‹ De la Mammite ThyroïdiqueChapitre 14 sur 29 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

L. DELGRANGE. — Journal des Sciences médicales de Lille, 4880.

Fièvre typhoïde chez une femme enceinte. — Œdème mamelonnaire et aréolaire. — Accouchement.

Jeanne L., 22 ans, constitution faible, très nerveuse. Contracte la fièvre typhoïde en soignant son mari atteint de cette maladie. Grossesse commençante. Le 27 mars elle éprouve un malaise général, de la céphalalgie, elle s'alite et nous la voyons le 28 mars pour la première fois.

Air très abattu, céphalalgie très violente, pas d’épistaxis, quelques crachats sanglants, peu de toux. Signes d’un embarras gastrique : appétit nul, soif vive, langue blanchâtre avec une zone d’un rouge vif à la pointe ; quelques râles de bronchite ; au sommet du poumon droit : submatité et respiration obscure.

Sur la demande de la malade, nous examinons attentivement le sein gauche dont le volume attire l'attention. Depuis deux ou trois jours la mamelle gauche a pour ainsi dire disparu sous la partie aréolaire prodigieusement déve-

loppée. Tout le sein est comme réduit à l’aréole, laquelle, considérablement œdématiée, forme une véritable tumeur dans laquelle le mamelon s’est fondu sans laisser de traces. Le doigt enfoncé dans la tumeur y laisse une empreinte qui disparaît assez vite. La malade se plaint de vives douleurs dans le sein gauche. On le soutient par une écharpe de flanelle supportant un cataplasme laudanisé.

Un purgatif à l'huile de ricin amène les selles typhiques ordinaires. Compresses d’eau vinaigrées sur la tête et compresses émollientes sur le ventre. Régime : potages, bouillon, eau vineuse, limonade au citron et tisanes émollientes.

Le 29 mars, la malade respire mieux. Mal de tête atroce. Sein gauche moins douloureux, mais l'engorgement œdémateux se développe dans l’aréole du sein droit, le mamelon n’est déjà plus perceptible Selles fréquentes. T. 3995. P. 120.

Le 30 mars. L’œdème aréolaire est également considérable des deux côtés et l'aspect de la poitrine de notre malade nous rappelle les gravures d’hypertrophie mammaire qui se trouvent dans les auteurs classiques. T. 4001. P. 120. — Plusieurs lotions par jour sur tout le corps à l’eau froide vinaigrée. Potion cordiale avec 4 gr. d’extrait de quinquina.

1e: avril. Mal de tête a diminué. Malade abattue, douleurs abdominales. Taches rosées lenticulaires. T. 41° et plus de 120 pulsations ; plus d’hémoptysie. Huile de ricin, potion au quinquina.

4 et S avril. Sueurs profuses, sudamina nombreux, selles abondantes ; les seins diminuent de volume.

6 avril. T. 4008. Les mamelons reparaissent à la surface des tumeurs mammaires.

8 avril. La fièvre est fort diminuée. La malade demande des aliments.

À partir de ce jour la fièvre s’atténue et disparaît. Les

seins ont repris leur état normal. La grossesse suivit son Cours,

OSSERVATION VII

THomas Mac CRAE. — John Hopkins Hosp. Buil. — Balt. 4902. Fièvre typhoïde à forme prolongée. - Mammite au sein droit le 13° jour, au sein gauche le 18°. — Rechute, seconde poussée de mammite au

sein gauche. — Guérison.

M. B... mariée, 25 ans, entrée le 25 juillet 1900 dans le service du professeur Osler, au John Hopkins Hospital, le 3e jour de sa maladie. À son entrée : taches rosées, stupeur profonde, réaction de Widal positive. Jusqu’au 1er août, rien de particulier. T. 1020 à 103° F. (3808 à 3004). Le nombre des leucocytes variait de 3300 à 3500 par c. c. Le 2 août, 13 jour de la maladie, la malade se plaignait de fortes douleurs au sein droit, et, au palper, on trouva un petit noyau induré dans la partie supérieure droite. Ce noyau était très douloureux, il n’y avait pas de rougeur; les leucocytes étaient au nombre de 6000 par c. c. Le jour suivant l’état du sein demeure le même, le nombre des leucocytes est de 10000 par c. c. Le 4 août la douleur et l’induration sont moindres. Le $ août, linduration a presque disparu et le nombre des leucocytes est de 5500. Le 7 août la malade se plaint de douleurs au sein gauche et les mêmes symptômes se reproduisirent, ils disparurent au bout de quelques jours. Dans aucun cas il n’y eut de suppuration.

La température n'avait pas changé et redescendit à la normale le 9 août, 20€ jour de la maladie. Puis la température se mit à remonter progressivement pendant presque trois semaines et il y eut une véritable rechute accompagnée de taches rosées. La convalescence fut très longue et la température n’était pas encore redevenue normale, lorsque le 10 seplembre, 52 jour, la malade se plaignit de douleur au sein gauche. On trouva un noyau dur de la grosseur d’un œuf de poule à la partie supérieure et externe du sein très sensible à la pression.

La peau n’était pas enflammée et il n’y avait pas de fluctuation. Les ganglions axillaires ne furent pas engorgés.

La température était d'environ 1010 F (3893). Les leucocytes étaient au nombre de 18000 parc. c. Le 2 septembre la température s’élèva à 103°F. (39°5) sans que la malade eût un frisson, mais retomba le jour suivant et le gonflement diminua rapidement. La température redevint normale, la convalescence fut rapide et la malade sortit le 24 septembre, guérie après 66 jours, les seins ne présentant plus aucun symptôme d’engorgement.

La malade, revue plus tard, ne se ressent aucunement de cette mammite.

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