CHAPITRE II
ETIOLOGIE
Quelles sont les circonstances qui favorisent le développement de la mammite au cours de la dothiénentérie ?
Faisons tout d’abord remarquer que la glande mammaire, rudimentaire chez l’homme, n’ayant à remplir aucune fonction, ne passant pas comme chez la femme par des phases de congestion et d’hypertrophie, est infiniment moins exposée aux complications de la fièvre typhoïde. Nous possédons 19 cas de mammite chez la femme, 4 seulement chez l’homme, le cas d'Hening n’indiquant pas le sexe. Les 4 cas observés chez l’homme sont ceux de Destrée (Observations XII! et XIV) et les deux cas de Curschmann (Observations XV et XVI). Encore faut-il faire observer que ces 4 observations manquent de précision et de développement, qu’elles sont relatées incidemment par leurs auteurs sans s’y arrêter plus longuement. Dans deux de ces cas, l'analyse bactériologique du pus qu’on en retira fut pratiquée (ce sont les cas de Destrée): on trouva du staphylocoque pyogène doré. Il est donc possible et il est même probable que ces mammites typhoïdiques n’aient été que de simples collections souscutanées ou cutanées, comme on en observe si fréquemment au cours de la dothiénentérie, et il est permis de penser que le tissu glandulaire n’a été le siège d’aucune inflammation. Laissons donc de côté l'étiologie de ces cas exceptionnels et ne nous occupons que de celle de la mammite typhique chez la femme.
Elle s’observe chez des malades de 15 à 42 ans. Cette particularité s'explique aisément. D’abord la dothiénentérie
frappe surtout les personnes jeunes; de plus, cette période
fs comprise entre 15 et 42 ans ne correspond-elle pas chez la femme au maximum d'activité fonctionnelle de la glande mammaire ?
Contrairement à l'opinion de Hanriot qui n’attache aucune importance étiologique aux variations fonctionnelles de la glande mammaire, cette notion d’hypérémie dont elle est le siège à l’occasion des règles, et surtout de la grossesse et de l'allaitement, nous paraît très importante.
Sur 19 observations de mammites typhoïdiques, une fois la malade était au quatrième mois de sa grossesse (obs. VIT), sept fois elle avait allaité peu de temps auparavant (10 mois au maximum), et une fois elle n'avait pas allaité son enfant.
Dans l'observation de P. Guiraud, l'influence de l’allaitement est manifeste, puisque la malade sèvre son enfant au début de la fièvre typhoïde et que moins d’un mois après, apparaît la mammite.
Indépendamment de cette influence des grossesses et allaitements antérieurs, le développement de la glande peut prédisposer à la mammite comme son activité fonctionnelle. Deux jeunes filles, l’une de 15 ans (obs. XVIII, Cappellari), Pautre de 17 ans (obs. XVII, Ch. West), ont fait de la mammite au cours de la dothiénentérie. N'est-ce pas, peut-être, parce que leur glande mammaire,en voie de développement physiologique, offrait une moindre résistance à l'infection comme les épiphyses des adolescents aux staphylocoques ?
La même explication pourrait s'appliquer à une Jeune fille de 23 ans (obs II, Leudet), réglée seulement à 19, encore en voie par conséquent de formation sexuelle.
Pour 6 malades nous ne trouvons aucune raison de localisation au sein. Mais nous ferons remarquer que dans leurs observations, il n’est fait aucune mention de leurs antécé-
dents gynécologiques et obstétricaux,
mit
Par conséquent le développement ou l’activité fonctionnelle de la glande mammaire au cours de la dothiénentérie ne suffit pas à produire la mammite qui est exceptionnelle, mais ce sont là des causes prédisposantes importantes.
Ici un rapprochement s'impose : la comparaison entre la mammite et l’orchite typhiques.
Comme la mammite, l’orchite au cours de lafièvre typhoïde est rare : la littérature médicale n’en possède que 65 cas (thèse de Cholet, Paris 1901). Elle s’observe de préférence chez les jeunes sujets de 16 à 30 ans; au delà elle est plus exceptionnelle. Elle apparaît aussi surtout au déclin de la maladie ou au début de la convalescence. Les terminaisons comme dans les mammites en sont variables, la plus ordinaire est la résolution avec guérison complète. La suppuration a été notée dans certains cas. Le bacille d’'Eberth qui, comme nous le verrons plus loin, dans le chapitre de pathogénie est dans la plupart des cas l’agent pathogène des mammites, est aussi celui des orchites.
La thèse de Cholet, qui résume l’histoire de l’orchite typhoïdique, attribue dans l’étiologie de cette affection une grande part à l’hypérémie du testicule au déclin de la fièvre typhoide et au commencement de la convalescence.
En effet, pendant toute la période d’état de la fièvre, la glande séminale est pour ainsi dire endormie, comme le sont la plupart des glandes ; l’organisme s’est épuisé pour combattre le poison typhique. Il y a insuffisance de la nutrition, l'organisme est affaibli, ses glandes auxquelles le sang n'’arrive qu'imparfaitement en qualité et en quantité ne sont point en état convenable pour accomplir leur travail physiologique.
Il se passe quelque chose d’analogue du côté de l'utérus, où d’après les observations de Hérard, de Raciborski, de
Gubler, etc. (Dictionnaire encyclopédique des Sc. méd. j'art,
er te menstruation), le flux menstruel vrai ne se manifeste ordinairement pas quand la maladie a débuté environ une semaine après son apparition. Il y a donc le plus souvent chez la femme aménorrhée au cours de la dothiénentérie, Il est probable qu’il y a de même aspermie chez l’homme.
Mais au moment de la convalescence, quand les altérations qu’a subies la nutrition se réparent, il se produit au niveau de toutes les glandes un travail congestif accompagnant leur sécrétion, un appel sanguin entraînant les germes pathogènes et déterminant des phénomènes morbides. Ce mode d'action des germes se rapprocherait du processus qui aboutit à la mammite chez le nouveau-né et à la puberté.
De ces considérations nous pouvonsconclure que la mammite typhoïdique présente de grandes analogies avec l’orchite de même nature, et nous ne croyons pas être dans l’erreur, en prétendant que l’orchite au cours de la fièvre typhoïde chez l’homme est ce qu'est la mammite chez la femme durant cette même maladie.
Pour résumer l'étude étiologique de cette affection, nous dirons que de l’étude approfondie de toutes les observations que nous rapportons, il ressort que la mammite typhoïdique est cinq fois plus fréquente chez la femme que chez l'homme ; que chez la femme elle est plus spécialement en rapport avec le développement fonctionnel de la glande mammaire, que ce développement fonctionnel dépend des grossesses ou des allaitements plus ou moins récents, ou de l’hyperactivité physiologique dont cette glande est le siège au cours de la puberté.
= fs —