‹ De la manieChapitre 2 sur 4 · DJ · texte numérisé non relu

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Eu comparant les maniaques de sexes (liflerens, il est facile de se convaincre que lu îuanie est plus Iréqueute chez les lionuiies que chez les femmes. Cliez les hommes, la manie a un caractère plus violent, plus impétueux; le sentinunt d'une force surnaturelle, qui s'empare de quelques maniaques , joint à l'habitude du commandement, rend les hommes plus violens, plus audacieux, plus emportés, plus furieux; ils sont plus dangereux, plus difficiles à conduire et à contenir. Les femmes maniaques sont plus bruyantes; elles parlent et crient davantage; elles sont plus dissimulées, et n'accordent que îrcs difiicilement leur confiance.

Le tempérament sanguin, le tempérament nerveux, une constitution pléthorique, forte et robuste, prédisposent plus souvent à la manie : plusieurs individus, que jai vus allemis de cette espèce de folie, étaient d'une

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très grande susceptibilité, d'an caractère vif, irritable et colère, doués d'une imagination ardente et fougueuse; ils embrassaient avec enthousiasme les projets les plus exagérés, se livraient aux spéculations les plus hasardeuses. Quelques-uns d'entre eux avaient été sujets aux hémorrhagies, à la céphalalgie, à des rêves pendant lé sommeil, au somnambulisme; quelques-uns avaient eu des affections nerveuses, des symptômes hystériques, des convulsions, des accès d'épilepsiè, des affections cutanées.

Les professions, considérées comme causes prédispo* santés de la manie n'offrent rien de particulier, si on les compare avec les professions considérées comme o,auses de la folie en général; cependant, j'ai cru devoir les mettre ici sous les yeux du lecteur, telles que je les ai rencontrées, pendant quatre ans, dans l'hospice de la Salpêtrière, et dans mon établissement, pendant plusieurs années.

TABLEAU I>ES P^ROFESSIONS.

1l£Utvi DE LA SALPÉTAIÈILE.

Travaillant aux champs. . 3o

Domestiques. . . » 26

Ouvrières en litige . » ... . . SS

Cui&iiiièrcs. .«.....«.•« 9

Blanchisseuses 1 1

Jifarckaods sédentaires.. • . i5

Marchands forains 7

"Vernisseuses 5

filles publiques. ..^ 44

Tivant dans Uiur ménage. 4^

fi.EJLILV£ I»E mon £TABIJSSSMBV?C.

Cultivateurs. ^/, ^, •.•»>•• • « • ^t

Négocians i4

Militaires. ......•*.....• '^

Étudiaus • * . • . » • . . ...... ^^

Administrateurs et employés. t

Cfaâisistc^ , 'vetriers»., • ^

Médecins '

Artistes , hommes de lettres ,

gens de cabinet, etc.. . .•• ^

Education mal dirigée 10

locQBdiiite. , *

Vivant dans leur ménage. . . 63

TI^VALl^,

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TQXiiL.

j/q de la 3IAJJIIE.

Les causes de la manie, que l'on peut appeler en quelque sorte causes indivicluelles, ou mieux causes spécifiques, sont physiques ou morales.

Le tableau des causes que je joins ici nous présente rhércdité comme une cause éloignée sans doute, mais comme la plus fréquente. Chez les femmes de toutes les classes, la menstruation , soit qu'elle ait eu de la peine à s'établir, soit quelle se supprime, soit enfin quelle cesse au temps critique , est une des causes de manie la plus ordinaire. Il est vrai de dire que cette cause étend son influence sur toute la période de la vie , pendant laquelle les femmes sont dans les conditions les plus favorables au développement de la manie. La cause la plus à redouter, après Tétat de la menstruation, est l'accouchement , la lactation , soit qu'après la couche le lait ne monte point dans les seins, soit qu'il se supprime dans le cours de Pallaitement , soit enfin qu'à l'époque du sevrage la femme ait négligé les précautions convenables. L'insolation , l'exposition au feu , causent souvent la manie, circonstance qui offre un rapport frappant avec Tinfluence de la saison chaude relativement à la fréquence de celte maladie; en effet, nous disions plus haut que les climats chauds, que l'été sont favorables au développement de cette espèce de vésanie.

Les dartres, ou répercutées, ou long-temps stationnaires, déterminent quelquefois la manie. Celte cause agit plus ordinairement vers Tâge de trente-cinq à quaranle-cinq ans, et chez les femmes, pendant les anomalies de la dernière menstruation, ou quelque temps après la cessation des menstrues. Aussi , n'est-il pas

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très rare de retirer alors de très bons effets des exutoires, qui, excitant la peau, y déterminent un point d'irritation, ou un foyer d'évacuation salutaire. J'ai vu quelquefois l'application d'un simple vésicatoire au bras produire un érysipèle dartreux , qui a mis fin a des manies invétérées.

L'épilepsie, qui si souvent est la cause de l'idiotisme et de la démence, produit aussi la manie, c'est-à-dire, qu'après l'accès d'épilepsie , les épileptiques restent dans un état de manie, souvent avec fureur. Sur quatre cents épileptiques que nous avons à la Salpêtrière, cinquante au moins sont maniaques après l'accès. La fureur, chez les épileptiques, est plus aveugle , plus terrible, plus dangereuse : c'est celle qui est le plus à redouter dans les asiles d'aliénés. La manie des épileptiques n'est point de longue durée; elle se termine, tantôt après quelques heures, tantôt après trois, quatre et huit jours. Il est très rare que l'accès éclate avant l'attaque épileptique.

La mélancolie et l'hypocondrie ont, de tous les temps, été signalées comme causes prédisposantes de la manie: plusieurs grands maîtres, Alexandre de Tralles, Boerhaave lui-même ont pensé que la mélancolie (lypémanie) n'était que le premier degré de la manie; cela est vrai dans quelques cas. Il est, en effet, des individus qui, avant de devenir maniaques, sont tristes, moroses, inquiets, défians, soupçonneux; quelques-uns ont un tlélirc partiel avec excitation; il en est d'autres qui se sentent malades, ont de la céphalalgie, les membre» l^risés, le pressentiment d'une maladie grave dont ils sont menacés, et même la crainte de devenir fous;

ils sont inquiets, tourmentés, demandeut des remèdes et en fout beaucoup. Dans ces deux cas, les symptômes mélancoliques ou hypocondriaques sont les prodrcoîes de la manie; c'est le temps d'incubation : ces symptômes pour l'homme exercé ne peuvent faire illusion; ils sont l'indice d'un accès de manie près d'éclater.

Le nombre des causes morales de la manie est bien plus élevé que celui des causes physiques. Ce nombre est plus considérable chez les femmes que chez les hommes , et bien plus encore en comparant les causes de la manie avec celles de la démence. On conçoit facilement la raison de ces différences, quand on a égard au tempérament, à l'âge, au caractère des individus plus ordinairement atteints de manie. Les femme>, pour qui l'amour est l'affaire la plus importante delà vie, se soustraient plus difficilement que les hommes à l'influence de l'amour contrarié.

Il ïicst pas non plus sans intérêt de comparer le nombre des causes morales dans la classe inférieure et dans la classe élevée de la société. Chez l'homme riche le cerveau est plus exercé, plus actif; les facultés intellectuelles sont plus développées ; les passions sociales sont plus souvent excitées et plus énergiques. Plus dependans des caprices de la fortune et des hommes, les grands, les riches restent plus exposés que les gens pauvres aux effets funestes de l'amour-propre blessé, de l'ambition, du bouleversement de la fortune.

Lc's causes physiques et moi-ales prédisposantes ou prochaines, agissent rarement isolément les unes des autres, elles se combinent, se compliquent pour pro-

duire la manie. Une frayeur cause la suppression des menstrues, cette suppression devient cause de la mauie^ qui cesse avec le retour des évacuations menstruelles. Une femme en couche éprouve un chagrin violent, les lochies se suppriment, la manie éclate, etc. Il est vrai de dire que la manie a rarement lieu sans le concours des causes pliysiques et des causes morales. Quelquefois cette maladie se manifeste sans autre cause appréciable que quelques écarts de régime; mais il faut être prévenu que ces écarts sont, dans quelques cas, les premières nuances de la maladie qui commence. On a vu la manie , survenir après des fièvres graves, des fièvres intermittentes, particulièrcment après la fièvre quarte, suivant Sydenliam , qui le premier a fait cette observation. On Ta vue se manifester après la disparition subite d'un rhumatisme, de la goutte, des hémorrhoïdes, d'un érysipèle', d'une évacuation habituelle, des affections cutanées, de la leucorrhée, de la blennorrhagie , etc.

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