux. Cependant les faits qui existent dans la science nous montrent encore ici identité entre les lésions pathologiques et les lésions expérimentales. L'oblitération de la

veine porte peut produire également des troubles nutritifs dans le parenchyme hépatique. M. Vulpian a publié {Union médicale, 1866) une observation dans laquelle le foie présentait un certain nombre de foyers de ramollissement formés d'une boue rougeàtre; toutes les divisions de la veine porte hépatique étaient oblitérées par une matière caséeuse, grisâtre, semblable à la fibrine. Des faits analogues ont été obtenus par M. Feltz par l'injection de poudre de charbon dans le système de la veine porte.

Infarctus de r intestin. — Les infarctus de l'intestin ont été rencontrés bien rarement chez l'homme. On en trouve un cas cité dans le mémoire de MM. Prévost et Cotard : une anse de l'intestin grêle présentait un aspect d'injection et de ramollissement rouge et grisâtre assez analogue à la gangrène. Encore ici des lésions tout à fait semblables (gangrène, perforations intestinales) ont été obtenues par l'oblitération expérimentale des artères de rinlestin. Panum a pu produire dans l'estomac des ulcérations analogues à l'ulcus rotundum, qui , comme on sait, a été attribué par Yirchow à une oblitération vasculaire. Panum a obtenu dans l'intestin , surtout au niveau des plaques folliculeuses de Peyer, des ulcérations analogues aux ulcères typhoïdes.

Du côté de la peau, Panum dit avoir produit également diverses altérations, eczéma, alopécie, ecchymoses, analogues à celles de la maladie de Werlhof.

Embolies aériennes, — Les phénomènes observés par les chirurgiens à la suite de la pénétration de l'air dans les veines ont été facilement reproduits chez les animaux. Yirchow, Panum et Michel ont démontré expérimentalement qu'il s'agissait là de véritables embolies gazeuses des capillaires du poumon.

Embolies spécifiques. — Comme nous Tavons déjà dit plus haut, il peut s'ajouter aux phénomènes mécaniques de l'embolie des troubles spéciaux dus aux propriétés du corps obturant. On a pu expliquer ainsi la généralisation des tumeurs cancéreuses, par exemple, dont les fragments, pénétrant dans le système circulatoire, sont allés se greffer là où le courant sanguin les avait déposés. Dans Tinfection purulente, dans l'endocardite ulcéreuse, les phénomènes généraux graves paraissent en rapport avec Taltération de la crase sanguine.

Nous verrons plus loin que ces phénomènes généraux ont été reproduits d'une manière assez satisfaisante (frissons, élévation de température, abattement, etc.) par Tinjection de matières putrides filtrées. Quant aux lésions désignées sous le nom d'abcès métastatiques, lésions qui ne se reproduisent pas par l'injection de matière filtrée, on admet généralement aujourd'hui qu'elles sont dues à des oblitérations vasculaires (leucocytes, détritus fibrineux), et M. Feltz a obtenu chez les animaux, par embolies capillaires artificielles, des altérations tout à fait analogues, tant par leur aspect que par leurs caractères microscopiques : taches ecchymotiques au début, puis ramollissement du parenchyme viscéral transformé en détritus puriforme.

Septicémies, — Les nombreuses expériences faites à ce sujet sur les animaux, en même temps qu'elles ont éclairé bien des points jusque-là obscurs, ont montré de plus que la pénétration artificielb des substances septiques dans le torrent circulatoire produit, chez les animaux, des accidents tout à fait analogues à ceux qui ont été observés chez l'homme. Mais il reste encore bien des inconnues dans la question de la septicémie ou plutôt des

septicémies : quelle part faut-il faire aux éléments solides, aux liquides , aux infusoires , aux différents produits de décomposition (ac. sulfhydrique, sulfhydrate d'ammoniaque, carbonate d'ammoniaque) contenus dans les matières putrides? Nous ne pouvons exposer ici les nombreux travaux qui ont été publiés sur ce sujet , et nous devons nous borner à examiner les phénomènes pathologiques produits artificiellement et à les comparer à ceux que les pathologistes ont observés chez l'homme.

Dans l'étude expérimentale de la septicémie, comme dans toutes les recherches de pathologie expérimentale , il faut tenir un grand compte de l'espèce animale sur laquelle on agit. On sait à quel point diffère Faction de certains poisons suivant l'espèce animale dont se sert le physiologiste. Peut-être même n'est-il pas inexact de con • sidérer, dans quelques cas du moins, que les différences, entre la maladie expérimentale et la maladie spontanée, sont dues principalement à ce que les médecins ne produisent pas les maladies sur l'espèce animale chez laquelle celles-ci s'observent spontanément.

Sans doute, il faut faire la part de l'imperfection de nos procédés expérimentaux, qui ne peuvent pas toujours reproduire exactement toutes les conditions qui concourent à la production d'un ensemble de phénomènes morbides; mais, dans certains cas , comme nous l'avons vu pour l'embolie, la pathologie expérimentale y réussit complètement, et alors les seules différences entre la maladie expérimentale et la maladie spontanée sont dues aux différences entre les espèces animales.

Pour les poisons putrides , nous voyons les divers animaux réagir différemment. Stich a démontré que ce sont les oiseaux (poules, pigeons) que le poison putride atteint le plus énergiquement ; les chiens seraient, selon cet

expérimentateur , les animaux les plus réfractaires , bien qu'ils soient encore fort énergiquement atteints.

Examinons maintenant ce qui se passe lorsqu'on a fait pénétrer dans le torrent circulatoire d'un chien , par injection dans la ,veine jugulaire, par exemple , une certaine quantité de substance putride (filtrée). Presque aussitôt, l'animal vomit et est pris de tremblement ; la respiration s'accélère, la température s'élève (de 2^ à 3°); l'animal s'affaisse, il laisse échapper les urines et les matières fécales et finit par succomber dans un état de collapsus.

Lorsque l'intoxication est moins intense , les phénomènes sont moins graves ; il survient de la diarrhée , quelquefois des hémorrhagies intestinales ; enfin les accidents peuvent se terminer par la guérison.

Les injections sous-cutanées de liquides putrides produisent rarement chez les chiens des accidents généraux comparables à ceux de la résorption putride de l'homme. Il y a une prédominance considérable des accidents locaux. Cependant Billroth, qui a fait de nombreuses expériences de ce genre , a pu en tirer comme conclusion générale, qu'il y a constamment élévation de température , en même temps que production d'accidents locaux (abcès, gangrène). Cette résistance du chien aux injections sous-cutanées obligea les expérimentateurs à recourir à l'injection directe dans les veines, et nous venons dédire quels sont les principaux phénomènes qui ont été constatés par les expérimentateurs, depuis Gaspard (1) jusqu'à 0. Weber.

(1) Gaspard, Journal de physiologie de Magendie, t. II, p. 1 à 4)). 182-2. Mêmejournal, t. IV, p. 1 à 6J. 1824.

Leuret, Thèse de Paris: Essai sur l'altération du sang. Mai, 1826. — Archiv. de méd., t. II, p. 98. 1826.

Trousseau ET Dupuv, Archivesdemédecine,p. 378, 1826. — Expé-

A J'autopsie des animaux , on constate des infiltrations hémorrhagiques. des hyperémies de la muqueuse intestinale, des poumons, de la rate, des ganglions mésentériques ; des hémorrliagies des séreuses, enfin des hémorrhagies interstitielles dans les différents organes.

Le sang a été trouvé noir, poisseux , se coagulant mal.

MM. Coze et Feltz ont constaté des altérations des globules rouges , une augmentation des globules blancs et la présence de bactéries.

Cet ensemble d'accidents produits expérimentalement se rapproche beaucoup, comme on le voit, du tableau symptomatique de la septicémie chez l'homme. Lorsque

riences et Observations sur les altérations du sang considérées comme causes ou comme complications des maladies locales.

H A.MONT, Journal pratique de médecine vétérinaire, p. 481. 1827.

Maréchal, Thèse de Paris. 18'28.

Dance, Archives de médecine, p. 169. 1828.

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Blum, De la septicémie chirurgicale aiguë. Thèse de Strasbourg, 1870, avec indications bibliographiques.

Coze et Feltz, Recherches cliniques et expérimentales sur les maladies infectieuses. Paris, 1872.

cette grave complication survient chez un individu atteint , par exemple , d'une plaie , on voit survenir des frissons , une fièvre intense (élévation de la température 40% 41°) (1), des vomissements, de la diarrhée , quelquefois des hémorrhagies, particulièrement par l'intestin , enfin des accidents du côté des centres nerveux , délire , etc., toujours plus marqués chez l'homme à cause de la prépondérance de l'appareil cérébral qui le distingue des animaux. Les lésions les plus fréquentes sont la congestion pulmonaire et les ecchymoses intestinales, altérations tout à fait semblables à celles que Ton trouve chez les animaux.

§ IL — Altérations des solides.

Ces altérations sont , plus encore que les précédentes^ accessibles à l'intervention de l'expérimentation. La chirurgie , à cet égard , est d'une richesse incomparable. On peut imiter exactement des fractures , produire des luxations , certaines hernies , toutes les lésions traumatiques , hémorrhagies , etc. Les blessures des nerfs sont facilement reproduites, mais non pas toutes leurs conséquences. c( On m'a conduit un jour, à Alfort , m'écrit M. H. Bouley , un cheval qui avait un tétanos terrible survenu à la suite d'un trochisque placé sur la face, à Témergence de la cinquième paire ; j'ai essayé bien des fois d'imiter l'action de cette cause, jamais je n'ai pu y réussir. » Je n'ai pas à m'occuper ici de ces nombreuses a t rations qui font partie du domaine chirurgical; qu'il me suffise d'indiquer quelques-unes des principales affec-

(i) Dans quelques cas rares, Billroth a constaté un abaissement de température qu'il explique par la présence de matières (carbonate d'ammoniaque) dont l'injection chez les animaux produit l'abaissement de la température*

tions médicales que l'on a tenté d'imiter en agissant sur les centres ou les cordons nerveux.

Méningites. — Il est généralement facile de produire sur les animaux des méningites suppuratives ou prolifératives. Flourens (1), par le dépôt d'une faible quantité de pus à la surface de l'araclinoïde , déterminait dans cette membrane une inflammation suppurative qui ne différait pas de celles qui surviennent dans le cours des septicémies ou à la suite de l'ouverture d'un abcès dans la cavité arachnoïdienne.

Des inflammations prolifératives ou adhésives des méninges cérébrales ont été également produites. M. Sperling (2) est parvenu récemment , après MM. Laborde et Yulpian , à produire artificiellement chez des lapins la pachyméningite, et ses résultats on tune importance réelle, au point de vue de la pathogénie de cette afl'ection. Ils montrent que, dans quelques circonstances au moins, l'inflammation de la dure-mère serait la conséquence et non la cause de l'épanchement sanguin qui l'accompagne. M. Sperling a procédé en injectant entre la duremère et l'arachnoïde, et au-dessus de la convexité du cerveau, chez des lapins, du sang frais, du sang défibriné et divers liquides irritants. Huit jours après les injections faites avec le sang frais du lapin, il observait le début de l'organisation d'une néo-membrane , qui se complétait en quelques semaines ; dans tous les cas , il put, au bout de trois semaines , constater une nouvelle formation de vaisseaux.

Les néo-membranes étaient tout à fait analogues à celles qu'on trouve dans la pachyméningite hémorrhagique.

(1) Flourens, Comptes rendus de l'Académie des sciences. l863.

L'organisation du sang s'établissait à la convexité du cerveau et sur la face interne de la dure-mère , sans adhérences avec l'arachnoïde. La formation de ces productions membraneuses parait avoir lieu par organisation de la fibrine injectée; car, avec le sang défibriné, on n'observe au bout de plusieurs semaines aucune trace de néomembrane, et le sang est presque entièrement résorbé. Les injections de liquides irritants , tels que des solutions d'acide acétique, d'iode, de sel marin, ne produisent aucune membrane organisée.

Encéphalite. — L^encéphalite a été l'objet d'études expérimentales. Flourens (1) est parvenu à faire suppurer le cerveau par l'introduction de corps étrangers dans la substance encéphalique, et il a admis que le pus, après saformation, pouvait se résorbersans laisser de trace.

Tigges(2) a égalementproduit, à l'aide d'une irritation mécanique ou chimique, des petits foyers de suppuration dans le tissu cérébral. MM. Poumeau (3) et Bouchard , à la suite d'expériences analogues, qui n'auraient porté que sur la substance des circonvolutions, auraient constaté, à l'examen microscopique, une prolifération plus ou moins abondante des éléments de lanévroglie avec atropjhie des tubes nerveux, sans modification appréciable des cellules nerveuses. M. Ilayema repris etcomplété ces expériences, dont il rend compte dans sa thèse inaugurale (4). Ayant

(1) Flourens, sur la guérison des abcès du cerveau (Acad. des sciences et Gaz. des hôp., 1852).

(2) TiGGES, Pathologisch. anatom. phys. Untersuchungen zur Dément, paralyt. prog. (Allg. Zeitschr. f. Psych. XX, 1863).

(3) I. Poumeau, Du rôle de l'inflammation dans le ramollissement cérébral. Thèse de Paris, 1866.

(4) G. IIayem, Études sur les diverses formes d'encéphalite. Thèse de Paris, 1868.

opéré sur des chiens et des cochons d'Inde, il a vu les cellules de la névroglie se gonfler sous l'influence de l'irritation et présenter bientôt des noyaux multiples ou même une multiplication endogène ; il a constaté la formation du pus. De ses recherches il résulte qu'au point de vue symptomatologiqueles lésions cérébrales, comme l'avaient établi des recherches antérieures , ne déterminent pas d'hémiplégie bien nette chez les animaux , qu'elles produisent parfois une tendance à la rotation conjuguée des yeux du côté lésé vers le côté normal (1) ; enfin, cet observateur a noté un état fébrile inconstant. MM. Poumeau et Bouchard auraient obtenu quelquefois des convulsions, de la contracture et toujours un état fébrile bien manifeste.

Certes, on ne peut contester que ces altérations n'aient une grande ressemblance, anatomique du moins, avec l'encéphalite traumatique de l'homme ; mais, en réalité, elles sont aussi éloignées des encéphalites de cause interne que la cause mécanique qui les a produites peut l'être de l'agent syphilitique, par exemple^ ou de tout autre agent qui ne détermine d'altération locale qu'après avoir modifié l'organisme entier. La myélite artificielle, quoique difficile à produire chez les animaux , a cependant pu être étudiée dans quelques cas. Ainsi nous trouvons dans la thèse de M. Gouyba (2) une observation de myélonévrite survenue chez un cobaye après section transversale complète de la moelle épinière au niveau de

{■[) Comparez : Prévost, De la déviation conjuguée des yeux et de la rotation de la tête dans certains cas d'hémiplégie. Thèse de Paris, 1868.

(2) CouYBA, Des troubles trophiques consécutifs aux lésions traumatiques de la moelle et des nerfs. Thèse de Paris, 1871, p. 45.

Lancereaux. 7

la deuxième ou troisième vertèbre lombaire. Deux jours et demi après cette mutilation, qui fut suivie de paralysie, M. Brown-Sequard constatait l'existence d'ulcérations superficielles et d'hémorrhagies sous-cutanées, siégeant à la partie postérieure des régions paralysées , sur des points où il ne pouvait exister de pression ou de frottement, en un mot, aucune cause extérieure d'altération. Plus tard l'animal présenta un énorme ulcère gangreneux auprès du coccyx. Il avait eu des roideurs et des soubresauts convulsifs les jours précédents. Plus tard il parut s'améliorer ; mais peu après il cessa de manger , maigrit énormément , et il était dans un état d'extrême débilité lorsqu'il fut tué. On trouva à l'autopsie , au niveau de la blessure^ les méninges et la moelle confondues , adhérentes entre elles et très-difficiles à détacher des corps vertébraux. Des coupes transversales, pratiquées en ce point, firent reconnaître une méningo-myétite très-accentuée et accompagnée d'une irritation inflammatoire des racines antérieures et postérieures. Audessus de la lésion, la moelle était saine, à part peut-être un léger degré de dégénération ascendante dans les cordons cunéiformes.

Les muscles du bassin, fessiers, pyramidaux, les muscles de la cuisse et du mollet, présentaient une coloration jaunâtre, une épaisseur et une résistance qui contrastaient avec celles des muscles des membres supérieurs et du tronc . Au microscope, les fibres musculaires paraissaient remplies de noyaux ovoïdes pourvus d'un nucléole très-net et entourés d'une masse de protoplasma. Dans certaines fibres, le nombre de ces éléments était tel qu'ils apparaissaient en séries linéaires rappelant la forme et la disposition des fibres musculaires. Le sarcolemme lui-môme, dans les fibres où il était encore observable, présentait des traces d'irritation. Le tissu conjonctif interstitiel ne paraissait

pas avoir participé au processus. D'un autre côté, le nerf sciatique était manifestement altéré. Les tubes nerveux se présentaient sous la forme de tractus moniliformes ; les parties rétrécies correspondaient à des noyaux colorés aisément par le carmin, et qui souvent proéminaient dans l'intérieur des tubes nerveux. En certains points, ces noyaux paraissaient dépendre de la gaine de Schwann; ailleurs, ils semblaient occuper le centre même de l'élément tubulaire. Les renflements présentés par les tubes renfermaient des amas de myéline ressemblant absolument à des corps granuleux. Dans les tubes les plus altérés, les cylindres d'axe avaient disparu, en tout ou en partie, et on observait des corps amyloïdes dont l'apparition était peut-être en rapport avec la disparition des cylindres d'axe.

L'altération médullaire rencontrée dans ce fait n'est évidemment comparable qu'à celle que peut produire un traumatisme. Elle présente néanmoins un belexempledes lésions secondaires survenant, tant du côté des nerfs que du côté des muscles et de la peau, à la suite des affections profondes de la moelle épinière , quelle que soit d'ailleurs la cause qui altère cet organe. Mais si les inflammations artificielles de la moelle épinière sont susceptibles de se propager aux nerfs et de produire des altérations dans les muscles, par contre, les inflammations des nerfs peuvent influencer la moelle épinière, comme le prouve le passage suivant, emprunté à Leyden, et que nous a communiqué, avec son obligeance habituelle, M. le D' Charcot :

«Un de mes élèves (1), écrit Leyden (2), rapporte

(1) TiESLER,Ueber Neuritis inaug.Diss.Kœnigsberg, 1866,p. i25.

(2) E. Leyden, Sammlung klinische Vortrasge, etc.; Ueber Reflexlsehmung, Leipzig, p. 16, 1870.

que, dans ses recherches sur la névrite, il a appliqué de diverses manières, sur des sciatiques de lapins et de chiens, des irritants capables de provoquer l'inflammation. Dans une de ses expériences, il arriva que le lapin devint paraplégique et mourut trois jours après. A Tautopsie, on trouva, dans le lieu où le nerf sciatique avait été lésé, un foyer inflammatoire purulent et un autre dans le canal vertébral, dans le point où les racines du sciatique en question entrent dans la moelle. La moelle elle-même, à ce niveau, était ramollie très-fortement et contenait des corpuscules de pus et des cellules granuleuses. Les parties du nerf comprises entre les deux foyers purulents ne présentaient rien d'anormal, n

Cette observation montre expérimentalement qu'une névrite en foyer peut déterminer une myélite aiguë, avec paraplégie complète ; elle fait comprendre aussi l'origine périphérique de certaines myélites, dans les cas même où la névrite n'est pas anatomiquement appréciable (1).

Remarquons que la névrite n'est jamais ou n'est que rarement le résultat d'une simple section de nerfs, et que c'est seulement à la suite de contusions, de commotions, ou de l'action d'agents phvsiques ou chimiques, que s'établit en général cette inflammation des cordons nerveux. Ce fait, sur lequel M. le D'' Charcot a déjà appelé l'attention des observateurs, permet de comprendre comment

(1) Leyden, ajoute M. le D' Charcot, propose de comprendre ainsi le développement des paralysies réflexes, et, dans mes leçons à la Salpétrière, j'ai fait valoir à mon tour cette expérience qui, depuis, a été répétée avec succès par d'autres observateurs, pour montrer que certaines paralysies dites réflexes, bien qu'elles se rattachent à une lésion inflammatoire de la moelle (myélite), ont cependant quelquefois ou peuvent avoir un point de départ périphérique.

certaines lésions traunialiqnes des nerfs (blessures de guerre, par exemple), ou même certaines lésions spontanées sont le point de départ de troubles trophiques, tandis que d'autres altérations, comme celles que l'on produit pour étudier la dégénération et la régénération des cordons nerveux, ne sont jamais suivies des mêmes désordres (1).

C'est ici le cas de rappeler ces nombreuses lésions trophiques étudiées avec tant de soin , dans ces derniers temps, par M. le D'^ Charcot (2), et que l'expérimentation parvient à reproduire, sinon en totalité, du moins en partie, et principalement les atrophies musculaires, qui ont été étudiées par M. le professeur Vulpian (3). Cet expérimentateur, en agissant sur des nerfs moteurs, est parvenu à produire l'atrophie des muscles auxquels ces nerfs se distribuent, tandis que la destruction des nerfs sensitifs restait sans résultat (langue) Après l'ablation de la portion centrale du nerf facial chez un lapin, il a constaté, au bout de deux mois environ, une atrophie notable des muscles, ainsi qu'une diminution de leur coloration.

On a produit aussi, en agissant sur la moelle, des atrophies musculaires ; mais la condition expérimentale nécessaire au déterminisme de ces atrophies échappe encore. C'est par hasard seulement et en poursuivant Fétude d'autres sujets que l'on a obtenu ces lésions, qui, toujours, étaient accompagnées d'une dégénération des racines nerveuses.

(1) Voyez Philippeaux et Vulpian, Recherches générales sur la régénération des nerfs. Paris, iSiiO.

(2) Charcot, Leçons professées à la Salpôtrière, publiées par M. le l)r Bourneville, dans Mouvement médical, 1868. — Comparez : MouGEOT, Thèse de Paris, 1867.

(3) Vulpian, Archives de physiologie normale et pathologique, '18G9etmars 187-2. Comparez :Erb. Arch. dePhysiol., 1869, p. 783.

Nous avons vu plus haut que M. Brown-Sequard avait produit, en agissant sur la moelle épinière, des altérations et des eschares cutanées. Voici, pour en finir avec les désordres secondaires du même genre, un résumé succinct des troubles trophiques qui, d'après Fischer, succèdent aux lésions partielles des nerfs.

La peau, après ces lésions, devient œdémateuse (1), rouge, la rougeur disparaissant sous l'action du doigt; elle est le siège de douleurs cuisantes. Les ongles croissent d'abord rapidement (2); plus tard, ils se crevassent, s'exfolient, deviennent épais et difformes ; plus rarement, ils tombent. Les poils croissent vite-; ils deviennent plus on gs et plus épais; plus tard, ils tombent. On observe ultérieurement des éruptions cutanées, principalement de l'eczéma, dont l'apparition est accompagnée de la disparition des douleurs. Il se produit une desquamation épidermique caractéristique, soit furfuracée, soit par grands lambeaux. A une période plus avancée,, surviennent des ulcérations (3), plus ou moins profondes,

(1) Il résulte des expériences de Ranvier que, chez le chien, la ligature des veines ne produit pas l'œdème; mais qu'à la suite de l'oblitération des veines, l'hydropisie est produite par la seclion des nerfs vaso-moteurs. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 28 décembre 1869).

(2) Adelman de Dorpat a vu, chez des chevaux, la section du nerf tibial suivie d'un accroissement du sabot (Congrès des naturalistes et des médecins allemands, session de Rostock. (Revue scient., 30 mars 1872). — Voyez Fischer, ibid.

(3) Schiff, pratiquant chez un certain nombre de lapins l'hémisection des couches optiques et des pédoncules cérébraux, observa, au bout de huit jours, des stases sanguines et des ramollissements de la muqueuse stomacale semblables à ceux que l'autopsie révèle chez l'homme dans quelques affections cérébrales, et il reconnut que les nerfs pneumo-gastriques sont complètement étrangers à cette désor-ianisation, de même que les autres parties du cerveau et du cervelet.

pouvant aller jusqu'aux os et déterminer la perte d'une phalange; parfois on observe du lupus. Les muscles s'atrophient et se contracturent; les articulations sont le siège d'inflammations chroniques, adhésives ou séreuses, rarement accompagnées de carie. Les os s'atrophient, le membre entier se raccourcit. La température du membre ainsi lésé monte pour descendre ensuite ; la sécrétion est augmentée d'abord, puis diminuée.

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