DÉFINITION ET DIVISION DU SUJET
Au début d'une étude ([ui porte sur un sujet aussi vaste que complexe, il importe, croyons-nous, pour éviter toute confusion et tout malentendu, d'en fixer nettement les limites et de déterminer avec soin ce qui doit s'entendre par les termes mômes de la question. Bien qu'en général on s'accorde assez sur leur signification, leur définition nette et précise reste à donner pour l'intelligence complète du plan que nous devrons adopter.
Sans vouloir rappeler ni critiquer les définitions déjà proposées de la maladie^ nous devons écarter celles qui tendent à confondre la maladie même avec la lésion et le symptôme. Il faut maintenir dans l'expression la distinction qui existe dans la nature des choses, etaccuserla séparation entre les phénomènes morbides et cet état spécial de l'être vivant indiqué sous lenomdemaladie, et que caractérisent une évolution d'actes anormaux, un processus s'écartant plus ou moins de l'idée du type physiologique. Cette distinction est si bien fondée en réalité que l'expérimentation ne fait elle-même que la confirmer journellement : elle produit à volonté de simples phénomènes pathologiques, tandis qu'elle reste jusqu'ici à peu près impuissante pour créer des maladies. «L'expérimentation, dit un médecin distingué de notre époque (1), réussit à produire une glycosurie passagère, à l'aide d'une lésion traumatique. Elle reproduit à merveille les accidents variés de la thrombose et de l'embolie. Elle accélère ou paralyse à volonté les mouvements du cœur. Elle détermine à volonté tous les accidents de l'urémie. Grâce à certaines lésions du système nerveux, elle fait
(1) J.-i\l. Gharcot, Leçons cliniques sur les maladies des vieillards, !2^ série, ter fasc, p. 26. Paris, 1867.
naître des pleurésies, des pneumonies, des péricardites aiguës plus ou moins comparables à celles qu'on observe chez l'homme. Elle est parvenue récemment à développer chez un animal les phénomènes delà fièvre traumatique, en injectant dans le sang le liquide recueilli chez un autre animal, à la surface d'une plaie récente. Mais on peut dire que les affections à lente évolution lui échappent le plus souvent. »
Cette distinction admise et reconnue, Tordre et la division de ce travail nous sont impérieusement tracés par là nature même du sujet.
La première partie comprendra l'étude comparative des maladies expérimentales et des maladies spontanées.
La seconde, l'examen des phénomènes pathologiques provoqués,, comparés aux phénomènes morbides naturels.
Quant aux dénominations appliquées aux maladies aussi bien qu'aux phénomènes pathologiques, il ne nous paraît pas qu'il puisse à cet égard subsister la moindre obscurité. Nous désignerons par le mot expérimentales des maladies produites par l'intervention de Tobservateur, et par le mot spontanées des maladies se développant en dehors d'une action intentionnelle. Dans cet ordre d'idées, les dénominations de maladie expérimentale, artificielle^ provoquée seraient synonymes et en opposition avec les dénominations de maladie spontanée ou naturelle.