‹ De la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 16 sur 22 · DE %X-. AIE DEC IM F · texte numérisé non relu

DE %X-. AIE DEC IM F

bistouri entre la rotule et le fémur. Il semble pourtant qu’ü n’y a nulle raison pour quelle séjourne après la destruction de la partie inférieure de la capsule articulaire. J’ai sous les yeux un jeune homme dont la jambe droite a été séparée dans l’articulation du genou par un coup de canon. La rotule , qui est demeurée , a remonté de deux grands travers de doigt au devant du fémur. Elle n’a jamais causé la moindre incommodité.

Le cas dont il vient d’être parlé n’est pas le seul dans lequel l’amputation dont il s’agit puisse être préférée aux autres manières d’opérer. Si la jambe était sphaeélée, et que le mal fut borné au voisinage du genou^ ou que le sujet fut jeune encore et fort amaigri, comme un «de ceux dont parle Petit , il semble que l’on devroit aussi y avoir recours. La manière de la pratiquer seroit celle que Hoin a suivie. Après avoir situé et assujetti le malade, et -s’être rendu maître du sang pendant l’opération, par un des moyens connus , on ferait une incision demi-circulaire au-devant et audessous de la rotule ; après quoi, faisant relever les tégumens autant qu’il serait possible, on couperait le ligament de la rotule et lés ligamens latéraux de l’articulatkm, e% on ferait fléchir le genou pour inciser les ligamens croisés, Il ne resterait plus qu’à faire glisser le couteau de haut en bas, et de devant en arrière , entre le tibia -et les chairs qui se trouvent -au pli du jarret, pour former un lambeau propre à recouvrir une partie de la face du moignon. Le reste se ferait comme dans les autres amputations.

OP ÉRATOIRE.

De V Amputation du pied dans son articulation avec la jambe.

On peut croire que la plupart des amputations dans les .articles dont il vient d’être parlé, et celle dont il s’agit ici, ont été pratiquées anciennement. Elles semblent avoir été mises en usage du temps d’Hippocrate. Il dit, dans son livre de Articulis, section quatrième , At reseçtiones pssiurn perjectcç pirça articules et in pede, et in manu , et in tibia ad rnaileolps , et in cubitu ad juncturam manûs} plerisque, auibus resecantur, in* rtoxjpe simt , si ?iori çtatim animi (leliquiurrf. evertat, put quand die febrU continua- accédai. « Mais le retranchement des ,os à l’endroit des articulations , au pied, à la main , à la jambe , près des malléoles et aq cubitus , à la jointure de la main, est sans danger pour je plus grand nombre de ceux à qui on fait cette opération , pourvu qu’il ne survienne pas sur le champ de faiblesse excessive, ou que la fièvre ne s’allume pas le quatrième jour. » Fabrice de Hilden , après avoir exposé les avantages qu’il croit devoir résulter de l’amputation dans les articles, assure qu’il en a fait un fréquent usage : idqup frequentissime expertus sum. Cependant on en trouve peu d’exemples , parue que sans doute on a j ugé qu’il était plus à propos de couper la jambe à quelque distance du genou , pour donner aux malades la facilité de se servir d’une jambe de ibois. C’est du moins ce que l’on peut inférer. de ce passage de Paré. « Je sais que le capitaine Leclerc, étant sur tm navire , eut un coup de canon qui lui emporta le pied un peu au-des-

sus de la cheville , de laquelle plaie il fut guéri; mais, quelque temps après , voyant que sa jambe lui nuisait % la fit couper jusqu’à cinq doigts près du genou , et maintenant se trouve mieux à marcher qu’il ne faisait auparavant. »

Si la maladie pour laquelle on fait l’amputation se borné au pied, on a proposé de ne retrancher que cette partie, pour éviter le danger qui pourrait résulter Ide l’amputation de la jambe, si on la pratiquait à l’endroit ordinaire. La manière de procéder serait celle-ci. Les précautions ordinaires étant prises, on couperait les tégumens autour et au-dessous de la jointure , et , après les avoir fait relever, on inciserait les tégumens latéraux du pied, en faisant glisser le tranchant du couteau de bas en haut entre les deux malléoles et l’astragale. Il serait facile ensuite de désarticuler le pied , et d’achever le, retranchement de cette partie par la section des tendons et des portions de lïgamens qui n’auraient pu être entamés. Le reste se ferait comme à l’ordinaire.

De Vampiitaiion partielle du pied.

(Les chirurgiens ont senti depuis long-temps combien il importe de ménager le plus possible un organe aussi important que le pied. Sa partie postérieure, formée par le talon et les os du tarse , présente une surface sur laquelle le poids du corps peut reposer. Si l’on se privé de cette ressource, il faudra porter l’instrumènt à la partie supérieure de la jambe , au-dessous du = genou , et retrancher ainsi

une grande étendue de parties .saines., -ce. qui aug-* mente et les dangers de l’opération et la difformité qui lui succède. Les chirurgiens du moyen âge avaient déjà imaginé d’emporter isolément la partie anté-* rieure du pied; mais ils se servaient, pour exécuter cette opération , de moyens tellement barbares , qu’en les rejetant, les chirurgiens modernes enveloppèrent la méthode, dans la même proscription. Cependant Ghopart fit son amputation entre les os du tarse ; M. Percy exécuta la même opération dans les articulations tarso-métatarsiennes , et ces chirurgiens comptèrent quelques imitateurs. Le procédé de Chopart est demeuré presque le même; mais celui qui consiste dans l’ablation du métatarse n’a été bien et méthodiquement décrit que par M. Lisfranc.

Chopart procédait de la manière suivante. Deux incisions étaient faites , parallèlement à la longueur du pied, l’une en dedans et l’autre en dehors, depuis les articulations du calcanéum avec le cuboïde , et de l’astragàle avec le scaphoïde, jusqu’à un pouce et demi environ de ces parties. Réunies par une division transversale, ces deux incisions circonscrivaient un lambeau quadrilatère, qui était relevé jusqu’à sa base. Alors on coupait les tendons des extenseurs et du muscle pédieux , on ouvrait les articulations, et, les traversant, on terminait l’opération, en taillant aux dépens de la face plantaire du pied , un lambeau un peu plus grand que le premier.

Au bord interne du pied , en avant de l’articulation tibio - tarsienne , est une saillie facile à distinguer et qui est formée par l’éminence du scaphoïde ; le membre , étendu et porté dans l’adduction , on

Amputation, entre les 05 du tarse, ou méthode de Chopart.

Procédé généralement adopté.

sent en avant et vers l?union du tiers externe avec les deux tiers internes de l’espace inter-malléolaire , la saillie que forme la tête de l’astragale. L’articulation du calcanéum est située un peu plus en avant que celle de l’astragale avec le scaphoïde , celle-ci est oblique de dedans en dehors et d’arrière en avant , l’autre est à peu près perpendiculaire à l’axe du pied. Au reste, la saillie du calcanéum en avant de l’astragale dépend du degré d’extension ou de flexion du membre» Dans le premier cas , le calcanéum dépasse davantage que dans le second l’astragale. Quoi qu’il en soit, le doigt indicateur et le pouce de la main gauche étant placés aux extrémités de la ligne formée par les articulations à ouvrir , on fait, à la face d’orsale du pied, une incision qui suit toute l’étendue de cette ligne à un demi-pouce environ au devant d’elle, La peau retirée en arrière , on ouvre -Farticulation de l’astragale avec le scaphoïde. Portant ensuite l’instrument sur la jointure ealeanéo-cûfeoïdienne, on divise également ses In gamens dorsaux ; et le fort ligament inter-articulaire étant ensuite coupé, les os se trouvent écartés, et le plein du couteau peut être engagé entre eux de manière à. achever leur séparation et à terminer l'opération, en taillant , aux dépens de la face plantaire du pied, un lambeau plus long en dedans qu’en -dehors , et assez; étendu spour recouvrir toute la hauteur des surfaces ■osseuses.

M. Lisfranc veut que du même coup qui divise la peau l’on entre dans l’articulation astragalo-scaphoïr dienne. -fLien -n’est assurément plus facile ; mais qui ne voit qneies tègumens se rétractant, ensuite, les os seront

rais à nu , et que des accidens pourront en résulter ? L’opération telle que nous l’avons décrite est peut-être moins prompte, moins brillante, mais nous la croyons plus avantageuse qu’avec la modification dont il est ici question.

La ligne des articulations tarso-métatarsiennes est Amputation marquée en dehors et en dedans par les saillies que cuktions forment les extrémités postmeures du premier et du tarsiërmes” cinquième os du métatarse. L’extrémité interne de cette ligne est située un demi-pouce environ plus en avant que l’externe. Ainsi les articulations le long desquelles elle s’étend sont loin d’être, quoi qu’en ait dit M. Hey, transversales et perpendiculaires à l’axe du pied. Quoi qu’il en soit , le coté interne et le coté externe de la ligne articulaire qui nous occupe étant reconnus , le .chirurgien y place le pouce et l’indicateur de la main gauche , de manière à embrasser avec cette main la face plantaire du pied. Alors une incision est faite à la face dorsale du membre , à un demipouce en avant des articulations. Les tégumens s’étant rétractés i on divise les tendons des muscles extenseurs desforteilset du muscle pédieux. Alors le couteau, qui doit être petit, solide et bien acéré, est porté derrière l’extrémité tarsienne du cinquième os du métatarse, et sa pointe est promenée de dehors endedans, et un peu d’arrière en avant jusqu’au second métatarsien , où elle s’arrête. Les trois articulations sur lesquelles elle passe sont faciles à ouvrir , et l’on doit se borner à diviser leurs ligamens dorsaux. Cela fait, le couteau doit être porté sur le côté interne du pied , où Ton ouvre l’articulation du premierosdn métatarse avec

le grand cunéiforme, qui est un peu oblique de dedans en dehors et d’arrière en avant. Il ne reste plus à désarticuler que le second métatarsien. Pour cela, la pointe du couteau , dont le tranchant est dirigé vers le malade , doit être insinuée en bas , dans l’espace qui sépare le premier cunéiforme du second os du métatarse, et abaissant ensuite le manche de l’instrument, on coupe le ligament très-fort qui unit ces deux os. Dès lors tout devient facile. L’instrument porté à la face dorsale de l’articulation l’entrouvre ; la partie à demi détachée du pied est abaissée ; les ligamens inter - articulaires sont coupés, et le couteau se place enfin transversalement au-dessous des extrémités postérieures des os du métatarse. Porté alors en avant , en rasant ces os, il fait un lambeau inférieur, plus long en dedans qu’en dehors, et propre à être relevé sur les surfaces cartilagineuses des os de la seconde rangée du tarse.

C’est ainsi que l’on doit opérer sur le pied droit. Sur le gauche , il faut commencer l’incision des tégumens du côté interne , et l’on peut également ouvrir d’abord l’articulation du premier os du métatarse avec le grand cunéiforme.

Telle est une opération , difficile à exécuter aussi long-temps que des manœuvres multipliées presque à l’infini sur le cadavre ne l’ont pas rendue familière au praticien , niais qui ensuite peut être pratiquée eii moins de temps que l’on n’en met à lire sa description. Elle a été déjà plusieurs fois couronnée de succès, et elle constitue une des conquêtes les plus précieuses de la chirurgie française.

Oi'ERATOIR E.

Chez les enfans , où les épiphyses ne sont pas encore confondus avec le Corps des os longs , on peut , dit M. Lisfranc , amputer dans la continuité du métatarse , en coupant les cartilages d’ossification ; procédé qui serait effectivement plus simple et moins laborieux à exécuter que le précédent» )

Ablation de la partie antérieure du premier et du. cinquième os du métatarse.

On est souvent obligé de retrancher avec le premier ,*1- procédé, ou le, gros orteil du pied, la partie antérieure de l’os du métatarse qui le soutient, à raison de carie à cet os. Le procédé qu’il convient de suivre- mérite d’être connu. Le malade couché et contenu, et;les tégumens retirés vers le coude - pied , autant que cela : se peut , par la personne chargée de l’assujettir , ,1e chirurgien * ,

aidé par la même personne , écarte le gros orteil d’avec les autres doigts , et , portant le bistouri entre le premier et le second os du métatarse, il coupe les tégumens et les chairs aussi avant qu’il ; est. nécessaire., relativement à la portion de l’os du métatarse qu’il se propose de retrancher. L’incision, doit s’avancer également sur les deux faces supérieure et inférieure du pied. Elle est . suivie d’une autre incision , laquelle . coupe en demi-cercle les tégumens et les chairs qui entourent l’os , et divise tout jusqu’au périoste inclusivement. Il ne s’agit plus que de scier l’os ; ce qu’on ne doit faire qu’ obliquement , et avec la précaution de garantir lès chairs dè l’action de . la scie , avec un morceau de carton ou aveb une plaque de métal ou de

a9 procédé.

3e procédé.

Gorne qu’on glisse dans l’incision longitudinale. Les tégumens sont ensuite ramenés vers la plaie, laquelle est pansée comme toutes celles qui sont récentes et avec perte de substance. Il n’est pas nécessaire de lier les vaisseaux ouverts pour se rendre maître du sang, parce qu’on trouve un point d’appui suffisant pour faire la compression , et parce que cette compression , qui n’est pas circulaire , ne peut avoir aucun inconvénient.

( On peut aussi faire partir du côté interne du premier Os du métatarse , en arrière de la maladie , deux incisions obliques, une dorsale et l’autre plantaire, qui viennent se réunir au côté externe de l’os. Celui-ci étant entièrement cerné , Une compresse épaisse est glissée entre lui et le second métatarsien ; et les lèvres de la plaie étant relevées et maintenues à l’abri de l’action dé la scie > on retranche la partie malade par une sèction oblique de dedans en dehors et d’arriéré en avant.

Il est possible enfin de former avec les parties molles qui recouvrent la face interne et plantaire du premier métatarsien , un lambeau qui, après la section de l’os, peut être appliqué sur lui et recouvrir la plaie. Mais Ce procédé est loin de ï’êmpôrter sur le précédent pour la simplicité et l’avantage du résultat.

Ces opérations seraient manifestement applicables àü cinquième os du métatarse, si sa partie antérieure était cariée. Dans le cas enfin de maladie des autres os du même genre on pourrait leur appliquer le procédé suivant lequel nous avons dit que M. Dupuytren emporte les doigts médius ou auriculaire lorsqu’il

veut retrancher en même temps les têtes des os du métacarpe qui les supportent.

Les amputations séparées des os du métatarse et cèiles des orteils , soit en totalité , soit isolément , doivent être exécutées de la même manière que les opérations semblables que l’on pratique pour lés doigts.

Il convient seulement de se rappeler qu’il est constamment préférable , pour les orteils , de les emporter à leur articulation métatarso-phalangienne $ que de porter le bistouri dans les -articulations de leurs phalanges. Une autre observation non tnoins importante est que les articulations métatarso-phalangiennes sont situées pins loin du. repli dorsal et surtout du repli plantaire de la peaft j que les articulations analogues de la main. ) "

Âtriptitàtïdn de la mâchoire inférieure. ,

( Lorsque des fongosités carcinomateuses profôndes et ^ rebelles naissaient de l’os maxillaire inférieur , ou que ces où cette dès râffectibns OânééréUsèS développées -êO avant ou en ° ùîdk[uée?St arrière dé cet os* pénétraient jusque dans -sa substance êt la désorganisaient, les maladies qui en résultaient ' étaient considérées comme = incurables ; et les sujets , abandonnés à eux-mêmes , périssaient constamment.

L’examen attentif des mutilations produites par les boulets que la poudre à canon met en mouvement , chez des militaires qui avaient survécu, même à là perte presque totale de la mâchoire inférieure , donna l’idée à M. Dupuytreh de retrancher les parties de eèt ôs affectées de cancer. Ce qü’une cause ateugle et violente avait fait , én déchirant et en meurtrissant les

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tissus , ce praticien pensa que l’art pourrait l’exécuter, avec moins de danger et plus d’avantages pour l’hpmanité , en se servant d’instrumens appropriés et guidés par une puissance intelligente. De là est née une ressource nouvelle que la chirurgie . a employée déjà un grand nombre de fois avec succès.

Çette opéra- Deux procédés peuvent être mis en usage pour cette

Exécutée de6 opération, suivant que le cancer, à l’occasion duquel deV* ™a" on Prat^ue y s est développé , d’une part , dans l’os maxillaire lui-même j ou du côté de sa concavité et de la bouche , de l’autre , à l’extérieur, dans l’épaisseur des lèvres et du menton.

Ier procédé. Le premier cas est celui dans ieqüei sé trouvait M. Lesier , conducteur de cabriolets, le malade sur lequel M. Dupuytren pratiqua pour la première fois l’amputation de la mâchoire inférieure, et dont nous allons rapporter l’histoire. Cet homme, âgé de 4o ans, lors- , qu’il fut opéré , avait éprouvé, en 1797 , des douleurs , sourdes dans là: rmâchoire inférieure. La dent laniaire gauche s’ébranla alors, et tomba , remplacée bientôt par une excroissance fongueuse, qui s’éleva rapidement du fond de l’alvéole. Çette tumeur, attaquée à diverses reprises au moyen du cautère actuel , repullulait toujours, plus grosse et plus douloureuse que précédemment. Elle dégénéra enfin en un carinôme ; et lorsque le sujet, après beaucoup d’hésitations, vint en 1812 se confier à M. Dupuytren* et se décida à se laisseropérer, il était dans l’état suivant :

La tumeur cancéreuse s’étendait, depuis la seconde M. Dupuy- grosse mojaire du côté droit, jusqu’à la branche de l’os tren‘ maxillaire du côté opposé ; la base de la langue était re-

foulée en arrière ; les dents entamaient le fongùs, d’où s’écoulait une sanie dégoûtante et fétide. La mâchoire inférieure avait triplé de volume, et le sarcome s’enfoncait profondément dans sa substance en partie désorganisée. La tumeur, d’une couleur rougeâtre, mêlée de blanc, oblitérait et dépassâit l’ouverture de la bouche, quelle maintenait ouverte autant que le permet l’articulation de l’os maxillaire. Elle formait trois saillies, dont l’une sortaifFentre les arcades dentaires , tandis que les deux autres soulevaient -, l’une la joue droite , et l’autre la joué gauche. La commissure droite, écartée avec le doigt, pouvait seule servir à l’introduction des alimens. La respiration était difficile, le pthyalisme abondant, la mastication presque impossible, la parole à peine distincte. Cependant l’appétit n’avait rien peydu de sa vivacité, les ganglions cervicaux n’étaient pas engorgés , et la bonté de la constitution du sujet fit considérer sans crainte là fièvre lente qui ne le quittait presque pas.

Un purgatif ayant été administré le 28 novembre 1812, M. Dupuytren, aidé de MM. Breschet, Lebreton et Lisfranc , procéda deux jours après à l’opération. Le malade, qui avait eu l’imprudence de boire dans la matinée un litre et demi de vin , pour se donner des forces, était assis et maintenu comme pour l’opération de la cataracte. Les artères labiales furent comprimées par un aide sur les branches de l’os maxillaire. Le chirurgien , placé au devant du sujet , saisit avec la main gauche la partie droite de la lèvre inférieure, tandis qu’un aide soutint le côté gauche de l’organe , afin de le tendre. Une incision divisa alors

35 bis.

la partie moyenne de cette lèvre, en s’étendant jusque près de l’hyoïde. De là résultèrent deux lambeaux que l’on disséqua , les détachant à droite et à gauche de la tumeur qu’on laissa intacte. Les artères labiales, situées dans l’épaisseur des muscles , furent aisément évitées, et les lambeaux, renversés en dehors, où les aides les maintinrent , permirent de dégager Fos et de couper son périoste. La mâchoire étant alors assujettie , un en fit la section des deux côtés, à un pouce de ses angles, avec Une scie à main.

Jusque-là il s’était à peine écoulé quelques gouttes de sang; mais lorsqu’à vec un couteau , courbé sur le plat on divisa les muscles qui s’attachent, soit à l’apophyse géni , soit à la ligne milo-hyoïdienne, des artères devenues plus volumineuses par la présence même de la maladie, furent intéressées. Cependant l’hémorrhagie n’apparut pas avec autant de violence qu’on l’avait craint. Les doigts des aides , ceux même du chirurgien , appliqués sur les branches des sous-mentales et des linguales, suspendirent l’effusion du sang, et le carcinome put être enfin emporté tout entier. Le malade alors se trouva mal. On lia le tronc de la sous-mentale ; des cautères chauffés à blanc, promenés au fond de la plaie , la désséchèrent. Les forces circulatoires ayant repris leur énergie et aucun suintement n’ayant lieu, de la charpie fut mise au devant de chaque moignon de l’os ; on rapprocha lès lambeaux. Afin de faciliter l’écoulement du pus , une mèche fut placée dans la partie inférieure de la plaie , près de l’hyoïde; enfin on recouvrit les parties extérieures dé charpie et de compresses , et l’appareil fut

affermi par une mentonnière. A cet instant une hémorrhagie nouvelle se manifesta; il fallut dépanser le malade, une cautérisation plus difficile que la première fut exécutée, et après un nouveau pansement M. Lesier gagna lui-même son lit.

Les parties enlevées pesaient une livre et demie. La mâchoire était exostosée, cariée, nécrosée et ramollie en plusieurs endroits. Le fongus qu’elle supportait, et qui s’implantait profondément dans sa substance, était dur, fibreux, criant sous le scalpel. Il présentait plusieurs ulcérations , au-dessous desquelles son tissu ramolli était devenu lardacé.

Les accidens qui suivirent la pratique d’une opération aussi grave furent modérés. Les portions d’appareil que la suppuration avait détachées , ayant été levées le cinquième jour, on trouva la partie des lambeaux que l’on avait rapprochée;, parfaitement réunie. La douleur et le gonflement n’étaient pas considérables. Un mélange abondant de salive et de pus s’écoula par l’angle inférieur de la division. La plaie acquit chaque jour un aspect plus favorable ; le quinzième, les escarres se détachèrent, l’appétit du malade avait repris toute sa force; il n’existait aucun trouble dans l’économie. Des bourgeons celluleux et vasculaires du meilleur aspect recouvrirent alors la; division; la suppuration diminua ; la fistule , établie à dessein , se ferma , et la plaie marcha rapidement vers la guérison. Le vingt-septième jour , M. Lesier conduisait un de ses cabriolets ; le trentième , deux petites portions d’os se détachèrent des extrémités du moignon, et quinze jours encore après, la guérison était

Modifications dont ce premier procédé est susceptible.

"2e procédé.

complète. On a vu alors, non sans étonnement , cet homme rendu à ses occupations ordinaires, ne présenter qu à peine les traces de la perte de substance qu’il avait éprouvée; il pouvait facilement parler, respirer fit avaler. Les tissus , revenus sur eux-mêmes, se sont durcis ; les deux moignons rapprochés leur ont servi d’appui, et une sorte de menton, de cféation nouvelle, a fait presque entièrement disparaître la difformité. Aujourd’hui encore , douze ans après l’opération, M, Lesier continue de jouir de la meilleure santé.

Si dans un cas semblable à celui dont il vient d’être question, l’incision verticale de la lèvre et du menton ne permettait pas de découvrir assez loin lés côtés de la mâchoire , On pourrait la rendre cruciale, en faisant partir de' sa partie moyenne , qui correspond au-dessous du menton , deux autres incisions, que l’on prolongerait plus ou moins loin, le long de là base de l’os. Les quatre lambeaux qui résulteraient de cette manœuvre étant disséqués , il deviendrait facile de parvenir, dans tous les sens, jusqu’aux limites de la maladie.

Lorsque lé cancer, après avoir envahi la lèvre et le menton, a atteint l’os maxillaire inférieur, et que ! amputation de celui-ci est jugée indispensable, il faut cerner d’abord le mal par deux incisions commencées à la lèvre inférieure, de chaque côté, et réunies en bas , à angle aigü , près de l’hyoïçle. Les deux lambeâux latéraux étant, écartés , on procéderait ensuite comme dans lé cas précédent à la section de la mâchoire inférieure , que l’on détacherait enfin des parties molles qui la retiennent , et dés muscles qui s’attachent à sa face con-

cave. Les circonstances qui exigent cette opération sont plus fréquentes que celles où la maladie débute par 1 os lui-même , ou par les parties qu’il embrasse et protège.

M. Dupuytren a pratiqué déjà huit à dix fois 1 am- Résultats putation de la mâchoire inférieure , de l’une ou de' dc ration^6 l’autre manière. Un seul malade fut affecté, après elle, d’inflammation grave à la base de la langue, et de cette infiltration des bords delà glotte, que l’on est convenu de désigner sous le nom d’angine œdémateuse : il succomba. Chez deux autres sujets, le cancer, après avoir paru radicalement guéri pendant plusieurs années , repullula et fit de nouveaux et funestes progrès. Mais sur les cinq ou six derniers opérés, l’amputation de la mâchoire inférieure fut couronné du succès le plus complet et d’une parfaite et entière guérison. Chez quelques-uns de ces malades , l’amputation fut faite immédiatement au devant de la dernière grosse molaire de chaque côté. Tel était le cas d’un homme qui fut présenté, il y*a quelque temps , à l’Académie royale de Médecine , avant l’opération , et après la'guérison.

Et, chose digne de remarque , chez tous les sujets, les deux bouts de la mâchoire se sont rapprochés , et réunis par une sorte de cal , d’une manière indissoluble. Cette opération constitue donc une des conquêtes les plus précieuses de la chirurgie de nos jours; elle vient d’être récemment encore pratiquée par M. Lallemand,, de Montpellier, sur un sujet qui fut délivré par elle d’un cancer qui avait détruit la lèvre inférieure, le menton, et lapartie moyenne de la mâchoire.)

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