DIVISIONS PAR INSTRDMENS PIQUANS
Acupuncture.
De toutes ces opérations , celle qui présente le plus de simplicité , sans être la moins remarquable dans ses effets , c’est la piqûre , autrement appelée acupuncture ; l’art y a recours rarement dans nos contrées : serait-ce , Eîle est
J \ ' 1 a peine em-
à cause de son insuffisance , ou bien des dangers dont pi°y«e parmi
elle peut être suivie dans les parties qui sont en même temps douées d’une grande sensibilité, et composées de tissus recouverts d’aponévroses ? On la conseille pour évacuer les gaz contenus dans un intestin étranglé dont ils augmentent le volume et empêchent la réduction ; on la retrouve dans quelques sutures faites avec l’aiguille ordinaire, droite et conique. Mais si elle constitue rarement une opération , elle entre comme élément dans beaucoup d’autres. Il est peu d’instrumens en chirurgie qui n’aient une pointe par laquelle ils agissent avant que de diviser les parties par leur tranchant.
Elle l’est Cette opération jouit d’une grande faveur chez des
beaucoup , , , ) . ^
chez d’autres peuples renommes par leur sagesse et leurs connaispeupies. sances> Les Chinois et les Japonais l’emploient fréquemment et avec beaucoup de succès dans un grand nombre de maladies ; et pour être en usage parmi nous, il ne lui manque peut-être que d’être mieux connue.
Desînstru- L’acupuncture, débarrassée des pratiques insigniexige. fiantes dont la superstition la tiènt environnée , se fait avec une aiguille seule , ou bien avec cet instrument et un maillet. Les aiguilles employées à l’acupuncture sont faites éh or ou en argent, qu’une trempe particulière a rendu inflexible : 'elles' sont droites, coniques, déliées , très-pointues , Ion gués d’environ quatre pouces , et montées sur un manche dont on rend la surface inégale par des cannelures droites ou disposées eh spirales , afin de pouvoir faire tourner plus aisément l’aiguille entre les doigts. Quelquefois ces aiguilles sont enfermées jusqu’à un travers de doigt de leur extrémité
PROLÉGOMÈNES. ig3
dans une sorte de canule qui sert à mettre une borne précise et connue à leur action. Le maillet dont on se sert pour les faire pénétrer à travers les parties est en corne bien polie 5 on augmente sa force en ajoutant un poids de plomb au côté opposé à celui qui doit frapper.
Il existe trois procédés pour l’acupuncture : dans le Procédés :
1 1 l°par simple
premier, on fait pénétrer rapidement , et comme dans piqûre, une piqûre ordinaire, la pointe de l’aiguille à travers les parties. De cette manière elle n’a pas le temps d’écarter les fibres, et de s’insinuer dans leur interstice.
Dans le mouvement rapide qui lui est imprimé, elle les traverse en les déchirant , et c’est là probablement la cause des accidens auxquels elle donne lieu quelquefois.
Dans le second procédé, -on présente la pointe de Par Pres- Taiguille , qui est tenue entre le pouce et le médius , mouvement
. , . . , de rotation.
aux parties qu on veut traverser ; on la fait ensuite pénétrer à l’aide d’une pression légère , continue , secondée d’un mouvement de rotation qu’on imprime à son manche. Ce sont à peu près là les moyens qu’emploient parmi nous les personnes qui , par jeu ou autrement, font pénétrer des aiguilles dans l’épaisseur du mollet un peu au-dessus de la réunion des gémeaux., Nous avons vu dans ces cas la pointe de l’instrument s’insinuer entre les fibres, les écarter sans les diviser ; et lorsqu’elle ne rencontre dans son trajet aucun nerf et aucun vaisseau considérable, elle arrive à une grande profondeur, et peut être retirée presque sans douleur et sans effusion de sang : les fibres se rapprochent aussi facilement qu elles ont été écartées , et il ne reste aucune trace de cette opération.
3° Par percussion sur l’aiguille.
Profondeur à laquelle or peut faire pé-
Dans un troisième et dernier procédé , on présente l’aiguille avec la main gauche ; et après^l’ avoir mise en position, on la fait pénétrer, à l’aide de légères percussions exercées sur son manche , avec le maillet. Deux ou trois percussions de cet instrument suffisent pour la faire pénétrer ; quelquefois même on leur substitue des percussions plus douces exercées avec l’indicateur. Quel que soit le moyen qu’on emploie pour faire ces percussions, on doit se servir de la canule, si l’on veut éviter que l’aiguille, en pénétrant à de trop grandes profondeurs , ne blesse des parties essentielles ; une fois quelle a dépassé la peau , on continue l’opération comme dans le second procédé , c’est-à-dire , par une pression légère unie à un mouvement de rotation.
On sent maintenant que la profondeur à laquelle on doit faire pénétrer l’aiguille varie à raison de la position de la partie malade et de lanature de celles qui l’environnent ; et quoiqu’il semble que , dans tous les cas ,1a prudence 11e permette pas dé l’enfoncer au delà d’un pouce ou d’un pouce et demi de profondeur , plusieurs relations, dont une personne récemment arrivée des Indes nous a confirmé l’exactitude, nous apprennent que dans ce pays, où l’acupuncture est considérée comme le moyen curatif ét prophylactique presque universel , on la pratique, même par une sorte de jeu, avec tant de hardiesse et de dextérité, que non-seulement on fait pénétrer l’aiguille dans les parties , à une profondeur qui doit nous paraître considérable, mais que souvent on la voit traverser de part en part un membre vôlumineuxtel , par exemple, que iaeufsse. Cependant, lorsqu’on réfléchit à la manière d’agir de l’instrument,
ces faits, tout extraordinaires qu’ils doivent paraître, s’expliquent, et cessent de surprendre. En effet, l’aiguille s’avance en écartant seulement les mailles des tissus ; elle ne les divise ni ne les, déchire ; et, si elle ne rencontre sur son trajet aucun organe important , elle petit tout aussi-bien ne point déterminer d’accidens fâcheux en pénétrant à de grandes profondeurs, qu’en s’éloignant peu de la .surface par laquelle elle a été engagée.
1 Une longue expérience a conduit les peuples chez qui ce moyen est en usage, à quelques règles qui leur font distinguer les lieux où il convient de l’employer, de ceux sur lesquels il ne saurait l’être sans danger. Ces règles, que l’anatomie fait connaître sûrementet promptement, sont qu’il ne faut jamais diriger l’aiguille sur le trajet d’artères , de veines ou de nerfs considérables; mais qu’on peut traverser, avec elle les parties cuta^ nées, cellulaires ou bien musculaires.
L’acupunct-ure est employée dans beaucoup de maladies, qu?on peut rapporter à un certain nombre de classes, qui sont, suivant Viçq-d‘> Azyr
i° Les affections soporeuses ; 2° les maladies convulsives ; 3° les douleurs diverses ; 4° les fluxions. A ces maladies on pourrait joindre, suivant nous, les engorgemens chroniques, les paralysies du mouvement et du sentiment, etc. La manière d’agir de l’acupuncture indique assez l’utilité dont elle peut être dans ces diverses affections. Elle agit en effet comme un irritant ; et l’irritation quelle produit peut réveiller la vie générale ou particulière; dompter des douleurs plus faibles quelle ; déterminer des dérivations utiles, ou
Dans quels
pratiquer l’acupuncture.
Affections contre lesquelles on l’emploie.
bien exciter des inflammations salutaires; et on ne voit pas que l’acupuncture doive remplir moins sûrement ces indications que la plupart des moyens employés parmi nous à cet effet.
Ponction.
Définition. On entend en général par ponctionl’action de plonger
un instrument aigu ou tranchant dans une partie molle du corps ; mais ce mot peut être pris dans plusieurs acceptions , comme l’opération qu’il indique peut être pratiquée dans plusieurs intentions. Pris dans un sens moins général, il indique le premier temps des incisions ordinaires , pendant lequel , après avoir présenté aux parties la pointe du bistouri, on l’ enfonce dans une direction perpendiculaire à leur surface ; ou bien une foule de petites plaies faites avec la pointe d’un instrument aigu et tranchant à la fois. Il indique enfin l’opération par laquelle on plonge dans une cavité pleine de liquide , et qu’on veut vider’, un instrument aigu, enveloppé d’une canule jusqu’à peu de distance de sa pointe, et qu’on appelle trocar. Nous ne parlerons ici que des deux premières espèces de ponction; les autres constituent des opérations plus compliquées, et / qui seront décrites dans d’autres chapitres.
De la ponc- Presque toutes les incisions qu’on pratique avec des tlr°e cComme instrumens tranchans commencent par une ponction premiertemps se fait avec jeur pointe ; de cette manière, ils ne
opérations or- présentent aux parties que leur surface la moins étendiaaires. r 1 1
due , et ils y pénètrent d’autant plus aisément que cette
pointe est plus aiguë , et que les bords en sont plus affi-
prolégomènes. 197
lés. Veut-on pratiquer cette ponction ? il faut tendre les parties, leur présenter la pointe de l’instrument dans une direction perpendiculaire à leur surface, et la faire pénétrer, par un effort proportionné à la résistance qu’on éprouve. On est averti qu’elle est arrivée à la profondeur jugée nécessaire, par un défaut de résistance que l’habitude apprend bientôt à connaître, et on retire ensuite la lame dans la direction suivant la ■>' quelle elle a été enfoncée , pour éviter qu’en l’inclinant ou en l’abaissant, son tranchant n’augmente la largeur de l’ouverture qu’elle a faite en pénétrant dans les tissus.
Cette simple ponction constitue, à elle seule, une opération dans plusieurs circonstances; par exemple, dans le traitement de certains abcès et de certaines tumeurs, auxquels on ne veut faire qu’une ouverture très-étroite. On ne sgêrait, en effet, pratiquer sans inconvéniens une large ouverture aux abcès par congestion, aux empyèmes, ainsi qu’aux abcès chroniques qui se sont développés très-lentement, et qui ont acquis néanmoins un très -grand volume. Il est impossible que les parties distendues, comprimées ou bien déplacées à la longue par ces vastes collections, reviennent à leur état naturel dans le court espace de temps qu’exige l’écoulement du pus qu’elles contiennent, lorsqu’on leur fait une large ouverture. Aussi voit-on, dans ces cas, l’air extérieur s’insinuer dans les foyers, et prendre la place du pus à mesure que celui-ci s’écoule. De là les décompositions putrides qui ont lieu dans leur intérieur, sous la triple influence de l’air, de la chaleur et de l’humidité 5 de là les in-
moyen d’évacuer certains abcès.
flammations de mauvais caractère , les symptômes adynamiques que ces décompositions entraînent , et auxquels les malades succombent presque toujours.
C’est pour éviter ces dangers que l’art, imitant les beureux procédés par lesquels la nature guérit souvent ces sortes d’abcès , doit se borner à lèur faire de simples ponctions qui produisent de petites ouvertures , lesquelles se ferment, s’ouvrent, sé referment pour se rouvrir encore, et donnent issue au pus , à mesure seulement que des parties reviennent sur elles-mêmes , jusqu’à ce qu’enfin les parois de ces foyers se soient complètement réunies.
Avec On peut pratiquer cette ponction avec une lancette,
quels instra- . . A .
mens elle peut un bistouri, ou meme avec un trocar. Si c est ce deretre operee. n‘er instrument qu’on choisit , la longueur de sa canule doit être seulement proportionnée à l’épaisseur présumée des parois du foyer ,ljË|peur que la saillie qu’elle ferait dans 1’intériëur de celui-ci , ne lesfrirritât ou ne les blessât ; ses ailes doivent être renversées sur elle, et avoir une courbure qui leur permette de s’adapter à la, forme dés parties sur lesquelles elles seront appliquées; enfin , elles doivent être percées dè trous qui permettent de fixer avec dés liens la canule autour du corps.
Ceqa’iifaut La ponction pratiquée, on petit , après avoir exercé o apeura b an- dé légères pressions sur le foyer, abandonner la petite plaie^eUe- pl&ie à eile-même , en ayant seulement l’attention de même. détruire dé temps en temps , avec la pointe d’un stylet mousse , la cicatrice qui la ferme quelquefois. Certains praticiens conseillent, pour évacuer le pus de ces abcès, sans exposer les malades à l’entrée de l’air dans leur intérieur, d’attirer ce liquide au dehors avec des ven-
touses , dont on répète l’applieation aussi souvent que le cas le requiert.
On peut encore maintenir cette ouverture, en y in- Ou bien u
trodüisant une mèche de linge effilé , une sonde de rerteTuaid® gomme élastique , ou même en y laissant la canule du ’
trocar. Dans le premier cas, il faut renouveler tous une ca' les jours la mèche ; dans les deux autres , il faiit fixer avec des liens l’extrémité de la' sonde, ou celle dè la canule j autour du corps, ou autour de la partie sur laquelle la ponction a été pratiquée ; il faut encore tenir leur ouverture fermée par un bouchon qu’on retire de temps eh temps pour permettre àu pus dé s’écouler.
Cependant, quelques précautions que l’on prenne, inconvénien* l’irritation que la présence dé ces corps étrangers cause ces moyens, dans le foyer du pus, ou bien à son ouverture , y détermine souvent une inflammation viôlèntè ou une gangrène funeste. Aussi vaut-il mieux, après avoir pratiqué la ponction , laisser le pus s’écouler de luimême ; pressé bientôt parla retraité des parois du foyer, il se porte vers la plaie , qui ne manque presque jamais de se rouvrir , et qui livre ainsi passage au trop plein.
Perforation du lobe de Voreillê.
C’est encore avec un instrument piquant qu’on per- onlapratifore le lobe de l’oreille , lorsqu’une maladie quelconque îuesaJret°une nécessite cette opération , si souvent mise en usage de trocar° pour des motifs étrangers à la santé. On peut la pratiquer dune infinité de maniérés : avec une simple aiguille, avec un emportequèce , etc. La manière la plus sure consiste à se servir d’une aiguille conique or
ou bien en platine , bien trempée , terminée par un manche analogue à celui des trocars, et reçue, jusqua deux ou trois lignes de sa pointe, dans une canule dont le bord s’applique exactement à sa surface.
Procédé, Lorsqu’on veut percer avec cette aiguille le lobe de l’oreille, on a coutume d’engourdir la sensibilité de cette partie par de légères pressions. On l’applique ensuite à plat sur un bouchon de liège tendre , pour lui donner un point d’appui , et on la traverse aussitôt avec l’instrument, qu’on enfonce en un seul temps et avec sa canule à une certaine profondeur dans le liège. On retire alors l’aiguille en la faisant tourner dans sa canule, qu’on retient en place; l’aiguille retirée, on dégage l’extrémité de la canule du bouchon où elle est enfoncée. Sa cavité devenue libre, on fait pénétrer dans son intérieur un fil de plomb, qui de cette manière -se trouve placé sans peine dans la plaie qu’il doit convertir en une ouverture permanente. La canule est ensuite retirée.
Vaccination ,
Si l’on excepte les cas dont nous venons de parler, la chirurgie n’emploie .pas d’instrumens qui agissent uniquement en piquant. Presque tous les instrumens de ce genre unissent à la pointe par laquelle ils pénètrent dans les parties, un ou plusieurs bords tranchans avec lesquels ils les divisent ; ce qui favorise leur action, ët diminue les dangers auxquels ils pourraient donner lieu sans cela. Tels sont les aiguilles à inoculation, à suture, à ligature, à séton; les lancettes, les ( trocars, etc.
C’est avec une aiguille ainsi disposée qu’on inocule Forme
° . , de l’aiguillq,
le plus communément la vaccine, cet heureux préservatif des dangers de la petite vérole naturelle ou bien inoculée. Sa forme connue n’inspire pas aux êtres délicats qu’on veut vacciner, l’effroi que cause au commun des hommes la vue du plus simple instrument de chirurgie. Elle doit être de platine , d’or , ou d’acier bien trempés : avoir deux ou trois pouces de longueur, et présenter un talon mousse , une pointe très-acérée, deux bords latéraux fort trarichans, et, sur urne des faces, une gouttière qui puisse se charger d’une plus grande quantité de vaccin que ne pourrait le faire la surface d’une aiguille toute unie.
L’instrument disposé , il faut le charger de vaccin Comment qu’on prend du bras même d’un individu , ou bien de vaccin!06 qu’on a conservé entre des verres.
Dans le premier cas , on ouvre avec la pointe de l’aiguille quelques-unes des cellules situées à la circonférence du bouton vaccin, et dans lesquelles est contenu le fluide séreux et transparent doué de la faculté de transmettre la vaccine ; ces cellules ouvertes , une gouttelette transparente se forme et s’élève; c’est dans ce liquide qu’il faut tremper la pointe de l’aiguille.
Dans le cas où lé fluide vaccin a été desséché en larme, ou bien étendu entre deux verres, sur des fils, des linges, ou bien sur des lames de métal, il fautlè délayer dans la moindre quantité possible d’eau froide, jusqu’à ce qu’il soit bien dissous, et en charger ensuite l’aiguille ou la lancette, comme dans le cas précédent.
C’est ordinairement au côté externe des bras quon Dsras queis insère le vaccin : ce lieu a paru préférable aux autres * ll|“re^>rîJ|-£
qnées les piqûres.
Procédé.
B.emarques.
à causé de la sensibilité modérée de la peau, de l’abondance et de la nature du tissu cellulaire quelle revêt , et surtout à cause que les petites cicatrices qui résultent du développement et de la chute du bouton , sont cachées par les vêtemens ; et cependant le voisinage où il se trouve de l’aisselle occasionne fréquemment des engorgemens des glandes de cette partie, qu’on pourrait éviter en pratiquant la vaccination loin de ces centres de réunion des vaisseaux lymphatiques.
Le vaccin préparé , l’aiguillé chargée , et le lieu de l’insertion choisi , l’inoculateur ayant devant soi Assise nu debout, la personne qu’il veut vacciner, doit saisir l’un de ses bras, en placer et en retenir l’extrémité entre son coude et sa poitrine 5 puis étendant sa main sous le bras à vacciner, il doit l’embrasser en arrière, et tendre la peau à la hauteur de l’angle inférieur du deltoïde. Saisissant alors, de l’autre main, l’aiguille entre le pouce et le doigt du milieu , pressant son talon avec le doigt indicateur, et la dirigeant horizontalement , il doit percer l’épiderme, le soulever et déposer le fluide vaccin dans le corps muqueux , dont la surface doit seulement être effleurée. On pratique decétte manière, et à la distance d’un pouce l’une de l’autre, plusieurs piqûres à chaque bras. On a soin, lorsqu’elles sont terminées, de laisser sécher le sang qui les couvre, et de n’abaisser les manches des vêtemens que lorsqu’elles ne peuvent plus entraîner le vaccin.
Nous ferons remarquer, en terminant la description succincte de cette opération , qu’on peut la pratiquer partout ailleurs , si les circonstances ne permettaient pas de la pratiquer au bras ; que le succès de l’opéra-
tîon ne dépend pas de la profondeur des piqûres et des plaies ; que même l’écoulement du sang auquel une plaie un peu profonde donne lieu communément peut entraîner tout le virus vaccin, et s’opposer au déve- loppëmcnt de ses effets; qu’il suffit, pour quelle réussisse, que ce fluide soit déposé à la surface du corps muqueux; qu’il est nécessaire de pratiquer plusieurs piqûres sur le même individu , non pas qu’un seul bouton ne préserve aussi certainement qu’un grand nombre, mais parce que toutes les piqûres n’en produisant pas,
Oh serait fréquemment obligé de recommencer l’opération, si on n’en avait pratiqué qu’une seule.
Lorsque après trois ou quatre j ours d’inertie et autant Comment
de jours d’inflammation, le vaccin s’est reproduit dans le^accin?^ un bouton large, déprimé à son centre, relevé à sa circonférence par un bourrelet argenté, et environné d’une aréole d’un rouge plus ou moins vif, il faut, si l’on ne peut le conserver en le transmettant de suite d’un individu à un autre , le recueillir ét le préserver de toute altération. g
On conseille pour cela un grand nombre de moyens ; nous h’en indiquerons que deux , parce qu’ils suffisent, êt que les autres manquent de succès dans beaucoup de cas.
Lé premier consiste à percer avec là pointe de l’ai- Desséché en guille les cellules du bourrelet qui termine le bouton : larmes' il se forme aussitôt une gouttelette dun fluide séreux et transparent. On la laisse durcir à l’air pour l’enlever ensuite, et la renfermer dans un tuyau de plume, ou dans un tube de verre qu’on a soin de boucher hermétiquement avec de la cire à cacheter. L’expérience
204 prolégomènes.
nous a appris qu’on pouvait de cette manière conserver pendant plusieurs mois ses propriétés au virus vaccin.
Entre deux Le second moyen consiste à renfermer le vaccin entre xerres,. ,jeux plaques de verre d’un pouce en carré ; il faut , pour cela , ouvrir, comme dans le cas précédent , les cellules qui renferment le fluide vaccin , et en charger de suite les verres en promenant leur surface sur cette ouverture ; on les applique ensuite l’un à l’autre, et on les lute exactement avec de la cire à cacheter, ou , ce qui vaut mieux, et ce qui n’expose le vaccin à aucune altération par l’effet de la chaleur, avec de la colle à bouche. Ce fluide , conservé à l’abri de la chaleur, de l’humidité , de l’action de l’air et de la lumière , reproduit la vaccine dont on peut ainsi conserver indéfiniment le germe.
Du séton .
L’opération du séton consiste à passer, à l’aide d’une aiguille, une bandelette de linge ou quelque corps analogue à travers la peau et*le tissu cellulaire.
L’effet qu’on veut obtenir, le lieu sur lequel on l’applique, et la susceptibilité du malade, décident du choix à accorder à la matière dont le séton doit être composé , à la forme et au volume qu’il doit avoir.
Be Si; le sujet est peu irritable , et si l’on veut obtenir
labandelette. 1
une douleur vive et une suppuration abondante; on devra le former d’une bandelette de linge médiocrement fin , à demi usé , longue de quelques pieds , large de quelques lignes, et effilée sur ses bords.
ï>e la mèche La personne est-elle, au contraire, douée d’une sensibilité très-délicate , ou bien ne veut-on qu’une sup-
puration médiocre accompagnée du moins de douleur possible ? l’expérience a souvent prouvé àM.Dupuytren qu’une mèche cylindrique de coton filé, de la longueur indiquée, d’une grosseur variable , suivant les cas , produit , en général , sur les parties traversées et enflammées, une impression si peu douloureuse, quelle a pu être très-facilement supportée par plusieurs malades , qu’une fièvre vive d’irritation et des douleurs insupportables avaient forcés à retirer la bandelette.
Le séton peut être appliqué sur toutes les parties du Dans q«e?s
* .. „ lieux on peut
corps pourvues, naturellement ou accidentellement , pratiquer le d’une certaine quantité de tissu cellulaire. On le passe encore quelquefois Chez les animaux à travers les parties musculaires qui ne sont pas parcourues par des vaisseaux oupar des nerfs considérables. Dans l’homme, on le pratique fréquemment à la nuque , pour détourner des maux de tête et d’yeux ; pour guérir diverses affections fluxionnaires ou autres de la face, du cou, du principe des voies alimentaires et des organes de la respiration ; on le pratique moins souvent aux parois de la poitrine, bien que l’expérience journalière de son efficacité sur les animaux domestiques , et plusieurs observations récemment recueillies dans les hôpitaux militaires, démontrent les avantages qu’on peut en retirer sur l’homme , dans un grand nombre de maladies, des organes renfermés dans cette cavité. On le pratique encore moins souvent sur le reste du tronc , quoiqu’il fût aisé et probablement avantageux, dans beaucoup de cas, de l’employer sur les côtés de la colonne vertébrale et à la région lombaire; on le pratique quelquefois aux bourses, pour obtenir la guérison derhydrocèle.
Arec quels instrumens.
Procédés.
Avec l’aiguille à séton.
le bistouri et le stylet.
Une expérience souvent répétées appris à M. Dupuytren qu’il n’existait pas de moyen de guérison aussi efficace que celui-là contre les catarrhes anciens de la vessie ; contre les engorgemens chroniques etindolens des articulations, de la hanche, du genou et du pied, etc. C’est donc sans raison qu’on l’emploie aussi rarement sur les membres , dans les cas où ces dernières maladies réclament son application.
I /opération du séton est une des plus simples et des plus faciles de la chirurgie. M. le professeur Boyer la pratique avec une aiguille plate, longue de cinq à six pouces , large de cinq à six lignes, terminée en pointe de lancette par une de ses extrémités, et percée à l’autre d’une ouverture qui occupe presque toute sa largeur. On peut encore l’exécuter, sinon aussi promptement, du moins aussi sûrement et aussi bien , avec le bistouri, et un stylet ayant une ouverture à l’une de ses extrémités.
l)e quelque instrument qu’on se serve , il faut d’abord placer une alaise, c’est-à-dire, un drap ployéen plusieurs doublés sous la partie , et passer le séton dans l’ouverture de l’aiguille ou du stylet, après l’avoir enduit de cérat ou de beurre ; on fait ensuite un pli à la peau , en la soulevant ; on retient une des extrémités de ce pli , et ôn donne l’autre à tenir à un aide. Si cest dé l’aiguille qu’on se sert , on présente sa pointe à la base du pli , qu’on traverse par un mouvement rapide ; on saisit alors cette pointe, et on la fait sortir avec le séton , du côté opposé à celui par lequel elle a pénétré.
Si c’est avec le bistouri.qu on veut pratiquer l’opération , il faut plonger sa lame à travers la base du pli,
et faire glisser le stylet sur une des faces de l’instrument, La pointe du stylet arrivée à l’ouverture opposée , on retire le bistouri, en ayant soin d’appuyer sur son dos , pour éviter que le tranchant ne blesse les parties.
Le séton passé , on doit le laisser immobile pendant Pansement quelques jours, c’est-à-dire, jusqu’à ce que la suppuration soit établie dans la plaie. On favorise cette suppuration , et on calme les douleurs qu’il produit quelquefois, par des applications émollientes. Le pansement du séton consiste ensuite à retirer.chaque jour de la plaie, et à retrancher avec des ciseaux, lapartie de la bandelette ou de la mèche qui y a séjourné , et à lui en .substituer une autre qu’on peut charger à volonté de substances suppuratives ou irritantes. On couvre la plaie avec de la charpie et des compresses. On roide sur elle-même et on place, par-dessus les compresses ,toute la partie neuve du séton , afin d’éviter quelle ne soit souillée et durcie par le pus qui s’échappe de la plaie ; et on soutient le tout à l’aide d’une bande.
Lorsque , par suite dç pansemens souvent réitérés , } Re“°^v®1' * la bandelette est usée, on lui en substitue une autre , bandelette oa en faisant à l’extrémité de chacune d’elles une boutonnière. On introduit ensuite l’extrémité de l’ancienne dans la nouvelle , et on fait passer" toute la longueur de celle-ci dans la boutonnière de l’autre. Après les avoir ainsi fixées ensemble et les avoir graissées, on fait passer dans la plaie la bandelette nouvelle, en tirant sur l’ancienne , qu’on retranche. Si l’on veut procéder au renouvellement d’une mèche; on sépare les fils qui composent celle des deux qui est prête à finir; on interpose , dans leur écartement, l’extrémité de
l'ROLÈGOMÊSES.
celle qui est destinée à la remplacer, et qu’on a préliminairement roulée entre les doigts pour lui donner le moins de volume possible ; on rassemble et l’on fixe, au moyen d’une soie ou d’un fil tourné circulairement et noué, les fils de la première autour de l’extrémité de la seconde ; puis on termine l’opération de 1a. même manière que pour le remplacement d’une bandelette.
Effets Les effets apparens du séton sont une douleur plus ou moins vive et permanente, et une inflammation qui donne lieu, en peu de temps, à une suppuration ; toutes trois, entretenues par la présence du corps étranger, amènent plus ou moins rapidement les effets secondaires pour lesquels on a recours au séton. Ces effets sont : i° la cessation des douleurs contre lesquelles ôn l’a appliqué; i° la dérivation d’humeurs fluxionnaires , habituelles ou périodiques, vers le point où il a été pratiqué, comme dans les cas d’ophthalmie chronique , d’écoulemens puriformes par l’oreille , de catarrhe du larynx, des poumons , de la vessie , etc. ; l’adhérence entre des. parois de cavité qu’on veut oblitérer, comme dans l’hydrocèle opérée pàr le séton , etc. ; 4° le rétablissement de la suppuration vers, un point d’où elle a disparu; 5° la résolution d’engorgemens chroniques, par l’excitation qu’il leur communique, ou par un dégorgement qui s’opère de proche en proche,, à l’aide du tissu cellulaire, ou bien enfin par celui qui se fait immédiatement lorsque la partie malade est elle-même traversée par le séton.
On conçoit par ce qui précède que lorsqu’on emploie le séton contre des douleurs, il doit être appliqué à quelque distance dè l’organe souffrant; qu’il en est de
même dans les cas où l’on veut détourner des inflammations chroniques, des fluxions, etc.-; et que néanmoins, dans ces derniers cas, il ne doit pas être placé trop loin de la partie affectée ; que lorsqu’on veut rappeler par son moyen une évacuation dans une partie , entretenir des ouvertures fistuleuses, opérer des dégorgements et des résolutions, ou bien enfin déterminer une adhérence^ c’est sur les parties mêmes qu’il faut l’appliquer.
Le séton a, sur la plupart des moyens employés à Ses avantages remplir les mêmes indications, des avantages réels, ineonyémens. Le vésicatoire n’agit que sur l’extérieur de la peau, et ne saurait être entretenu long -temps chez tous les sujets. L’action du cautère s’étend plus profondément que celle du vésicatoire , il est vrai ; mais il est des individus chez lesquels on ne saurait l’empêcher de se fermer. Le séton agit sur la peau et sur le tissu cellulaire en même temps ; et on peut le porter , si cela est nécessaire, à de plus grandes profondeurs. Son action est plus forte, et il produit plus sûrement qu’eux des dérivations, et surtout la résolution des engorgemens chroniques; mais il a aussi l’inconvénient d’exciter quelquefois des douleurs, des inflammations et des engorgemens que la forme qu’on lui donne et le choix de la matière dont on le compose ne sauraient prévenir, et que les émolliens ni les narcotiques ne peuvent modérer. D’autres fois il use et il coupe la peau, ce qui, en mettant obstacle à la continuation de son emploi , borne singulièrement ses effets.
Indépendamment de ces cas divers qui réclament On l’emploie
, quelquefois
1 usage du seton , on emploie encore ce moyen comme comme
instrument
mécanique.
Manière d’agir des instrumens tranchans.
un instrument mécanique , à l’aide duquel on se propose d’entraîner ouïes corps étrangers que recèlent les plaies, ou la suppuration qui séjourne dans les parties divisées. Le chirurgien est souvent forcé de placer une mèche ou une bandelette dans le trajet des Coups de feu qui ont traversé les membres, fracturé les os, et à la suite desquels il est resté, au milieu des tissus, du drap, de la bourre, des esquilles, qu’aucun autre moyen ne pourrait entraîner au dehors. Les cas de cette nature qui exigent l’application du séton se bornent à ceux dont nous venons de parler. Il ne faut jamais introduire dans les parties un corps étranger qui retarde leur cicatrisation , sans y être autorisé par une indication pressante , que ce moyen peut seul remplir.