‹ De la Mammite ThyroïdiqueChapitre 17 sur 29 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

ForNacA. — L. Sulla mastite Tifosa. — Riforma medica. — Palermo 1900.

Fièvre typhoïde au cinquième septénaire, tuméfaction des lobules du sein droit. Au septième septénaire, tuméfaction du sein gauche. — Guérison.

Femme de 40 ans, entre à la clinique médicale de Turin atteinte de fièvre typhoïde. Il n’y a pas de maladies antérieures à signaler. Elle a eu trois grossesses qui eurent une heureuse issue. La malade signale cependant que pour les deux dernières elle eut à souffrir d’une tuméfaction des deux seins, qui d’ailleurs ne dura que peu de jours et disparut sans laisser de traces. Elle entre à la clinique le 16 novembre 1890, le 15m€ jour de sa maladie et le diagnostic de fièvre typhoïde est confirmé par le séro-diagnostic. De plus par la méthode d’Elsner on décèle la présence des bacilles d’'Eberth.

Le 39e jour, la malade entrée en convalescence depuis trois jours, avec une température presque normale, accuse tout à coup une douleur dans le sein droit qui augmente rapidement de volume et sur lequel le poids même léger de

la couverture du lit est intolérable.

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Le lendemain, 4ome jour, on constate une tuméfaction de la grosseur d’une orange au sein droit, très sensible au toucher, très dure et sans trace de fluctuation. Le même jour la température monte à 40° ; on constate la réapparition de taches rosées lenticulaires : la rate est augmentée de volume; l’état général est déprimé et l'intelligence obtuse. Pendant 12 jours la température oscille entre 38°8 le matin et 40° le soir ; 20 jours après cette rechute la malade était de nouveau sans fièvre.

J'avais pour éclairer mon diagnostic pratiqué une ponction exploratrice cinq jours après l'apparition de la douleur dans le sein droit et j'avais fait cette ponction au point de vue où la tumeur se montrait moins résistante. L’aiguille rencontre une résistance notable en s’enfonçant dans les tissus (5 cm.), une première aspiration avec la seringue donne un résultat négatif. Déplaçant l’aiguille et retirant un peu la seringue pendant que je continue l'aspiration j'obtiens alors trois gouttes d’un liquide séro-purulent que l’on mit en culture dans un tube de bouillon ordinaire.

Deux jours après la ponction, la tuméfaction diminue mais les jours suivants elle augmente de nouveau et la douleur devient plus vive. Ces alternatives d’amélioration et d’aggravation se renouvellent encore deux ou trois fois, mais ce qui reste constant c’est la consistance fibreuse et l'absence de fluctuation dans la tumeur. Après quinze jours de cette mammite, l’état du sein droit est le suivant : le volume est triple de celui de gauche, la peau est légèrement rosée ; à l’intérieur du mamelon on perçoit une tuméfaction en forme de poire, la base en bas, la pointe en haut faisant corps avec la masse glandulaire non adhérente à la peau et très dure.

16 jours après l’apparition de ces symptômes dans le sein droit, le sein gauche à son tour devint très douloureux : il présentait depuis trois jours, à la palpation , une tuméfaction semi-lunaire (à concavité dirigée en bas et à convexité

ayant comme centre le mamelon), douloureuse à la pression et très dure. Une ponction exploratrice est faite sans résul- - tat. Quelques jours après ces deux mamelles sont complètement indolentes, bien que sans tendance à diminuer de volume. De même la masse tuméfiée garde sa consistance.

La température qui était restée normale pendant huit jours présente une troisième reprise avec élévation vespérale pendant 4 jours avec un maximum de 39°3. — En même temps on note une légère augmentation de volume du sein gauche qui redevient douloureux. — La température et la douleur disparaissent le même jour, mais les deux seins n’ont pas encore repris leur aspect normal.

Dix jours après,le 74° jour après son entrée à la clinique, cette femme guérie sort : les deux seins sont cowplètement indolents; le droit est revenu à son volume primitif, bien que présentant encore une légère induration faisant corps avec la glande; le gauche est resté plus volumineux, et si l’on palpe la glande qui, dans son ensemble, a grossi, on constate qu’elle a le volume d’un gros poing de consistance fibreuse. Les ganglions de l’aisselle n’ont jamais rien présenté d’anormal.

Dans le cours de la maladie cette femme a eu du catarrhe bronchique et pendant les derniers jours de la deuxième période fébrile trois furoncles à la région trochantérienne, tous trois dus au staphylocoque pyogenes aureus.

EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE DU PUS

Les gouttes de liquide séro-purulent retirées par ponction de la mamelle droites furent mises dans trois éprouvettes contenant du bouillon ordinaire à une température de 37° et le troublèrent légèrement. Quarante-huit heures après, on constate au fond du tube un petit dépôt blanchâtre qui, examiné au microscope, apparut comme exclusivement constitué par des bacilles longs de 2,5 — 3 4 etlarges de 0,6 —0,8y

pour la plupart isolés, quelques-uns réunis par deux avec un petit espace vide au milieu, mobiles, se colorant bien par la fuchsine phéniquée de Ziehl et ne prenant pas le Gram; cultivés dans un bouillon de foie suivant la méthode de Césaris Demel et dans un bouillon lactosé à 2 0/0 additionné de carbonate de chaux, on ne voit pas se former de bulles gazeuses.

Ils ne colorent pas le bouillon et l’agar lactosé à 2 0/0 adtionné de quelques gouttes de teinture de tournesol bleu, ils colorent en 24 heures le bouillon ordinaire additionné de bleu de méthyle. Sur agar ordinaire et sur agar glycériné, il se développe une culture blanche, homogène ; une pomme de terre, après 2 jours, ne donne pas de culture apparente, mais au microscope on aperçoit de nombreux bacilles ayant les caractères décrits ci-dessus.

La gélatine n’est pas liquéfiée, le lait non coagulé. La réaction de l’indol est toujours négative; la réaction de Widal est obtenue dans la proportion de quarante gouttes de culture de bacilles ayant séjourné de 16 à 20 heures dans du bouillon ordinaire pour une dissolution de sérum de sang de la même maladie.

Avec une injection de 3 cc. de culture de 24 heures sous la peau d’un cobaye de 360 er., on produisit le quatrième jour un abcès à cet endroit, on l’ouvrit et on recueillit le pus très dense qu’il contenait et dans lequel on décela de nombreux bacilles ayant les caractères indiqués plus haut. Après une injection de 5 cc. de la même culture dans le péritoine d’un cobaye de 350 gr., la mort de cet animal survint en 22 heures avec production d’un exsudat assez abondant dans le péritoine, ce liquide louche contenait en culture pure des bacilles, ayant les mêmes dimensions que ceux décrits plus haut. La rate est congestionnée et on y rencontre de semblables microorganismes plus nombreux encore que dans le sang du cœur.

L'activité de ce bacille s’exalte parle passage sur l'animal,

== 49 — Tandis que 2 cc. de la première culture obtenue restaient inactifs injectés dans la cavité péritonéale d’un cobaye. On observe après deux passages qu'avec un demi cent. cube on tue en moins de 12 heures un cobaye de 300 gr. et qu'avec 1 cc. on tue en 6 heures un cobaye de 200 gr.

Les caractères décrits pour ces microorganismes isolés en cultures pures de gouttes de pus obtenues par ponction d’un sein atteint de mammite chez une typhique sont suffisants pour établir la certitude que dans chaque cas il s'agissait de bacilles d’Eberth qui, au cours d’une fièvre typhoïde se sont localisés dans la glande mammaire et qui seuls sont les agents pathogènes de la double mammite observée.

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