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OBSERVATION II

Tumeur kystique du testicule droit. Opération, guérison.

G . (Louis), âgé de 40 ans, tisserand de Guipry, entre à

L hôtel-Dieu de Rennes, le 27 juin 1859, pour une tumeur du testicule droit. U rapporte qu’il y a environ cinq ans, il remarqua que cet organe augmentait de volume , en conservant sa forme et sa régularité. Il ne se souvient pas, du reste, avoir reçu de coup, ni fait de chute avant celte époque, et ne peut assigner de cause à sa maladie.

La tumeur, suivant son récif, aurait toujours été ferme, et , dans les premières années, peu sensible à la pression. Celle-ci ne permit plus bientôt de retrouver la sensibilité énervante spéciale au testicule. Quant à la marche, elle a toujours été progressive, un peu plus lente peut-être dans les derniers temps. Le malade n’était incommodé qu’après une certaine fatigue ; les tiraillements qu’il éprouvait dans la région lombaire le forçaient alors seulement à interrompre son travail. Mais, depuis six mois, des douleurs assez vives aux moindres mouvements et à la pression, quelques élancements même parfois, ont forcé G . à garder un repos presque

absolu. Aucune ponction, aucun traitement n’a été mis en usage.

État actuel. La tumeur occupant le côté droit des bourses est pyriforme, à grosse extrémité inférieure; elle est régulière, sauf deux petites bosselures, siégeant, l’une sur la face antérieure, l’autre sur Sa face postérieure. Sa limite supérieure semble remonter un peu sur le cordon, qui se continue insensiblement avec la tumeur, ruais est, au-dessus d’elle, parfaitement sain.

Le volume de cette tumeur est considérable; elfe ne mesure, en

effet, pas moins de 17 centimètres en hauteur, et 24 de circonférence au point de la plus grande largeur. Sa densité est assez considérable, plus grande assurément que celle d’une masse uniquement composée de liquide,

On constate, par le toucher, une consistance ferme, élastique v fluctuante seulement sur les deux petites saillies que nous avons indiquées ; mais le doigt sent très-bien, en se promenant sur toute la surface, que ia résistance est fort inégale. Il éprouve en beaucoup d’endroits la sensation de cloisons fibreuses plus fermes, et découvre, en outre, quelques petits grains disséminés, très-durs, bien évidemment cartilagineux.

Il n’existe point de transparence; la peau des bourses, ayant entraîné une partie de celle de la verge, recouvre 3a tumeur, et glisse sur elle avec facilité ; quelques veines sous-cutanées se font reconnaître à leur couleur bleuâtre, mais elles sont peu volumineuses. On trouve le testicule sain , remonté jusqu’au voisinage de l’anneau inguinal.

La paroi abdominale , lâche et souple , se laisse facilement déprimer, et cette exploration permet de constater l’absence de tout engorgement des ganglions lombaires.

Le malade est un peu affaibli , mais ne présente cependant aucune lésion grave : ainsi le tube digestif est en bon état; du côté de l’appareil respiratoire , l’auscultation fait bien constater un peu d’obscurité du murmure vésiculaire au sommet du poumon droit, sans autre signe stéthoscopique ni aucun trouble physiologique. Le faciès, bien qu’amaigri, est tout à fait normal.

Le diagnostic de cette tumeur a été longtemps discuté. L’idée d’une hydrocèle avec épaississement du sac oud une hémalocèle se présentait tout d’abord à l’esprit, à cause de la forme de la tumeur; mais l’inégalité de consistance et l’absence de sensibilité propre du testicule combattaient cette idée. Pour écarter tout doute à cet égard, M. Guyot , chirurgien de l’hôpital , fait une ponction explo-

ratrice en enfonçant un petit trois-quarts jusqu’au centre de la tumeur; il ne sort que quelques gouttes de sang.

Nous nous trouvons donc amenés à l’idée d’une tumeur solide.

Le volume est trop considérable pour une tumeur exclusivement fibreuse, ou enchondromateuse, ou même squirrheuse ; ce volume, la forme et la marche, éloignent également l’idée de tubercules. Était-ce un encéphaîoïde ? Nous trouvons peu ordinaire de voir une tumeur de cette nature, qui daterait de cinq ans, être aussi ferme dans presque toute son étendue, et ne pas s’accompagner d’engorgement ganglionnaire ; les cancers de cette espèce siégeant au testicule arrivent généralement au ramollissement en un temps peu long.

Nous venions d’observer, quelques jours auparavant, un cas de maladie kystique, et bien que la marche eût été dans ce cas plus rapide, l’idée d’une nature semblable se présenta à notre esprit: cette opinion s’appuyait surtout sur la sensation de cloisons fibreuses obtenue par le toucher et la présence de deux mamelons fluctuants. L’existence des petits grains durs dont nous avons parlé nous fait admettre la complication de noyaux d’enchondrome.

Une seconde ponction est pratiquée sur un des points fluctuants; il en sort plusieurs gouttes d’un liquide transparent et visqueux , et la saillie s’affaisse complètement. Cette circonstance importante nous confirme dans notre diagnostic.

Le 3 juillet, l’opération de la castration est pratiquée par M. Guyol ; elle n’a présenté rien de particulier. Les lèvres de la plaie sont réunies par six points de suture enchevillée.

Les suites de l’opération ont été fort simples; Sa réaction a été modérée. La suture fut levée le 8 , c’est-à-dire cinq jours après l’opération ; un espace resté libre inférieurement pour l’écoulement des liquides fournissait du pus de bonne nature.

Le 14, c’est-à-dire onze jours après l’opération, Sa cicatrisation était complète.

A la fin du mois, le malade quittait l’hôpital, complètement rétabli , et commençait même à reprendre de l’embonpoint.

Examen anatomique de fa tumeur . Le poids de la tumeur est de 650 grammes; elfe est fendue dans le sens antéro-postérieur ; elle présente dans la coupe :

1° Une masse centrale de tissu grisâtre très-ferme , criant sous l’ongle, comme le cartilage, présentant l'apparence de fibrilles entrecroisées dans tous les sens.

2° Au devant d’elle, une suite de kystes très-petits; les plus gros, du volume d’un haricot , séparés par des cloisons le plus souvent épaisses, d’apparence fibreuse, quelquefois très-minces et transparentes. Ces cavités, dont les parois sont lisses, contiennent pour la plupart un liquide transparent et ténu, visqueux seulement pour quelques-unes; plusieurs au contraire, et ce sont les plus petites, son t remplies de sang fluide , mais elles n’ont aucun rapport avec le sillon très-appréciable des ponctions antérieures. Dans d’autres kystes encore, qui sur la coupe ne sont au nombre que de cinq, nous trouvons la même matière polypiforme et lamelleuse que nous avons décrite dans l’observation lre, où elle est exactement semblable. Notons encore que le kyste qui a été vidé par la seconde ponction exploratrice était le plus volumineux, présentant 1 centimètre et demi de diamètre ; mais aussi il existe d’autres kystes, plus petits encore, derrière la masse fibreuse centrale, dont ils sont séparés par une cloison lamelleuse très-dense : ils paraissent tenir la place de la tête et du corps de l’épididyme, dont on ne retrouve plus de traces. Le canal déférent vient se fondre au-dessous d’eux , dans la masse de la tumeur; le cordon, au-dessus de l’épididyme, est recouvert d’une série de petits kystes à parois transparentes, rangés autour de lui comme des grains de raisin , ce qui produit une disposition fort élégante.

3° Près de la surface antérieure de la tumeur, nous rencontronsde petites masses d’enchondrome, grosses comme des têtes d’épingle, dont la section est lisse, bleuâtre et brillante.

4° L’albuginée est en rapport immédiat avec la surface extérieure de la ruasse des kystes ; elle est épaissie généralement, mais éraillée

cependant en quelques endroits. I! n’existe donc en aucun point de cette surface de couches de substance tubuleuse, bien que nous en ayons cherché les traces avec le plus grand soin.

5° La cavité de la vaginale est oblitérée par des adhérences partielles, circonscrivant de petits espaces remplis d’un peü de liquide eitrin ; son feuillet pariétal a acquis une épaisseur d’un demi-centimètre et un aspect fibreux.

L’examen microscopique est fait, le jour même de l’opération, par JYL Guyot ; il confirme d’abord l’absence de toute substance tubuleuse sous l’albuginée. On trouve au contraire dans les kystes de l’épididyme quelques débris tubuleux altérés, fort analogues aux conduits normaux de cet organe, et surtout une grande quantité d’épithélium nucléaire; nulle trace, au contraire, de spermatozoïdes.

La masse centrale se trouve composée de tissu fibreux et fibroplastique, avec de fort belles cavités cartilagineuses ; les cloisons résistantes des kystes ont la même composition. Quant aux petits noyaux d’apparence cartilagineuse, ils présentent bien réellement ces mêmes éléments. Le liquide des locules renferme beaucoup de globules de mucus, analogue à celui que fournissent les amygdales; il coagule très-peu par les acides et la chaleur.

Les petits épanchements sanguins n’offrent que des globules fort déformés, qui doivent faire remonter à une date peu récente l’époque de leur production.

Cette pièce anatomique est déposée au musée de l’École de Médecine de Rennes, où elle présente un fort bon état de conservation.

Quant à la santé actuelle du malade, des renseignements pris directement dans sa commune nous ont appris qu’il jouissait d’une santé parfaite.

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