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L'étude du retentissement de la fièvre typhoïde sur elle n’a fait jusqu'ici l’objet d'aucun travail, si ce n’est la thèse de M. Hanriot de Nancy (1904). À cette étude, qui contient 20 observations, nous apportons 4 observations nouvelles : l’une prise dans le service de M. le professeur Carrieu, l’autre dans celui de M. le professeur Grasset, celleci particulièrement intéressante à cause de l’analyse bactériologique du pus qu’on en retira par une incision; la troisième, observation de Lichtheim, rapportée par Tavel «Uber die Etiologie der Strumitis Bal, 1892, p. 8 : Mammite et thyroïdite post-typhique», est passée jusqu’ici inaperçue parce qu’elle a été publiée à l’occasion d’une autre complication concomitante, une thyroïdite ; le quatrième cas nouveau est un abcès pyohémique du sein observé par Hening et signalé par Delbet et Le Dentu dans leur traité de chirurgie sans aucun développement.
Les faits précis et les détails nombreux que nous fournissent nombre de ces observations, ceux que nous avons constatés nous-mêmes en suivant les malades dont nous relatons plus loin les diverses phases de la maladie, nous permettront de faire un exposé suffisant de cette rare complication de la fièvre typhoïde.
C’est àune époque relativement récente (1874) que Leudet, directeur de l'Ecole de médecine et professeur de clinique médicale à Rouen, fait le premier mention de la tuméfaction du lobule du sein au cours de la fièvre typhoïde.
En dix ans il a pu observer chez des. femmes de son service cinq cas de mammite qui guérirent rapidement et sans suppuration. |
Chez deux de ses malades, il s’était produit une hémorragie utérine,chez une autre une épistaxisassezabondante pour “exiger le tamponnement des fosses nasales; chez une qua-
trième enfin une hémorragie intestinale, On comprend fort
CU ire
bien que sur cinq cas, quatre d’entre eux présentant des hémorragies, Leudet fut amené naturellement par cette coïncidence à voir une relation entre la mammite et une disposition de ses malades à faire des hémorragies. Aussi conclut-il «que le gonflement du sein qui apparaît à une époque avancée des fièvres typhoïdes diffère des lésions de la rate et du foie; qu'il n'appartient pas à une épidémie et a pour intermédiaire une congestion de l'appareil utérin, ou au moins une disposition hémorragique; qu’il n'offre aucune gravité et guérit spontanément».
A l'heure actuelle, nos traités français de pathologie ne font que reproduire l'opinion de Leudet. «On a signalé, dit Chantemesse dans le traité de médecine publié sous la direction de Bouchard et Brissaud, des poussées fluxionnaires au niveau des seins, même chez des femmes n'étant pas en état de lactation». Leudet.
Dans le traité de médecine et de thérapeutique publié sous la direction de Brouardel et Gilbert (1905), on lit: «La tuméfaction des lobules du sein chez la femme au cours de la fièvre typhoïde a été indiquée pour la première fois par Leudet. Elle semble se faire surtout au déclin ou dans la convalescence, est uni ou bilatérale, n'offre aucune gravité et guérit spontanément».
Dans le tout récent précis de pathologie interne de Balthazar, Cestan, Claude, Macaigne, Nicolas et Verger, on ne fait aucune allusion à cette complication de la fièvre typhoïde.
Le professeur Curschmann de Leipzig, dans le traité de pathologie médicale de Nothnagel (Vienne), considère la mammite au cours de la fièvre typhoïde comme très rare ; 1l en cite deux cas chez des jeunes gens, et pense que la rareté de cette complication est plus apparente que réelle. Il esti-
me que des cas de mammites typhoïdiques passeraient ina-
AO — perçus par suite du peu de douleuret du peu de gravité d’une localisation qui n’attirerait pas plus l’attention du malade que du médecin.
Wailin (Bulletin de la Société clinique de Paris, 1877), dans un rapport au sujet d'une orchite et d’une parotidite au cours de la fièvre typhoïde, mentionne un cas de mammite.
Destrée (Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie de Bruxelles, 1891) en rapporte deux cas chez des hommes âgés, l’un de 26, l’autre de 37 ans. Ces deux derniers auteurs ne font que les signaler sans en donner aucune description clinique.
Sur un total de 3171 cas de fièvre typhoïde, Scheele (Statistick des typhus. Sect. Munich, 1885), Sorel (Bull. et Mémoire Soc. méd des hôpitaux de 1889), Holscher (Münchner Med. Vohen f. 1891) n’ont observé ou du moins ne signalent aucun cas de mammite typhique. Berg (Deut. archiv. f. Klinic. Med., 1895), dans une statistique de 1626 cas de fièvre typhoïde, signale 4 mastites, 9 parotidites, I orchite.
Le professeur Fornaca de Turin (Riforma Medica, 1900) a observé dans son service un cas de mammite non suppurée. Pour lui, «l’agent pathogène exclusif de cette complication est le bacille d’Eberth, auquel viendra s'associer quelquefois et dans des circonstances spéciales le microbe commun de la suppuration.
Le professeur Thomas Mac Crae (John Hopkins Hosp. Bull. Baltimore, 1902) rapporte trois autres cas de mammite. Il fait à ce sujet une étude de cette affection et conclut qu’il ÿ a Suppuration dans à peu près la moitié des cas avec présence de bacille typhique ou de staphylocoque.
Citons Delgrange (Journal des sciences médicales de Lille, 1880), Charlotte West (The Philadelphia Polyclinic, 1898),
Capellari (Corriere sanitario, Milano, 1900), Davis Patterson
et Hewlett (American Journal of. Med. Sc., 1901) ainsi que Conkey (British Med. Journal, 1902) qui ont observé dans leurs services des cas de mammite chez des femmes et qui les publient sans les commenter. Enfin Hening a signalé le cas d’un abcès pyohémique du sein au cours de la fièvre typhoïde. Il est rapporté par Delbet et Le Dentu dans leur traité de chirurgie ainsi que par Duplay et Reclus. Par conséquent les cas de mammites typhiques sont peu nombreux. La littérature médicale n’en possède que 20. Nous sommes donc heureux de pouvoir signaler dans notre travail 4 nouvelles observations dont l’intérêt réside autant dans la rareté que dans l’analyse bactériologique quicomplète l’une d'elles. De ces 24 observations nous essayerons de tirer un aperçu étiologique d’abord, pathogénique et enfin clinique de la mammite typhoïdique.
Nous croyons que notre travail aura son utilité en attirant Pattention sur une question jusqu'ici peu connue et contribuera dans une modeste mesure à parfaire les connaissances relatives aux complications si multiples qui peuvent survenir dans le cours et pendant la convalescence de la dothiénentérie.