‹ De la Mammite ThyroïdiqueChapitre 24 sur 29 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

(Inédite)

B. Albine, âgée de 35 ans, domestique, entre le 10 décembre 1906 dans le service du professeur Grasset, salle Espéronnier, N° 11.

Antécédents personnels. Fièvre typhoïde à 6 ans. Deux grossesses conduites à terme : la première, il ya quatre ans; accouchement au forceps ;

mort de l’enfant ; la deuxième, il y a deux ans et demi: accouchement normal; l’enfant a été nourri par la mère jusqu’à l’âge de 15 mois. Pas de complications du côté des seins durant l’allaitement.

Maladie actuelle. — Début vers le 3 décembre par anorexie, courbature générale, céphalée, douleurs abdominales. La malade a présenté depuis des nausées, des vomissements, de la diarrhée.

10 décembre. Anorexie, langue sale, rouge à la pointe; nausées, diarrhée. Céphalée. Tuphos.

Température: 3995 le soir. Pouls: 104.

Purgation. — 4 bains.

11 décembre. Taches rosées et séro de Widal faiblement positif. T. 3905 et 39°0.

13 décembre. Vomissements abondants, ventre ballonné. T. 38°8. Pouls 80.

Vessie de glace sur l’abdomen. Champagne.

15 décembre. Les vomissements ont cessé. Douleurs abdominales. Petite hémorragie intestinale. T. 3805.

Chlorure de calcium : 4 gr. Caféïne : 0,50.

16 décembre. Selles encore noirâtres; ergotine, lavement de sérum gélatiné.

17 décembre. L’hémorragie a cessé. Crise de dyspnée brusque. T. 38. Pouls 96.

18 décembre. Vomissements ; mauvais état général ; cœur: premier bruit sourd. Caféine 1 gr.

19 décembre. Plusieurs crises de dyspnée avec cyanose. T. 35. Pouls 92. Cœur: bruits très sourdset affaiblis ; un peu d’embryocardie. Caféine, huile camphrée.

20 décembre. Nouvelle hémorragie intestinale. T. matin 3895. Soir 3808.

21 et 22 décembre. Epistaxis assez abondantes.

23 décembre. Vomissements. T. m. 37. S. 3707.

26 décembre. La température est remontée à 385, mais baisse ensuite sous l’action du pyramidon administré à la dose de 0.30 pendant trois jours.

28 décembre. Apyrexie : T.36°6-370. Petite hémorragie intestinale ; la malade entre en convalescence.

10 janvier. La malade restée apyrétique depuis le 28 décembre et alimentée depuis le 31 décembre commence à se lever.

2 février. La malade allait quitter le service lorsqu'elle nous montre une fuméfaction du sein gauche dont elle souffre depuis quelques jours et qu’elle a tenue cachée par crainte du bistouri. Les débuts en remontent à une quinzaine de jours. Vers le 15 janvier elle ressentit un peu de douleur et de démangeaison au niveau du mamelon gauche. Elle y constata une légère induration de la grosseur d’une bille un peu au-dessus du mamelon. Cette induration aurait grossi peu à peu. Les douleurs auraient été assez légères et sans irradiations d'aucune sorte.

Nous constatons alors, au-dessus et en dedans du mamelon, une zone rougeâtre et une masse douloureuse à la pression de la grosseur d’un œuf de poule, dure, résistante, mobile sous la peau et sur les plans profonds, ne présentant aucun point de fluctuation. Pas de ganglions dans l’aisselle.

La température est normale,

Nous portons le diagnostic de mammite et commençons les pansements humides.

5 février. Dans le quadrant inféro-interne, siège de la tuméfaction, semble apparaître la fluctuation en un point voisin du mamelon. Les douleurs ont augmenté sans cependant être vives. La température le soir ne dépasse pas 37°9 et le soir suivant 3706.

gfévrier. La tuméfaction a envahi toute la glande, prédominant toutefois dans le quadrant inféro-interne où la rougeur et la chaleur ont atteint leur maximum et où la fluctuation est maintenant très nette. Les ganglions axillaires sont durs et douloureux à la pression. Malgré les signes de suppuration manifeste, la température est de 3604. Nous décidons la malade à une intervention immédiate.

Incision radiée de trois à quatre centimètres au point fluctuant sous anesthésie au chlorure d’éthyle. Il s'écoule une quantité assez considérable (environ un verre à Bordeaux) d’un pus verdâtre, sans odeur particulière, sous tension dans une cavité assez profonde intra et rétro-mammaire où le doigt se promène assez facilement. Un peu de pus est recueilli aseptiquement.

La cavité est drainée à la gaze. Pansement humide.

10 février. Le pus, lors du premier pansement, s'écoule encore en assez grande quantité, quand on exprime la cavité de l’abcès. Un petit drain en caoutchouc est placé dans cette cavité. T. matin : 3801. Soir : 3706.

Depuis la malade n’a plus de fièvre. Le drain a été enlevé. La suppuration s’est tarie et la malade est sortie du service le 20 février, la plaie opératoire presque complètement cicairisce:

EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE DU PUS

Par M. Delanoe, préparateur de microbiologie

Infection polymicrobienne, pas de streptocoque ni de staphylocoque ; quelques colonies microbiennes liquéfiant la gélatine.

De certaines de ces colonies, les plus nombreuses, on isole un bacille mobile présentant l’aspect coli ou Eberth, ne prenant pas le Gram, donnant sur gélatine une culture blanchâtre, visqueuse, non trans)arente; sur agar présentant l’aspect coli; ne donnant pas de fluorescence avec le rouge neutre; ne rougissant pas le milieu Grimbert. Ce bacille n’est ni un coli, ni un Eberth. Il présente certains caractères du paratyphique B, mais en diffère notablement par d’autres: il ne possède pas notamment d’action zymotique sur l’agar glycosé, principale réaction du paratyphique B.

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