‹ De la médecine opératoire (volume 3)Chapitre 2 sur 22 · DES PLAIES · texte numérisé non relu

DES PLAIES

aELÀTIVEMENT AUX LIEUX OU ELLES SE EENCONTEENT, ET A LA NATURE DES PARTIES Qu’elLES INTÉRESSENT.

Ces plaies sont celles de la tête , du cou , de la poitrine, du ventre, des tégumens, des muscles' et des tendons, des os, des nerfs, des artères, des veines et des vaisseaux lymphatiques.

Des Plaies de la Tête.

Pour exposer avec ordre les opérations que peuvent exiger les plaies de la tête , il faut diviser ces plaies en celles qui intéressent les tégumens communs, celles qui portent sur le crâne, et ceUes qui pénètrent jusqu’aux parties qui sont contenues dans cette cavité.

Des Plaies des Tégumens de la Tête.

Toute espèce de corps peut blesser les tégumens tes iàstru-

r ^ mens conton-

communs de la tête : ces corps sont pîquans, tranehans dans font

nat^e des bosses, causent des plaies à lambeaux , ou donnent lieu à des

contusions.

Ces bosses sont dures ou molles. .

Les secon-

parence d’un enfoncement

de leur diffé-

2 DE LA MEiJÉCINE

OU contondans. On remédie aux lésions <jui résultent de l’action des premiers par les moyens, que l’on emploie partout ailleurs. Celles qui sont causées par des corps contondans demandent des procédés particuliers : ces lésions sont de grosses bosses , des plaies à lambeaux, ou de fortes contusions sans plaies.

a. Il est assez connu que des coups ou des chutes qui portent sur la tête causent le plus souvent des bosses, dont la grosseur et la nature varient. Lorsque le coup agit perpendiculairement , ces bosses ont une dureté qui leur est particulière. Lorsqu’il agit suivant une direction oblique , elles sont molles , et présentent une fluctuation sensible à leur partie moyenne qui paraît déprimée, pendant que leurs bords sont durs et élevés. On croirait, en touchant ces tumeurs, qu’elles sont le résultat d’un enfoncement réel au crâne , et que l’on sent les bords de la dépression que les os ont soufferte, ou de, la fracture qui s’y est faite. Cette illusion est quelquefois augmentée par les battemens qui se font apercevoir au centre de la tumeur, quand une artère un peu considérable est ouverte, et qu’elle y verse du sang ; mais elle se dissipe bientôt lorsque ce sang vient à se résoudre, ou qu’on en a procuré l’évacuation en faisant une incision convenable.

La raison de la différence que présentent les tumeurs doiit il s’agit consiste en ce que les vaisseaux et le tissu cellulaire ont été seulement froissés ou contus dans celles qui sont dures , de sorte que le sang ne fait que s’y infiltrer ; au beu qu’ils ont été déchirés et rompus dans ceUes qui sont molles , et où la fluctuation et les battemens se font sentir, et que le sang s’épanche et

se rassemble dans une espèce de foyer. Dans ce dernier cas , on a vu des bosses à la tête acquérir un volume considérable , et couvrir une assez grande étendue du crâne.

Celles qui sont dures se dissipent, pour le plus souvent, au moyen de la compression aidée de topiques sent par résorésolutifs. Il est d’usage d’appuyer quelque temps sur la tumeur avec la paume de la main , ou de la comprimer d’une manière permanente avec une pièce de monnaie ou avec un morceau de carton enfermés dans du linge et soutenus par une bande. Quelquefois on se contente de compresses trempées dans de l’eau trèsfroide , simple ou saturée de muriate de soude , ou imbibées d’une liqueur spiritueuse.

Ces moyens seraient insuffisans pour les bosses où Les secondes il y a fluctuation. Le sang épanché qu’elles contien- ouvertes, nent n’est presque plus susceptible de résolution : il se conserve dans un état de fluidité pendant long-temps ; à la fin cependant les parties les plus fluides se dissipent , et le reste se coagule. Il se forme un caillot qui devient de plus en plus solide, et qui contracte, avec les parties dont il est environné , des adhérences assez fortes pour qu’on ait peine à l’en détacher. J.-L. Petit en cite des exemples. L’incision faite à temps prévient cet inconvénient, et n’est d’aucune conséquence. Le sang épanché sort en masse : celui qui n’est qu’infiltré cède aux pressions douces qu’on exerce sur lés parties voisines, et s’échappe ensuite de lui-même à travers l’ouverture, qui doit être médiocre, relativement au volume de la tumeur, et pratiquée à sa partie la plus élevée. Cette ouverture ne demande d’autres soins que

l’application d’un plumasseau couvert de baume d’arcéus ou de basilicum , et celle de compresses tren^pées dans une liqueur résolutive, et soutenues de quelques tours de bandes (i).

Plaies à Dcs coups portés sur la tête avec des corps con-

lambeaux. to^daus , tels qu’une grosse canne, un mancbe à balai ou tout autre instrument de la même espèce , ou des chutes sur des corps durs , font quelquefois aux tégu^ mens de cette partie, des plaies à lambeau d’une éten^ due plus ou moins considérable, et dont les bords présentent le même aspect que si ces plaies avaient, été faites par des instrumens tranchans. Il faut pour cela que le coup ait été porté avec une grande obli^ Elles Tarient ^uité. Lcs plaies dont il s’agit varient beaucoup entre ia<Hspositioa disposition du lambeau, et par quelques

du laipbeau. autres circonstances. Ou le lambeau a été détaché de has en haut , ou il l’a été de haut en bas , à quoi il faut ajouter que ses bords ont été divisés d’uBe manière plus ou moins nette , avec plus ou moins de contusion.

Ce qu’il Lorsqu’il a été formé de bas en haut, et que ses bords

^ faut faire ^ - -i rf-

lorsqu’ilaété n’ont point été fortement contus, il suffit, après avoir

formé de bas '

eu haut.

(i) L’expérience contredit ici l’opinion de l’an.teur ; elle démontre que, quand le sang épanché est dans l’état décrit ci-dessus , l’absorption parvient presque toujours à s’eh emparer. Une ouverture n’est pas alors seulement inutile , elle est encore dangereuse , en ce qu’elle donne nécessairement, lieu à l’accès de l’air dans le foyer qui renfermait le sang , et à l’inflammation de ses parois, laquelle s’étendant le plus souvent au cuir chevelu, au tissu cellulaire sous-çutané , au tissu cellulaire sous apo'névrotîque , occasione des érysipèles pHegmonenx, des suppurations, des décollemehs et des dénudations plus on moins graves. ( Note des éditeurs: )

bassiné le crâné bu le dedans du lanibeau, afin d’ôter le sang et les ordures qui peuvent les avoir salis, et avoir rasé ou coupé les cheveux, s’il y â lieu, de ramener ce lambeaù sur la partie d’où il a été enlevé , d’en couvrir les bords avec des plumasseaux chargés d’une petite quantité de baume d’arcéus ou de basilicum , et de le maintenir avec quelques bandes d’emplâtre agglütinatif, et avec un bandage approprié.

Lorsque ce lambeau a été détaché de haut éïi bas, il n’est pas aussi facile de le contenir : il glisse de dessus le crâne, et retombe vers la partie des tégumens à laquelle il est continu. On a de la peine à le conserver en place , à moins qu’on n’y fasse quelques points de suture , dont le nombre et la position sont déterminés par les circonstances. S’il y a beaucoup de contusions aux bords de la plaie, ces points doivent être trèslâches , parce quelle ne peut guérir avant que les escarres dont ils sont couverts se soient détachées, et que la suppuration les ait dégorgés. Il est essentiel , dans ce cas , de pratiquer à la base et à la partie moyenne du lambeau une incision qui én divise toute l’épaisseur, pour favoriser l’évacuation du pus qui pourrait s’y amasser et s’opposer à son recollement. Cette précaution a été indiquée par J.-L. Petit ; je me suis souvent applaudi de l’àvoir prise.

c. Une plaie contuse, ou simplement une contusion Contusion forte aux tégumens qui couvrent le crâne , donne quel- tég^ens. quefois beu à des accidens graves, auxquels on ne peut remédier que par une incision qui divisé ces tégumens , et qm , dans certains cas , s’étende jusqu’au péricrâne.

Les accidens dont il s’agit sont un gonflement érysipé- Les^ acd-

6 DE EA MÉDECINE

dens qu’elle lateux, accompagné de fièvre, de pesanteur à la tête, peutoccasxo- j’assoupissement , de mouvemens convulsifs et de délire; ils ne commencent, pour l’ordinaire, que quelques jours après le coup reçu. Le malade éprouve du malaise ; le lieu de la contusion ou de la plaie devient douloureux. Ce lieu s’élève et présente une tumeur avec empâtement, sur laquelle l’impression dti doigt reste. Bientôt le mal augmente, et se répand sur la tête et sur la face; il survient un érysipèle, auquel se joignent les Ces acci Symptômes dont il a été parlé. On attribue ce désordre fttrüjués àia ^ contusiou et à la tension inflammatoire du péricontusiondu crâne, laquelle se communique de proche en proche

pencrane. . ^ ^

aux membranes qui enveloppent le cerveau , et qui ont avec lui des connexions très -marquées : il m’a paru dépendre de la stagnation de sucs putrides dans l’épaisseur des tégumens, et quelquefois aussi au-dessous du péricrâne.

Moyens d’y chercherait en vain à y remédier par l’emploi des

•remedier. remèdes généraux , tels que les saignées , les purgatifs, les délayans, les diaphorétiques , les laxatifs, les applications émollientes et résolutives. La cause du mal est locale ; il faut la faire cesser aussitôt que le mal commence à se manifester. Lorsque la tuméfaction survenue au voisinage du lieu blessé présente de l’empâtement ou de la fluctuation , il suffit d’y faire une incision d’une étendue raisonnable, et qui comprenne toute l’épaisseur des tégumens, sans aller jusqu’au péricrâne.

Inciser pro- Lorsque cettc tuméfaction offre plus de rénitence , et

■ondement. ^ ^

que l’on a lieu de soupçonner que l’humeur amassée est logée plus profondément, l’incision doit pénétrer plus avant, et diviser le péricrâne en même temps que

aPÉRATOIEJE. 7

les tégumens. Il convient, dans ce cas , de lui donner une forme cruciale, afin d’être sûr d’avoir fait cesser tous les étranglemens intérieurs, et d’avoir vidé l’amas d’humeurs qui peut s’être formé. Le pansement consiste à écarter les bords de la plaie avec des mèches de charpie couvertes d’un onguent qui favorise la suppuration , et à maintenir ces pièces d’appareil avec de la charpie sèche , des compresses et une bande. Si l’état du malade était déjà devenu pressant avant qu’on eût été à portée de lui donner des soins , on le ferait saigner au pied , afin de seconder les effets de l’opération , et de favoriser le dégorgement des vaisseaux du cerveau.

Les suites de l’opération que l’on vient de décrire sont assez simples, et la plaie n’exige d’autres soins que ceux qui conviendraient à toute autre plaie de la même espèce ; cependant la guérison peut en être longtemps retardée. Lorsque la contusion a été fort étendue, et que l’on a été forcé de fendre le péricrâne, la séparation des escarres , et l’écartement des bords de l’ouverture , laissent une portion de la surface du crâne à nu et exposée à l’action de l’air et à celle des médicamens. Cette portion se dessèche et meurt; elle devient un corps étranger, dont la présence entretient la suppuration , et s’pppose à la guérison de la plaie. Il faut qu’elle se détache et qu’elle soit expulsée au dehors. Cela arrive tantôt d’une manière insensible, et tantôt d’une manière sensible. Dans le premier cas, elle se brise en parcelles qui échappent à la vue Hans le second, elle se présente sous la forme de lames ou de portions de lames dont l’épaisseur varie, et que l’on aperçoit aisément. La séparation qui s’en fait porte le

Exfoliatioa.

Les causes quiy

donnent lieu.

Son méca- Dom d’exfoliatîon : cette séparation s’opère par le développement du tissu vasculaire interposé entre les lames des os, lequel, n’éprouvant plus la même résistance de la part de celles qui sont privées de la vie , se gonfle, les soulève, et parvient à les détacher du reste de l’os qui est demeuré sain^ tout os mis Tout OS qui a été mis à nu doit-il s’exfolier ? Non ,

ànudoit-il ^ ^ ’

s’exfolier? sans doute, s il a été expose peu de temps à l’action de l’air, et quai n’ait pas souffert de violence ei/térieure. Aussi voit on fréquemment de ces grandes plaies à lambeau, dont il a été parlé plus haut, se réunir comme des plaies simples ; mais si cet os est resté à découvert pendant quelque temps, ou qu’il ait éprouvé une contusion un peu forte , les lames les plus exté- Les expé- fieures se détâchent d’avec les autres. Tenon s’en ^st /enorproL ^^suré par des expériences qu’il a faites sur des chiens ■vent que cela viyans. Après avôir mis le Crâne à nu, et avoir âppli-

arrive en ^ .... ^

beaucoup de qué sur cette partie des cataplasmes émolliens , ou de

tances, quoi- Simples plumasseâux imbibés d’eau tiède ou d: eau de qu’on ne s’en . . , > • i i i

aperçoive guimauve , 11 a VU guérir les plaies avec promptitude et sans exfoliation apparente. Il aurait pu croire qu’il né s’en était point fait ; cependant , Ibrsqu’après avoir fait tuer ces animaux, et avoir fait macérer quelque temps leur tête dans la vue de détacher la cicatrice , sans faire de violence aux os, il les a examinés, ces os se sont ^ trouvés rugueux comme ceux en qui il y avait eu une

exfôliation sensible : seulement les aspérités qu’on y

voyait étaient moins profondes ; d’où il conclut qu’ils s’étaient aussi exfoliés. On peut donc assurer que la même chose est arrivée dans les cas où l’on a cru qu’il ne s’était point fait d’exfoliation , et surtout dans ceux

qui ont été cités par Quesnay, d’après Ruisch et Rouhault. Ces praticiens disent avoir vu se former, à la circonférence d’os dénudés et devenus noirs , un cercle blanchâtre , qui diminuait de jour en jour et qui permettait aux chairs de s’avancer. Ils croient que ces os se sont revivifiés ; mais il est plus vraisemblable (il est même démontré) que leurs bords ont éprouvé une exfoliation insensible.

Lorsque cela arrive, on voit s’élever de la surface dé signes de l’os malade , ou s’avancer de dessus ses bords , des chairs insensible, vermeilles, fermes, qui lui sont adhérentes, sensibles au toucher, et dont le dessèchement successif concourt à la formation de la cicatrice. Au contraire, lorsque les Siçies de

•*■1 exfobation.

os doivent s’exfolier d’une manière sensible, non-seu- sensible, lement ils deviennent ternes ou prennent une couleur jaune , qui tire quelquefois sur le brun ou sur le noir, ^

mais encore les chairs qui les avoisinent sont pâles ou , d’un rouge livide , molles , sans adhérence avec leur surface, privées de sensibilité 5 ces chairs se renouvellent promptement après qu’on les a détruites ; elles saignent au moindre attouchement. On ne peut se dispenser de les réprimer ou de les enlever avec le tranchant d’une feuille de myrte, à mesure qu’ils se reproduisent. De ^ cette manière la portion d’os à exfolier est toujours à la vue du chirurgien qui est à portée d’employer lès ' moyens propres à en facihter la séparation.

Jusqu’ici on avait donné la préférence aux topiques On a cm la spiritueux et dessiccatifs , tels que l’eau-de-vie^ l’alkool , Employant le baume de Fioraventi , la teinture de myrrhe et d’a- f^ritueùl°et loès, la poudre de sabine et d’euphorbe, et autres, dessecbans. Monro le premier a pensé qu’on pourrait s’être Monro le

premier a employé les humectans.

Tenon a montré par des expériences qu’ils conviennent

Procédé de Belloste.

Il croyait empêcher l’exfolia tion .

etü

l’accélère.

Il faut que les trous traversent tonte l’épaisseur de la pièce à exfolier.

ÎO DE EA MÉDECINE

trompé, et qu’il vaudrait mieux se servir des humectans et des relâchans, dont l’effet doit être de favoriser le développement du tissu vasculaire , duquel dépend r exfoliation. Tenon a fait depuis sur cet objet des expériences très- exactes, desquelles il résulte que l’ exfoliation est plus prompte lorsqu’on ge sert de ces derniers médicamens que lorsqu’on emploie les premiers. On parviendra donc plus tôt à là guérison , en couvrant les ps à exfolier avec des émolliens, qu’avec toute autre espèce de remède.

Cependant si la pièce d’os à séparer a beaucoup d’épaisseur, ce dont on juge à sa couleur devenue terne, mais sans teinte de jaune ou de noir, et surtout à ses adhérences avec l’os sain, lesquelles ne lui permettent pas de vaciller lorsqu’on cherche à -l’ébranler, les topiques ne suffisent pas ; il faut avoir recours à un, procédé opératoire , autrefois imaginé par Belloste dans des vues contraires , et qui consiste à pratiquer à l’ôs un nombre d’ouvertures plus ou moins grand avec le trépan perforatif. Belloste pensait qu’en agissant ainsi on préviendrait l’exfoliation , pendant qu’on doit f accélérer. En effet, les trous que l’on fait à la portion d’os malade permettent au tissu vasculaire qui là sépare d’avec celles qui sont saines de sé développer avec plus de facilité. Les chairs auxquelles ce tissu donne naissance la brisent en petites parties, lesquelles se séparent plus aisément que la pièce oss^se entière ne l’eût pu faire ; mais , pour que ce procédé réussisse , il faut que les trous que l’on fait avec le trépan perforatif traversent toute l’épaisseur de la lame à exfolier, et qu’ils parviennent jusqu’au tissu vascu-

OPERATOIRE.

laire qui est au-dessous ; ce que l’on connaît à la sortie des gouttes de sang qui. s’en échappent. Si 1 on manque à cette attention , l’effet de l’opération est nul. C’est ce qu’a éprouvé Bottentuit dans le traitement d’une plaie située à la partie supérieure et moyenne du coronal du côté droit. Le trépan perforatif n’eut aucun succès : il ne s’éleva pas de bourgeons charnus , et l’exfoliation s’opéra en une seule fois , après s’être fait attendre long-temps (i).

De quelque manière que cette exfoliation se fasse, le chirurgien doit être attentif à ébranler de temps en temps les portions d’os qui doivent se séparer ; mais il doit le faire avec douceur, et ne se déterminer à les enlever que lorsqu’il s’aperçoit quelles sont presque entièrement détachées, et surtout lorsqu’elles ne sont plus retenues par une sorte d’enclavement dans les chairs du voisinage. Cette opération simple se pratique en les saisissant avec des pinces à pansement, et en les tirant dans le sens qui paraît le plus favorable à leur extraction.

( Les dénudations des os ducrâne entraînent souvent des accidens bien autrement graves que ceux dont

L’inflammation des membranes cérébrales

il vient d’être question : nous voulons parler de l’in- est souvent la flammation de la dure-mère et de l’arachnoïde, soit nudationsdu

crâne.

(i) Les praticiens modernes pensent avec raison que cette pratique serait au moins inutile , puisque , sans hâter le développement des bourgeons celluleux et vasculaires , elle a l’inconvénient de permettre aux chairs de passer par les ouvertures pratiquées et de végéter à la surface de la pièce nécrosée qu’elles retiennent , au lieu d’en accélérer la chute.

C Note des Éditeurs, j

DE EA m'ÉDECISE

1° Plaies par les instrumens piquans.

qu’elle ait lieu par la continuité qui existe entre les vaisseaux les plus déliés du péricrâne et de la diiremère, ou quelle soit le résultat d’une répercussion de l’extérieur vers l’intérieur du crâne. Quoi qu’il en soit, elle s’annonce par des frissons, des maux de tête, des nausées, la sécheresse de la plaie, par une fièvre continue avec des redoublemens accompagnés de délire. Ces symptômes s’aggravent avec rapidité : il s’y joint, vers le quatrième ou le cinquième jour, de l’insensibilité et de la faiblesse, dans les mouvemens de la moitié du corps opposée à la plaie ; la paralysie se prononce davantage ; de moment en moment , la respiration s’embarrasse et devient stertoreuse;le malade, privé de connaissance, succombe bientôt avec des symptômes de compression. L’ouverture du corps démontre qu’il existe alors de la suppuration, tantôt entre l’os et la dure-mère , et tantôt dans la cavité de l’arachnoïde. M. Dupuytren, averti par des symptômes dont il connaissait tout le danger, a plusieurs fois pratiqué l’opération du trépan dans ces cas, et il a réussi chez' cinq ou six sujets, à notre connaissance, malgré la difficulté du diagnostic , et la défaveur d’un établissement où l’on prétend que jamais opération du trépan n’avait réussi. )

Des Plaies du Crâne.

Les plaies du crâne sont différentes, suivant qu’elles ont été faites par des instrumens piquans, tranchans ou contondans.

1° Les instrumens piquans ne percent que la table

' OPÉRATOIRE. l3

extérieure des os qui le forment , ou ses deux tables en même temps , et parviennent jusque dans sa cavité, où ils atteignent les enveloppes du cerveau ou le cerveau même. On sent que le danger qui peut résulter de ces diverses lésions est différent, bi la plaie ne pénètre que jusqu’au diploé, elle n’est d’aucune conséquence, à moins que l’instrument qui a piqué ne soit en même temps obtus, et qu’il n’ait causé un grand ébranlement dans toute la tête. Si elle descend jusqu’à la seconde table, qui est- plus mince et plus fragile, celle-ci peut être fracturée, et le blessé est dans le même cas et court les mêmes risques que s’il avait été blessé par un instrument contondant. Enfin , si après avoir pénétré à travers les deux tables du crâne, la piqûre pénètre jusqu’au cerveau , elle est d’autant plus dangereuse , qu’elle est plus profonde , ou quelle atteint des parties plus essentielles à la vie.

On ne peut juger des piqûres âu crâne qu’en se rappelant la cause qui a blessé , et en faisant attention aux accidens qui surviennent. Il faut donc prendre garde à ceux qui accompagnent ces sortes de plaies, et surtout à l’état des blessés, afin d’employer de bonne heure les moyens qui leur, conviennent. Lorsqu’il y a lieu de soupçonner une commotion , une fracture à la seconde table, ou une piqûre au cerveau, ces moyens sont les mêmes que ceux qui doivent être mis en usage dans les lésions de la tête produites par des instrumens contondans, et qui seront exposés plus bas.

2® Les instrumens tranchans portés sur le crâne peuvent agir sur eette boîte osseuse de trois, manières différentes : perpendiculairement , ; obliquement ou

2° Plaies

instrumens

coupans.

Manière d’en juger.

Quelquefois ces plaies guérissent aisément , quoique

apparence.

Exemples

l4 DE DA MÉDECINE

avec détachement de lambeau ; dans les deux premiers cas , ils peuvent n’intéresser que la première table , ou pénétrer à travers la seconde, et descendre jusqu’à la dure-mère et au ceirveau. Il peut aussi se faire que l’instrument porte sur la seconde table avec assez de force pour la briser, quoiqu’il ne la traverse pâs. La considération de la cause qui a blessé, et l’état du malade, peuvent donner des lumières sur ces sortes de plaies, ainsi que sur celles qui sont faites par piqûre : on ne peut apporter trop d’attention à" leur examen.' S’il y a lieu de présumer que la première table seule ait été divisée, il faut traiter la plaie des tégumens comme sid’os n’était pas blessé; et il est probable qu’elle guérira de même. Si la seconde table a été coupée ou rompue; si la plaie a pénétré jusqu’aux méninges et jusqu’au cerveau; si la pesanteur de l’instrument et la force avec laquelle il a agi , et surtout si les accidens survenus au malade font juger qu’il y a eu commotion , il faut se conduire comme dans les lésions de la tête produites par des corps contondans.

Cependant il pourrait se faire que la plàie, grave en apparence , èt pénétrant jusqu’au dedans du crâne , guérît comme une plaie simple et par des soins ordinaires. On en trouve deux exemples parmi les observai tions de Lamotte. Un homme fut blessé par un coup de sabre, qui porta sur la tête avec tant de violence, que la plaie , commençan tau pariétal droit, s’étendait sur le pariétal gauche dans une longueur de cent huit millimètres, et quelle pénétrait fort avant. Les os, les membranes du cerveau, le sinus longitudinal supérieur, et le cerveau lui-même, furent entamés. Il y eut une

grande perte de sang, à laquelle succédèrent des sérosités abondantes, qui entraînaient des flocons de couleur blancbâtre. Néanmoins le malade guérit en deux mois sans avoir été fort incommode.

Un autre homme reçut un coup de hache qui portait sur l’angle externe du coronal. La plaie était oblique et profonde. Lamôtte jugea qu’elle avait pénétré de quatrevingts à quatre-vingt-dix millimètres, et 'quelle' avait glissé entre le crâne et la dure-mère. Il essaya de presser sur l’espèce de lamheau que les tégumens et les os formaient , pour les réappliquer sur les parties de dessus lesquelles il avait été détaché. N’ayant pu y réussir, il se contenta de pansemens et de soins ordinaires qui furent suivis de la guérison j mais la cicatrice demeiua difforme.

L’instrument tranchant, porté fort obliquement, peut avoir enlevé la première table ou les deux tables du crâne à la fois , ou avoir intéressé la dure-mère et le cerveau. Dans ces trois cas, la pièce d’os enlevée a été totalement emportée, ainsi que les tégumens, ou elle tient encore au lambeau que ces tégumens forment.

La conduite à observer dans ces diverses circonstances doit être différente.

a. Si les tégumens sont totalement emportés avec la Les tégn-

.VJ, .V ^ mens et l’os

piece dos, que cette piece ne comprenne que la table sont externe du crâne, ou qu’elle les comprenne toutes les deux, et meme que les méninges où le cerveau aient été atteints par l’instrument ou non , la plaie doit être traitée comme celles qui sont avec perte de substance.

On aura en même temps égard à ses divers états; c’està-dire que , si elle est accompagnée de fracture à la

détaché.

l6 DE EA MEDECINE

seconde table, si les méninges ou le cerveau sont à découvert ou blessés, et que le malade éprouve les accidens de la commotion , on lui administrera les soins convenables, d’après les principes qui seront ex- ‘ posés plus bas.

h. Le ïam- Si le lambeau des tégumens n’est pas entièrement

beau des té- ® ^ ^

gnmens n’est detacbe, et quil tienne encore aux parties voisines, il faut se conduire autrement, à moins que les méninges ou les cerveau n’aient été notablement intéressés ; car, si on emportait en même temps ce lambeau et la pièce osseuse qui fait corps avec lui, pour amener la plaie au même état que dans le premier cas, cette plaie ne pourràit guérir qu’après une exfoliation lente, et le malade serait exposé à plus de danger : aussi n’est-cé Béranger l’a pag le parti que les praticiens ont pris. Béranger de en avoir dé- Carpi ayant une plaie de cette espèce à traiter , déta-

tachél’os. , „ 1 . ^ .

ena f os davec les tegumens, et reappliqua ceux-ci -sur l’ouverture du crâne. Le malade fut guéri en dix jours. Mais comme il y avait perte de substance au crâne à l’endroit blessé, les mouvemens du cerveau s’y; faisaient sentir. Fallope a suivi le même procédé dans un cas semblable , et dit que ce procédé a été mis en usage avec succès par un de ses disciples, sur une personne qui avait été blessée d’une manière bien plusjdangereuse , puisqu’une partie du cerveau avait été enlevée avec l’ûs.

su^iélàTos Magâtus, qui a poussé fort loin ses recherches sur drmétal.^”^^ le. traitement des plaies,* nous a conservé un cas de la même espèce , et dans lequel il s’est conduit de même. Il croit ,, avec Béranger et Fallope , qu’une portion osseuse totalement séparée de l’os dont elle îai-

Fallope a agi de même.

sait partie est morte, et qu’elle doit être retranchée.

Mais la méthode qu’ils ont suivie lui a paru susceptible de quelques perfections. Lorsqu’un lambeau d’os considérable est séparé du reste du crâne, et que la dure-mère est mise à nu dans une grande étendue, il veut qu’on couvre cette membrane avec une lame d’or ou de plomb percée de trous , et qu’on mette le lambeau des tégumens par-dessus. Son intention est d’éviter qu’il ne s’élève des chairs fongueuses de dessus la dtue-mère. Il recommande, en même temps de ne point pratiquer de suture aux tégumens, ou de la faire assez lâche pour que la lame de métal puisse être retirée , en cas de suppuration abondante.

Paré s’est conduit autrement que ceux qui l’avaient ,

* ^ reappliquele

précédé. Ayant a traiter une plaie de cette espèce qui kmb^usaas avait découvert la dure-mère, il, la nettoya, et réap- et u a réussi.’ pliqua le lambeau des tégumens sans en détacher la pièce d’os qui a^ait été enlevée avec, lui, et dont l’étendu devait être assez grande, puisque la totalité de la pièce avait trois travers de doigts dè longueur et autant ^

de largeur. Les parties furent contenues au moyen de trois points de suture , et le malade guérit sans accidens, quoiqu’il eût été blessé en diverses autres parties du corps.

Léaulté a obtenu le même succès. Un coup de sabre Léaulté a

' , . 1 ,, . . 1 . 1 ^ T obtenu le

porte sur la région de i occipital en avait détaché une même succès.

pièce d’os plus large en dehors qu’en dedans. Cette

plaie avait mis le cerveau à nu, sans l’entamer. Elle

fut tamponnée par le premier chirurgien qui donna

des soins au malade, de sorte que le lambeau ne put

être réappliqué avec exactitude. Il ne tenait plus au

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