PARASITISME
Le parasitisme est un champ d'études qui a été fécondé surtout dans ces derniers temps. Plusieurs afl^ections parasitaires ont été reproduites par ia réalisation expérimentale des conditions morbides qui contribuent à les développer, et par la connaissance de l'évolution des êtres qui les produisent.
1. Parasitisme animal. — k. Helminthes à génération simple, Trichines et trichinose. — Il y a quelques années, un observateur allemand, Zenker (1), étudiant l'altération musculaire de la fièvre typhoïde , trouva , au lieu de la modification anatomique qu'il cherchait, des altérations produites par la présence d'un ver parasite, autrefois décrit
Ces altérations surviennent fatalement chez le lapin , à cause de sa nourriture toujours assez dure ; tandis que chez le chien on peut les éviter en ne lui donnant à manger que des aliments complètement mous. Le frottement seul parait détacher la plaque hypérémiée de la muqueuse stomacale, et on peut voir le chien mourir de péritonite aiguë à la suite de perforation stomacale, si on le laisse avaler des aliments durs, des os, par exemple. (M. Schiff, Leçons sur la physiologie de la digestion, p. 424. Florence, 1868.)
(1) Zenker, Ueber die Trichinen Krankheit des Menschen, Arch. f. path, Anat. 1860. Comparez: Virchow, ihid.^ et voy. Bibliogr, p. 122.
par Owen sous le nom de Trichina spmlis. Par cela même, il put montrer que l'infection par la trichine produit des accidents qui, jusque-là, avaient été confondus, tantôt avec la fièvre typhoïde, tantôt avec le rhumatisme, la pleurésie ou toute autre affection. Reproduire expérimentalement la trichinose devint facile, quand on sut que cette maladie avait son origine dans les muscles du porc. En effet, il suffit de faire avaler à un lapin de la viande contenant des trichines, pour voir se dérouler tous les phénomènes de cette affection.
L'animal en expérience, dans ces conditions, maigrit au bout de trois à quatre semaines, ses forces diminuent sensiblement, et il meurt vers la cinquième ou sixième semaine qui suit l'ingestion de la viande renfermant des enlozoaires. Si Ton examine les muscles rouges de l'animal ainsi mort, on les trouve remplis, le cœur excepté, de millions de trichines, et il n'est pas douteux que la mort n'ait été produite par une atrophie musculaire consécutive aux migrations des trichines dans l'économie. On a pu obtenir plusieurs générations d'entozoaires, en faisant ingérer à un second lapin des muscles du premier, et ainsi de suite.
L'observation attentive faite sur ces animaux donne les résultats suivants : peu d'heures après l'ingestion des muscles malades, les trichines, dégagées des muscles, se trouvent libres dans l'estomac ; elles passent de là dans le duodénum, et arrivent ensuite plus loin dans l'intestin grêle, pour s'y développer. Dès le troisième ou le quatrième jour, on trouve des œufs et des cellules spermatiques , et les sexes sont devenus distincts. Bientôt après , les œufs sont fécondés , et il se développe, dans le corps des trichines femelles, de jeunes entozoaires vivants qui, expulsés par l'orifice vaginal situé sur la moitié an té-
rieure du ver, traversent les parois intestinales et se retrouvent, sous forme de petits lilaires, dans les glandes mésentériques, dans les cavités séreuses, et môme dans le sang (Zenker), jusqu'à ce qu'ils parviennent enfin à se fixer dans les faisceaux musculaires primitifs, où on les trouve, trois semaines après l'alimentation , en nombre considérable et à un degré de développement tel, que les jeunes entozoaires ont presque atteint les proportions de ceux qui étaient renfermés dans la chair ingérée par l'animal. Les trichines progressent dans l'intérieur des faisceaux musculaires primitifs, où on les voit souvent plusieurs à la file Tune de l'autre. Derrière elles, la substance musculaire s'atrophie ; autour d'elles se fait une irritation, et, dès la cinquième semaine, commence leur enkystement ; le sarcolemme s'épaissit, et le contenu des fibres musculaires présente les signes d'une végétation cellulaire plus active.
On ne peut reproduire cette affection parasitaire avec le même succès sur tous les animaux. Tandis que le lapin, le cochon d'Inde, la poule se prêtent fort bien à cette expérimentation , le chat et le chien s'y prêtent peu. Chez ce dernier animal, on suit très-bien le développement des trichines dans l'intestin; mais celles-ci ne passent pas dans les muscles, soit que l'intestin , soit que les sucs digestifs du chien soient nuisibles aux migrations ou à l'évolution ultérieure de ces êtres.
B. Helminthes à génération alternante causant deux affections distiîicies. Tœnia solium. Première affection ou Ladrerie. — Cette affection , qui existe à l'état naturel , principalement chez le porc et chez le bœuf , a été imitée expérimentalement par Ruchen-
meister (1), Van Beneden, Leuckart, Haubner, etc., dont les travaux ont servi à faire connaître les développements et les migrations du taenia. Lorsque l'on donne à manger à des animaux d'une espèce appropriée des progloltides ou anneaux mûrs et fertiles de taenia, les œufs de ces derniers éclosent dans le canal intestinal par suite de l'action exercée par le suc gastrique sur la coque de nature chidneuse de l'œuf ou des œufs. Cette coque se rompt, et les jeunes taenias (embryons hexacanthes) perforent, avec leurs crochets, la mince paroi épithéliale de l'intestin , et pénètrent, du moins suivant quelques observateurs, dans les vaisseaux sous-jacents , d'où ils sont entraînés par le courant circulatoire dans les ramifications des veines intestinales qui les amènent dans la veine porte et dans la circulation générale. Ces embryons vont ainsi se fixer dans différents organes, et de préférence dans les muscles, où ils s'enkystent en même temps que leur tête se rétracte et s'invagine dans la partie postérieure de leur corps. Celle-ci s'infiltre peu à peu de liquide , se distend
(1) KucHENMEiSTER, Die in dem Kœrper des lebenden Menschen vorkommenden Parasiten. Leipzig, 1855.
Davaine, Traité des entozoaires. Paris, 1860.
Baillet, Expériences sur l'organisation et la reproduction des cestoïdes du genre tcjenia (Annales des sciences naturelles , 4« série, t. X, 1838).
Leuckart, Die menschlichen Parasiten. Leipzig, 1862.
E. KoEBERLÉ, Des cysticerques de taenias chez l'homme (Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, p. 182. Paris, 1861).
Van Beneden et Gervais, Zoologie méd, Paris, 1861.
GoBBOLD, Entozoa, an Introduction to the study of Helminthology. London, 1864.
Krabbe, Recherches helminthologiques en Danemark et en Irlande. Copenhague, 1866.
LÉON Vaillant, Article Entozoaire du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, i. XIII, p. 3:26. 1870.
progressivement et devient ainsi la vésicule ou vessie Cc'udale. Les traces de la dépression ou de la cicatricule terminale par laquelle l'embryon était fixé aux membres, disparaissent par la distension , et l'embryon du taenia constitue dans cet état une sorte de larve qu'on est convenu d'appeler un cysticerque ou deuto-scolex, et que les anciens nommaient une vésicule hydatique.
On connaissait depuis plusieurs années les migrations du tœnia solium de l'homme (1); mais , lorsqu'on vint à supposer une autre espèce de taenia chez l'homme [tœnia inerme) , on n'eut rien de mieux à faire que de s'adresser à l'expérimentation. Or les expériences de Leuckart ont démontré que, si l'on administre à de jeunes veaux des proglottides du tœnia mediocanellata , il se développe chez ces animaux , dans le tissu cellulaire de différents organes , des cysticerques offrant, dans leur disposition céphalique , les caractères de troncature et d'absence de crochets de la tête du taenia inerme [mediocanellata). Ainsi s'est trouvée produite expérimentalement l'affection parasitaire si commune chez le bœuf dans quelques contrées, principalement en Abyssinie, avec cette différence, toutefois , qu'au lieu d'une maladie bénigne , telle que celle qui existe à l'état naturel, on produisit, par l'ingestion d'anneaux de taenia inerme , une maladie des plus graves et qui se termina par la mort.
Deuxième affection. — Le cysticerque peut rester dans les tissus , un temps plus ou moins considérable , sans subir aucune transformation; mais si la chair de l'animal dans lequel il habite est ingérée, soit par certains animaux , soit encore par l'homme, il est mis
(1) Le D'^ Humbert , de Genève , avala quatorze cysticercus cellulosije de porc le II décembre 18oJ. Dans les premiers jours
en liberté parla digestion, il perd sa vésicule, se fixe avec ses ventouses et ses crochets aux parois de l'intestin , et révolution s'achève. A la partie postérieure du prolongement qui l'unissait à l'ampoule, de petites rides, premiers rudiments des anneaux, s'accusent de plus en plus; l'animal grossit par l'absorption directe des matières alibiles au milieu desquelles il flotte; à la partie postérieure de ce qui constitue alors le cou, se produisent toujours de nouvelles rides donnant naissance à de nouveaux anneaux ; ceux-ci, s'interposant entre la tête elles premiers anneaux formés, font reculer de plus en plus ces derniers, qui continuent à se développer et passent chacun successivement par les états d'articles neutre, mâle, femelle, et d'articles mûrs détachés onproglottis.
Des faits de même ordre ont été observés pour le tœriia echinococcus, qui, à l'état de larve, état correspondant au cysticerque , vit dans le parenchyme de différents organes (échinocoques du foie, des poumons, etc.); à Tétat adulte ou de taenia , dans l'intestin du chien.
En faisant ingérer des œufs du tœnia echinococcus à des porcs, M. Leuckart est parvenu à produire la maladie
de mars iSo^, il commença à rendre des fragments considérables de tfienia que le professeur Vogt, auquel il les a montrés, et en présence duquel il avait avalé les cysticerques, rapporta au T.solium. N'ayant pu réussir à se débarrasser de la tète des ténias, il rendit de nouveau desprogloltides au mois d'août 1856. (Bkrtolus, Dissertation sur les métamorphoses des cestoïdes. Montpellier, I806.) Dans une nouvelle expérience, tentée par Kuchenmeister sur un criminel décapité le 31 mars 1860, et auquel on avait fait ingérer à son insu, à deux reprises, quatre mois, puis deux mois avant sa mort, des cysticerques cadriques de porc, on trouva dans l'inteslin onze ténias dont les segments terminaux, arrivés à maturité, étaient en partie détachés, et huit autres ténias qui n'avaient pas encore subi leur évolution complète.
hydatique; d'un autre côté, MM. Krabbe et Finsen, en faisant avaler des échinocoques à des chiens, sont parvenus à développer chez eux le txnia echinococcus ,
Le taenia cœnurus, à l'état de larve ou cœnure, existe , comme on sait, dans le cerveau du mouton chez lequel il produit le tournis ; à l'état adulte, il habite dans l'intestin du chien. Les deux ordres d'affection qu'il détermine ont été expérimentalement produites par Kuchenmeister, Alphonse Milne-Edwards , Vaillant.
Les différents observateurs que nous venons de citer ne sont pas seulement parvenus à produire des affections expérimentales identiques aux affections qui, dans les conditions ordinaires, se rencontrent chez l'homme ou chez les animaux ; ils ont encore pu modifier ces affections de façon à les rendre plus ou moins graves (Leuckart), et, delà sorte, ils sont arrivés à éclairer d'un jour tout nouveau l'histoire jusque-là si obscure des entozoaires.
A l'aide de l'expérimentation, ils ont pu étudier et suivre toutes les phases de développement de ces parasites. Le même procédé fait également connaître que, les premiers des parasites, dont il est ici question, sont plus cosmopolites en quelque sorte que les seconds. C'est la même espèce do trichine que l'on observe chez l'homme, le lapin, le porc etc. Pour les taenias au contraire, la spécialisation est plus grande; ainsi l'échinocoque se trouve chez l'homme, mais le taenia qui en dérive ne peut habiter son intestin, il se rencontre chez le chien. Quelques espèces de vers peuvent habiter le même individu à l'état de larve et à l'état adulte, tel est, par exemple, le cysticercus cellulosœ et le taenia solium chez l'homme.
2. Parasitisme végétal. — Le parasitisme végétal n'a donné lieu jusqu'ici qu'à un petit nombre d'expériences,
qui cependant ont suffi à reproduire quelques-unes des affections cutanées.
En 1854, M. Draper, de New-York, a vu un cliat, auquel il faisait manger des souris atteintes de teigne faveuse, contracter le favus (1).
Plus récemment, M. Saint-Cyr (2) a répandu sur la tète d'un chat, qu'il avait épilée, de la poussière faveuse contenant des spores de l'Achorion Schoenleinii, et l'a fixée avec un emplâtre de diachylon. 11 s'est d'abord produit des tubercules grisâtres, puis des croûtes grises et ensuite soufrées. D'un autre côté, M. Saint-Cyr a inoculé avec succès la teigne de l'enfant au chat, et M. Tripier (3), par une expérience inverse, s'est inoculé au bras la teigne de la souris et a obtenu deux godets. En i85G , M. Deffis , cité par M. Bazin, a pu transplanter également le trichophyton. Ce parasite peut être transmis à l'homme par les animaux domestiques, chien, chat, etc. ^ Le muguet se reproduit expérimentalement, si, comme le fait remarquer M. Gubler, onasoin de rendre acides les liquides buccaux. En effet, M. Quinquaud (4), humectant la surface de la langue avec l'acide lactique, Ta vu se développer facilement. Berg prétend même l'avoir obtenu chez des individus sains; mais on n'a pu répéter ses expériences.
(1) Bazin, Observation rapportée à l'article Teigne faveuse, p. 118.
("2) Saint-Cyr, Journal deVAnatomie, de Gh. Robin. Paris, 1869.
(3) Voyez Revue vétérinaire, par Leblanc, Archives génèr. de médecine, 1869.
(4) Quinquaud, Archiv. de physiologie norm. et de path, Paris,