CHAPITRE VI
Des Pansemens.
Après avoir terminé l’opération et arrêté d’une manière définitive l’écoulement du sang , il reste au chirurgien une tâche nouvelle , et non moins importante que celle qu’il vient de remplir : c’est de conduire, à l’aide de pansemens méthodiques, les parties à une guérison parfaite. L’art des pansemens est une des parties les plus essentielles de la chirurgie. Outre qu’ils sont nécessaires à la guérison de la plupart des plaies , beaücoup d’opérations réussiraient mal , ou échoueraient complètement, si celles auxquelles elles donnent lieu n’étaient soumises à des pansemens convenables. Telles sont les amputations, l’opération du bec de lièvre , de la fistule à l’anus , les sections de brides anciennes, formées par les cicatrices de brûlures profondes, etc.
C’est ainsi , sans doute, que pensait l’Académie Royale de chirurgie , lorsqu’elle proposait ce sujet de prix à l’émulation des gens de l’art qui , de toutes les parties de l’Europe , s’efforcaient de les mériter , et que Lecat s’honorait d’obtenir (i)y
(ï) Prix de l’Acad. Roy. de chirurgie , 1734-1735.
Les pansemens sont une partie ■ essentielle de la chirurgie.
Dérogeant donc à l’usage dédaigneux qui ne leur donne de place dans aucun traité de médecine opératoire, et les considérant comme un complément essentiel et indispensable des opérations, nous allons indiquer les instrumens qu’ils exigent, les pièces dont ils se composent, leurs principales espèces et les règles qui doivent présider à leur exécution, en prenant pour guides la pratique et les leçons cliniques de M. Dupuytren.
Econ^stem'!S ^es pansemens consistent dans l’application que l’on fait aux parties malades de moyens propres à opérer ou du moins à hâter leur guérison.
On doit considérer comme un paradoxe insoutenable cette opinion de quelques chirurgiens qui, se fondant sur l’observation de la guérison spontanée et assez rapide des plaies chez les animaux , proposent d’abandonner toutes les solutions de continuité chez l’homme au travail de la nature. Il est ridicule de dire que l’art n’ait rien fait pour la réunion des plaies , pour la dilatation des conduits rétrécis, etc., etc. , indications importantes que l’on remplit exclusivement à l’aidé des pansemens.
La chirurgie a renoncé , il est vrai , depuis long-temps au pansement des plaies qui résultent de l’opération de la cataracte, de celle de la taille et de plusieurs autres, parce qu’il serait inutile ou même nuisible ; elle a réduit à des élémens très-simples celui de la plupart des maladies chirurgicales ; mais elle ne saurait, sans les plus graves inconvéniens , les abandonner à ellesmêmes dans, la plupart des cas.
Les pansemens même les plus simples sont utiles
pour mettre lés parties affectées à l’abri du contact immédiat des corps extérieurs ; pour les préserver de l’action toujours nuisible des brusques variations dé la température atmosphérique ; pour les soustrairè à l’influence des émanations putrides ou autres qui s’élèvent, dans beaucoup de circonstances , autour dés blesses ; pour ne pas laisser les parties voisittés de là surface dés plaies continuellement souillées par les matières très- variées que fournissent celles-ci 5 enfin, pour maintenir appliqués sur lès organés malades lés médicamens propres â lès ramener à des conditions . meilleures.
Les panseihens exigent un certain nombre d’instru- instmmeus mens. Les plus usités sont la spatule , la pince à anneaux qmyservent' et le porte-mèche.
La spatule êst composée d’une tige droite, plate , De la spatule, longue de dix centimètres, largè de quatre millimètres et épaisse de deux ou trois. Elle est terminée à l’une de ses extrémités par une plaque ovoïde, légèrement recourbée sur l’une de ses faces. On avait autrefois une sorte de spatule très-petite , que l’on appelait feuille de myrrhe , et qui servait à nettoyer les bords des plaies, tandis que c était avec la spatule ordinaire que l’oii etëndâit sur le linge ou sur la charpie les corps gras dont oh jugeait convenable de les charger ; aujourcFhui cés deux instrumens sont confondus dans leur formes et dans leurs usages.
L’autre extrémité de la spatule èst plus petite, plus épaisse, plus solidè que la première et récourbée en sens contraire : elle est garnie , à sa surface concave , de petites rainures transversales propres à retenir les
De la pince i anneaux.
corps qu’on veut soulever. On s’en sert souvent comme d’un levier du premier genre , dans les plaies de tête, pour ramener les pièces d’os enfoncées au niveau des autres parties du crâne.
La pince à anneaux est la seule des nombreuses variétés dé cet instrument que l’on ait conservée ; elle est composée de deux branches de même longueur', arrondies sur un de leurs côtés, planes sur l’autre , exactement polies sur toutes leurs faces, croisées et maintenues fixées l’une à l’autre à l’aide d’un clou rivé. L’une d’elles est aplatie dans cet endroit, et reçue dans une mortaise de la branche opposée. Des deux extré- ' mités de ces branches , l’une antérieure , longue de cinq ou six centimètres, se termine par un bec émoussé * et arrondi en dehors, et creusé en dedans d’une petite cavité oblongue garnie de dentelures. L’extrémité postérieure, ou le manche, longue de sept ou huit centimètres, setermine par des anneaux oblongs, dirigés en dehors.
Il est facile de voir que la pince à anneaux doit être saisie et conduite à peu près à la manière des ciseaux; que l’écartement de ses anneaux détermine, à raison du croisement des branches , un écartement analogue des extrémités opposées de celles-ci, et que la force de cet instrument, proportionnée à la longueur des bras du levier que les branches représentent, est moindre lorsqu’il a un bec très-long et plus grand lorsqu’il a un bec très-court; que les premiers doivent être préférés pour les simples pansemens , tandis que les seconds conviennent mieux pour extraire les corps étrangers qui offrent quelque résistance ; et qu’ enfin,
PliOLÉGOMÈNES. 125
pour ce dernier usage seulement, les pinces d’acier doivent être préférées à celles qui sont faites en or, en argent , ou en vermeil.
La pince à anneaux est l’instrument le plus nécessaire aux pansemens : elle sert à enlever les pièces d’appareil qui doivent être renouvelées ; à nettoyer les plaies des restes du pansement antérieur, qui s’y sont attachés, ou des corps étrangers' que l’on y découvre. La gracilité de ses branches permet d’aller chercher un corps étranger jusque dans, les parties les plus reculées des plaies , et d’y porter un grand nombre de substances médicamenteuses. Enfin les inégalités dont ses branches sont pourvues à leurs extrémités, les rendent propres à saisir soit les corps étrangers venus du dehors et médiocrement volumineux et adhérens , soit les parties molles altérées dont on veut faire la résection.
Le porte-mèche est formé d’une tige longue de quinze à dix-huit centimètres, légèrement bifurquée à l’une de ses extrémités, et garnie à l’autre d’un large bouton.
La bifurcation qu’il présente a pour usage d’empeeher que cet instrument , en passant entre les filamens qui composent la mèche , ne laisse celle-ci à l’entree de l.a plaie, et ne pénètre seul dans les parties. Le bouton sert à garantir la main contre laquelle il est appuyé.
Pour se servir de cet instrument , on engage dans son extrémité fendue la partie moyenne d’une mèche qui doit la recouvrir, et qu’on rabat de chaque côté de la tige, de manière à l’envelopper; on enduit cette mèche de eérat ou de quelque autre corps gras; puis
Du
porte-mèche.
le bouton étant placé dans la paume de la main , et retenu par l’annulaire et le petit doigt , on la fixe et on la tend sur la tige, en les saisissant Tune et l’autre entre le pouce et le doigt du milieu; l’indicateur est allongé à sur l’instrument , et sert à diriger son introduction.
Objets qui Les pièces qu’on emploie pour les pansemens sont pansemens. très-variees ; mais , parmi ces pièces, il en est qui sont d’un usage tellement général, qu’on peut les regarder comme nécessaires à tous les pansemens, et qu’elles méritent une description particulière : telles sont la charpie, les compresses et les bandes.
De Composée de filamens plus ou moins longs enlevés
à du linge" fin , à demi usé , mais blanc de lessive , la cbarpie jouit, par elle-même, de propriétés nombreuses qui s’accroissent par celles des formes variées qu’on lui donne, et des médicamens dont onia charge.
Brute. Employée à l’état brut , c’est-à-dire telle quelle sort des mains de celui qui l’a faite , et les filamens étant mêlés sans ordre, elle jouit au plus haut degré de la faculté d’absorber. .
Disposée en Mais elle est propre à recevoir une multitude de
plumasseaux. r r
formes : ses filamens sont-ils étendus parallèlement et disposés, par couches, plus ou moins épaisses, elle donne des plumasseaux allongés carrés, ovales ou ronds, et de dimensions variables , moins aptes , il est vrai , que la charpie brute , à absorber le pus ; mais plus propres quelle à recevoir, sur leurs faces , des substances médicamenteuses à l’état mou. Il faut éviter, en les faisant , de nouer ou bien de reployer leurs extrémités , dans la crainte de contondre ou de blesser les parties.
En boulettes. Roulée en globes légers ou denses, elle forme des
PROLÉGO MÈNES. I l’J
corps que l’on peut , suivant les cas, amonceler en les pressant sur une artère ouverte ; appliquer à la surface d’une plaie , ou introduire comme autant d’éponges au fond d’une cavité pour absorber le pus qui s’y trouve ; faire corps avec le sang qui s’en échappe , ou bien enfin, pour y porter diverses substances médicamenteuses à l’état liquide ou pulvérulent.
Figurée en ovoïdes , appelés bourdon nets , elle peut f a
8 1 bourdonnets.
être employée aux mêmes usages , ét surtout à entretenir ou à dilater les ouvertures des parties molles ; veut-on les porter à une grande profondeur à l’entrée ou dans l’intérieur d’une cavité ? ces bourdonnets doivent être liés par le milieu avec un fil ciré double , soit afin de les retirer commodément et de les empêcber de se porter trop loin , soit afin de pouvoir , en les ramenant avec force en dehors , exercer par leur moyen une compression utile. Telle est l'intention qui les a fait employer pour le tamponnement des fosses nasales, dans celui de la plaie qui résulte de la taille latérale , etc.
Composée de filamens très-longs et parallèles , et En mèches, disposée en couches ; minces , aplaties et allongées , elle donne les mèches, lesquelles introduites seules ou bien enduites de diverses substances médicamenteuses, dans une plaie , empêchent ses lèvres de se réunir , les forcent à suppurer , ou les ohligent à ne.se réunir que du fond vers la surface , comme cela doit avoir lieu après l’opération de la fistule à l’anus , etc.
On a, depuis long- temps et avec beaucoup dé raison, En tentes, substitué les bourdonnets et les mèches aux ten tes dures qu’on introduisait. dans certaines plaies et dans les ul-
cères fistuleux , pour les empêcher de se fermer ou même pour les dilater. On les faisait avec des cylindres de charpie dont les filamens, liés par le milieu , étaient renversés ensuite par une de leurs extrémités, de manière à former une espèce de renflement ou de tête : elles avaient le grand inconvénient de contondre ou de blesser les parties, et de retenir des matières dont on doit toujours favoriser l’écoulement.
Les chirurgiens des siècles derniers attachaient la plus haute importance à la distinction rigoureuse des mèches , des bourdonnets et des tentes ; mais ep considérant les objets avec attention , on voit bientôt que celle qu’ils ont établie n’est pas aussi utile et aussi exacte qu’il le paraît au premier abord. La charpie ne reçoit en effet que deux formes principales : ou ellè est brute , ou ses filamens sont disposés parallèlement les uns aux autres. La charpie brute est roulée entre les mains , de manière à former des corpsplus ou moins denses , plus ou moins volumineux , allongés ou globuleux ; on les emploie pour écarter les parois des cavités , ou pour absorber les liquides quelles contiennent. S’il faut agir avec plus de force , ou porter des médicamens à de plus grandes profondeurs , on se sert de charpie longue , dont les filamens sont libres ou noués à leur milieu, ce qui donne des pièces d’appareil d’une étendue , d’une épaisseur et d’une densité variables.
De ta char- On substitue quelquefois à la charpie ordinaire de
la charpie râpée qu’on obtient en promenant , avec force et avec rapidité , le tranchant d’un couteau sur une pièce de linge très-tendue qu’on réduit, par ce
procédé, à une sorte de duvet. Cette charpie jouit de propriétés très-remarquables ; elle excite les plaies et les ulcères; aussi l’emploie - 1 - on avec succès dans les cas de suppuration séreuses ou muqueuses qui dépendent de l’atonie des parties. Elle réprime aussi les chairs molles et fongueuses ; mais on s’en sert surtout comme, d’un dessiccatif puissant. Toutefois' son usage n’est pas exempt d’inconvéniens ; elle forme souvent avec les premières portions de liquide qu’elle absorbe , une croûte impénétrable à celui qui est secondairement sécrété , et qui s’accumule entre elle et la surface de la plaie; elle contracte avec les bords de celleci des adhérences telles qu’on ne peut, ordinairement, l’enlever qu’en les déchirant.
Les chirurgiens anglais se servent d’une charpie qui De la charconsiste en un véritable tissu de lin , dont une des pie an§1“‘ê' faces est villeuse et absorbante, et doit être appliquée aux parties , tandis que l’autre est lisse et paraît gommée.
Cette charpie est disposée en longues pièces roulées sur elles-mêmes , comme la toile , et dans lesquelles on taille, à mesure que l’on en a besoin, des morceaux, dont les dimensions sont en rapport avec l’étendue et la forme des plaies. Elle nous paraît inférieure à la charpie française : ses villosités ont trop peu d’épaisseur pour être douées à un assez haut degré de la faculté d’absorber , et la trame qui en forme la base suffirait seule pour retenir le pus en contact avec la plaie.
La charpie sert à defendre les plaies du contact des Usages' corps extérieurs; elle les entretient dans une tempé- delacbarpierature douce et égalé; elle les irrite par son contact,
De»
compresses.
Leurs formes.
î3o PROLJEGOMÈWES.
et y détermine ou y entretient une suppuration convenable ; elle se charge, par une sorte d’imbibition, des produits liquides qui en découlent. En lui donnant des formes v convenables , 'elle jagit mécaniquement sur les parties malades , et sert à remplir une multitude d’indications. Enfin, elle s’imprègne des substances médicamenteuses les plus variées, pulvérulentes , molles , liquides ou gazeuses ; et elle sert d’inrnédiaire pour les transporter dans les cavités les plus profondes.
Le coton , l’étoupe la soie , l’éponge et toutes les substances molles , sèches ou absorbantes , peuvent être substituées à la charpie; mais il n’est aucune d*elles qui soit aussi convenable et aussi propre à remplir les indications que présentent les plaies. On ne doit recourir à ces substances supplémentaires que dans les cas où il est impossible de se procurer la charpie ordinaire.
Les compresses doivent être faites de linge blanc de lessive , d’une finesse médiocre , à demi usé et coupé carrément et à droit fil. Elles ne doivent avoir ni ourlets, ni lisières , ni plis irréguliers.
On. leur donne une épaisseur et des formes différentes suivant l’usage auquel on les destine. Elles sont simples ou repliées un plus ou moins grand nombre de fois sur elles-mêmes , afin d’acquérir plus d’épaisseur et de solidité. Le plus ordinairement le linge qui les forme est plié en deux, plus rarement en trois ; mais quand on veut les rendre propres à expulser , à écarter ou a. comprimer ' quelques parties , dn leur donne un volume plus considérable en y faisant des plis qu’on amoncelle les uns sur les autres et de manière à ce que.
prolégomènes.
les dimensions de la compresse décroissent successivement de la base au sommet : c’est ainsi que l’on fait les compresses graduées de forme pyramidale , oblongues, carrées, etc. Le linge qui sert à former la compresse doit avoir en. général, Informe d’un quadrilatère , dont les grands côtés ont deux fois la longueur des petits^ ce qui permet, en les ployant en travers, d’obtenir un carré parfait,. et en appliquant un des angles de ce carré à l’angle opposé , d’avoir des triangles , etc. Si on donne aux -compresses trois à quatre fois plus de: longueur que de largeur , elles sont appelées longuettes,, .et servent à entourer et à affermir les appareils et les parties. Si la forme des organes que l’on veut couvrir de compresses est trèsirrégulière , il vaut mieux fendre le linge que d’y faire des plis nombreux qui fatiguent et irritent les parties. C’est d’après ce principe qu’on leur donne là figure de croix; etc. Elles servent ordinairement à recouvrir des parties saillantes telles quë l’extrémité de la verge, celle des doigts, celle des moignons après les amputations , etc.
Les dimensions des compresses varient à l’infini , depuis celles dont on recouvre l’œil , j usqu’à celles dont on enveloppe la cuisse. Ces dimensions sont différentes suivant qu’on se propose de couvrir une plaie , un ulcère , ou d’envelopper les membres. Dans le premier cas, il faut leur donner une surface doublé de celle des objets sur lesquels on-jes applique; dans le second , elles doivent être plus longues d’un tiers que la circonférence des membres, afin de les envelopper et de contenir exactement les substances appliquées à leur surface.
PROLÉGOMÈNE S.
Leursusages. Les compresses étant presque toujours placées en seconde couche dans les pansemens, elles ont pour usage le plus ordinaire de couvrir, d’envelopper et de contenir les pièces qu’on a chargées de substances médicamenteuses , d’empêcher ces matières et celles que les plaies fournissent, de se répandre hors de l’appareil et de salir les vêtemens ou la couche du malade ; de rendre uniforme le plan sur lequel les liens et les bandes doivent être appliqués, de préserver les parties des plis et des inégalités résultans de l’application de ces derniers, ou bien lorsque ce sont des compresses graduées , de donner les moyens d’exercer des compressions , par lesquelles les hémorragies sont arrêtées, les liquides stagnans expulsés, et les os maintenus à des distances convenables, etc. A ces usages mécaniques en quelque façon, elles joignent les propriétés quelles tiennent des médicamens dont elles deviennent les excipiens : ainsi elles acquièrent les propriétés des infusions , des décoctions émollientes, résolutives, toniques et détersives dont on les imbibe ou dont on les arrose.
Des bandes. Les bandes doivent être faites de linge semblable à celui qui sert à faire les compresses ; mais qui doit seulement être un peu plus solide. Il faut qu’ elles soient coupées à droit-fil , sans ourlets , ni reprises , ni lisières , et que les portions dont elles se composent soient cousues à surjet rabattu.
Le nom de la bande indique la forme qui lui est propre. On lui donne divers degrés de longueur et de largeur suivant les parties auxquelles on la destine ; il faut des barides étroites pour des parties courtes.
comme les doigts , la verge, etc.; leur largeur doit être un peu plus considérable pour l’avant-bras et le bras , et plus encore pour la cuisse ou le corps.
Les bandes étroites s’appliquent mieux que les autres aux parties de forme conoïde.
Pour se servir d’une bande , il faut qu’elle soit roulée Roulées à va sur elle-même de manière à former un cylindre égal et seul °lobe' résistant, au centre duquebse trouve l’un des chefs, tandis que l’autre est libre à la surface. D’autre fois, on roule Roulées à les deux extrémités de la bande, et elle présente deux deux Slobescylindres qui se rapprochent à sa partie moyenne : on l’appelle alors bande roulée à deux globes. Lorsqu’on Comment se sert de la bande à un cylindre, il faut appliquer la face externe du chef libre à la partie du membre seul Slobe‘ opposée à la maladie et l’y fixer avec la main gauche, jusqu’à ce qu’avec l’autre main on ait fait sur ce chef deux ou trois tours circulaires médiocrement serrés et destinés à l’affermir. Ces tours sont la base du bandage , c’est d’eux que dépend sa solidité. Il faut que le cylindre soit toujours tenu entre le pouce et le médius, et tourne en se déroulant entre ces doigts comme sur un pivot. Chaque fois qu’on le change de main, celle qui le reprend doit dérouler autant de bande qu’il en faut pour arriver au point opposé de la partie où, il doit passer à l’autre main. C’est à l’instant où l’on déroule la portion de bande que l’on va appliquer, qu’il faut lui donner la direction qu’on veutqu’elle ait. Il faut , pour appliquer la bande à deux cylindres , comment porter la face externe de la partie intermédiaire aux deu^gitbe** globes sur le point des membres opposé à la maladie ; delà, le ramener vers celle-ci, les croiser, en évitant-
les plis, et continuer de la même manière jusqu’à ce que toute la bande soit déroulée. C’est de cette manière que s’appliquent la plupart des. bandages unissans des plaies longitudinales aux membres.
Des doloires. Après les premiers circulaires, on continue le bandage par d’autres tours qui se recouvrent de la moitié, du tiers ou du quart de la largeur de la bande déjà appliquée , ce qui produit des do lo ires ; quand les tours de bande sont entièrement isolés , le bandage est appelé en spirale ; moins il y a de largeur de bande à découvert , plus la compression de la partie est forte et régulière : on termine le bandage en attachant le chef libre avec une épingle au point opposé à celui qu’occupe la maladie.
Des , Quand on entoure de bandes une partie cylindrique ,
renverses. v 1 J n. -i
bien qu’à raison de la marche oblique de chaque jet , un des bords du linge soit plus tendu et presse plus que l’autre , cette différence est assez peu considérable pour que l’élasticité des tissus la fasse disparaître. Il n’en est pas de même quand on recouvre un membre dont la forme est conoïde ; la bande alors ne s’applique que par un de ses bords, et l’autre , éloigné des parties, forme des godets. On évite cet inconvénient en renversant à chaque tour le jet de la bande, de manière à ce que la face profonde devienne superficielle , et réciproquement. Ges renversés sont dirigés vers les parties que la bande n’a pas encore recouvertes quand on descend d’une portion volumineuse à une autre qui 1 est moins ; et ^ au contraire , on devra les faire du coté de la partie du bandage déjà appliqué, quand on monte du sommet à la base d’un cône.
PROLÉGOMÈNES. l35
Quel que soit le but de l’application des bandes , il faut prendre garde : i° A ne pas trop serrer les circulaires qui servent à fixer le bandage , ce qui donnerait lieu à des gonflemens œdémateux, violets, ou même gangréneux, de la partie du membre située au-dessous. a° A n’imprimer aucune secousse au membre , soit en déroulant , soit en appliquant la bande , ou par la rencontre inattendue du raembré ou de quelques; obstacles • ce qui , dans les fractures surtout , pourrait avoir.de grands inconvéniens. 3° A ne jamais laisser tomber des mains le cylindre de la bande , ce qui expose au moins à des longueurs. 4° A ne faire ni pîis ni godets capables de blesser les parties. On peut éviter les premiers en tenant la bande exactement tendue, et . les seconds en faisant des renversés.
Les pansemens exigent, outre ces matériaux , un certain nombre d’objets d’un usage général ; tels sont , lorsque le jour hest pas suffisant , des bougies ou des chandelles allumées et supportées par des martinets; des alaises, c’est-à-dire des draps ployés en huit ou en seize pour couvrir le malade , ses vêtemèns ou sou lit , et les préserver de la souillure que pourraient produire les matières médicamenteuses; des bassins pour recevoir les pièces de l’appareil qu’on va ôter; des éponges et des linges à essuyer, qui devront être mous , fins, et presque complètement usés.
On ne saurait assez faire sentir la nécessité de ces objets aux jeunes chirurgiens , à ceux des hôpitaux surtout , où 1 on ne voit que trop souvent des odeurs infectes et des maladies fâcheuses se développer et s entretenir par défaut de soins nécessaires.
Règles gé nérales pour F application des bandes.
Objets d'un usage général.
FHOLEGO SI ESTES.
Règles gêné- On peut avec ces seuls élémens, la charpie, les panse^ens.eS compresses et des bandes, auxquelles on ajoute, suivant les cas , quelques médicamens et quelques pièces accessoires , faire presque tous les pansemens que demandent les plaies des opérations.
Quelque variés que paraissent ces pansemens, puisqu’ils doivent satisfaire à presque toutes les indications des maladies chirurgicales , ils peuvent être rapportés à un certain nombre de règles et de chefs.
Les règles sont i° Que le chirurgien soit situé du côté de la partie affectée , et que le malade et lui soient mis dans une-position commode, qu’ils puissent garder, sans effort,, pendant toute la durée du pansement.
2° Que la partie soit nettoyée par abstersion ou par lotion , suivant lés cas, du sang , du pus ou des autres matières qui en souillent la surface.
3° Que les plaies ne restent pas exposées à l’action de l’air et des émanations diverses dont il est chargé; pour cela , que l’appareil nouveau soit appliqué aussitôt que l’autre est levé, et même dans les cas où la plaie est très-étendue , quelle soit recouverte à mesure qu’on enlève les pièces du pansement précédent.
4° Que la charpie, les compresses et les bandes soient appliquées mollement, à moins qu’on n’aitpour but principal d’exercer une compression , soit pour contenir une partie, soit pour arrêter une hémorragie, etc.
5° Que toutes les parties du pansement soient faites avec promptitude et avec douceur , et de manière à ce qu’il ne devienne pas actuellement, ou par la suite , une cause de douleurs ou de malaise pour le malade, qu’il doit laisser dans un état meilleur.
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6° Qu’on mette, après le pansement, dans une situation commode , et la partie blessée et le corps du malade, qui, sans cela, ne manquerait pas d’éprouver bientôt un sentiment de fatigue , ou meme des douleurs intolérables.
L’art de panser méthodiquement , avec adresse , cé- comment îérité, et sans exciter la douleur, est un des objets les rhabüeténéplus importans de la chirurgie pratique. Ce n’est que cessaire' dans les hôpitaux que l’on peut acquérir cette habileté qui rend les pansemens utiles , et qui les fait puissamment concourir à la guérison des maladies chirurgicales. C’est là que l’on acquiert et l’art de connaître et celui de disposer d’avance , avec ordre et avec célérité , les appareils qu’ils exigent ; et la dextérité nécessaire pour enlever sans douleur et pour appliquer convenablement un appareil; et l’habitude de ces soins de propreté qui s’étendent sans efforts et comme d’euxmêmes , à tout ce qu’on fait ; et celle de ces mouvemens doux , légers et prompts à la fois , qu’on doit suspendre au moindre signe de douleur, et renouveler sous des formes plus douces encore au premier besoin ; et celles de ces attentions délicates et même minutieuses inconnues aux simples théoriciens, et dont les malades sentent si bien le prix.
On peut , il est vrai , avec toutes ces qualités , n ’être qu'un panseur , elles hôpitaux mêmes n’en fournissent que trop d’exemples ; il faut y joindre une connaissance approfondie des maladies : c’est elle qui distingue le praticien éclairé d’avec l’empirique, et qui donne lés moyens de faire dans les pansemens -ces modifications savantes , ces innovations hardies , ces
P R e 1 É G O ME N E S.
substitutions ingénieuses ou délicates qu’exigent tous les jours les aspects ou les états divers des maladies.
Comment L’application du premier appareil est soumise» à quer°leapre" b® petit nombre de règles très-générales, qui sont insuer appareil, dépendantes- des vues particulières dans lesquelles on
pratique le pansement. .
L’écoulement du sang étant définitivement arrêté, et la partie malade restant dans la situation- où elle était pendant l’opération, il faut d’abord nettoyer la surface de la plaie du sang fluide ou concret dont elle est couverte; les bords et même les parties éloignées doivent être lavés et séchés avec soin, afin d’éviter les inconvéniens qui résulteraient de la malpropreté, et afin queles pièces de l’appareil ne s’attachent pas douloureusemen t c à la peau. Les emplâtres agglutinatifs, d’ailleurs , ne sauraient être appliqués sur des tégumens couverts de sang ou d’humidité.-.
Si l’on se propose de rapprocher et même de réunir les bords de-la plaie , il faudra rassembler tous les fils et les diriger vers l’angle le plus déclive , entourer leurs extrémités d’un petit linge, que l’on fixera, à l’aide d’un emplâtre agglutinatif, pour éviter de le confondre avec les autres parties de l’appareil et d’exercer des . tractions inconsidérées sur les vaisseaux : afin que ces fils occupent moins de place , il faut couper l’une des branches de chaque ligature près du noeud et ne rassembler que les autres; si malgré cette attention ils sont encore très-nombreux, on peut les diviser en plusieurs faisceaux que l’on dirigé vers le bord le plus voisin. Dans les cas où, après une grande déperdition de substance , toute la surface de la plaie doit rester à
découvert et suppurer , il vaut mieux couper tous les fils à trois ou quatre millimètres du noeud et les laisser flottant sur les. chairs. Ils y sont mieux à l’abri des tiraillemens qui résultent des mouvemens du malade , du dérangement des appareils , et des méprises de celui qui fait les panseméns. sj
Soit que l’on réunisse la plaie de manière à ce quelle ne suppure pas , soit que l’on se propose d’exciter et d’entretenir la suppuration, il faut appliquer mollement le premier appareil, ét tenir les pièces contentives , telles que les compresses et les bandes assez lâches pour permettre à la partie d’éprouver sans obstacles le gonflement qui doit succéder à la division des parties. L’oubli de ce précepte est une causé fréquente d’accidens. graves et de douleur^ insupportables à la suitç des opérations.
On est quelquefois obligé, dans l’intervalle de l’appli- ce qu’il
cation à la levée du premier appareil , de changer la posi- treV^pîication de la partie malade ou du corps entier, lorsqu’elle du prel est devenue trop incommode; il ne faut jamais opérer “ier appareil, ce changement en l’absence du chirurgien et sans les plus grandes précautions. D’autres fois , il faut relâcher l’appareil devenu trop serré et très-douloureux par l’effet du gonflement des parties ou de l’imbibition des pièces qui le composent : il suffit alors de couper avec des ciseaux les tours de bande les plus serrés; on évite par ce moyen tout déplacement des parties. Il est des cas où la douleur et la tuméfaction produites par l’inflammation sont telles, qu’on doit arroser l’appareil avec des infusions ou des décoctions d’espèces émollientes ou calmantes. D’ autres fois , les douleurs excessives ",
PROr-ÉGOMÈlfES.
Quand doit- ©n lever le premier appareil?
Préjugé.
les hémorragies , etc. , obligent à lever prématurément le premier appareil ; c’est au chirurgien à juger de cette nécessité. Hors ces cas, on ne doit jamais le lever avant que la suppuration soit établie.
C’est ordinairement après le quatrième jour révolu qu’il convient de faire la levée du premier appareil. Cette époque cependant varie suivait l’âge , la saison, la nature , de la maladie , et le but qu’on se propose. La suppuration est plus tôt établie chez les enfans que chez les adultes et les vieillards ; dans les climats chauds que dans les climats froids; dans les plaiessituées autour de la bouche et de l’anus, et dans celles qui sont en partie anciennes, en partie récentes 3 que dans les autres.
Lorsqu’on veut obtenir la réunion des plaies sans suppuration, il faut lever l’appareil quelques jours plus tard que de coutume , dans la crainte que le mouvement ou le tiraillement des parties ne détruise leur union commencée. Malgré ces précautions, il arrive quelquefois que la suppuration n’est pas parfaitement établie : on doit se borner alors à renouveler les pièces les plus superficielles de l’appareil,, et attendre que les autres soient détachées.
Un préjugé généralement répandu a fait regarder la levée du premier appareil comme douloureuse , et la plupart des malades n’envisagent qu’avec anxiété l’époque où cette opération doit avoir lieu.
Fondée toutes les fois qu’on veut employer la force pour détacher de la surface d’une plaie les pièces d’appareil non encore suffisamment imbibées par le produit de la suppuration, cette croyance cesse d’être juste lorsqu’on attend l’époque favorable.
Certaines règles, dont il est important de ne pas s’écarter, servent encore à rendre la levée du premier appareil moins pénible pour le malade.
Les règles les plus essentielles à suivre, lorsqu’on Règles .
° i . . •! à suivre pour
procède au renouvellement du premier appareil, sont: la leve'e du
i° qu’il soit levé par l’opérateur lui-même , ou du ap'
moins par un aide très-intelligent ; 2° que le membre soit tenu dans la position où il a été mis lors du premier pansement, ou que du moins il soit soulevé de manière à n’être que peu dérangé de, sa situation : cette règle est de rigueur dans le pansement des fractures;
3° que le praticien , situé commodément, comme nous l’avons dit ailleurs, arrose les pièces du pansement, si elles sont adhérentes entre elles, ou bien avec les parties voisines , afin de lés enlever sans tiraillemens, sanssecousses et sans douleurs : il conviendra souvent d’arrosér ces pièces quelques heures d’avance, lorsqu’elles sont très-adhérentes et durcies, par le sang desséché entre elles; 4° qne la bande soit enlevée de manière à ramasser à mesure dans les mains , et à faire passer de l’une à, l’autre alternativement, tout ce qui est déjà déroulé ; 5° d’ôter à leur tour les compresses, sans entraîner avec elles la charpie qui recouvre immédiatement la plaie; 6° de saisir avec des pinces à anneaux la charpie , et de l’enlever , si elle est libre d’adhérences avçc le fond ou bien avec les bords de la plaie ; dans le cas contraire , de la laisser, ou bien de retrancher avec des ciseaux ce qui est détaché ; y0 de faire écouler lè pus, le sang ou les autres matières qui, par leur séjour dans la plaie , pourraient l'irriter ou bien prolonger sa durée.
l42 PROLÉGOMÈNES.
Pansemens Les pansemens qui suivent la levée du premier- apcousccu 1 b. ci0jventêfcre faits avec les mêmes soins , auxquels
on en peut ajouter d’autres, suivant les indications qu’on se propose de remplir. Mais avant d’exposer la manière dont on remplit ces indications , nous devons insister sur les. préceptes généraux les plus importans auxquels il faut se conformer, quelle que soit la nature • et le but des pansemens consécutifs. - • .
^ Position à if est peu Je pansemens qu’on puisse faire sans avoir parties. préliminairement placé les parties d’une manière convenable. Les malades peuvent eux-mêmes les tenir soulevées, dans les affectionsv légères des membres, et surtout des membres supérieurs. Ils commettent rarement ce soin à d’autres qu’à eux-mêmés dans les maladies des articulations, marquées par des douleurs vives , lesquelles deviendraient intolérables au moindre défaut de rapport entre la puissance qui soulève, et le poids de la partie qui forme la résistance. Dans la plupart des cas ^ ce soin doit être confié à un ou à plusieurs aides inteîligens. Un seul suffit, lorsqu’il s’agit d’un pansement ordinaire; deux ou plusieurs sont nécessaires dans les pansemens plus importais que nécessitent des maladies plus graves. Si elles ont leur siégé dans un membre, il faut le .saisir à une distance Convenable de la maladie et de l’appareil, pour ne causer ni douleur au malade, ni gêne au praticien. Il faut ensuite les soutenir de toute la largeur des mains, et non pas avec la pointe des doigts , par laquelle les parties sont toujours blessées , ou du moins affectées douloureusement : elles doivent enfin être soutenues d’une manière uniforme jusqu’à la fin dü pansement', et les
aides et les malades ne doivent se permettre de variations ou de change mens que lorsqu’ils sont commandés par le praticien.
Il est plus difficile de mettre et de maintenir les parties malades dans une position qui rende facile leur pansement , lorsqu’au lieu d’un membre il s agit de tourner ou bien de soulever un corps entier et volumineux, qui s’abandonne à lui-même ; ce qui a souvent lieu dans le pansement des escarres jgan^-éne uses du sacrum , ou d’autres affections de la partie postérieure du tronc ou des hanches. On peut tourner ces malades sur l’un ou l’autre côté du corps , et mèmè les renverser sur le ventre en faisant soulever un des côtés du drap , tandis que de l’autre se -trouve une personne pour aider au mouvement et pour y mettre des bornes. On peut encore élever, et tenir élevé pendant quelque temps «un malade au-dessus -de sa couche avec des alaises , c’est-à-dire avec des draps ployés en traversen huit ou en seize, et qu’on passe au-dessous des épaules des reins ou du bassin, suivant le siège du mal, et dont on donne les bouts à soulever à des personnes fortes , qui soutiennent le malade à la hauteur nécessaire jusqu’à la fin du pansement. :
Mais il est quelquefois difficile d’avoir à chaque pansement un nombre -suffisant d’aides intelligens pour tourner ou bien pour soulever un corps très-pesant. Les arts mécaniques prêtent en cette occasion , comme en tant d’autres, des secours utiles à la médecine» U nest pas de meilleur moyen pour tourner ou. bien pour soulever un malade, dans l’intention de le, panser ou de le changer, que le lit mécanique de Daujon :
Lits
mécaniques.
Il ne tant pas laisser les plaies exposées à l’air.
ï44 PROLÉGOMÈNES.
il est formé d’un carré sanglé, dont toutes les sangles peuvent être enlevées et changées à volonté; aux quatre angles sont fixées, par le moyen d’autant de crochets , des cordes qui passent dans des poulies , lesquelles peuvent être mises en jeu par le moyen d’une manivelle, deux à deux, ou bien toutes quatre à la fois; ce qui donne la facilité d’élever ou d’abaisser la tête du malade, d’incliner son corps sur l’un ou sur l’autre côté, ou de le soulever tout entier, sans liai faire éprouver la moindre secousse, et sans apporter le moindre dérangemènt dans les appareils les plus délicats.
C’est un précepte bien connu et bien important que de laisser le moins qu’on peut les plaies exposées à l’air. On ne saurait le trop recommander à ceux qui doivent exercer dans les hôpitaux, dans les prisons , à bord des vaisseaux, où l’air, vicié par les émanations qui s’élèvent des corps malades autant que par la respiration , a toujours des qualités délétères , lesquelles deviennent plus actives lorsque l’atmosphère est chargée d’humidité. On ne saurait trop recommander encore à ceux qui exercent aux armées , et surtout dans des climats dont la température très -variable passe rapidement d’une chaleur étouffante à un froid piquant , ou pendant les saisons où les vents du nord succèdent brusquement aux vents du sud; car, dans ces cas, la moindre exposition des plaies à l’air peut déterminer la suppression de la suppuration , le transport de l’irritation sur d’autres parties, et le tétanos, encore plus grave que cette métastase. Enfin ce précepte, si important dans les maladies les plus communes, devient rigoureux dans le pansement des grandes plaies par contusion, par brûlure; dans
PROLÉGOMÈNES. l45
les maladies accompagnées de sueurs abondantes, etc.
Le chirurgien peut, en faisant clore les fenêtres et les portes du lieu où le pansement doit être fait, en s’enveloppant avec le malade dans les rideaux de son lit, en découvrant seulement les parties affectées, et
non pas tout le corps sans nécessité, en abrégeant la durée du pansement, et en enveloppant, après; qu’il est terminé, les parties de draps échauffés, prévenir un grand nombre des effets fâcheux que nous venons d’indiquer,
Mais il n’est pas toujours possible de se conformer à ces préceptes ; les circonstances les plus rigoureuses obligent souyent, surtout à l’armée, de les négliger ; c’est au praticien habile et ingénieux à remédier à l’influence défavorable des agens qui l’environnent, et à suppléer à l’action de ceux qui lui manquent par une multitude d’inventions délicates qui font servir au but qu’il veut; atteindre toutes les choses dont il peut disposer. . . -
Les moyens capables d’entretenir auprès des blessés Soins la propreté la plus exquise doivent fixer toute l’atten- de propr tion du chirurgien, surtout lorsqu’il exerce dans des lieux où un grand nombre d’hommes sont rassemblés.
Une maladie fournit-elle beaucoup de pus, de sang ou de matière purulente? exige-t-elle des lotions ou des fomentations abondantes ? il est nécessaire de préserver la couche , les draps et les couvertures des malades
de souillures qui, ne pouvant être enlevées à chaque pansement, s’accroîtraient détour en jour, développeraient et entretiendraient autour d’eux une atmosphère infecte, source très-commune deüèvres putrides, malignes , et de pouritures gangréneuses.
io
On prévient ees souillures én plaçant sous les parties malades, avant chaque pansement, des draps, etc. propres à recevoir ce qui s’échappe de la plaie, et qu’on enlève après qu’il est fini. On doit laisser ces draps à demeure, lorsque les évacuations sont assez abondantes pour traverser l’appareil d’un pansement à un autre. Si ces évacuations étaient excessives , il serait nécessaire de placer sous les draps des morceaux de toile cirée d’une étendue proportionnée aux cas qui les requièrent, et par lesquels on préserve du moins la couche du malade, qui ne peut être renouvelée à chaque pansement.
Ces moyens, utiles en général, deviennent indispensables dans les fractures compliquées qui fournissent une abondante suppuration, et qui ne permettent pas de déplacer chaque jour les malades; dans les affections gangréneuses des parties postérieures du corps, et principalement dans les pouritures d’hôpital , dont la matière , én pénétrant les matelas des lits , y dépose le germe de cette cruelle maladie.
Un chef éclairé ne doit pas borner ses devoirs à ces opérations de détail; il doit, par des soins plus étendus, prévenir les grandes causes d’insalubrité, en faisant exposer à l’air, et quelquefois même ën faisant laver toutes les pièces des lits qui ont été infectés par quelqu’une des causes que nous avons indiquées , et Surtout par des pouritures d’hôpital, par des charbons, des bubons pestilentiels, oü des maladies contagieuses, de quelque nature quelles puissent être.
’ AbuS a Mais quelque nécessaire que soit là propreté, il ne m «prêté, faut pas qu elle soit portée trop loin; l’excès ici, comme
PROLÉGOMÈNES. I 4j
en beaucoup d’autres choses, peut avoir de graves inconvéniens. C’en est un, par exemple , de laver la surface des plaies à chaque pansement, d’enlever trop soigneusement, quel que soit le moyen qu’on emploie , le pus qui les couvre, ou de détacher chaque fois la pellicule qui se forme sur leurs bords. L’observation apprend en effet que les lotions aqueuses entraînent souvent une altération des plaies; que la couche légère dé pus qui couvre leur surface la défend contre l’application trop immédiate de la charpie ou des médicaméris, et quelle ne saurait d’ailleurs être enlevée sans que la plaie soit irritée; qu enfin la cicatrice se forme plus sûrement à l’ahri de la pellicule qui revêt les bords , que lorsque cette pellicule est enlevée.
La fréquence et la rareté des pansemens importent De la fréplus qu’on ne le croit à la guérison des maladies qui îTraret^des en requièrent l’emploi. Plus fréquens qu’il ne côn- pansemens' vient , ils arrachent le malade au calme et au repos si nécessairës aux opérations de la nature , et le jettent dans un état d’excitation fâcheux; ils multiplient sans nécessité les incommodités inséparables de là levée et de l’application des appareils ; ils maintiennent les parties dans un état d’irritation continuelle ; ils entraînent la déchirure de la surface et des bords des plaies et de leurs vaisseaux, en même temps qu’ils s’opposent à la formation de la cicatrice; ils détruisent, en la suspendant mal à propos , la salutaire influence des médicamens sur les parties.
Trop rares, les pansemens laissent à la chaleur le temps de décomposeras médicamens placés à la surface des plaies , et les matières qu elles fournissent , d’où il
Terme ordinaire.
•Quand les pansemens doivent être
. Quand ils doivent être fréquens.
résulte que les premiers perdent leurs qualités utiles, tandis que les autres en acquièrent de nuisibles; ils permettent aux matières retenues de former des foyers .y des sinus, des fusées, ou même d’être résorbées.
L’usage et la commodité, encore plus que la raison , ont établi qu’un pansement par vingt-quatre heures suffit dans le plus grand nombre des maladies. Toutes les matières fournies pendant cet espace de temps par les plaies peuvent être aisément absorbées par l’apparéil, et elles n’ont ni le temps de s’amasser ni celui dé s’altérer ou de se décomposer à leur surface ; d’autre part , la charpie a le temps de se décoller et peut être enlevée sans peine. C’est ainsi que doivent être pansées ; la plupart des plaies, des ulcères, et, en général, le plus grand nombre des maladies dans les climats tempérés. '
Les pansemens doivent être plus rares, c’est-à-dire éloignés de deux, ou trois jours, dans le traitement des fractures simples, dès tumeurs chroniques, à la guérison desquelles on emploie des emplâtres résolutifs fond an s ou inaturatifs ; dans les plaies qui menacent d’hémorrhagie ; dans celles ou des ligatures et des moyens de compression sont appliqués aux extrémités des vaisseaux; dans celles qui fournissent très-peu de suppuration , été.
Ils doivent être répétés deux et même plusieurs fois par jour, dans les cas qui nécessitent des lotions, des fomentations, des applications émollientes et résolutives, dont la matière s’écoule , s’évapore , se dessèche ou se décompose facilement; dans les premiers temps de l’ouverture des abcès, dans ceux où la partie ma-
prolégomènes. 1 49
lâde fournit, comme dans les fontes putrides et gangréneuses, dans les fistules urinaires, stercorales, dans les hernies avec lésion des intestins , etc., une grande quantité de pus ou de matières qui, par leur nature ou leur altération, deviennent irritantes ; dans ceux enfin ou la maladie suit une marche dont la rapidité impose au praticien la nécessité de suivre ses changemens pas à pas.
L’usage veut qu’on fasse les pansemens le matin, le conve
truand il n’en faut qu’un en vingt-quatre heures. Les nablepouries * A ; . , j pansemens.
malades se trouvent ainsi debarrasses pour la journée des incommodités qu’un appareil ne manque presque.] amais de produire après un certain temps de son application.
Mais en se développant vers la fin du jour, et pendant la nuit qu’elles rendent souvent mauvaise, ces incommodités n’en sont que plus fâcheuses; aussi semblerait-il plus convenable , dans ces cas , de faire les pansemens le soir. Lorsque les circonstances obligent à en faire deux en vingt-quatre heures , ils doivent être faits le matin après le lever du soleil , et le soir avant son coucher, afin que les malades -jouissent également lé jour et la nuit du calme que procure un pansement bienfait.
Le choix et l’arrangement des pièces d’appareil qu’on emploie dans le pansement des plaies varient comme les indications qu’on veut remplir.
Lorsque là plaie tend d’elle-même à la guérison , ce serait contrarier la nature que de prodiguer lès onguen s, les emplâtres, les compressions, etc. L’art doit borner à seconder ses efforts par un pansement simple , dont lé but principal et presque unique est de défendre \ . •
Des pansemens, eu
indications.
plirquedes
indications
générales.
l5o PROLÉGOMÈNES.
les surfaces dénudées contre l’influence des émanations et contre le contact de l’air, et de les maintenir dans un état de propreté sans lequel elles ne guériraient qu’avec difficulté.
Les pièces dont se compose un pareil pansement sont, suivant l’ordre de leur application : une bandelette de toile à demi usée, de largeur variable , et incisée de distance en distance sur l’un de ses bords , afin qu’appliquée à plat elle puisse s’accommoder à la forme ronde des plaies , ou un pièce fenêtrée de linge fin, enduites d’une couche mince de céràt, et dont on recouvre les bords ou la surface de la solution de continuité afin de prévenir l’adhérence de ceux-ci aux autres pièces d’appareil ; une quantité plus ou moins considérable de charpie brute, fine et mollette ; quelques compresses larges, unies, et de formes diverses; enfin une bande roulée ou quelque autre bandage mollement appliqué, et qui, n’ayant d’autre effet que de maintenir en place l’appareil, prend alors le nom de bandage contentif.
On Les moyens qui favorisent ou opèrent la réunion
veut réunir. -, , . r . . . , . .
des plaies sont : une position de la partie qui mette les tissus divisés dans le relâchement le plus complet, et leur permette d’être rapprochés ; la compression ; les bandelettes agglutinatives ; les bandages unissans et les : sutures, à l’aide desquels on rapproche et l’on maintient en contact les lèvres de la solution de continuité.
De ces moyens, les plus usités à la suite des opérations sont la compression et les bandelettes agglutina- ' tives : l’histoire de presqu e tous se trouvant faite ailleurs, nous nous bornerons ici à quelques règles sur l’emploi
prolégomènes* i.5 i
des bandelettes agglutinatives , et à rappeler d’une manière générale les cas dans lesquels le pansement unissant est indiqué, et les avantages qu’il peut avoir alors; les inconvéniens qu’il présente quand il est employé contre le vœu de la nature.
De toutes les. compositions emplastiques qui, éten- le®** dues sur la toile, ont. servi à faire des emplâtres agglu- tinatives. tinatifs, le diachylum gommé est presque la seule qui soit maintenant en usage. Dans les hôpitaux où l’on en fait une consommation assez considérable, cet emplâtre est toujours frais et de bonne qualité : il n’en est pas de même en ville. Celui que fournissent la plupart des pharmaciens, presque toujours préparé depuis long-temps , est ordinairement sec, friable , si peu adhérent , quil se détache par plaques de la toile sur laquelle il est é tendu ; il demande , pour être ramolli , qu’on J’expose à une chaleur telle , que ce n’est pas sans douleur qu’on l’appliqué i ainsi chauffé, sur la peau ; et il se détache peu d’i nstans après son application , parce que la chaleur du corps est insuffisante pour entretenir son adliésion^çn bien s’il est agglutiuatif, et quelquefois il l’est fortement , même à la température ordinaire de 1 atmosphère, il doit sa faculté adhésive à une si forte proportion de térébenthine, qu’il devient irritant , et qu’il produit presque toujours l’inflammation érysipélateuse des parties sur lesquelles on l’applique. Pour être hon un sparadrap doit être souple, très-agglutinatif , facile à ramollir à la simple chaleur des parties , et incapable de jamais occasioner d’inflammation.
Les bandelettes agglutinatives' Ont remplacé avec desAv“a*fe! avantage, dans la pratique, les emplâtres de figures lette! agglu-
A 1 ° tmatives.
Comment on les applique.
diverses qu’on employait autrefois dans le même but. Elles peuvent être appliquées isolément et dans toutes les directions ; elles s’accommodent mieux à la forme irrégulière des plaies et aux différens degrés d’écartement que présentent leurs bords, dans les divers points de leur longueur ; on peut les renouveler indépendamment les unes des autres ; enfin , longues et larges, elles agissent sur une grande surface , et rétrécies à leur partie moyenne, elles laissent autant que possible la plaie à découvert, et permettent au pus de s’écouler.
La direction qu’on leur donne est, suivant le besoin, oblique ou perpendiculaire à celle de la plaie, dont l’étendue et les irrégularités en déterminent le nombre.
Veut-on appliquer une bandelette? Il faut que la plaie soit nettoyée, et ses environs rasés et mis parfaitement à sec; et, tandis que l’opérateur rapproche -les lèvres de la -solution de continuité et les met dans lés rapports qu’il veut quelles conservent, un aide applique la bandelette légèrement échauffée , en commençant non par sa partie moyenne, mais pp^une de ses extrémités. Ce n’est qu’après en avoir appliqué une première moitié sur un des côtés de la plaie , qu’on la tend et qu’on en achève l’application sur le côté opposé.
Quoique le degréde tension qu’on donne aux bandelettes- âgglutinatives doive toujours être proportionné à la tendance que les bords de la plaie ont à se séparer ; il faut toujours - tenir compte , en les appliquant , du gonflement Inévitable qui doit survenir.
Cette règle, est surtout de rigueur , lorsqu’une bandelette doit servir à rapprocher les lèvres d’une plaie
PROLÉGOMÈNES. l53
surune saillie. On voit quelquefois , après l’amputation de la jambe, les bandelettes qui passent sur le moignon en prenant leur point d’appui sur ses côtés, déterminer , lorsqu’elles sont trop serrées , des douleurs vives-; les lèvres de la plaie enflammées faire saillie dans les intervalles qui les séparent, et se gangrener, par compression , dans les point^où elles appuient.
Quand on a plusieurs bandelettes à appliquer, il faut toujours commencer par celle qui répond à la partie moyenne de la plaie.
La réunion est l’une des indications les plus générales que présentent les solutions de continuité. Elle est indiquée dans toutes les plaies simples ou composées , toutes les fois que ces plaies sont sans aucune complication; on doit la tenter après la plupart des opérations qui n’ont nécessité que peu ou point de ligatures, et qui n’ont point été faites dans l’intention de détruire quelque adhérence accidentelle. Enfin, lors même qu’une large perte de substance rend la suppuration nécessaire ou inévitable , il est encore utile d’employer les moyens propres à opérer un rapprochement des bords de la plaie. Dans toutes ces circonstances, le pansement unissant a l’avantage d’abréger la durée de la maladie et des douleurs; de soustraire le malade à 1 épuisement , qui est la suite d’une longue suppuration; de procurer une cicatrice moins étendue et moins facile à déchirer, etc. Mais quelquefois; ce genre de moyens offre des inconvéniens qui méritent de fixer l’attention du praticien. • >'.
Les panseméns .faits dans l’intention de réunir n’ont pas seulement dés inconvéniens lorsqu’ils réunissent
Cas dans lesquels la réunion est indiquée.
Ses
avantages.
Ses
inconvéniens.
l54 PROLÉGOMÈNES.
des parties contre l’indication de la maladie; ils en ont encore lors même qu’ils ne réussissent pas ou qu’ils ne réussissent que d’une manière incomplète. Dans ces circonstances, le sang, la sérosité, le pus et les autres matières qu’ils retiennent au dedans, deviennent autant de corps étrangers qui irritent les parties, les distentendent ou s’infiltrent dans leur tissu. Ces inconvéniens sont encore plus grands lorsque la réunion se fait à l’ouverture des plaies seulement; car leur fond devient 7 un véritable foyer qui s’étend et produit toutes les incommodités d’un foyer naturel, à moins qu’on ne puisse écarter et désunir à temps les lèvres de la plaie ; encore arrive-t-il très-souvent, malgré cette précaution, que le pus, obligé de sortir par une ouverture étroite et quelquefois mal située , entretient long-temps une solution de, continuité'qui se serait promptement guérie , si l’on ne s’était trop hâté de la fermer.
Il faut encore regarder comme ayant des inconvéniens, les pansemens qui conduisent trop rapidement à la cicatrice, les plaies qui résultent d’opérations faites pour des maladies anciennes, et qui fournissent depuis long-temps uné grande quantité de pus. Une sécrétion aussi abondante , devenue naturelle par l’effet de l’habitude, ne, saurait être supprimée tout à coup sans de grands inconvéniens, à moins qu’on n’ait l’attention de la détourner, d’y Suppléer par des émonetoires, par des purgatifs ou d’autres évacuans.
On vent 11 est nécessaire^ à la suite de certaines opérations,
empêcher la i
réunion. d employer comme pansement , des moyens propres à empêcher la réunion des bords de la solution de continuité que l’on a produite. Il y a plusieurs sortes de
pansemens divisifs. Dans quelques cas, il suffit d’une position de la partie qui tienne la plaie ouverte, et du défaut de toute compression sur ses bords; dans d’autres, il faut des moyens plus compliqués. Ainsi, après la section de ces brides , suite de brûlures mal traitées , et qui tiennent les parties immobiles dans des rapports ou dans des attitudes vicieuses ; outre la charpie qu’on place dans la plaie, les attelles sur lesquelles on étend les membres, les différens bandages qui servent à maintenir la tête fléchie sur la poitrine, renversée sur la nuque ou sur l’un des côtés du cou, sont autant de moyens divisifs propres à prévenir le contact entre les points opposés de la solution de continuité.
Les ouvertures pratiquées à des parties saines pour évacuer du pus , du sang ou d’autres matières amassées dans des foyers ou des cavités intérieures; celles par lesquelles certaines plaies qui pénètrent profondément viennent s’ouvrir à la surface du corps, ont une telle tendance: à se réunir , que leurs bords se cicatriseraient dans l’intervalle d’un pansement à l’autre, si l’on n’avait soin du les tenir séparées par quelque corps interposé. On se sert avec avantage , pour cet effet, de mèches de linge enduites de beurre , de cérat ou de quelque autre corps gras, que I on introduit avec précaution jusque dans les foyers auxquels ces ouvertures conduisent. Un séjour de ces . mèches pendant vingt- quatre heures suffit ordinairement pour prévenir la réunion qu’on veut empêcher ; l’inflammation et la suppuration quelles excitent, unies à l’écoulement qui a sa source dans le foyer principal, deviennent par la suite un
obstacle assez grand a cette réunion.
On se sert de moyens analogues, lorsque après l’incision d’une fistule, l’extirpation d’une tumeur, la division d’un kyste, etc., on veut obtenir la réunion du fond vers la surface.
Dans tous ces cas, l’interposition, entre les lèvres de la plaie, d’une mèche de charpie oii de linge suffit pour empêcher une réunion trop prompte, qui pourrait avoir l’inconvénient de nécessiter plus tard des ouvertures ou des opérations nouvelles.
On -mit Le pansement compressif est d’un usage si général, P il a de si grands avantages lorsqu’il est employé à propos, et de si grands inconvéniens lorsqu ill’est à contretemps , qu’il est indispensable d’indiquer les cas dans lesquels il doit etre utile ; ceux dans lesquels il doit être évité, et sa manière d’agir dans ces diverses circonstances. - '
Cas où la Le pansement compressif est indiqué dans les infil-
compression . .
estindiquée. trations simples- dans les engorgemens, par atome, dés parties extérieures, suite d’inflammations chroniques, de fractures, de plaies ou de cicatrices ; dans les ulcères compliqués de faiblesse, de fongosités, de végétations excessives , de callosités, de dilatations variqueuses des veines ; dans certains décollemens de la peau, suites de vastes suppurations, d’ülcères scrofuleux; dans quelques fistules borgnes, dont la permanence tient à des sinus ou à des foyers qui ne sauraient se réunir; dans les cas de séjour du pus an dedans des parties, sous la peau, dans l’intervalle des muscles, des os, etc. etc.; dans certaines entorses; dans lès diastasis, suite de torsion, de distension, ou de faiblesse constitutionnelle; dans plusieurs hydropisies articulaires;
PROLÉGOMÈNES. iSj
dans les luxations , et dans les fractures lorsque les fragmens de celles-ci font des saillies contre nature, ou bien refusent de se consolider ; dans les hernies réduites, soit qu’on veuille les contenir seulement, ou bien en obtenir la cure radicale, et même lorsqu’on veut déterminer l’affaissement d’une tumeur épiploïque ou la réduction d’une hernie intestinale adhérente; dans certains anus contre nature , et dans certaines incontinences d’urines et de matières fécales; dans les épanehemens de sang circonscrits ; dans les kystes séreux synoviaux, vulgairement appelés ganglions, et dans plusieurs autres tumeurs enkystées analogues à celles-là; dans le traitement de quelques plaies, pour prévenir la contraction des muscles, ou pour en rapprocher les bords; dans beaucoup d’opérations, pour engourdir la sensibilité des parties , et plus souvent pour suspendre le cours du sang dans un membre; dans les cas d’hémorrhagie, d’anévrisme, etc. etc.
Il suffit de cette énumération, tout incomplète quelle est, pour donner une idée de l’étendue des ressources que la compression fournit à la chirurgien Dans plusieurs des cas que nous avons indiqués , elle entre comme un simple pansement dans le traitement des maladies; et, dans les autres, elle constitue des méthodes curatives qui le disputent souvent avec avantage aux opérations chirurgicales les plus importantes.
On concevra sans peine qu’un moyen de traitement qui s applique à un aussi grand nombre de maladies doit être varié comme elles. Aussi la compression , considérée en elle-même , offre-t-elle des différences essentielles bornée à un point, ou bien étendue à une sur-
ÊROttÉGOMENES.
face assez large; elle peut être exercée latéralement, circulairement , ou perpéndicülairement aux parties.
De la La compression, bornée à un seul point, convient C°T Bornée”' dans les cas d’épanchemehs de sang très-circonscrits a un point. qUJon veut répandre dans le tissu cellulaire; dans les kystes séreux, synoviaux, ou autres qu’on veut déchirer ; dans lès hernies qu’on veut faire rentrer, contenir seulement, ou guérir radicalement; dans les décollemens bornés de la peau; dans les canaux accidentels ou naturels, dans lesquels on veut suspendre toute circulation; dans les hémorrhagies et les anévrismes quon veut guérir sans opération.
Ou peut la pratiquer , suivant les cas , avec les doigts ou bien avec des boules de charpie , des compressés graduées, des bandes roulées, des pelotes remplies de son ou de crin , des pièces de monnaie, etc. , soutenues par plusieurs tours de bande ou bien par des ressorts élastiques, dont l’action est combinée de manière à ce quelle se transporte tout entière sur lé point à comprimer, comme on le voit dans les bandages imaginés pour obtenir la guérison de certains anévrismësv Cette sorte de compression, qui borne son action aux parties sur lesquelles on la dirige, et laisse dans les autres la sensibilité , la circulation, la nutrition , la vie , en un mot , s’exécuter comme dans l’état ordinaire, a sans doute de grands avantages ;. mais ils sont balancés par des incommodités et même par des accidens graves. En effet, la compression ainsi bornée à un point cause des douleurs, des irritations, dès rougeurs , des inflammations , des abcès et. quelquefois des gangrènes. Cês inconvéniens ont fait naître à M, Du-
PROLÉGOMÈNES. l5p
puytren l’idee de la rendre intermittente. De cette manière, lès parties fatiguées par une compression qui a duré plus ou moins long-temps , peuvent, par ïéffe't du repos qu’on leur accorde, en supporter plus facilement le renouvellement. Il èst vrai qu ainsi exercée, la compression n’agit pas, à beaucoup près, avec la même promptitude ni avec la même efficacité.
Elle doit agir sur une plus grande surface dans les 20 Étendue cas d’œdèmes circonscrits, d’ulcères atoniques, calleux Surface? ou variqueux; dans lés décollemen s tr è s- étendus de la peau ou des muscles; dans les hernies très -volumineuses qu’on veut soutenir ou réduire , etc.
Quel que soit le moyen qu’on emploie dansces cas, il faut proportionner sa largeur et sa force à l’étendue de la surface sur laquelle on veut agir. Cette compression, ainsi répartie sur une grande surface, n’a pas les dangers de la précédente ; on est souvent obligé de la rendre circulaire pour qu’elle soit efficace.
On exerce une compression latérale toutes les fois 3» Latérale, qu’un membre étant entier, on applique sur quelque point de sa cireonférence xjji bandageou un appareil compressif; mais on donne plus particulièrement le nom de compression latérale à celle qu’on exerce sur les côtés d’un canal naturel ou bien accidentel quelconque. Celle-ci a communémenf pour but d’en aplatir les parois , et d’en effacer le calibre momentanément ou pour toujours. Veut-on faire un semblable pansement P il faut , avant tout, s’être bien assuré dé la situation, de la profondeur et du trajet de la fistule, du canal ou du vaisseau sur lequel on veut exercer la compression. Elle sera utile s’ils né sont pas situés trop
profondément, et s’ils peuvent trouver un point d’appui sur les parties voisines; dans les autres cas, elle reste sans effet. On peut d’ailleurs la pratiquer avec les moyens que nous avons indiqués pour la compression bornée à un point. Si aulieü d’un effet momentané, on en veut produire un durable -, par exemple, si après avoir aplati et rapproché les parties d’un canal ouvert, on veuten déterminer l’adhésion , il faut continuer le pansement compressif jusqu’à ce qu’il ait produit l'inflammation, qui est le moyen de réunion de ces parties.,,
4° Directe. Les pansemens compressifs dans lesquels l’effort s’exerce parallèlement à l’axe des parties- ne peuvent guère être employé que dans les cas d’amputation , d’extirpation, et dans l’intention de prévenir des hémorrhagies ou des développemçns de parties. Nous avons vu -quels étaient les avantages et les inconvéniens de cette sorte de pansement , en parlant des moyens d’arrêter les hémorrhagies.
5° Circulaire. C’est presque tpujours à la compression circulaire qu’on a recours dans les pansemens les plus ordinaires pour soutenir les pièces ^l’appareil. C'est elle encore qu’on emploie dans les œdèmes et les engorgemens des membres , dans les ulcères divers qui requièrent l’usage de ce moyen, dans les diastasis, les luxations et les
, fractures ; lorsqu’on veut soutenir une paroi de cavité ,
faire résorber la matière d’une hydropisie articulaire, donner un soutien à des ligamehs affaiblis , prévenir la contraction des muscles d’un membre, etc. etc.
Le pansement dans lequel on emploie la compression circulaire, peut avoir les plus grands avantages ou lesplus grands inconvéniens , suivant la manière dont
PROLÉGOMÈNES. l6l
il est fait. Pour assurer ses avantages, il faut : i° Qu’il soit commencé à la partie inférieure du membre , quelle que soit la hauteur à laquelle se trouve le mal; par ce moyen, on évite toujours les engorgemens séreux, sanguins, inflammatoires et gangréneux. 2° Qu’il soit conduit, par une constriction décroissante, de l’extrémité du membre jusqu’à la maladie. 3° Que cette constriction, proportionnée aux besoins, ne soit jamais portée au point d’empêcher la circulation et la vie dans les parties. 4° Que le bandage n’arrive que peu à peu , et seulement au bout d’un temps assez long , au degré de constriction qu’on se propose de lui donner. 5° Qu’il soit souvent visité, afin qu’on puisse être averti à temps des accideris auxquels une trop forte constriction pourrait donner lieu, et de la nécessité de le serrer lorsqu’il s’est relâché. 6° Enfin, qu’il soit renouvelé souvent, soit pour maintenir son action au même degré ou afin de l’accroître, soit pour nettoyer le membre des matières -qui , formées à sa surface , pourraient irriter la peau.
Il n’est pas de praticien qui n’ait eu occasion d’observer et dè combattre l’engourdissement, la stupeur, la stase du sang veineux , les engorgemens œdémateux ou inflammatoires , les phlyctènes, les gangrènes superficielles ou profondes , et quelquefois même le sphacèle de tout un membre : accidens qui , si nous en exceptons le dernier, sont très-communs à la suite des pansemens qui exigent une compression circulaire, et qui tiennent presque toujours à l’inobservance des règles établies plus haut.
Il est cependant facile de les prévenir ou d’y remé-
dier. Il suffit pour cela d’étendre le bandage à tout le membre , si les accidens dépendent de ce qu’il a d’abord été borné à une partie de sa longueur; de rendre la constriction plus égale , s’ils viennent de ce que l’un des tours de bande est beaucoup plus serré que ceux qui le précèdent ou qui le suivent; de le desserrer, s’ils sont survenus parce que, de prime abord, la constriction a été portée au point exigé par la maladie, et surtout si cette constriction a dépassé ce point; etc. Il ne faut, pour remplir cette tâche, que de l’intelligence et de l’attention.
On veut em- Il est des plaies dans le fond desquelles le pus s’a-
pêclierl’anïas ,.
des matières masse et séjourné, contre 1 indication generale qui veut
dans un foyer. s’écoule à mesure qu’il est fprmé; et de cette sta¬
gnation pourraient résulter l’extension du foyer purulent, l’altération de ses parois et celle des parties , l’infiltration, la congestion du pus, la formation de sinus, de clapiers , la résorption des matières purulentes , le dévoiement, la fièvre lente , etc. ; ineonvéniens qu’on peut prévenir', ou bien auxquels on peut remédier diversement , par la position ou par les pansemens convenablement faits.
La position est le plus simple et en même temps le plus sûr de ces moyens. Elle doit être telle, que le foyer dans lequel le pus s’amasse ait son fond élevé èt son ouv erture située à sa partie la plus déclive. On est souvent obligé, pour cela, de coucher les membres ou le corps de côté , et quelquefois de mettre le malade sur le ventre, lorsque, par exemple, les foyers purulens ont leur- ouverture sur la partie antérieure du corps, des bras ou des cuisses; cas dans lesquels il est impossible
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de donner aux membres une position qui pérmette aux matières de s’écouler a mesure, Il faut remplir mollement le foyer de charpie fine, qui absorbe le pus, à mesure qu’il se forme, et qui, pour nous servir d’une expression heureuse de Quesnay , sert au pus d’échelle, a l’aide de laquelle il s’élève du fond jusqu’à l’ouverture de la plaie, à peu près comme on voit certains tissus plongés dans la liqueur que contient un vase , l’élever jusqu’à la hauteur de ses bords, et la répandre à sa surface. Il est un moyen d’un emploi plus général et plus sûr peut-être, c’est de chasser le pus du foyer qui le renferme, à l’aide d’une compression méthodique. Ces pansemens expulsifs, en quelque façon , ont leurs inconv’éniens et leurs difficultés, ainsi qu’ils ont leurs avantages.
Les inconvéniens sont dans la compression des parties, dans la douleur et l’engourdissement quelle occasionne , dans la gêne quelle apporte à la circulation et dans les infiltrations et les tuméfactions de différentes sortes qui en résultent : les difficultés consistent à trouver le point précis où la compression doit, et peut être exercée sans nuire à la sortie du pus par l’ouverture du foyer. Mais il faut s’attacher à lever les unes, à prévenir et à combattre lés autres , plutôt que de rejeter un moyen dont l’efficacité est incontestable.
Si c’est dans la longueur d’un membre et au-dessous de l’ouverture du foyer que le pus séjourne, un simple bandage roulé, exécuté depuis l’extrémité des doigts ou des orteils jusqu’à la hauteur de l’ouverture, suffit
pour empêcher ïamas du pus. ' -
S il a lieu au-dessus de l’ouverture du foyer , le ban-
dage roulé doit encore être commencé , comme dans le cas précédent, à l’extrémité du membre , et s’étendre à toute sa longueur, pour éviter les effets d’une compression circulaire et bornée. Mais on peut appliquer ce bandage de la partie supérieure vers la partie inférieure du membre, ou bien de la partie inférieure vers la supérieure. Suivant la première méthode, il atteint mieux le but proposé, l’expulsion du pus; mais le membre reste plus exposé à la tuméfaction. Suivant la seconde méthode, on prévient, il est vrai, la tuméfaction; mais il semble qu’on éloigne le pus de l’ouverture par laquelle il doit sortir.
Quelle que soit la méthode à laquelle on donne la préférence, il faut avoir l’attention, en passant d’une partie du membre à l’autre, de tenir la bande, et par conséquent la compression, éloignées de l’ouverture de la plaie.
La compression exercée par un simple bandage roulé ne suffit pas toujours pour expulser le pus qui séjourne à une grande profondeur. Il est d’ailleurs des cas où l’amas est borné à un point de la circonférence du membre, que la saillie des os voisins rend inaccessible à une compression circulaire ; il faut alors em- '
- ployer soit des compresses simples ou graduées, soit de larges et épais plumasseaux qui , en remplissant les creux ou en augmentant la saillie des parties, donnent plus d’ efficacité à là compression.
On veut les Tout appareil qui retient au dedans des plaies les
matières qui tendent naturellement à s’en échapper, est mauvais, en général, et doit être changé. Celui-là, au contraire, est bien choisi qu’on trouve pénétré à
prolégomènes.
chaque pansement du pus et des autres matières que fournit la surface des plaies.
On peut conclure de là que les plumasseaux formés de fibres très-rapprochées , enduits, sans nécessité, d’épaisses couches d’onguens, et soutenus par des compresses et par un bandage très-serré, formant une couche impénétrable, sont autant de moyens pernicieux , et- dont on doit éviter l’emploi dans les pansemens ordinaires.
Il est des cas pourtant, mais en très-petit nombre, dans lesquels on doit employer un mode de pansement qui retienne les matières au dedans des parties. De ce genre sont ceux où l’amas des matières peut faire reconnaître le trajet d’un conduit fistuleux et non apparent, rendre plus sensible un foyer auquel on veut pratiquer une contre-ouverture , ou concourir, avec des applications extérieures, à opérer la fonte ou la résolution d’un engorgement ; ou bien encore ceux dans lesquels on veut retenir au dedans de leurs canaux les matières qui s’en échappent continuellement, comme dans diverses sortes de fistules de la circonférence des parois de l’abdomen , etc. De la charpie un peu pressée , des compresses plusieurs fois reployées sur elles-mêmes, des emplâtres de diapalme ou de diachylon gommé, soutenus par des tours de bandes diversement disposés, suivant les cas, sont des moyens suffisans pour faire ces pansemeiis. Mais il faut employer d’autres procédés , lorsqu’au lieu d’une rétention passagère, on veut, faisant de la compression un moyen principal de guérison , eontenir par elle des hernies, arrêter une hémorrhagie ou traiter un anévrisme, etc. etc.
On veut On est souvent obligé, pendant le cours des panse-
réprimer les / . • . ,
chairs. mens nécessaires pour guérir une plaie , de réprimer les chairs qui végètent, et dont le boursoufflement s’oppose à la formation de la cicatrice.
L’alun calciné et pulvérisé dont on saupoudre les chairs fongueuses, et principalement le nitrate d’argent fondu qu’on promène légèrement à la surface de la plaie et surtout auprès de sa circonférence , sont les moyens les plus usités. Il est important que le eathétériqüe n’atteigne jamais la cicatrice déjà laite, car il la détruirait inévitablement. C’est faute de savoir employer convenablement ces substances, qu’on voit quelquefois des chirurgiens peu instruits rendre interminables des plaies dont tous leurs efforts tendent à accélérer le terme.
Ou veut Toutes les parties du corps , et surtout celles que leur
partiel eS texture molleet délicate expose à devenir le siège d’engorgemens considérables, opt besoin, lorsqu’elles sont malades , d’être suspendues , ou pour mieux dire soutenues par des moyens capables de s’opposer à la fois aux effets des mouvemens communiqués , aux tirail- . lemens douloureux dépendans de l’augmentation du poids des organes et à l’accroissement d’irritation qui en est la suite. Les coussins et les oreillers sur lesquels on place les membres malades après le pansement des plaies , n’ont souvent pas d’autre but que celui de les soutenir; mais il y a quelques pièces a appareil qui sont plus spécialement destinées à cet usage. Tels, sont, la mentonnière ou fronde du menton, le suspensoire des mammelles, celui de la verge, celui des bourses , l’écharpe ordinaire , etc.
prolégomènes. 167
Une seule règle doit présider à l’emploi de ces pièces , .
dont la forme et le mode d’application sont si connus , même du vulgaire, qu’il serait superflu de les décrire : c’est quelles appuient toujours par de larges surfaces.
L’écharpe et îe suspensoire des bourses sont presque les seuls de ces bandages qui soient employés à la suite des opérations qui laissent après elles des plaies. Presque toujours on supplée aux autres pendant le pansement par quelques tours de bande , dont il est plus facile de diriger et de modifier l’action selon le besoin et les modifications locales.
L’état de demi-flexion est la position dans laquelle situatioa nos membres se mettent naturellement, et celle dans a fau^pïalaquelle ils trouvent le repos le plus parfait; c’est aussi ^ers aprèHes celle qu’il convient de leur donner après le pansement , Pailsemenstoutes les fois que les indications de la maladie n’exigent pas formellement le contraire , comme cela arrive dans les plaies en travers des muscles extenseurs , etc. Il faut toujours que la partie malade soit maintenue à une cer-* taine hauteur au-dessus du niveau des autres parties : cette position suffit pour dissiper ou pour prévenir des engorgèmens qui auraient persisté ou qui se seraient formes dans une position déclive. Ils doivent d’ailleurs être soutenus sur des oreillers dont la mollesse les empêche de réssentir la fatigue qui résulte d’une position constante , et prévient les pressions douloureuses qui déterminent si souvent des infiltrations et des gangrènes plus ou moins étendues. A ces précautions , il faut joindre celle d’éviter que le membre porté sur la plaie , ce qui causerait de l’irritation , de la douleur, et souvent une inflammation de mauvais caractère. On
l68 PROLÉGOMÈNES.
peut, pour cela, tantôt mettre les parties dans une si* tuation renversée, et telle que le lieu affecté soit en haut; tantôt creuser sous le malade l’oreiller qui soutient le membre, ou faire d’une manière quelconque des vides qui l’empêchent d’être froisse, tandis que tout le reste est exactement soutenu. Enfin, pour éviter que le poids des couvertures fatigue la partie malade, il faut placer sur elle des cerceaux pleins ou à jour, que l’on fixe au lit de manière à ce qu’ils ne puissent éprouver de déplacement , heurter et déranger les appareils.
Il est des maladies qui exigent impérieusement de laisser jusqu’à parfaite guérison les parties dans la position où on les a placées; telles sont les plaies en travers des tendons et des muscles; telles sont encore les fractures delà rotule, de l’olécrâne, du calcanéum. Les autres fractures exigent aussi, mais d’une manière moins impérieuse, qu’on laisse les membres dans la meme situation depuis le commencement jusqu’à la fin du traitement. Cette position et l’immobilité, longtemps observées, causent pourtant des douleurs, des tiraillemens , des engorgemens, des roideurs dans les muscles et dans les articulations, des infiltrations, et quelquefois des atrophies qu’on peut prévenir, chez le plus grand nombre des malades, en déplaçant de temps à autre les membres ou le corps, et en leur faisant exécuter, avec toute la prudence que commande la nature du mal, de légers mouvemens par lesquels les parties qui supportent le poids du corps sont reposées, et par lesquels sont entretenus dans leur état de souplesse et les muscles et les articulations.
On remplit, à l’aide des médicamens, un assez grand Des pansenombre d’indications; les principales sont de calmer camenteui. ou d’exciter l’inflammation; de provoquer la fonte de ' certains engorgemens; de déterger ou de faire supputer les plaies ; de vider et de stimuler des foyers puru- /
lens, afin de faciliter l’adhésion mutuelle de leurs parois.
On applique les substances médicamenteuses ou sur la peau qui recouvre ou qui avoisine le siégé du mal , ou sur lés plaies elles-mênries; on les fait enfin quelquefois pénétrer dans l’intérieur des cavités.
Les médicamens sont le plus ordinairement appli- ,Bes
* v A médicamens
qués sous formes de frictions, d’ embrocations, de dou- qu’onappUehes , de fomentations , de cataplasmes ou d’emplâtres peau, sur les tégumens qui sont en rapport avec les maladies chirurgicales.
On pratique des frictions sèches ou des frictions humides. Les premières se font quelquefois simplement avec la flanelle dont on recouvre la main droite , et que l’on promène avec rapidité et légèreté sur la partie malade jusqu’à ce qu’elle soit plus ou moins rouge.
On substitue dans quelques circonstances, avec avantage , à la flanelle une brosse douce, dont on se sert de la même manière. Mais, dans tous les cas, il faut que la friction soit faite dans un appartement bien échauffé ou près d’un feu clair, et que, quand elle est finie , on enveloppe la partie avec de la flanelle , et qu’on la maintienne dans un repos parfait et à une douce chaleur , afin de favoriser l’afflux du sang dans le réseau capillaire des tégumens.
Lorsqu’on veut rendre la friction plus active et plus
frictions.
iyO PROLÉGOMÈNES.
salutaire, on imprègne la flanelle ou la brosse de l’arome de substances balsamiques, de plantes aromatiques, de vinaigre, etc., que l’on fait brûler sur un brasier ou bouillir près du malade.
Les frictions humides se font avec les mêmes instrumens, que l’on' a préalablement recouverts de la Substance médicamenteuse dont on a fait choix. Les plus usitées sont l’alcohol camphré , le vinaigre , les baumes de Fioraventi, d’Qpôdeldoch, leslinimens avec l’ammoniaque, la teinture de cantharides, l’onguent mercuriel, etc. Ces frictions se pratiquent de la même manière que les précédentes, et on en règle la durée ét la force d’après la' rougeur et la douleur quelles excitent. Mais quand on se propose de faire pénétrer le médicament à travers les vaisseaux absorbans, il ne faut se servir, pour faire la friction, que de la main nue ou recouverte d’une vessie , afin de ne pas exèrcër sur la peau une stimulation qui forcerait de l’interrompre avant que le médicament fût absorbé. La vessie est utile dans ces cas , afin d’empêcher que les vaisseaux lymphatiques de la main ne s’emparent d’une partie de la substance. Lorsque l’on eiqploie la teinture de cantharides en friction, il faut avoir le soin de sécher ' exactement les parties, après l’avoir faite, afin de prévenir la vésication que cette substance ne manquerait pas de déterminer, si elle séjournait sur la peau.
Des embre- Il suffit, pour pratiquer les embrocations, d’étendre aiions. sur }es parties une certaine quantité d’huile médiocrement chauffée et chargée ou de l’arome dé plantes aromatiques ou de quelques principes particuliers, tels qpie le camphre, et d’appliquer dessus une flanelle
chaude. Cette médication est fréquemment employée contre certaines affections des viscères abdominaux, contre les rhumatismes chroniques, contre les rigidités des articulations, etc. Pour quelles soient utiles, les embrocations doivent être renouvelées de six en six heures.
Les douches sont descendantes ou ascendantes. Il Des douches, suffît, pour administrer les premières, de placer la partie au-dessous d’un réservoir que l’on élève plus ou moins , suivant la force que Ion veut donner à la colonne d’eau, et d’ou le liquide s’écoule par le moyen d’un robinet, soit goutte à goutte, soit sous forme de pluie , soit en formant un jet plus ou moins considérable, selon que l’on a terminé le tube qui lui donne issue par une ouverture très-étroite, ou par une extrémité dite en arrosoir, ou par une large ouverture. On commence ordinairement par ne donner qu’une médiocre élévation au réservoir, et ce n’est qu’à la fin de la douche que l’on donne au liquide toute la force dont on peut disposer. Cette médication est très-excitante; elle agit et par la percussion qu’éprouvent les tissus, et par la fiature du liquide employé,. et dont une partie pénètre par absorption. L’eau simple convient parfaitement dans la plupart des cas; mais dans d’autres; les eaux minérales artificielles ou naturelles communiquent aux douches une plus grande activité.
La douche ascendante n’est presque employée que pour évacuer les matières durciês que contient le rectum , et pour exciter l’action péristaltique du canal intestinal. Le liquide , contenu dans un réservoir plus
ou moins élevé, est conduit, à l’aide d’un tube, jusqu’au fond d’une baignoire , d’où il jaillit avec plus ou moins de force. Un robinet sert à augmenter ou à diminuer le volume de la colonne d’eau. Le malade se place au-dessus et à une certaine distance de l’extrémité recourbée du conduit, de manière à ce que le liquide frappe l’orifice de l’anus. Les sphincters, irrités par cette percussion , se contractent d’abord avec violence , mais ils se relâchent bientôt-, laissant pénétrer la douche, et le rectum en reçoit l’action immédiate, qui se communique plus ou moins loin dans le colon. On cesse ordinairement quand on a obtenu cet effet ; car l’action prolongée d’une douche trop forte sur le canal intestinal pourrait avoir de graves inconvéniens. La douche ascendante a aussi été préconisée pour les cas d’engorgemens du col de l’utérus. Il est facile de voir quelles modifications légères la conformation différente des parties doit apporter alors dans leur administration.
On fait usage depuis quelques années, à Paris, des douches de vapeur simple et des douches de vapeurs aromatiques. G’est au docteur Biett que l’on doit l’introduction de ce moyen précieux dans certains cas ; et c'est d’après la construction que ce médecin a fait exécuter à l’hôpital Saint-Louis , que M. le docteur Foumier-Pescay a établi des appareils semblables aux bains du Mail à Paris. La vapeur, à l’aide d’un tuyau qui se meut dans tous les sens, peut être promenée Sur toutes les parties du corps. On l’a dirigée avec avantage sur l’œil, dans le cas d’ophthalmie scrofuleuse; sur
PROLÉGOMÈNES. I y3
le tronc et les membres, dans ceux de rhumatisme chronique; sur les articulations, dans ceux d’ ankylosés incomplètes, etc.
Les fomentations se font en appliquant sur les par- Des {°-
1 mentatioui.
ties une pièce de flanelle repliée plusieurs fois sur elle-même, que l’on a plongée dans un liquide trèschaud, qu’on a exprimé avec soin, afin de ne pas mouiller le lit du malade. Pour être utiles, les fomentations doivent être renouvelées à des intervalles trèsrapprochés. Mais il est très-difficile d’appliquer la flanelle sans refroidir le malade , sans communiquer à seS* linges une humidité froide qui est la source des plus graves inconvéniens : on préfère donc souvent, et avec raison, les cataplasmes, que l’on ne change que deux fois dans les vingt-quatre heures , et qui conservent plus long-temps autour des parties qu’ils recouvrent une température douce et égale. On se sert presque! constamment, pour les fomentations, delà décoction de plantes émollientes ; elles sont employées dans les cas ©ù l’on veut prévenir ou combattre l’inflammation des viscères thoraciques ou abdominaux, et celle des parties profondes des membres. On les emploie rarement quand la peau elle-même est enflammée.
Les cataplasmes se font avec diverses substances Des molles, telles que les farines, la mie de pain , les feuilles des plantes que l’on fait bouillir jusqu’à ce quelles soient réduites en une pulpe homogène. Les cataplasmes sont susceptibles de recevoir toutes sortes de formes , d’être appliqués à toutes les parties, de remplir les indications les plus variées. Ils peuvent -être émolliens , toniques, maturatifs, résolutifs, astringens, etc., sui*
Des
emplâtres.
vant la nature des substances liquides ou solides qui entrent dans leur composition.
Il est en général plus convenable que la matière du cataplasme repose immédiatement sqr la peau; cependant on l’enveloppe entre deux, linges quand *on l’applique à la face. Pour être bien fait, un cataplasme ne doit être ni trop épais ni trop mince ; son étendue est déterminée par celle de la surface qu’il est destiné à recouvrir ; la matière qui le forme sera également répartie sur tous les points du linge , et celui-ci, replié sur les quatre bords , devra la contenir solidement. Il faut qu’il puisse rester humide jusqu’à l’heure à laquelle on doit le renouveler; sans cela, en se desséchant, il s’attacherait aux parties, les irriterait, et ne pourrait être ôté sans de vives douleurs.
L’art de maintenir les cataplasmes consiste à lès recouvrir d’une compresse beaucoup plus large qu’eux, et à jeter d’abord deux tours de bande médiocrement serrés sur leurs extrémités ; on les recouvre ensuite tout entiers par des doloires plus lâches. De cette manière ils sont solidement fixés, et leurs bords étant plus comprimés que leur centre , la matière qui les forme n’a aucune tendance à s’échapper.
Les emplâtres dont nous voulons parler ici sont formés de substances graisseuses ou résineuses , ramollies à l’aide de la chaleur , étendues sur de la toile trèsserrée ou sur de la peau , et dont on couvre certaines tumeurs. Il suffit, pour les appliquer, de les faire médiocrement chauffer, et de les placer sur la partie. Ils y tiennent le plus ordinairement seuls ; mais il vaut mieux les recouvrir de quelques compresses et d’un
PROLÉ.GOMÈ1SES. 1^5
bandage qui entretiennent au-dessus d’eux une chaleur douce et favorable à leur action.
On emploie aussi quelquefois les emplâtres pour maintenir la charpie sur les plaies, ou pour y entretenir un léger degré d’humidité. On les applique suivant les mêmes règles que les précédens.
La charpie est presque le seul intermédiaire dont on fasse usage pour appliquer les médicamens à la surface des plaies. Ces médicamens sont tantôt liquides, et alors on plonge les plumasseaux avant de les appliquer , ou , ce qui vaut mieux , on les arrose après les avoir placés sur la solution de continuité ; d’autres fois , la substance médicamenteuse est pulvérulente ; telles sont les poudres de quina , de charbon , d’alun, etc. Il faut alors en couvrir la plaie , avant de placer la charpie. Quand enfin les médicamens sont mous et. que les graisses ou les baumes leur servent de base, on les étend sur des plumasseaux , afin de les appliquer avec plus de facilité et plus d’exactitude.
On ne porte presque jamais dans l’intérieur des foyers purnlens que des médicamens liquides, et l’on donne le nom & injections à l’action par laquelle on les introduit. Afin de pratiquer les injections , on se sert d’une seringue dont l’extrémité est mince et allongée, et dont le corps peut contenir environ deux onces de liquide. Dans quelques cas seulement, on emploie des instrumens d’une capacité plus grande , tel est celui dans lequel on remplit de vin la tunique vaginale , à la suite de l’évacuation du liquide qui formait l’hydrocèle.
Il faut, afin de remplir exactement le corps de la seringue, avant les injections, plonger l’extrémité du
Des
médicamens qu’on appli-
Des
médicamens qn’on fait pénétrer -dans les cavités.
îyô prolégomènes.
tube qui le termine dans le liquide , et tirer lentement le piston, ou retirer complètement celui*ci, verser la liqueur dans la seringue , et le replacer ensuite. Dans tous les cas, on s’assurera qu’il n’y a pas d’air dans l’instrument, en dirigeant le tube en haut et en poussant le piston jusqu’à ce que le liquide sorte.
Gn saisit le corps de la seringue entre les doigts indicateur et médius de la main droite; le pouce est passé dans Tahneau qui termine la tige sur laquelle est fixé le piston. On introduit avec précaution l’extrémité du tube dans l’orifice de la cavité ou du trajet, et on l’y plonge plus ou moins profondément et en suivant exactement sa direction. Les doigts indicateur et médius de la main gauche, placés sur les côtés du tube, le maintiennent dans une situation convenable et empêchent le liquide de refluer au dehors. L’injection étant terminée , on retire l’instrument avec les mêmes précautions, et le doigt indicateur gauché, placé subitement sur l’orifice , retient plus ou moins long-temps la liqueur dans la cavité.
Lorsqu’on pratique des injections par l’intermédiaire d’une canule déjà placée dans la cavité à injecter, les doigts de la main gauche (doivent assurer les rapports de ces deux instrumens, s’opposer à ce que le liquide ne s’échappe entre eux , et le pouce étant placé, après la retraite du tube , sur l’orifice de la canule , l’empêcher de s’écouler trop rapidement.