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DU TESTICULE

À. Cooper a décrit sous le nom de cystic diseuse une tumeur très-rare du testicule, caractérisée par le développement, au-dessous de l’enveloppe immédiate de cet organe , d’une foule de kystes de grandeur variable , et tous continus entre eux par leurs parois.

Les traducteurs du chirurgien anglais ont rendu le nom de fa maladie par la dénomination de maladie enkystée du testicule , et M. le professeur Gosselin , dans sa traduction du traité de Curling* l’a mieux exprimée, suivant nous, en l’appelant maladie kystique nom sous lequel nous la désignerons.

Nous trouvons encore en France les dénominations de sarcocèle ou de sarcome kystique.

A. Cooper l’avait aussi comprise dans sa description des hyda— tides, mais en la distinguant bien des vraies hydatides, que l’on rencontre dans le testicule; il la regardait comme constituant une affection spéciale, de nature toujours bénigne.

Curling a étudié les caractères anatomiques et les symptômes de lamaladie kystique avec plus de précision , en s’appuyant sur un certain nombre d’observations. Les unes lui sont propres; d’autres sont empruntées à MM. Hancock, Hogg, César Hawkins. Une partie des pièces anatomiques sur lesquelles il a établi sa description sont dé-

posées au musée du Collège des chirurgiens de Londres, et dans ceux: clés hôpitaux Saint-Thomas et Saint- Georges. Un cas remarquable a été publié dans les Médico-chirurgical transactions , t. XXXVI, p. 449.

Mais les chirurgiens français ont eu aussi l’occasion d’observer

cette affection et de la décrire avec précision. Boyer l’avait entrevue et Sa comparait aux kystes de l’ovaire. Bérard , dans sa thèse pour l’agrégation, en 1834, paraît en avoir observé des cas, qu’il a renfermés dans la description de l’hydrocèle enkystée du testicule, sous le nom commun de kystes testiculaires. M. le professeur Velpeau , en 1844 (1), établit la distinction fondamentale entre les deux maladies ; il décrit les locales de la tumeur kystique , leurs variétés de dimension et de contenu , et les range dans la classe des tumeurs colloïdes.

M. le professeur Cru veil hier (2) donne une observation et un beau dessin d’un cas de cette nature, sous le titre de cancer ar échoir e arec matière perlée. M. Gosselin fait, dans une note à l’article de Curling, la relation d’un sujet opéré de cette affection par Roux en 1837(3).

Nous trouvons enfin, dans les Archives générales de médecine , en 1854, une très-belle observation recueillie à la clinique de M. îe professeur Nélaton, et publiée par M. Trélat.

La physiologie pathologique de la maladie kystique a été l’objet d’un mémoire de M. Robin (4). Cette même question a été étudiée également, et résolue à peu près dans les mêmes termes , par M. Lebert , dans sa Physiologie pathologique et son Traité des maladies cancéreuses.

Nous avons eu le bonheur d’observer deux cas de cette tumeur

(1) Dict. en 30 volumes , t. XXIX , p. 489.

(2) Anat. palholog. avec pl. , Maladies du testicule , pl. i, 5e livraison.

(3) Curling, loc. cit p. 417.

(4) Mémoire sur l’origine èpididy maire des tumeurs dites sarcocéles encéphaloïdes et kystiques du testicule.

rare , presque à là même époque; et les réflexions que nous a suggérées ia comparaison de ces deux faits nous ont engagé à en faire le sujet de notre thèse inaugurale. Nous nous permettrons d’en rapprocher le fait de M. Trélat , remarquable par la précision des détails.

Nous avons pu étudier les deux pièces anatomiques qui font le sujet des deux observations que nous publions, discuter nous-rrrême le diagnostic du malade de l’observation 2, le seul qui ait été soumis à notre examen. Quant à l’histoire clinique du malade de l’observation 1r<\ nous Sa devons à l'obligeance de notre ami , M. Piedvache, interne des hôpitaux de Paris, qui l a recueillie dans le service de son père , à l’hôpital de Dfrian.

Nous regrettons que l’examen histologique des tumeurs n ait pu

être fait par un micrographe très-compétent.

OBSERVATION Ire.

Maladie kystique du testicule droit. Opération, guérison.

B . (Pierre), cultivateur, âgé de 35 ans, d’une constitution

assez chétive, entre à l’hôpital de Dinan, le 15 avril 1859, pour une affection du testicule droit.

A la fin de juin 1858 , il reçut dans les bourses un coup de pied de cheval , qui détermina une ecchymose et un gonflement léger résolus au bout de quelques jours. Ce n’est que quelques semaines plus tard , et presque par hasard, que le malade s aperçut d un engorgement du testicule droit, du reste complètement indolent. Depuis lors la tumeur s’est accrue par degres , est devenue bientôt le siège d’une douleur, intermittente d abord , continue seulement depuis quelques semaines , et accompagnée de tiraillements dans les lombes.

État actuel. Les bourses ont acquis le volume du poing; la peau est tendue, mais avec un développement irès-Leger des veines sous^

cutanées, et elle a conservé toute sa mobilité. On reconnaît de suite que le testicule gauche est sain , et est simplement accolé à la tumeur : celle-ci offre une forme ovoïde, à grosse extrémité inférieure, sans qu’on puisse cependant dire qu’elle soit pvriforme ; le testicule a plutôt conservé sa forme normale, avec exagération considérable de tous ses diamètres. En haut, la tumeur se termine brusquement sur le cordon, qui a conservé jusqu’à l’anneau son volume et sa disposition physiologiques.

La pesanteur spécifique est assez grande, comme serait celle d’une tumeur solide. Au toucher, la moitié inférieure et toute la face postérieure présentent une consistance ferme, élastique, sans sensation de fluctuation ; on n’éprouve pas d’impression de cloisons fibreuses, bien que la résistance ne soit pas parfaitement égale dans toutes les parties; mais la portion supérieure et antérieure forme un léger relief régulièrement arrondi, et donne une fluctuation nette et superficielle ; l’exploration à la lumière, répétée plusieurs fois en ce point, ne permet pas cependant de constater sa transparence.

La pression delà tumeur ne fournit nulle part la sensibilité propre au testicule.

Une ponction exploratrice, pratiquée sur la saillie fluctuante à l’aide d’un trois-quarts très-fin, n’amène qu’une goutte d’un liquide sanguinolent, qui n’en détermine pas l’affaissement.

On ne constate, par le palper du ventre pratiqué avec soin, aucun engorgement dans la cavité abdominale. La tumeur est le siège de douleurs continues assez vives, de nature lancinante; celles que l’on provoque par la pression sont difficilement supportées.

Le malade est amaigri, très-pâle; il a peu d’appétit, mais les digestions se font bien. L’exploration de tous les appareils éloigne le soupçon de toute lésion organique.

Le résultat de la ponction exploratrice , le développement assez rapide, la nature et l’intensité des douleurs, la consistance de la tumeur et son inégalité , mais surtout l’ensemble des symptômes, font

admettre à tous les médecins qui examinent le malade, l’existence d’un encéphaloïde du testicule droit.

En raison de l’absence de toute généralisation , l’opération de la castration est décidée, et pratiquée le 19 avril par M. Piedvache, chirurgien de l’hôpital.

L’opération ne présente rien de particulier; le malade est soumis au chloroforme. Après une incision longitudinale, la tumeur se laisse énucléer très-facilement; le cordon étant coupé et maintenu par un aide, ses vaisseaux sont liés isolément, et il ne se rétracte point dans l’anneau.

Les lèvres de la plaie sont réunies par la suture entortillée, dans leurs 4 cinquièmes supérieurs, tandis qu’une mèche est maintenue dans la partie inférieure pour l’écoulement des liquides.

Les suites de l’opéra lion ont été fort simples ; la réaction resta

très-modérée. Le 25, c’est-à-dire cinq jours après l’opération, les épingles furent levées, et la plaie se trouva réunie dans toute sa partie supérieure, l’inférieure fournissant du pus de bonne nature.

Le 10 mai, la cicatrice était complète, et la santé générale trèsbonne.

Examen de la pièce anatomique . La tumeur est fendue d’avant en arrière, et la coupe présente à considérer :

1° Le feuillet pariétal de la tunique vaginale, épaissi et adhérant, dans la plus grande partie de son étendue, au feuillet viscéral ;

2° L’albuginée, beaucoup plus épaissie et très-tendue;

3° Au-dessous de cette membrane , on ne peut apercevoir aucune trace de la substance tubuleuse du testicule ; il semble tout entier transformé en une masse composée exclusivement de petits kystes, tous continus par leurs parois; ces cloisons sont, les unes épaisses et denses, les autres offrent la minceur et la transparence de Sa membrane la plus ténue ; la face interne des cavités est lisse et polie comme celle des séreuses. Beaucoup de kystes sont recouverts, à la surface de la coupe, de leur paroi mince, qui laisse apercevoir par

1861. — Boulin.

transparence le liquide qu’ils contiennent ; leur volume, assez inégal, est en général celui d’une noisette, quelques-uns seulement sont très-petits.

Le liquide contenu est partout transparent, limpide, et sans viscosité ; traité par S’a ci fie nitrique , il est à peine troublé.

Mais plusieurs kystes présentent un contenu solide : c’est une matière gris clair, opaque , disposée en couches concentriques , et s’enlevant par petits lambeaux lamelle ux ; elle se détache en masse des parois du kyste avec une grande facilité.

La saillie fluctuante de la face antérieure est formée non pas par un kyste unique, mais par une série de kystes du volume ordinaire, au-dessus desquels l’albugiuée est amincie , et même éraillée en quelques points.

Sur le côté postérieur et supérieur de la tumeur, se trouve la tête de l’épididyme, parfaitement sain , et séparé de la série des kystes par la lame postérieure du corps d’Hïghmore, qui a environ 1 millimètre d’épaisseur.

L’examen microscopique de la pièce, mise dans l’eau, est fait, trois jours après, par M. Guyot, professeur de l’École de Médecine de Rennes, à qui elle est envoyée.

Voici le résulat de cet examen :

1° Les canaux de l’épididyme ont leurs caractères normaux;

2° Les cloisons des kystes sont formées de tissu lamineux et fibro-

plastique; et les parois, très-épaisses, présentent enoutre, enquelques points, des cellules cartilagineuses.

3° Leur face interne est revêtue d’une couche de cellules d’épi thélium pavimenteux.

4° La matière solide qui remplit plusieurs kystes est composée de cellules épithéliales, de beaucoup de noyaux libres, mais peu volumineux.

5° Nulle part on ne peut découvrir de spermatozoïdes.

La pièce est déposée au musée de l’Ecole de Rennes.

Le malade sortit de l’hôpital dans le courant de mai ; en juillet,

. il mourut de pneumonie, et l’autopsie permit de constater l’absence de tout engorgement ganglionnaire dans l’abdomen , et de toute trace de généralisation.

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