‹ De la médecine opératoire (volume 4)Chapitre 15 sur 48 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

De V Hygiène des opérés.

Tous les hommes sont soumis à l’influence des agens Influence

- . . . . des agens ex-

au milieu desquels ils vivent;- mais les sujets qui ont teneurs sur subi de grandes opérations sont plus sensibles que les les operes‘ autres à l’action de ces agens; ils acquièrent une extrême susceptibilité, et ce n’ést qu’en les environnant de soins de toute espèce qu’il est possible , dans le plus grand nombre des cas, de les conduire à une guérison complète. La physiologie et la pathologie ont fixé les cas dans lesquels il convient d’opérer; la matière médicale a offert ses secours soit pour préparer le malade à l’opération, soit pour combattre les accidens qüi peuvent en être la suite; c’est à l’hygiène à déterminer les circonstances les plus favorables au prompt rétablissement des opérés. „ .

r De Faction

De tous les corps extérieurs, l’air est celui qui agit de lair* le plus puissamment sur les malades ; ses diverses qualités de sec , d’humide , de froid et de chaud, impriment à l’organisation des modifications que lé chirurgien doit connaître, afin d’en prévoir et d’en favoriser ou d’en combattre les effets. L’air trop raréfié dés régions ^eetpwv élevées n’est pas le plus favorable au traitement des ' maladies chirurgicales. On a observé que lés plaiës y

PROIiÉGOMÈNE S.

Épais et chargé d’ manations

saignent facilement; que la formation du caillot, dans les hémorrhagies des gros vaisseaux, y est difficile; que les inflammations des yeux , de la gorge , des poumons , y sont fréquentes. Sancerota dit qu’il a été quelquefois obligé de faire descendre les malades des cimes des Vosges dans les vallons, afin de les soustraire à cette influence d’un air trop sec et trop vital , s’il est permis de s’exprimer ainsi.

Mais il est plus dangereux encore de plonger les malades dans une atmosphère basse, humide et chargée d’émanations animales ou végétales. Toutes les actions organiques languissent dans ces circonstances ; les élaborations nutritives restent imparfaites ou se dépravent; des infiltrations séreuses se développent; le scorbut apparaît et se propage ; les plaies ne fournissent qu’une suppuration ténue et sanieuse, et les cicatrices ne peuvent se former à la faveur des bourgeons celluleux et vasculaires, bleuâtres, mollasses et blafards, qui les couvrent. Tous ces effets acquerront plus d’intensité et deviendront plus funestes , si des miasmes putrides infectent l’air au milieu duquel vivent les opérés. C’est alors que les fièvres malignes , que les dysenteries putrides exercent leurs ravages ; que la pouriture d’hôpital s’empare des plaies et détruit Tes tissus qui en sont le siège. On combat ces qualités funestes de l’air, en entretenant autour des blessés cette propreté exquise dont nous avons déjà indiqué la nécessité ; en évitant de les rassembler en grand nombre dans les mêmes établissemens ; en renouvelant fréquemment l’air de leurs appartemens; en allumant des feux propres à corriger l’humidité et à favoriser le mouvement de

PROLÉGOMÈNES.. iyg

l’atmosphère qui les entoure ; enfin en établissant dans les appartemens un ou deux appareils désinfectans de Guyton-Morveau. Le chirurgien ne doit jamais perdre de vue qu’il est plus facile de s’opposer au développement des causes de putridité que d’enpombattreles effets.

On peut, dans presque tous les cas, empêcher la production nouvelle des émanations délétères, et il n’est presque jamais possible de les détruire ou de neutraliser leur influence , quand la cause qui les fournit n’est pas préalablement écartée.

On n’aurait qu’une idée fausse de la manière d’agir de l’air et des produits gazeux qu’il renferme , si l’on bornait leur action au dérangement de la respiration. L’atmosphère agit sur nous par tous les points de la surface du corps ; les substances quelle renferme sont incessamment absorbées par les vaisseaux inhalans extérieurs; elles imprègnent les linges qui servent aux pansemens, les lits sur lesquels reposent les malades^ tout ce qui est en contact avec ceux-ci; et tel degré d’altération qui semble peu redoutable, parce que l’odorat en reçoit à peine l’impression , doit être combattu âveç persévérance ; car il agit puissamment sur les malades, qui sont continuellement exposés à son v influence , et qui sont vulnérables par tous les points.

Une chaleur modérée et un léger degré d’humidité chaud dans l’air sont les qualités de ce fluide qui sont le plus désirables. Trop chaud et trop sec, il accroît la rapidité de la circulation, rend la transpiration cutanée plus active, et la sécrétion de l’urine moins abondante ; il favorise la constipation : le développement des accidens symptomatiques à la suite des opérations paraît

Chaud être alors plus redoutable. L’air chaud et humide relâche les corps vivans, et crée autour d’eux les foyers de putréfaction à l’action desquels il les rend plus sensibles.

Froid et sec. L’air froid, lorsqu’il est sec , augmente la rigidité de tous les tissus; il s’oppose au développement de la putréfaction , il rend les mouvemens organiques moins rapides à l’extérieur , et les refoule de la eirconfé- - rence au centre. Il favorise par conséquent la manifestation des inflammations intérieures , et il devient important de l’ëehauffer autour des malades. Les plaies surtout devront être préservées avec le plus grand soin de son action; car il y éteint facilement l’irritation , et rend les métastases plus faciles- et plus à craindre.

Froid L’air froid et humide est plus* dangereux encore : il

et humide. ; r t .

s’oppose à la transpiration cutanee, augmente celle des poumons, ainsi que la sécrétion de l’urine et celle du canal digestif; il est Une causç puissante du catarrhe et des diarrhées qui sont si funestes aux opérés, et il affaiblit rapidement toute l’économie.

Il est convenable d’entretenir les malades dans un air à la température de io à ii degrés, lorsqu ils ont subi une opération qui les expose à des hémorrhagies ; dans les autres circonstances, cette température sera de i4 à 1 6 degrés, quand la fièvre d’irritation existe encore et que Ton redoute les effets de l’ exaltation des mouvemens circulatoires; enfin, elle pourra s’élever de 16 à 18 degrés pendant les derniers temps de la maladie , quand il n’est plus à craindre qu’aucune inflammation vienne troubler la marche de la nature. On devra, dans tous les cas, renouveler l’air fréquemment.

PROLEGOMENES. l8l

Mais rien n’est si funeste que les vicissitudes dans la température , et l’on devra tout employer pour les prévenir.

L’air n’agit, presque jamais défavorablement par la Privé ou trop grande ou la trop faible proportion de l’oxygène , quelqu’un de de l’acte ou de,, l’acide carbonique qui entrent dans conSituans!S sa composition. Si cependant on reconnaissait la nécessité de faire varier les quantités relatives de ces principes , on le pourrait , en exposant , dans l’appartement du malade , et au soleil des feuilles de végétaux qui dégagent de l’oxygène , ou en plaçant dans l’ombre des fleurs et des fruits qui absorbent ce principe, et qui fournissent de^’acide carbonique ; enfin , on s’emparerait de ce dernier à l’aide de l’eau de chaux.

La lumière qui pénètre l’air est un excitant très- la lumière, énergique, et qui peut être employé avec beaucoup d avantages lorsque les malades sont faibles , infiltrés , que les plaies sont pâles, et peu sensibles. Mais la lumière accroîtrait les accidens quand les malades sont dans un état d’exaltation , que la fièvre est violente , , et les hémorrhagies à craindre. Il faut, dans ces cas, un demi-jour ou même une obscurité presque complète autour du malade.

L’électricité produit sur l’homme des effets qui de- De viennent plus manifestes lorsqu’il a subi des opérations . 1 electriclte- On voit souvent, à la fin des orages, la suppuration des plaies changer de nature., et des accidens plus ou moins graves troubler l’ordre régulier des mouvemens organiques les malades y sont d’autant plus exposés , que leur susceptibilité nerveuse est plus grande. Il sera donc prudent de prévenir ces accidens par l’administra-

Des odeurs.

Du lit»

tion de médicamens narcotiques quelques heures avant l’apparition des circonstances dans lesquelles l’atmosphère est surchargée d’électricité.

Il est des odeurs qui sont simplement excitantes : telles sont celles des acides , des substances éthérées et balsamiques ; on peut les permettre aux malades à qui elles plaisent, et qui sont affaiblis : mais les odeurs fortes , nauséabondes , narcotiques , qui excitent" là céphalalgie et le trouble du système nerveux, doivent étre^proscrites dans" tous les cas. On a vu dès sujets très-excitables ne pouvoir supporter les odeurs les plus agréables, telles que celles de la rose , de l’œillet, de là violette, etc.

Après avoir examiné les objets qui environnent les opérés, le chirurgien doit fixer son attention Sur j ceux qui les touchent immédiatement. Le lit sur lequel le malade reposé sera solide, élastique, composé de substances qui ne retiennent pas trop la chaleur , et qui nè s’imprègnent pas facilement des émanations que fournissent les plaies. On préfère les sommiers de crin aux matelas de laine ; les lits de plume seront proscrits ; les couvertures doivent être légères et proportionnées en nombre et en épaisseur à la température de l’appartement. Il est en général assez convenable que le lit soit isolé de toutes parts, afin que l’air circule plus librement autour du malade , et qu’il Soit plus facile de le servir et de le panser : le fond en sera à claire-voie. Il devra être susceptible de prendre une direction horizontale ou plus ou moins inclinée, suivant les indications.

Toutes les fois qu’un malade est resté long-temps

dans un lit , les pièces qui le composent devront être battu es et exposées à l’air afin de les dépouiller des émanations que le corps a fourni. Cette précaution sera indispensable, surtout quand le sujet aura été affecté d’une maladie contagieuse , ou que les plaies auront fourni une suppuration très -odorante ou de mauvaise nature. Il est quelquefois nécessaire alors de soumettre les matelas et les couvertures à l’action du gaz désinfectant.

Les mêmes règles doivent présider au choix des Des vêteniens des opérés. Il faut que la plus grande pro- TetemeDSprêté règne sur eux;, qu’ils soient assez couverts pour ne ressentir ni le froid ni les vicissitudes atmosphériques ; mais il faut éviter de les accabler sous le poids des vêtemens : une robe de chambre de laine en est la partie la plus essentielle, et elle ne doit jamais les quitter quand iis sortent du lit.

Considérés comme moyen de propreté, les bains De l’usage devront être assez fréquemment prescrits aux opérés des pour débarrasser la peau de l’enduit terreux que laisse la transpiration, et pour favoriser la libre et complète exécution de cette fonction. Il sera quelquefois eonv enable de les rendre plus actifs par l’addition de plantes aromatiques ou de matières salines.

La médecine,. dit Galien, n’a point de remède assez Du régime, efficace pour qu’il puisse apporter un secours certain , si le régime n’en favorise l’effet ; à plus forte raison s il lui est contraire. Cette sentence est d’une incontestable vérité en chirurgie ; car c’est en vain que les opérations sont pratiquées avec méthode et dextérité, leur succès dépend en grande partie du régime auquel

PROLEGOMENES.

on . soumet les malades jusqu’à la cicatrisation complète des plaies.

Des alimens. Lorsqu’un sujet a subi une opération *grave, l’économie toute entière a été ébranlée, et il faut attendre, avant de permettre les alimens , que ce trouble passager soit dissipé. La durée de cette première période varie selon l’âge , le tempérament , l’idiosyncrasie des individus ; et la sévérité de l’abstinence doit être proportionnéè à ces conditions diverses. Les jeunes enfans supportent moins facilement la privation des alimens que les .personnes adultes; celles-ci, moins que les vieillards; les femmes, moins que les hommes. Les sujets affaiblis par les souffrances, les privations, les chagrins antétérieurs à l’opération ont besoin de recevoir plutôt des alimens que celles qui sont .dans des. situations opposées. Mais il conviendra , chez le plus grand nombre , de n’accorder , pendantles douzeà quinze premières heures qui suivent l’opération, que des boissons délayantes, calmantes, ou plus ou moins toniques, suivant l’état d’exaltation, de faiblesse ou d’épuisement du malade. Ce n’est qu’après cette époque que quelques substances alimentaires pourront être prescrites sans danger.

Lorsque l’on n’a pratiqué qu’une opération légère , qui ne doit être suivie que d’une fièvre à peine sensible et d’une suppuration peu abondante, il est inutile de tenir le malade à une abstinence rigoureuse et prolongée : du bouillon, des potages , des viandes blanches et de facile digestion lui seront successivement accordés, et vers le quatrième ou cinquième jour il pourra reprendre son régime accoutumé.

Le chirurgien doit éviter deux écueils dans la prescription des alimens : le premier consiste à maintenir le sujet à une abstinence trop sévère, le second à lui accorder trop d’alimens. L’un a pour effet d’affaiblir l’économie, de faire languir le mouvement Organique, de s’opposer au développement libre et complet du travail de la nature, et de déterminer une telle susceptibilité de l’estomac, que la plus petite quantité d’alimens provoquera ensuite des indigestions plus ou moins graves. L’autre entraîne à des résultats plus dangereux encore : deux points de l’économie se trouvant excités en même temps à un haut degré, les élaborations sont imparfaites sur chacun d’eux ; il est toujours à craindre que l’inflammation de l’estomac ne supprime l’irritation qui existe à la plaie, et qu’une affection mortelle ne remplace le travail extérieur dont le cours est interrompu.. Une alimentation trop abondante entretient d’ailleurs la suppuration; elle produit des embarras gastriques chroniques qui réagissent sur les plaies , dénaturent leurs surfaces , et perpétuent leur existence, ,

Les sujets qui supportent le moins l'abstinence sont ceux qui doivent sp nourrir des alimens les plus légers , administrés en plus petites quantités et à des doses les plus rapprochées. Les enfans, les femmes , les sujets faibles et irritables sont dans ce cas.

Il faut aussi avoir égard aux habitudes du malade, à la saison , au climat, etc. Les personnes qui mangent et digèrent habituellement beaucoup pendant leur état de santé , doivent aussi manger plus que les autres pendant qu’ elles sont malades ; les saisons froides et

les climats septentrionaux exigent aussi une alimentation plus abondante et plus solide. Les blessés allemands, russes et anglais , sont soumis presque sans inconvénient à un régime qui serait mortel pour les soldats français, espagnols ou italiens.

Les alimens que l’on accorde aux opérés doivent être sains et de facile digestion. Les goûts particuliers des malades pourront être consultés ou suivis lorsqu’ils sont raisonnables. Des bouillons maigres, et ensuite des potages plus ou moins succulens ; des viandes blanches rôties, des fruits parfaitement murs, de petites quantités de vin vieux devront en former la base. Le malade qui a subi une opération doit être considéré comme s’il était affecté d’une maladie inflammatoire aiguë : aussi long-temps qu’il existe une vive irritation et de la fièvre, l’abstinence et les boissons délayantes doivent être prolongées ; mais à mesure que ces phénomènes se dissipent, il faut se relâcher de la sévérité du régime.

La nature et l’abondance de l’alimentation seront toujours proportionnées à la violence et au caractère des accidens. Si les phénomènes dépendent de l’exaltation des forces, le sujet sera maintenu à une abstinence complète; si l’économie est au contraire trèsaffaiblie, si la suppuration se déprave et devient putride, il faut, après avoir examiné s’il n’existe pas d’inflammation interne qui soit la cause de ces phénomènes , administrer de bons alimens, relever des forces à l’aide de vins généreux, etc.

Des boissons. Les boissons qui conviennent aux opérés sont sim¬

ples ; l’eau en forme la base , et l’on y dissout différentes

substances végétales , suivant les indications que l’on Veut remplir. Elles sont acidulés , si l’on se propose de rafraîchir le sujet; amères ou aromatiques , s’il faut lui rendre des forces et l’excitér, etc.

Après la prescription des substances alimentaires et des boissons, il faut que lé chirurgien examine l’état des sécrétions et des excrétions des malades. Il doit surtoüt fixer son attention sur la transpiration cütanée sur l’évacuation de l’urinè, des matières fécales; sur les flux menstruel et hémorrhôïdal ; sur les sécrétions purulentes anciennes.

La régularité de ces diverses sécrétions est de la plus haute importance pour le succès des opérations chirurgicales ; ün'dèVrâ donc toujours chercher à les entretenir lorsqu elles hnt lieu, à les rétablir ou à y suppléer, quand elles sont supprimées. Dans quelques circonstances surtout , il faut ne rièn négliger pour rendre quelques-unes d’elles faciles et régulières/ C’est ainsi qu’après l’opération dé la hernie étranglée on administre des potions et des lavemens laxatifs, afin de rétablir le cours des matières fécales ; qu’après le cathétérisme que les rétentions d’urine rendent nécessaire, on favorise la sécrétion dont les reins sont chargés , etc.

Lè repos le plus absolu est presque toujours indispensable à la suite des opérations et pendant la période de fièvre et d’irritation qui suit son exécution. Il n’en ëst pas de même à la suite des opérations pratiquées sur la tête, le cou, le thorax, les membres supérieurs , quand la suppuration est établie et que la cicatrice commence à se former. Un exercice modéré,

Des sécrétions et des excrétions.

Du repos et de l’exercice.

I’ROIjÉGOMÈîîES.

dans un air pur , salubre , surtout à la campagne, hâte singulièrement l’époque de la guérison, et rend la convalescence plus rapide , plus assurée ; il éloigne des plaies les complications dangereuses , les dégénérescences funestes , qui perpétuent si souvent ces maladies pendant des mois et même des années.

Dans le cas même où la faiblesse du sujet, ou la nature de la maladie semblent s’opposer à tout exercice, comme cela arrive, dans les maladies des membres inférieurs, les infiltrations générales, etc. : le. mouvement communiqué est fréquemment utile. Le malade ira avec avantage dans des voitures découvertes ; il s’exposera au soleil : et dans les cas où il pourra supporter les allures du cheval, cet exercice lui sera très-salutaire. C’est surtout après les opérations que les maladies chroniques ont rendues nécessaires, que ces règles sont susceptibles d’une utile application. -

De la veille et Au mouvement et au repp$ se rattachen t la veille

du sommeil. je sommeil. Celui-ci est utile, et il faut même le provoquer après toutes les opérations très-douloureuses et qui ont violemment agité le système n erÿeux. Quelques heures de sommeil préviennent alors les spasmes et les convulsions qui pourraient survenir ; elles fendent le sujet plus tranquille au physique et au moral; elles réparent les pertes qu’il a éprouvées, et ilysè réveille >en s’applaudissant d’avoir subi l’opération , et en ouvrant son cœur à l’espoir d’une guérison prochaine.

L’excès du sommeil est cependant nuisible : il augmente la faiblesse, favorise les congestions cérébrales et les paralysies ; on doit done en modérer la durée quand ces accidens sont à craindre.

PROLÉGOMÈNES. , iBp

La veille trop prolongée n’est pas moins féconde en résultats défavorables : elle entretient l’excitation générale, et surtout celle du système nerveux ; elle accroît la disposition aux convulsions, et nuit aux mouvemens organiques qui président à la nutrition. Le chirurgien doit par conséquent éviter ce nouvel excès.

C’est à lui à régler , d’après les indications qu’il veut remplir, la durée relative du repos et du mouvement, du sommeil et de la veille.

Les agitations plus ou moins vives qui résultent des Des passions, passions sont presque toujours dangereuses pendant le traitement des maladies chirurgicales et à la suite des opérations. Il faut employer tous les moyens pour maintenir le malade dans une tranquillité d’âmé qui est indispensable à l’harmonie des fonctions. Les mouvemens modérés de joie et d’espérance sont les seuls que l’on puisse exciter en lui. La colère a souvent produit des convulsions , le tétanos , et d’autres accidens funestes; la rupture du cal lorsqu’il est encore peu solide , la déchirure des cicatrices récentes, ont été, dans d’autres circonstances, le résultat des mouvemens désordonnés qu’elle excite. Lajoie immodérée détermine la syncope et quelquefois la mort ; ses effets sont d’autant plus redoutables que le malade est plus affaibli , et que sa mobilité nerveuse est plus grande.

L’ennui, la crainte, la tristesse, les chagrins viol ens et concentrés ralentissent la circulation , affaiblissent l’action du cœur et celle du poumon. La digestion languit, le sang devient moins riche en matériaux nutritifs , l’amaigrissement et bientôt le marasme font des progrès ; des mouvemens convulsifs se succèdent; une

ipO

fièvre hectique plus ou moins violente se manifeste et se termine ordinairement par la mort. D’autres fois la sujet s’infiltre et le scorbut exerce sur lui ses ravages.

Nous bornons ici ces considérations, auxquelles il aurait été facile de donner plus d’étendue ; mais le plan de cet ouvrage ne comportait sur l’hygiène éhirurgiçale que des aperçus propres à indiquer comment l’emploi méthodique des choses appelées non naturelles peut contribuer au succès des opérations. L’étude de l’influence exercée sur les opérés par les substances médicamenteuses et par les matériaux de l’hygiène, démontre de plus en plus l’unité de l’art, et l’impossibilité . d’exercer la chirurgie avec succès si l’on n’est médecin instruit et expérimenté.

Page 1